L'écriture et les vacances

Entre l'écriture du tome 4 de Jarwal sur laquelle je travaille de nouveau, le travail de classe de fin d'année et les vacances qui se rapprochent, je laisse le blog en "stand by".

Suite au prochain épisode.

Jarwal le lutin

Le Grand Conseil

tome 4

 

"Ils avaient discuté jusqu’à la reprise des cours. Marine avait relaté encore une fois la description du voyage de l’eau faite par Jarwal. La rencontre avec les âmes.  

Personne n’avait remarqué le trouble de Lou…

 

Ils avaient retrouvé Léo sur un banc près du petit parc de la bibliothèque.

« Je n’ai rien écouté de la journée en classe, moi. J’ai intérêt à reprendre les cours, avoua Rémi. Impossible de penser à autre chose que notre histoire.

-Même chose pour moi, dit Léo et en plus, je savais que vous alliez en parler et du coup, j’essayais d’imaginer ce que vous alliez dire !

-Encore pire que pour nous ça Léo, commenta Tian.

-Ah, oui, je confirme. Et du coup, je veux bien que vous me fassiez un résumé ! »

Chacun y prit part et Lou fut la dernière à prendre la parole.

Un silence réfléchi s’installa, comme s’ils avaient tous besoin de faire le point intérieurement.

« Et vous trois, vous en pensez quoi de ce voyage ? demanda Lou soudainement.

-Moi, j’y vais, répondit immédiatement Rémi en regardant Lou droit dans les yeux.

-Moi aussi, annonça Léo. Jamais, je n’imaginerais que Léontine ou Jarwal puissent nous mettre en danger. Je leur fais totalement confiance.

-Et toi Marine ? »

Elle regarda ses deux frères. Cette attention constante qu’elle leur portait, cette responsabilité dont elle s’était chargée. Le souvenir furtif de cette sortie avec leurs parents, un torrent qu’ils avaient remonté, un courant assez fort qui avait obligé leur père à aider les garçons, ils étaient dans une gorge, aucune échappatoire et les obstacles s’étaient révélés plus sérieux que prévu. Comme souvent. Elle avait participé autant que possible à la progression des garçons qui s’accrochaient aux roches, escaladaient, nageaient parfois ou tentaient de marcher en résistant au flot. Elle se souvenait avoir poussé Léo pour qu’il franchisse un amas de branches coincées entre deux blocs. Elle ne les avait pas quittés des yeux jusqu’à en oublier les difficultés qu’elle devait surmonter elle-même. Elle était l’ainée. Et là, aujourd’hui, cette position lui apparaissait totalement désuète. Ces frères avaient grandi. Indéniablement. Et elle avait compris désormais que son amour pour eux s’était nourri aussi de sa fierté à être la chef du trio. Telle qu’elle l’imaginait. Elle n’en était plus là et d’ailleurs les deux garçons venaient de répondre avant elle, sans même attendre qu’elle s’exprime.

« Je ferai comme vous les garçons, » se surprit-elle à répondre.

Ils la regardèrent, tous, devinant que la voix monocorde recelait bien plus qu’une réponse. Rémi en éprouva une étrange peine qu’il ne s’expliqua pas, l’impression d’avoir contribué à une désillusion.

Il ne pouvait garder ça en lui.

« Tu n’as pas l’air dans ton assiette sœurette, parvint-il à dire.

-Si, si, Rémi, tout va bien, au contraire même, mais disons qu’il me faut du temps encore pour comprendre que je gagne bien plus que ce que je croyais perdre. C’est très simple en fait et autant que je vous le dise. »

Elle s’arrêta de parler, les yeux baissés, furtivement, un trouble visible, comme une respiration suspendue. Tout le monde l’observa.

« Je suis fier de vous deux, mes petits frères. »

Elle les regarda successivement et leur sourit.

 

Ils avaient douloureusement supporté l’impatience, s’astreignant à travailler encore pendant une journée supplémentaire, essayant péniblement de chasser les pensées insoumises, tout ce que leur imagination élaborait. Ils avaient discuté à chaque récréation et le soir après la classe, dès qu’ils retrouvaient Léo dans le petit parc jouxtant l’école primaire.

