Ecrire

Ça écrit en moi.

Et je suis de nouveau en plein dedans. Les rêves la nuit, des dialogues qui surgissent alors que je travaille avec mes élèves, une idée qui se découvre et que je note dans un cahier ou un bout de papier, un parfum, un lieu, un visage, une voix. C'est fou tout ce qui se passe à l'intérieur. Levé à 5 h. J'écris, j'écris, j'écris...C'est une addiction mais au lieu de m'injecter des produits destructeurs, j'extrais des éléments qui me réjouissent...


"LES HEROS SONT TOUS MORTS"

Chapitre 2

Lucas était passé au sommet du Gargoton avec moins de deux minutes de retard sur son meilleur temps. Il avait décidé de tenter une descente de fou furieux, de lâcher les freins et d’ignorer les passages boueux ou les roches tombées sur le chemin. À fond jusqu’en bas. Quitte à se manger une belle gamelle. Sans vraiment se l’expliquer, il subodorait une nouvelle dispute avec Lucie, l’impression qu’elle lui préparait un coup fourré et il avait depuis longtemps appris à se fier à ces fameuses intuitions. C’était parfois excitant de pouvoir ainsi présager des évènements mais il devait également subir les montées de colère qui survenaient avec les augures les plus pénibles. Et celles qui concernaient Lucie trempaient depuis un bon moment dans des miasmes putrides. Rien de bon depuis des mois. Parfois, il se demandait vraiment pourquoi il continuait cette relation. Sûr qu’elle avait un beau cul et qu’elle savait s’en servir mais ça finissait par ne plus compenser tout le reste. Et d’ailleurs, son cul, ça faisait quinze jours qu’il ne l’avait pas chauffé. Purée, ça commençait vraiment à le gaver cette histoire. Il n’imaginait pas pourtant se retrouver seul. Avec son boulot, il n’avait guère le temps de compter fleurette et de lever de la caille. Lucie, au moins, le boulot le plus chiant était déjà fait. Mais si la baise ne l’intéressait plus, ça allait vraiment devenir mortel… Il y avait bien la nouvelle au commissariat mais elle était déjà prise. Bien dommage d’ailleurs. Vraiment sympa, belle, sportive, il avait toujours rêvé de trouver une fille qui viendrait avec lui en montagne. Jasmine aimait courir, il l’avait vue avec son mec courir le long du canal. Mais, bon, pas la peine de rêver, elle avait vraiment l’air accro à son bonhomme. Il n’avait jamais connu de relations heureuses. Et ça devenait pénible. Était-ce lui le problème ou est-ce qu’il n’avait jamais eu de bol ? Il avait plutôt tendance à penser qu’il attirait des filles qui lui ressemblaient et ça n’avait rien de bien réjouissant finalement. Toutes des chieuses…

Il y avait bien eu Chloé et son insouciance. Une vraie gamine mais au moins elle aimait le cul. Trop même, vu qu’elle s’était barrée avec un autre gars. Et sans prévenir en plus. Pas assez disponible qu’elle lui avait dit. Il la baisait pourtant aussi souvent que possible. Mais les gardes de nuit, les planques, les horaires élastiques, les rendez-vous manqués au dernier moment, tous ces truands qui lui pourrissaient la vie en braquant à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, en l’obligeant à sauter dans son slip en pleine bourre, elle avait fini par ne plus le supporter. Et maintenant, c’était Lucie qui s’y mettait. Purée, mais il fallait bien qu’il gagne sa vie et il ne savait rien faire d’autre. Même pas moyen de la convaincre d’habiter avec lui, elle voulait garder son appartement et son indépendance. Les clés qu’il lui avait filées servaient de moins en moins…C’était un signe très clair. Il devait insister de plus en plus lourdement pour qu’elle daigne passer une soirée avec lui et il savait très bien qu’en lui tapant dessus, il n’arrangeait rien mais il souffrait trop de cette distance. Il aurait pu lui cogner dessus pendant des heures pour la garder avec lui. Et il s’en voulait de ne pas savoir aimer autrement.

Il aurait dû rester concentré et rejeter les pensées parasites. Il anticipa mal le franchissement du torrent qui barrait le chemin, il visa une pierre plate mais elle bascula quand il prit appui. Déséquilibre, le pied qui plonge dans l’eau, la cheville qui tourne. Il n’eut rien le temps de faire, rien de plus que de mettre les mains an avant. Le choc fut violent et la tête heurta une pierre insérée dans le talus.

« Putain ! »

Il roula sur le côté et resta assis. Sonné. La cheville avait vrillé mais sans craquer. Juste un étirement des ligaments. Il passa la main sur le front. Pas de sang. Une grosse bosse à venir certainement. Il laissa les vertiges s’apaiser en respirant profondément. Fichu pour le record. Il se releva et reprit le chemin. Il fallait descendre tant que les muscles étaient chauds.

 


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