Diane Bellego

Sexualité féminine

6 novembre 2015, 07:04

Souvent pathétiques, les images médiatisées de notre société sur la façon de faire l’amour; être performant, orgasme de rigueur, échangisme fashion, sextoy bienvenu. Il y a aussi l’amour gentiment régressif, les tournantes et les burqua juste un peu plus loin.

 

Dans l'intime, un chant, un cri monte des profondeurs. L'appel de la Terre maltraitée qui se crispe dans le vagin des femmes. Terre conquise, polluée, creusée, vendue où l’on fait même des expériences de fission nucléaire sur des lieux hautement sacrés.

 

Terre intime, féminin présent en chacun, homme et femme. Nous habitons différemment un corps d'homme ou de femme, cependant l'aventure est commune et indissociable. Depuis le temps de nos écrits, notre histoire est masculine, jusque dans nos dieux jaloux, courroucés qui soumettent, enfouissent, diabolisent le Féminin, la Déesse. Notre sexualité en est le concentré. Lieu de rencontre intime du masculin et du féminin.

 

Quelle est la sexualité proposée par le masculin ?

Une sexualité inconsciemment manipulée par la biologie, la reproduction où tous les efforts sont tendus vers le résultat, où tension, excitation, fantasme, frénésie se focalisent vers l'éjaculation ou ultime sophistication, son contrôle. Ejaculation et orgasme même combat : y arriver - trouver le point magique pour décharger la tension ; améliorer la performance. Le temps s'accélère vers le but, le faire, les mouvements s'emballent et le regard s'absente dans l'émotion, le corps se tend, les organes génitaux pénis et vagin se durcissent. Le geste, la caresse, la parole sont porteurs d'intention, de condition, non d'amour. L'être est résumé à ses organes génitaux, au mieux à des zones érogènes.

La femme s'échappe dans le rêve, parfois celui siliconé des séries télévisées. Car la femme sait que ceci n'est pas l'amour. Elle le sent, le ressent. Son cœur se limite et son ventre a froid.

Les énergies divines et subtiles, du ventre de la femme sont inaccessibles, niées, oubliées.

La sexualité masculine suit les impératifs de la reproduction, ensemencement rapide et efficace. Sans doute avons nous connu précédemment un temps du Féminin.

 

Aimantation.

Nous avons en nous même les deux polarités masculine et féminine, de même nous avons des hormones masculines et féminines. Ces deux polarités s'attirent mutuellement, tels des aimants, les amants de la force électromagnétique d'attraction qui maintient le monde en forme jusque dans l'intimité atomique.

Notre quête est d'unir les deux polarités. Dans un premier temps sans doute à travers l’autre, puis ultimement en soi.

Il y a aimantation entre le corps de l'homme et de la femme, leurs circuits énergétiques se complètent. Il y a aimantation entre le corps physique de la femme et son masculin intérieur, sa dimension physique et psychique. Il y a aimantation entre son pôle émetteur de la femme, ses seins et son pôle récepteur, son sexe. Et réciproquement pour l’homme.

 

La femme.

Le pôle actif émetteur est dans ses seins, son cœur, le pôle réceptif dans son vagin, sa yoni. Pour l'homme, le cœur est réceptif, le pénis émetteur. Entre un homme et une femme, la source active de l'amour est le cœur de la femme, son organe actif le pénis.

Si les seins de la femme ne sont pas ouverts, invités, éveillés par l'homme appelant l'amour (et non le sexe) "faire l'amour" est illusoire. Inviter n’est pas exciter.

La femme destituée de son rôle originel du pur amour peut la retrouver à travers la sexualité, mais à travers le fait de nourrir la vie et son environnement d’amour, de joie, de beauté, de magie, de l’art de la beauté au quotidien. Dans la sexualité, elle a besoin d’y être réinitiée par un homme ancré au service de l'amour, au cœur émerveillé, à la vision limpide. Non un homme quémandant ou cannibale. Cet homme éveille, veille et s’émerveille de la pureté de l'amour incarné par la femme. À travers elle, il est l’adorateur du Féminin sacré, prêtre en son cœur, chevalier en son ventre.

Depuis des milliers d'années la femme est dupée à croire que l'expression la plus grande de son amour est de satisfaire sexuellement l'homme, de l'exciter, de se laisser exciter, sous peine de le perdre, d'être abandonnée sans protection avec ses enfants, dans la conviction que l'autre femme est une rivale, non plus la sœur d’origine. Partageant l’égoïsme, la femme tient le pouvoir de la garce et de la migraine.

 

Yoni - vagin.

