Jusquau bout : parution

Jusqu'au bout de Thierry Ledru

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Pour son premier poste, Pierre Cobane, jeune instituteur, est nommé dans un petit village des Côtes-d’Armor, en Bretagne.

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C’est une classe unique avec 8 enfants dont il va avoir la charge. Individu tourmenté, qui cherche à donner un sens à sa vie, il s’engage dans cette tâche avec une folle énergie. Mais il se heurte rapidement à l’autorité et à la violence de Miossec, un des parents d’élève qui semble entraîner tous les autres derrière lui. La relation privilégiée qu’il développe avec les enfants le stimule, mais une angoisse tenace le submerge rapidement. Il accepte mal la dictature imposée par les programmes scolaires, qui de son point de vue le prive trop souvent d’un lien affectif essentiel. Les périodes d’angoisse devant les responsabilités de son métier, ses difficultés à respecter ses certitudes, le harcèlement d’Anne, sa petite amie, et son incapacité à se libérer d’elle, ses difficultés relationnelles avec les parents, sa dépendance au cannabis, le souvenir de Marc, son ancien amant, tout cela le ronge. Les quelques moments de bonheur avec les enfants ne parviennent pas à adoucir la misère affective dans laquelle il sombre. Malmené par les événements qui vont s’enchaîner, et qui vont réveiller ses instincts les plus dangereux, Pierre ira jusqu’au bout de sa quête existentielle, entraînant avec lui les enfants.

EXTRAIT

Lundi soir, vingt heures trente, les parents entrèrent dans la cour de l’école. Pierre les attendait dans la classe. Un homme massif, portant casquette, menait le groupe. La carrure étonnante, une largeur d’épaules de pilier de rugby, la voix excessive et rugueuse déboulèrent dans la salle silencieuse. Il reconnut immédiatement le chasseur de la veille.

« Salut mon gars ! annonça-t-il en tendant la main.

— Bonsoir, répondit-il simplement avec la nette impression que le colosse éprouvait un certain plaisir à lui écraser les doigts.

— Je m’appelle Miossec, » déclara-t-il fièrement.

Une tête massive avec des yeux rougeauds, une haleine de vinasse.

« Ah ! vous êtes donc le père de David et d’Olivier.

— Ben oui, qu’est-ce que tu veux, on ne choisit pas ! s’esclaffa-t-il. Allez, vous autres, entrez donc, lança-t-il à l’adresse des parents. C’est un jeune gars. Il va pas vous bouffer ! »

Une bourrade sur l’épaule de Pierre faillit l’envoyer rouler et ne fit qu’accentuer son ébahissement.

Les politesses d’usage facilitèrent les présentations. Tout le monde prit place. Quelques parents robustes connurent mille difficultés pour s’asseoir sur les bancs étroits, les genoux et les ventres rencontrant obstinément le casier de la table.

« C’est pour des petits culs, ces bancs-là. Heureusement que ma grosse n’est pas venue, elle serait restée debout ! railla Miossec en direction de l’assemblée.

— Je suis désolé, mais je n’ai pas de chaises.

— Allez, t’en fais pas mon gars, lança le colosse. Dis-nous plutôt pourquoi tu nous as fait venir. »

Il respira profondément et essaya de maîtriser les tremblements de ses mains.

« Et bien, je tenais à ce que nous fassions connaissance afin de pouvoir discuter de l’école et des enfants. Je pense qu’un enfant a besoin de sentir qu’entre ses parents et l’instituteur il y a un dialogue. Ainsi, il sait qu’on s’intéresse à lui et en même temps qu’on le surveille. Il sait qu’il ne peut pas échapper à ses devoirs.

— Alors là, coupa Miossec, les miens ils risquent pas de s’échapper. Ou alors je les ramène par la peau du cul.

— Oui, c’est une façon de voir les choses, reprit-il, interloqué par la vulgarité du personnage, mais ça n’est pas la mienne. »

Il enchaîna immédiatement.

« C’est mon premier poste d’instituteur. L’année dernière, j’étais éducateur dans un centre pour adolescents délinquants caractériels. J’ai décidé de passer le concours d’instituteur parce que je voulais m’occuper des jeunes enfants avant qu’il ne soit trop tard. Les adolescents dont j’avais la charge dans ce centre n’attendaient plus rien des adultes. Le mal était fait. Ça ne me plaisait pas. Ici, je ne suis pas titulaire du poste, je ne l’ai pas choisi, mais je peux vous assurer que je suis très content d’être là. Je trouve qu’une classe unique de huit élèves d’âges différents est beaucoup plus riche qu’une classe à un niveau avec vingt ou trente enfants.

— Je ne vois pas ce qu’il y a de riche dans ce cirque », pouffa Miossec en jetant des regards moqueurs sur les peintures et les mobiles pendus au plafond. 

Pierre fit semblant de n’avoir pas entendu et continua. Les mains moites. Mesurer le débit de paroles, ne pas donner l’impression d’être tendu.

« Si je vous ai demandé de venir ce soir, c’est aussi pour vous montrer comment je travaille avec les enfants et comment je conçois mon métier. »

Un coup d’œil circulaire lui montra que les parents semblaient tous attendre une nouvelle remarque de Miossec.

Il présenta longuement les grandes lignes directrices relatives à chaque cours en insistant sur l’importance considérable de la lecture. Aucune réaction. Ayant fini la présentation des programmes et voyant l’assemblée s’ennuyer fermement, il décida de développer des idées plus générales.

« Pour moi, l’éducation d’un enfant se résume à la formation de sa personnalité. L’enseignement fait partie de cette construction. Il doit donc être source de bonheur si on ne veut pas que l’enfant en souffre. Bien sûr, certains apprentissages sont difficiles, mais c’est à moi de faciliter la tâche de l’enfant. C’est ça le rôle du maître. Permettre à l’enfant d’apprendre dans la joie, lui faire comprendre le sens de mots comme courage, volonté, détermination. Ainsi, il finit par chercher de lui-même d’autres connaissances. Il ne dépend plus entièrement de l’adulte. Je ne suis qu’un révélateur. Il faut que je lui apprenne des méthodes de travail et ne pas l’étouffer sous des quantités de connaissances dont il ne sait souvent que faire. »

Il réfléchit deux secondes, étonné que Miossec ne lui ait pas encore coupé la parole.

« L’important n’est pas que les enfants apprennent beaucoup, qu’ils soient gavés, mais plutôt qu’ils connaissent leurs limites, leurs faiblesses et leurs certitudes. C’est la connaissance de soi qu’il faut viser avant tout. L’intérêt de cette classe, c’est justement que les enfants ne perdent jamais de vue ce qu’ils ont déjà appris et ce qu’ils ont encore à vivre. Ils ont une vue globale de leur enfance, Léo regarde Rémi et vice versa, en écoutant les petits, les grands peuvent être fiers de ce qu’ils ont déjà appris et les petits, en écoutant les grands, sont curieux de ce qui leur reste à découvrir.

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