 

Samedi.

Ils s’étaient retrouvés à la fontaine du Chanay. Chacun muni de quelques affaires dans un petit sac à dos. Ils avaient remonté la forêt, alternant les paroles échangées et les moments de silence.

Ils arrivèrent au petit Lac Vert en milieu de matinée. Ils se désaltéraient quand elle arriva.

« Bonjour les enfants. »

Lou et Tian se regardèrent, interloqués. Marine, Rémi et Léo avaient immédiatement reconnu Léontine et ils les laissèrent s’habituer à l’idée qu’une voix leur parlait à l’intérieur.

« C’est toi Léontine ? demanda Lou.

-Oui, chère enfant, je suis posée devant vous, sur la petite pierre blanche, au bord de l’eau. »

Ils la virent tous ensemble lorsque l’insecte fit vrombir ses ailes.

« C’est incroyable, s’enthousiasma Lou. J’avais tellement envie que tout ça soit réel !

-C’est le cas Lou, je suis bien réel et tout ce que vos compagnons vous ont raconté l’est aussi. Jarwal a bien besoin de vous et je suis immensément heureuse que vous soyez venus jusqu’ici. »

Lou et Tian ne pouvaient s’empêcher d’observer la petite mouche bien que la voix résonne dans leur tête. Une stupéfaction qui les ravissait.

« Comment vois-tu la suite de l’histoire, Léontine ? J’ai besoin d’en savoir davantage.

-Et bien Tian, le voyage de l’eau va nous conduire dans l’Autre Monde, nous y rencontrerons les sages et vous pourrez intervenir pendant le Grand Conseil. Votre témoignage sera crucial. Je dirais même qu’il s’agit du seul espoir pour Jarwal. Il vous suffira de raconter ce qui s’est passé, les Sages vous écouteront.

-Est-ce qu’ils savent que nous allons venir ?

-Non, Lou, Jarwal a choisi l’effet de surprise. Et il ne pouvait se permettre de s’engager alors qu’il ne pouvait présager de votre décision.

-Combien de temps devrons-nous rester ?

-Vous serez rentrés avant la fin de la journée

-Mais c’est vrai qu’une journée ici équivaut à trois jours dans l’Autre Monde ?

-Oui, Lou, c’est à peu près de cet ordre.

-Et nous devrons rester pendant ces trois jours ?

-Je ne peux pas prévoir de la suite des évènements ma chère petite. »

Lou ne put s’empêcher de trouver étrange de se faire appeler « petite » par une mouche.

« Oui, je conviens que la tournure est curieuse pour toi Lou, intervint Léontine. Disons que mon apparence ne plaide pas en ma faveur !

-C’est un peu dérangeant de savoir que tu lis dans les pensées, Léontine. J’ai un peu l’impression de me faire voler, avoua Lou.

-Je n’y peux rien. Vos pensées volent comme des grains de pollen et je les reçois. Je suis ainsi.  

-Tu veux dire que les pensées sont matérielles, Léontine, intervint Tian.

-Elles ne sont pas matérielles dans le sens de solide, visible, palpable mais elles s’étendent comme des ondes et je les perçois.  Ce sont des énergies infimes et très difficilement contrôlables. Il faut imaginer des particules qui s’activent, s’entretiennent, se percutent et rebondissent, entraînant de nouvelles pensées.

-Où est la source de cette énergie ? Est-ce que c’est uniquement le cerveau ?

-Non, Tian, le cerveau n’est lui-même qu’un récepteur-émetteur mais il n’est pas le concepteur. Les pensées créent un réseau gigantesque qui englobe le phénomène vital. Les éléments vivants ne font que percevoir ces pensées et ils se les attribuent. 

-Il faut donc apprendre à penser par soi-même pour s’extraire de ce chaos énergétique ?

-Il ne s’agit pas d’un chaos Tian mais d’une opportunité de sagesse. C’est une proposition faite à tous les éléments vivants. L’apprentissage de la maîtrise.

-Et d’où viennent ces pensées alors ?

-De la Vie. La Vie se pense et répand ses pensées comme des pollens. Nous en sommes les bénéficiaires ou les victimes.

