L'existentialisme

"L'homme existe d'abord, c'est à dire que l'homme est d'abord ce qui se jette vers un avenir et ce qui est conscient de se projetter dans l'avenir. Rien n'est au ciel intelligible et l'homme sera d'abord ce qu'il a projetté d'être. L'existence précède l'essence. Ainsi la première démarche de l'existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu'il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. L'angoisse est l'absence totale de justification en même temps que la responsabilité à l'égard de tous. Avant que vous ne viviez, la vie, elle n'est rien, mais c'est à vous de lui donner un sens et la valeur n'est pas autre chose que ce sens que vous choisissez. La vie n'a pas de sens à priori."

Jean-Paul Sartre.

 

Lorsque j'étais au lycée, en terminale philo, j'avais découvert ce texte avec un enthousisame débordant. Tout ça me semblait contenir une vérité indéniable. Je devais donner un sens à mon existence, j'en étais le seul responsable, quelques soient les obstacles, il ne tenait qu'à moi de les surmonter...La vie n'était rien d'autre que ce que j'allais en faire. En elle même, elle n'avait pas de réalité, c'était à moi de lui donner une "forme", un projet, une mission. Mes actes devaient donner à cette vie inerte une raison d'être.

 

La vie en moi s'est chargée de me montrer à quel point cette prétention n'était que l'exubérance de mon égo. Je ne suis plus du tout d'accord avec l'existentialisme de Sartre ou de Camus. Bien sûr que j'ai décidé d'écrire, bien sûr que c'est moi qui tapote sur le clavier et tente à travers ma raison de mettre en forme une éventuelle évolution spirituelle. Je pourrais aussi bien éteindre cet ordinateur et cesser de chercher en moi les réponses. Non, en fait, j'en suis incapable...Ca ne m'appartient pas. Il y a en moi une force qui me pousse à continuer. Les périodes de "sommeil" ont toujours été suivi de réveils flamboyants. Cinq livres, des milliers de pages, ce blog. Je n'y peux rien, ça n'est pas un choix, je ne peux pas lutter contre ça, j'appartiens à ce chemin, c'est un courant qui me pousse. Je n'ai aucune angoisse devant l'absence de justification. Je ne sais pas pourquoi j'écris. Je sais par contre ce que ça m'apporte mais le point de départ ne m'appartient pas. Il m'arrive même de ne pas savoir "comment" j'écris, ces périodes d'écriture "spontanée", comme une possession sublime. Ca n'est pas moi mais bien autre chose. Une énergie. La Vie en moi qui parle à travers les frissons qui m'enflamment, les larmes de bonheur, les envolées émotionnelles, comme des naissances, des accessions subites à une lumière indéfinissable, des flashs tonitruants.

 

J'ai cessé de penser que cette capacité d'écriture m'appartient. Les progrès dans la maîtrise de la langue sont de mon ressort mais la source des mots, je ne la connais pas, je ne peux pas y remonter, je descends dans le courant mais je ne suis pas un saumon...Et je n'en souffre aucunement. J'aime cette énergie et je la laisse m'emporter, je la bénis, je l'honore, je ne me soumets pas niaisement comme un dévôt mais je m'en nourris. Dans le courant, je trouve tout ce qui m'est nécessaire. Peu m'importe de savoir si au ciel il y a quelque chose d'intelligible, je n'ai pas accès à cette dimension, je ne sais pas si quelque chose est écrit, si j'ai un karma à éprouver, à purifier, tout cela reste du domaine de l'hypothèse et je n'ai pas envie de m'y perdre en me questionnant sempiternellement en espérant atteindre l'illumination. Si la Vie considère que je suis apte à recevoir un jour cette révélation, si je suis susceptible de comprendre ce qui ne m'est pas accessible aujourd'hui, je laisse l'énergie en décider, la Vie en moi sait où elle va.

Je reste donc dans l'instant en usant de ce que je possède réellement, les mots, la langue, l'écrit, un espace dans lequel je peux avancer, sans prétention, sans objectif. L'énergie apporte à ces mots la sève nourricière. Sans ce flux constant, les mots n'auraient aucun sens. Ils ne seraient qu'un jeu, un travail littéraire, une logorrhée narcissique.

 

Le sens de ma vie, c'est de laisser cette vie me porter, de la recevoir, de l'aimer, de m'en nourrir. Je n'existe pas d'abord. La vie en moi existe et si je la reçois avec tout le respect que je lui dois, je m'offre l'opportunité d'une existence.

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