Consommation locale et sécurité nationale

Stéphane Linou : « Consommer local, c’est agir en faveur de la sécurité nationale »

Le locavore de Castelnaudary, Stéphane Linou, a publié un livre associant résilience alimentaire et sécurité nationale. Les thèses qu'il y développe suscitent l'intérêt du Sénat.

 

Stéphane Linou avec son livre , publié en juin dernier.
Stéphane Linou présente son livre liant les thèmes de la résilience alimentaire et de la sécurité nationale, publié en juin dernier. (Crédit photo : Paul Halbedel – VDML)

Conseiller municipal à Castelnaudary et ancien conseiller général de l’Audede 2011 à 2015,  Stéphane Linou est considéré par beaucoup comme le premier locavore de France. En 2008, le Chaurien s’était uniquement nourri d’aliments produits à moins de 150 kilomètres de chez lui pendant toute une année.

Référence en termes de consommation locale, il prône l’importance de disposer des ressources alimentaires sur les territoires pour une question de sécurité publique notamment. Un combat qu’il mène depuis des décennies et qui semble en train de porter ses fruits. Stéphane Linou ironise :

Je tiens les mêmes propos depuis 20 ans. À l’époque, on me prenait pour un fou et aujourd’hui certaines de ces mêmes personnes me flattent. Ce sont des hypocrites.

« Nos territoires sont perfusés par la grande distribution »

Stéphane Linou a décidé il y a plusieurs mois de monter jusqu’à la capitale pour reprendre ses études, en parallèle de son travail.

À l’issue de son Mastère spécialisé en gestion de prise de risque sur les territoires, le conseiller municipal a élaboré un mémoire alliant résilience alimentaire – c’est-à-dire la capacité à faire face à une pénurie alimentaire – et la sécurité nationale. Dans celui-ci, il tire la sonnette d’alarme :

Ni les habitants, ni l’État, ni les magasins ne stockent. Et il n’y a plus beaucoup de paysans. On n’est pas autonome. Même nos territoires ruraux sont perfusés par la grande distribution. Par exemple, la métropole toulousaine a une autonomie de 2 %. Ce n’est rien du tout.

Agir sur sa sécurité en consommant local

Stéphane Linou pose ainsi le problème de la sécurité nationale en cas de problème de réapprovisionnement de nourriture sur le territoire :

Si un trouble à l’ordre public survenait, la chaîne alimentaire pourrait être rompue. Il y a un réel trou dans la raquette. Il n’y a pas d’aménagement à l’aide alimentaire.

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Et selon le locavore de Castelnaudary, la situation est d’autant plus préoccupante qu’il n’y a pas de plan de secours :

Il faut donc passer à l’étape de la production qui relève des responsabilités politique et citoyenne. Mettre des produits locaux, stopper le bétonnage, installer plus de paysans… Ce sont des actes de sécurité. Lorsqu’on consomme local, on agit sur la sécurité. Conduire les paysans au plus près de soi, c’est agir sur sa sécurité. Les paysans et les consommateurs ont une grande responsabilité.

« Nous sommes fragiles »

Pionnier du mouvement locavore, Stéphane Linou loue le rôle majeur des circuits courts, donc une limitation des intermédiaires entre le producteur et le consommateur :

Il faut que la production alimentaire soit territorialisée. L’analyse de la résilience alimentaire n’est jamais dans les plats. Je suis le premier à lier ce sujet avec la sécurité nationale.

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Il se positionne en faveur d’une préoccupation qui existait il y a quelques siècles de cela :

L’alimentation faisait déjà partie intégrante de la sécurité à l’époque. Il y avait même une police des grains et de la viande. Il y avait une sécurité collective additionnée à la sécurité individuelle. Aujourd’hui, on vit dans l’illusion de la sécurité alimentaire. Avec l’exploitation des énergies fossiles, devenues des énergies faciles, on en a complètement artificialisé nos meilleures terres : on fait désormais venir de loin nos aliments grâce au charbon et au pétrole. Avant nous allions vers la nourriture avec la chasse puis l’agriculture. Aujourd’hui elle vient à nous. Nous sommes fragiles.

