A CŒUR OUVERT : l'accident.

Quand j'étais adolescent, je me souviens avoir regardé avec un très grand plaisir, "Les choses de la vie" avec Romy Schneider et Michel Piccoli. La scène de l'accident m'avait marqué...Elle m'est revenue en mémoire en écrivant " A COEUR OUVERT"

"Alors qu’il allait s’engager sur la route départementale montant au col de la Chaumoune, il fut arrêté par une file de voitures stationnant sur la chaussée. Certaines faisaient demi-tour. Des personnes discutaient. Il héla un conducteur par la vitre.

« Un camion s’est mis en travers dans la descente du col. Pas moyen de passer. La remorque est dans le fossé et ça prend toute la chaussée. Ils en ont pour un bout de temps apparemment. Vous allez où ?

-Je vais à la Godivelle.

-Alors, il faut monter par Brion. Vous connaissez ?

-Oui, je vois où c’est, merci. »

Demi-tour. Il avait déjà passé l’intersection. Il ne montait jamais par-là, la route était étroite et sinueuse, des bas-côtés rocheux qui longeaient une falaise et des fossés profonds. La seule fois où il avait emprunté ce trajet, il avait eu beaucoup de mal à croiser un tracteur. Il avait dû faire une marche arrière dans un élargissement de la route.

Il estima à vingt minutes le retard sur le temps prévu.

Il n’aimait pas cet enchaînement de problèmes.

Il rejoignit le carrefour et s’engagea. C’est là qu’il vit les premiers flocons.

« Non, mais c’est pas vrai, j’aurai droit à tout ! Manque plus qu’une crevaison. Ça serait le bouquet, tiens. Et je ne peux même pas prévenir Diane. »

Il repensa au camion accidenté. Sans doute que la neige avait déjà saupoudré la route du Col. Maintenant, elle continuait sa descente vers les fonds de vallée.

Il s’interdit de laisser monter la colère et se concentra sur la chaussée. Nuit sombre, tombée des nuages. La neige dansait dans les faisceaux des phares, essuie-glace en action.

Avec une vitesse déconcertante, la légèreté des flocons se transforma en têtes de pissenlit. La route blanchit en quelques minutes.

Lui revenaient sans cesse les interrogations de la journée. Une partie du cerveau attachée à la conduite, une autre explorant les pensées, une autre se réjouissant de la venue de Chloé, une autre ressassant la colère générée par l’échange avec le cardiologue. Il visualisait ce fatras intérieur avec un certain dépit. Il aurait eu besoin de marcher ou de se coucher contre Diane, fermer toutes les portes intérieures, ne plus vagabonder comme une âme étourdie.

Successions de virages, aucun parapet au bord de la route, il s’appliquait à deviner le virage suivant, à lire dans les faisceaux des phares, anti brouillard en action, deux tranchées de lumières vives qui découpaient l’obscurité. Il écarquillait les yeux régulièrement, une fatigue lourde qui l’envahissait soudainement, une concentration tellement forte, et cette mauvaise nuit passée, une agitation dont il n’était pas parvenu à se libérer. Les tourments de Diane qui tournaient en boucle.

Il ne les vit pas déboucher de la pente qui dominait la route. Un groupe de sangliers en pleine course.

Il ne put rien faire.

Il heurta une des bêtes.

Il ferma les yeux au bruit sourd de la viande contre le pare-choc, un sursaut, un geste brusque.

La voiture roula sur le bas-côté, une bordure enneigée que les quatre roues motrices dominèrent.

C'est là qu'il les vit.

Des troncs d’arbres alignés au sol dans l’attente d’un chargement.

Il ne put rien faire, encore une fois et il s'en voulut.

La voiture s’encastra dans l’assemblage, un choc brutal qui déclencha l’airbag, la pression du ballon sur sa poitrine, la voiture bascula dans le fossé, il ferma les yeux en s’accrochant au volant, le refus de l’évidence, comme une volonté de se réveiller, un tonneau, puis deux, trois, une chute sans fin, le vacarme des arbres brisés, une multitude de percussions violentes, la peur, effroyable, la mort, Chloé, Diane.

Sa tête heurta la vitre latérale et le noir l’envahit."

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