Du jour au lendemain.

C'est le titre du film que nous avons regardé hier soir. Avec Benoit Poolvoerde.

Totalement désespérant...L'histoire d'un homme qui "du jour au lendemain" va voir sa vie passer d'un long marasme quotidien, avec une rupture sentimentale, une situation professionnelle humiliante et de multiples désagréments quotidiens à un bonheur parfait, sans aucune explication, sans avoir changé quoique ce soit en lui, une transformation totalement irrationnelle. Et cette absence d'explication va rendre pour lui ce bonheur totalement insupportable, il ne va pas s'y retrouver, l'image à laquelle il est attaché, dans laquelle il se reconnaît s'est effacée, les autres, ses proches, ne le voient plus de la même façon, tout ce qu'il vit est empli d'un bonheur immédiat, sans qu'il élabore le moindre projet, sans qu'il intervienne le moins du monde dans cette accumulation de situations positives. On sent alors, au fil des jours, que cette situation l'angoisse, qu'il semble attendre, guetter sans cesse l'instant où tout va s'arrêter, que ça ne peut pas continuer ainsi alors que rien ne l'explique...Cette disparition de ce qu'il était va le conduire à la folie...Alors que sa femme est revenue à ses côtés et qu'elle attend un bébé, il est interné en hôpital psychiatrique. C'est un homme inapte au bonheur et qui sombre.

Le médecin explique à sa femme que seul un évènement déclencheur pourrait le ramener à la vie.

C'est la cafetière qui va s'en charger, cette cafetière, qui au lieu de dysfonctionner chaque matin s'était mise à faire normalement du café, de façon irrationnelle, alors qu'il n'avait nullement cherché à la réparer, cet engin anodin va de nouveau s'emballer. Ce retour  à une vie passée, celle qu'il voulait retrouver, celle qui correspond à ce rôle de "perdant", va le sortir de sa torpeur et le ramener à la vie...Mais quelle vie ?...Celle d'un homme qui n'a pas su saisir ce que la vie réelle lui proposait, celle d'un homme qui préfère rester enfermé dans ses conditionnements, sa "raison", son histoire...Il préfère être ce qu'il a toujours été que d'accepter cette irrationnalité, ces phénomènes inexpliqués, qui n'ont aucune "logique" pour lui...

 

http://www.youtube.com/watch?v=Z5rs6jZ7-vQ

 

"Mais qu'est-ce que vous avez tous avec votre amour?"

 

Tout le problème est là. Cet homme ne peut pas être aimé, pas de façon aussi universelle, la vie ne peut pas être aussi belle, pas avec son histoire..."Se libérer du connu." Voilà ce qui aurait pu le sauver.

Et c'est là que ce film passe, à mes yeux, de la comédie, ou satire sociale à une vision désespérante de l'humain.

 

Cet enfermement "rationnel" est avant tout éducatif et social. L'identification de cet homme à son histoire, une histoire qu'il a lui-même fabriquée par une attitude constamment négative, va l'emporter sur le changement "irrationnel" qui lui est proposé par la vie elle-même. Il ne s'agit pas de "chance", de "destin",mais de l'opportunité d'appréhender la vie d'une autre façon. Mais la peur va être la plus forte, la peur de ne plus exister dans un rôle, la peur de ce changement considérable d'existence. Celui qui ne change pas est avant tout un être qui a peur, ça n'est pas une question d'incapacité mais d'interdiction.  C'est en cela que le conditionnement est une enceinte, un carcan, une geôle adorée. Se plaindre de cet enfermement est plus rassurant que d'en sortir...C'est effrayant...

 

J'ai longtemps eu peur, après la rémission inexpliquée de mes trois dernières hernies discales, que le mal me retombe dessus. Ca n'était pas rationnel, les médecins n'y comprenaient rien, moi non plus. Je savais bien que j'avais vécu une situation incompréhensible, que j'avais basculé à un moment dans une dimension inconnue mais cette absence d'explication était une torture. J'avais peur. Ca ne pouvait pas durer cette rémission, ça allait me retomber dessus sans prévenir, revenir aussi brutalement que ça avait disparu. Ce bonheur n'était pas pour moi...L'identification...Je devais me libérer du connu, de ce passé morbide, de cette détresse à laquelle je m'étais attaché parce qu'elle m'offrait un rôle en "or"...La victime, le malheureux, le supplicié...C'est là que j'ai compris que je devais écrire " Les Eveillés", aller chercher au plus profond de mes traumatismes les plus anciens la source de cette inaptitude à être heureux...Comprendre aussi que le seul instant réel, c'est celui dans lequel j'existe, que je n'avais aucune réalité dans ce passé assassin, que je n'étais rien dans cet avenir incertain, mais que le fait de me lever librement de ma chaise, sans tituber, sans canne, de pouvoir marcher, puis courir, puis skier était la seule réalité, la seule vie réelle.

J'ai enfin appris à vivre. Ca m'aura pris quarante-deux ans. Six ans que je vis pleinement, librement. Libre de moi-même, de l'autre, celui qui est mort lorsque je suis né.

Commentaires (2)

Thierry
  • 1. Thierry | 26/08/2010
Aujourd'hui, la distinction que je fais entre "vivre" et "exister" c'est que l'existence se nourrit de nos peurs, de nos identifications, de nos conditionnements, de tout ce "vécu" qui finit par nous appaaraître comme l'idée réelle de la vie...Ca n'est pas le cas. La "vie" est bien autre chose...
Amitiés Françoise.
Lajotte Françoise
  • 2. Lajotte Françoise | 26/08/2010
Tout simplement, merci encore pour votre témoignage, pour l'exemple que vous êtes pour moi car, vous me donner le courage, dans le sens où mes peurs s'estompent et la joie de continuer le chemin. J'aimerais bien voir ce film... Il a l'air tellement réaliste et il semble bien dire que notre attitude, nos pensées, créent le profil de nos existances qu'effectivement nous voilons, voire tordons complètement avec nos peurs. Et il y aurait long à dire aussi sur notre manie de nous identifier... Je vous laisse faire car vous savez le faire bien mieux que moi!
Amitiés,
Françoise.

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