La quête.



Toute mon expérience est centrée sur moi-même. Je suis celui par lequel tout ce qui vient à moi est reçu, analysé, commenté, rejeté, détesté, magnifié, adoré...Ce moi qui perçoit est au centre. Tout du moins, c'est l'impression qu'il donne. Je me demande si finalement, ce moi serait ce qui m'appartient le moins, une entité constituée de multiples fragments, parfois éparpillés au vent des conditions de vie. Lorsque je sais que quelqu'un pense du mal de moi, je suis en quelque sorte "relié" à cette personne, je me laisse emporter par les pensées générées par cette crise. De la même façon lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui m'aime. C'est à partir du moi que j'entre en relation avec le monde. Je vais donc m'astreindre à confirmer l'existence de ce moi en accumulant des fragments à partir desquelles je pourrais sculpter l'identification dont le moi a besoin pour exister. On devine le piège... Quelle est la réalité de ce moi sitôt qu'il prend forme à travers des pièces diverses qu'il ne maîtrise pas ? Juste un amalgame hétéroclite, comme des pièces de puzzle qui chercheraient à s'emboîter sans même connaître l'image finale. On travaille à l'envers... L'énergie dispensée pour élaborer cette image est pourtant phénoménale. Je vais accumuler et protéger "mes" objets, "mes" relations, mes "connaissances", "mes" pratiques spirituelles, "mes" amours...Tout cela créé un attachement grâce auquel je pense pouvoir donner de la valeur à mon existence. J'appartiens à mes attachements et je m'en glorifie... Il va falloir en plus que je protège mon territoire, "mes" possessions. Je vais devoir lutter contre ceux qui s'opposent à mes droits. Je chercherai sans doute à intégrer un groupe qui me ressemble et qui pourra me défendre. Les corporatismes s'installent, de puissantes images qui me ravissent...

Je vais connaître la peur aussi. C'est inévitable. La peur qu'on me vole mon identification ou qu'on ne la reconnaisse pas, que je sois rejeté ou incompris. J'entrerai en confrontation avec ceux qui ne me reconnaissent pas ou qui défendent leur image. La colère se nourrira de ma peur. Attachement, aversion, colère, peur, réjouissance, reconnaissance, insatisfaction, désillusion, amour, joie, peine, l'écheveau infini de la dualité.

Il se peut qu'un jour, pour une raison connue ou pas, je prendrai conscience de ces tourments insurmontables. Une illumination, un choc, une révélation, quelque chose d'incompréhensible pour la raison mais qui me bouleversera au-delà du connu. J'entrerai peut-être dans une nouvelle dimension, ça sera long évidemment, douloureux sans doute mais je sentirai pourtant que c'est mon chemin. J'aurai l'impression d'être entré dans la "quête". Comme un désir de plénitude.

Alors je chercherai à préserver cette plénitude, à l'accroître même, et dès lors se mettra en place une nouvelle identification. D'autres "agrégats". Juste d'autres perceptions, d'autres sensations, d'autres pensées, d'autres réflexions...J'arriverai peu à peu à identifier mes conditionnements, tout ce qui mène ma vie et ce petit moi que je vénérais. Mais l'insatisfaction liée à l'intention de plénitude me plongera immanquablement dans la désillusion et je reconnaitrais un jour des fragments d'une vie passée.

J'aurai juste changé ma façon de regarder les pièces du puzzle éparpillées. La "quête" n'aura été qu'une illusion, une machination du moi qui se sera finalement révélé le plus malin... Il sera toujours le maître des lieux. D'ailleurs, il me suffira de regarder le groupe auquel j'aurai adhéré dans ma "nouvelle" conscience. Juste une autre forme d'identification. Une autre étiquette. Plus belle à mes yeux. Aux yeux de mon orgueil.

La quête est une illusion. Une tromperie du moi qui se joue de tout. Je n'ai rien à chercher. Tout est déjà là mais en le cherchant, je m'en éloigne. Le moi, je le reconnais, je connais ses fonctionnements complexes mais je n'ai pas à le craindre. Il est là, en "moi" et je suis en lui. Et ce moi relié au je n'a pas besoin de quête puisque tout est là.

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