L'amour des montagnes. (A CŒUR OUVERT)

L’image contient peut-être : montagne, ciel, plein air et nature

 

Je pense que notre enfance crée des ancrages profonds et que l'amour en est la source. Un amour préfabriqué par les influences diverses : famille, amitiés, société, Histoire, appartenance à un groupe, à un statut social, à un mode de vie.

Le coeur possède plusieurs millions de neurones. Ils ont une importance émotionnelle considérable. Chaque émotion associée à une situation va s'ancrer dans la mémoire. Une mémoire cérébrale ou corporelle, les neuro biologistes sont dubitatifs quant au siège de cette mémoire.

Je pense en tout cas que ces émotions, qu'elles soient positives ou non, génèrent des adaptations de l'individu. Soit, il cherchera à reproduire et même à amplifier ces émotions favorables, soit il cherchera à les fuir.

Le conditionnement se met en place dès lors qu'il n'y a aucune analyse de ces fonctionnements.

"Pourquoi est-ce que tu aimes?"  est une question bien plus essentielle que de pouvoir indiquer ce que l'on aime.

Il peut y avoir des amours hérités ou des amours contrariants, des amours d'opposition, des amours par lassitude, des amours de dépit, des amours passionnés, des amours destructeurs. mais il y a toujours une raison profonde. Toujours.

Pourquoi est-ce que j'aime les montagnes ?

Il fallait que j'éprouve mes forces, que j'humilie la mort, que je retrouve cette puissance de la vie, celle que j'avais éprouvée au chevet de mon frère cliniquement mort.

Peut-être aussi s'agit-il d'une mémoire plus ancienne encore...Cette impression indescriptible d'être à ma place, au coeur d'un espace que je comprends, qui me comble, qui m'élève. D'où est-ce que ça vient ? Je ne sais pas. Une autre vie peut-être.

Pourquoi est-ce que je hais la ville ? Parce que j'y ai uniquement connu des drames ou des douleurs. L'incompréhension des autres, le rejet, la solitude, le bruit alors que je n'aimais que le silence, l'hôpital surtout...La mort contre laquelle je ne pouvais rien, ou pas grand-chose. Juste être là, soutenir mais sans pouvoir réellement combattre. 

Les montagnes se dressaient pour que j'y épuise ma rage.

Je n'ai rien choisi. L'amour l'a fait pour moi sans que je n'y comprenne rien. L'amour ou la haine, les effets sont les mêmes, les émotions se fossilisent et nourrissent les certitudes. C'est effrayant de réaliser que cette façon inconsciente d'éprouver l'amour est tout aussi néfaste que la haine. Il n'y a pas d'individu dans ce fatras émotionnel mais un ego qui se glorifie de ses "choix"...

Mais alors qu'advient-il si ce coeur et les émotions qu'il a connues sont retirés de l'individu, si un coeur artificiel lui est implanté ? La source des amours est tarie, la mémoire évènementielle est épurée. 

C'est cela que j'ai cherché à explorer dans le roman "A coeur ouvert".

Que reste-t-il dans ce cas-là ?

Un amour originel mais avec la capacité d'analyse de l'adulte et non la saisie immédiate et spontanée de l'enfant qui n'a pas la lucidité nécessaire pour étudier profondément avant d'adopter. Rien n'est plus malléable qu'un esprit d'enfant.

Mais si l'adulte se découvre nu, sans aucune repère, avec une impression étrange de paix, de détachement, un besoin de contemplation et de silence, à qui le doit-il ?

Je pense qu'il s'agit simplement de la Vie elle-même. Sans les interférences de l'existence.

C'est pour ça que j'aime les montagnes. Il ne s'agit plus d'un amour par réaction, par combat, par conviction mais juste d'un amour par osmose. Je n'aime pas simplement ce que je vis là-haut parce que ce que j'y suis n'a aucune importance. C'est le fait de pouvoir y "disparaître" qui est beau. Cette fusion qui ne relève pas de l'amour inconscient mais d'un amour "maternel", les retrouvailles avec le placenta originel, avec la Vie.

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