La Yoni, mot sanscrit pour divin passage et vulve de la femme, est le pôle réceptif de l'amour. C'est une des antennes les plus puissantes de la femme, qu'elle en soit consciente ou non. Yoni sait, sent, pressent. Yoni communique à sa façon à travers symptômes et humeurs. Lorsque l’on prend le temps de s’y accorder et d’écouter ses messages, Yoni prévient la femme de la nature de la relation qui se présente longtemps avant que celle-ci ne comprenne avec sa tête.

Dans mes groupes de femmes, nous apprenons à redécouvrir Yoni et à l’écouter. Elle nous surprend toujours par sa capacité de pardonner à la femme de ne pas l’avoir respectée, de retrouver une forme d’humour bienveillant malgré parfois une histoire terrible.

Tout vagin, quelle que soit son histoire, jusqu'à ce qu'il soit réellement aimé, est un vagin émotionnel, imprégné par notre culture et ses atteintes au féminin réceptif. Nous utilisons le mot vagin pour l’aspect non éveillé. Bien souvent, le vagin devient dur et avide ou désillusionné et amorphe ou fermé et crispé. A la mesure de sa perméabilité, il se protège de sentir ce qui l'éloigne toujours plus de l'amour alors qu'il en est la matrice.

Les sensations sont culturellement peu à peu focalisées à l'entrée du vagin :

- soit par la stimulation automatique par les doigts, tel un compromis ou une récompense à l'acte sexuel, un simulacre officiellement accepté.

- soit par une éjaculation rapide d'un pénis émotionnel. Le pénis en contrôle d'éjaculation est tout aussi absent.

La femme pressent dans son intimité qu'elle s'est laissée duper de courir après l'orgasme.Les profondeurs de Yoni où reposent les énergies divines et subtiles ne sont pas atteintes ou mécaniquement, furtivement, si ce n'est brutalement. Son état psychique, son mécontentement de fond, sa dépression vague, ses larmes sans raison, son tyran émotionnel, révèle une matrice non reconnue dans sa dimension divine et sacrée qui génère l'ombre d'elle-même.

 

Faire l’amour.

Chacun pressent, le corps de la femme le sait, dans "faire l'amour" il existe une actualisation de l'amour. C’est une libération de l'amour pur des énergies divines les plus belles et subtiles au cœur de Yoni connectée aux seins débordants d'amour de la femme pour son partenaire et la vie. Lui est le prêtre chevalier qui réveille l'amour et vient le collecter depuis un pénis sensible, conscient par lui-même, libéré de l'émotion, à sa place dans une Yoni aimante.

Rien d'autre que le pénis, organe émetteur de l'amour sur Terre, ne peut combler le vide de Yoni, son désir profond d'être aimée pour pouvoir libérer l'amour. A eux deux pénis et vagin sont  une unité, une cohérence pleine de sens et d'essence.

Pour cela le pénis a à retrouver sa sensibilité, sa propre conscience, la mémoire innée de ce qu'il y a à faire pour collecter les énergies divines et subtiles du vagin. L'homme doit prendre le risque de l'inconnu, de la perte de l'excitation physique et émotionnelle tendue vers le but, par des pénétrations douces et lentes, à l'écoute subtile énergétique de l'aimant qu'est son pénis. Doucement et lentement, il change de position en gardant la connexion vagin - pénis et tournant autourIl varie ainsi l'angle de pénétration et libère les tensions accumulées dans le vagin. Ces changements de position accroissent la sensibilité du pénis et du vagin et apportent entre eux intimité, humour et qualité de présence.

 

La respiration lente, profonde à travers le diaphragme jusque dans la profondeur du ventre ouvre l'expérience au moment présent. L’invitation est de se regarder dans les yeux sans intention, en explorant une certaine porosité du regard. Cela permet aux âmes de se toucher, de se reconnaître, de se découvrir, de se connecter. Les cœurs fondent et fusionnent. L'amour se fait tout simplement.

 

Dans ce "faire l'amour" il n'existe rien à atteindre ni orgasme, ni éjaculation ou non, ni état extraordinaire, rien à prouver, juste laisser être l'amour.

Plus l'attention se déplace vers l'intérieur, plus la conscience du corps s'exprime, plus l'amour resté présent quelle que soit notre histoire se révèle, plus la conscience du corps se révèle l'amour au cœur de notre chair. Nous redevenons notre corps et le découvrons tissé d'amour, fait pour l'amour et par l'amour. L'amour danse à travers les trois plans de l’être : corps/cœur/âme.

 

En retrouvant la Déesse dans notre corps, matrice de chair de notre âme, nous retrouvons l'extase et le miracle de l'amour, seule solution sensée au passage individuel et collectif dans lequel nous sommes. L’initiation commence et se scelle au cœur de l'intime.

 

Et si on faisait l'amour ?

 

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