Le pont.

Le pont qui enjambe le torrent, et qui permet aux pèlerins d'aller au temple vient d'être emporté par les eaux tumultueuses du torrent. De ce fait les moines, les gens se rendant au monastère doivent faire un long et périlleux détour.


Après bien des hésitations il fut décidé de reconstruire un pont, oui mais voilà, depuis que la décision avait été prise un immense vacarme régnait au village.



Le forgeron était adepte d'un pont métallique... au moins c'est du costaud, il ne bougera pas...


Le charpentier lui ne pensait que bois...le bois ne rouille pas, il n'est pas aussi rigide que le métal, plus souple il résistera mieux....


- Votre pont en métal rouillera et se brisera, que dire du bois, il finira par pourrir  et les gens passeront au travers. Non la pierre est éternelle, elle ne craint pas la rouille, le temps, c'est un pont de pierre qu'il faut...


Au fur et à mesure des jours qui passaient les choses empirèrent et un poison insidieux et dévastateur s'écoula dans les rues du village.


Des groupes s'étaient formés derrière chaque artisan. Tant et si bien qu'aucune solution ne fut trouvée.


Ne sachant plus quoi faire on fit appel au moine, lui saurait ce qui est le mieux.


Après une longue marche il arriva au village, à peine fut il arrivé que tous l'entourèrent et  lui parlèrent en même temps...


- Alors vénérable qui a raison, quelle est la meilleure solution ?...


Le moine sourit et s'assit. Il regarda la foule, puis les trois artisans présents...


- Chacun de vous pense que ce qu'il fait est la meilleure des choses à faire, la seule évidente et possible. En cela vous avez un point commun, le bien de tous. Ce que je perçois c'est qu'au fond de vous, enfoui sans même que vous le sachiez il y a quelque chose de bien, chacun de vous pense et veut faire le mieux. Vous n'êtes pas si différents. Je m'adresse à cette partie de vous qui veut le meilleur, entendez cette petite voix en vous et alors vous saurez...


Déstabilisés les trois hommes se tinrent silencieux, en se regardant, comme s'ils se découvraient pour la première fois. Ils s'aperçurent que tous les trois souhaitaient la même chose. Ils sourirent  et virent l'autre
 avec un autre regard, celui de l'amour de l'autre.


Tout le monde rentra chez lui, apaisé.


On ne revit plus les trois artisans dans les rues du village. Un matin, prés du torrent, trois hommes travaillaient à remettre le pont en état.


Des bases solides furent taillées dans le roc par le tailleur de pierre, des piliers de bois prirent appui dessus. Le tout maintenu par des clés d'acier forgé, des renforts.


Enfin le pont fut terminé et pélerins et moines pouvaient à nouveau traverser le torrent sans risque.


Ce pont était le symbole de trois pas distincts réunis sur un même chemin, nommé amour.


L'hiver passa et à la fonte des neiges le torrent redoubla de violence, le pont bien planté sur ses bases de roc, flanqué de ses piliers de bois résistant, renforcé par l'acier ne bougea pas d'un cm.


Ce matin là parmi la brume humide des remous du torrent une silhouette se détachait, un homme était debout, qui souriait sa robe pourpre flottant au vent...



Serge.

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