-Tian, tout cela est passionnant mais il y a une urgence, coupa Marine.

-Tu as raison Marine.

-Nous reprendrons cette discussion une autre fois les enfants. Etes-vous décidés ?

-Oui, répondit Rémi immédiatement.

-Moi aussi, enchaîna Léo.

-Moi de même, » termina Marine.

Les regards se tournèrent vers Lou et Tian.

« Il n’y a vraiment aucun risque Léontine ?

-Non, aucun, en dehors du fait que vous serez marqués à jamais par ce voyage. Mais nous ne vous laisserons pas vous débrouiller avec tout ça ensuite. Que ça soit Jarwal, Gwendoline ou moi, nous vous accompagnerons. »

Lou savait que Léontine captait chacune de ses pensées. Inutile d’essayer de réfléchir intérieurement. Elle essaya juste d’imaginer ce voyage et s’interdit d’entrevoir l’impensable…

Tian attendait la décision de la jeune fille. Par respect, qu’elle ne sente aucune pression. Pour lui, le choix était clair. Il accompagnerait Marine.

« Oui, je viens, lança Lou en regardant Rémi un bref instant.

-Moi aussi, » ajouta Tian immédiatement.

Les cinq enfants sentirent crépiter en eux une joie inexplicable, comme une intrusion étrange, quelque chose qui venait de l’extérieur.

« C’est moi les enfants. Je suis heureuse. Je vous remercie infiniment, de toute la force de mon âme. Préparons-nous maintenant.

-Jarwal avait raconté qu’il fallait apprendre des incantations Léontine.

-Oui Marine, mais nous n’en aurons pas besoin. Je me charge de tout.

-Tu veux dire que c’est toi qui vas nous faire voyager ? C’est toi qui vas nous guider ?

-Exactement Lou, vous n’avez juste qu’à descendre dans l’eau jusqu’aux genoux et vous donner la main.

-Bon, allons-y, décida Léo, on a assez tergiversé comme ça. »

Marine observa son petit frère entrer dans l’eau d’un pas décidé. Oui, il avait immensément grandi et elle en souriait intérieurement.

« Elle n’est même pas froide en plus ! Pour un peu, j’aurais envie de me baigner. »

Marine vint lui donner la main. Tian se plaça à ses côtés et toucha ses doigts délicatement. Marine ouvrit la main et la resserra sur celle du garçon. Des frissons dans son ventre, une chaleur délicieuse. Rémi les rejoignit et prit la main de Léo. Lou n’avait plus qu’une place. Elle entra dans le cercle et ferma la ronde. Le bonheur de tenir la main de Rémi.

« Ne bougez plus maintenant les enfants. Gardez les mains jointes. Je vais tourner autour de vous, laissez-vous aller. Nous nous retrouverons dans l’autre monde. »           

Les enfants entendirent le vrombissement de Léontine, impossible de la voir, la vitesse était stupéfiante. Elle enchaînait les tours comme un bolide à moteur. Ils virent soudainement l’eau s’agiter dans le cercle qu’ils formaient, des bulles qui remontaient à la surface, puis des zébrures, des rides agitées qui s’entrechoquaient, des vaguelettes qui se mirent enfin à tournoyer sur elles-mêmes, un siphon se dessinait au centre, ils virent dans le dos de leurs compagnons l’élévation de l’eau, comme une aspiration verticale, le siphon se changea en tube, passa sous leurs pieds et les encercla, ils entendaient une rumeur, comme un souffle interminable, une inspiration maintenue, l’impression que le ciel cherchait à aspirer l’eau, des trombes d’eau dans le sens inverse.

Marine serra de plus en plus fort la main de Tian. Lou en fit tout autant avec celle de Rémi. Tous, ils étaient subjugués par le spectacle. Ils n’entendaient plus le vrombissement de Léontine. L’élévation de l’eau accéléra jusqu’à les engloutir.  

Ils virent disparaître leurs compagnons, comme évaporés dans les murs liquides qui les englobaient. Marine pria pour qu’il n’arrive rien à ses frères et elle se sentit aspirée à une vitesse incalculable.

 

Comme un éclair traversant les cieux enflammés."

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