. Le Chaurien s’interroge : « Que se passera-t-il quand l’effondrement de la biodiversité se fera sentir ? »

Une mobilisation importante

« Jamais ces deux sujets n’ont été liés ensemble, affirme Stéphane Linou. C’est l’une des raisons pour lesquelles il mobilise autant de personnes ».

Effectivement, dans le cadre de son mémoire, le Chaurien avait adressé un questionnaire à plus d’une centaine de personnes : « J’ai envoyé mes questions à des spécialistes, des professeurs ou des membres de l’école… J’ai obtenu un taux de réponse de 50 %, ce qui est très rare », assure-t-il. Stéphane Linou continue :

Beaucoup de personnes se sont montrées très intéressées comme la Préfecture de Paris, la gendarmerie nationale, diverses institutions telles que la zone de défense de Paris…

Ce questionnaire, portant sur l’état actuel de la production alimentaire territorialisée et sur son effondrement, était encadré par l’ancien colonel de l’armée de Terre, François Laplace et le géographe, Franck Brachet.

Il a été encouragé à publier son mémoire

Le 26 janvier dernier, Stéphane Linou a présenté ses recherches devant le jury de l’École internationale des sciences du traitement de l’information (EISTI) à Cergy-Pontoise. La présentation a été encadrée par l’ancien colonel François Laplace et des membres du jury militaire, qui l’ont fortement incité à publier son mémoire.

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Une tâche à laquelle il s’est attelé puisque son livre, intitulé Résilience alimentaire et sécurité nationale, est paru officiellement au mois de juin. « Le livre a été présenté et promu. J’ai fait une autoédition sur The book edition mais le livre n’est pas encore disponible en librairie. J’ai aussi donné beaucoup de conférences », explique-t-il.

Avant cela, le Chaurien avait déjà créé un module de formation sur l’effondrement du système qui est désormais éligible pour le Compte personnel de formation (CPF).

De l’école au Sénat

À la suite de la publication des recherches de Stéphane Linou dans son livre, Françoise Laborde, sénatrice de Haute-Garonne, a déposé le 20 juin une proposition de résolution signée par plusieurs de ses collègues. Celle-ci reprend le titre du mémoire du Chaurien. Stéphane Linou souligne :

Ce projet est basé sur mes analyses et mes propositions. La démarche de la sénatrice Françoise Laborde, qui s’intéresse depuis longtemps à mes travaux, l’a rendu officiel au sénat. Cela permet au public de se rendre compte du sérieux de ce sujet.

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Stéphane Linou aimerait que son thème soit décliné dans toutes les régions, en passant par le législatif notamment :

C’est la première fois au Parlement que ce sujet d’envergure va être abordé. Ce document est officiel et public, donc n’importe quel citoyen peut en avoir connaissance.

M. Joël Labbé, co signataire, Sénateur du Morbihan, membre du groupe RDSE et de M. Stéphane Linou auteur de l'ouvrage Résilience alimentaire et sécurité nationale.
Stéphane Linou au Sénat, entouré de la sénatrice Françoise Laborde qui a déposé la proposition de résolution « Résilience alimentaire et sécurité nationale » et du sénateur Joël Labbé, co-signataire du texte.

Stéphane Linou témoigne ainsi de l’importance de ses recherches :

C’est un lancement d’alerte argumenté, avec des pistes d’action. Des gens s’engagent à visage découvert, dont des militaires. Ce sujet devrait être retranscrit à l’ordre du jour de la sécurité du territoire donc relever du régalien. Cela permettrait de sortir avec des arguments en béton au niveau de la sécurité nationale.

Stéphane Linou devra toutefois patienter encore quelques mois. La proposition de résolution devrait en effet être débattue au mois de novembre.

Lisa Hervé

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