Le progrès...

Un ou deux exemples...

 

http://www.lesechos.fr/info/analyses/020573005941-mourir-pour-l-ipad.htm

 

Onze personnes se sont jetées des mêmes toits ces derniers mois. C'est ce que reconnaissent les autorités chinoises. Rien n'exclut que la réalité soit pire, d'autant que les tentatives de suicide ne semblent pas recensées par l'entreprise. A Shenzhen, cette usine de Foxconn, du groupe taïwanais Hon Hai Precision Industry, travaille pour Nokia, Sony, Dell, Apple… Elle assemble « smartphones », PC et surtout, à marche forcée, la nouvelle tablette magique d'Apple. Depuis cinq jours, l'iPad est en vente en Europe et tous les journaux annoncent des lendemains qui chantent.

A quel prix ? Les morts de Foxconn exigent qu'on sache réellement le coût, en vies et en chair, de nos jouets encore neufs. Tout est lisse, sur les écrans tactiles - images fluides, changements instantanés. De quoi oublier très vite la face cachée : pour livrer ces bijoux, des humains triment dans les soutes et les arrière-mondes. Toujours pauvres, presque toujours jeunes, rivés à des tâches mécaniques, soumis à des pressions écrasantes, des horaires harassants, des solitudes absolues, ils ne connaissent du monde qu'opacité et aspérité. Au point d'en finir avec l'existence.

Ce serait une grave méprise de croire qu'ils ont véritablement choisi de mourir. Car il n'a rien d'un choix, le suicide par désespoir, par effroi devant l'épuisement, l'absurde, l'arbitraire et la misère. Dans ce cas, au contraire, comme l'a bien vu Schopenhauer en 1819, « l'individu suicidaire veut la vie […], il veut l'affirmation du corps et la libre existence de celui-ci, mais le tissu embrouillé des circonstances ne le permettant pas, il est affligé d'une grande souffrance ». L'annulationde soi-même sous le poids des contraintes extérieures est aux antipodes des suicides de sages.

Socrate, condamné à mort, en toute légalité mais en toute injustice, aurait pu s'évader. Il boit la ciguë, lucidement, pour exécuter la sentence par fidélité aux lois. Sénèque se taille les veines sur l'ordre de Néron, montrant qu'il sait quitter la vie sans rien regretter. Ceux-là meurent en maîtres : ils consolent leurs proches, dictent leur testament et s'absentent souverainement du banquet de l'existence. Quantité de récits, et plus encore de tableaux classiques, ont célébré ces héros qui ne tremblent pas.

Les victimes du travail infernal et du management despotique se trouvent dans une situation exac-tement inverse. Ecrasées, et non souveraines. Esclaves, et non libres. Poussées au suicide parce que chaque jour leur est devenu invi-vable, et non pas, comme les sages, quittant le présent parce que la mort leur est devenue indifférente. Enfin, Socrate ou Sénèque n'ont besoin de personne : nulle aide ne leur est nécessaire, nul soutien indispensable. Il n'en va pas de même avec les suicidés du management. Ceux qui pourraient encore mourir ont besoin de nous. Or les opinions ont un poids. Les médias, des devoirs. Les compagnies clientes, des pouvoirs.

Car les consommateurs semblent aujourd'hui moins aveugles, moins indifférents. Ils pourraient bien juger préférable de ne pas acheter des produits sortant d'usines où l'on veut faire signer aux employés… un engagement de ne pas mettre fin à leurs jours. Le grotesque, là, le dispute à l'odieux. Demain, le suicide passible d'amende, ou de prison ? Dans cet univers ubuesque, osera-t-on proclamer que tout suicidé risque la peine de mort ? Va-t-on faire porter la menace sur les proches, la famille, les survivants ?

Pour tenter d'agir sur cette déraison inhumaine, on peut rêver que se constituent des mouvements citoyens, qu'ils exigent un label, un signe garantissant que des normes sont respectées. On peut rêver que les compagnies et les marques se décident alors à faire pression sur ceux qui sous-traitent et surmènent. On peut imaginer que se mettent en oeuvre toutes sortes d'actions concrètes pour garantir contre ce vice de fabrication qui fait qu'aujourd'hui, en ouvrant les boîtes, on discerne, sur les écrans neufs, du sang et des larmes.


 

Des milliards en une journée. Pourquoi s'intéresseraient -ils à des oiseaux dont ils ignorent l'existence ?

http://www.lesechos.fr/info/energie/020576088390-maree-noire-bp-s-effondre-en-bourse-apres-son-echec-dans-le-golfe-du-mexique.htm

 

British Petroleum paie chèrement son échec dans le golfe du Mexique. Le pétrolier a dégringolé de 13,1 % hier à la Bourse de Londres, à 430 pence, après l'abandon ce week-end d'une tentative de colmatage de la fuite résultant de l'explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon le 20 avril dernier. Les dirigeants de BP attribuaient de 60 % à 70 % de chances de succès à cette initiative basée sur une injection de boue et de débris dans ce puits situé sous 1.500 mètres d'eau. Fermés lundi en raison de jours fériés, les marchés boursiers anglo-saxons ont violemment réagi à ce nouvel échec, qui ne laisse plus augurer de solution définitive avant le mois d'août. BP a perdu près de 18 milliards de dollars de capitalisation en l'espace d'une séance. Depuis le début de l'accident, voilà six semaines, le pétrolier britannique a vu sa valorisation s'effondrer de plus de 60 milliards de dollars pour tomber aux environ de 116 milliards aujourd'hui. «  Pour les grands fonds d'investissement, la légitimité du titre peut devenir de plus en plus difficile à justifier car les premiers éléments de l'enquête laissent entendre que BP n'aurait pas respecté l'ensemble de ses procédures de sécurité  », explique un analyste parisien. «  Les incertitudes sur l'ampleur des coûts et des dommages vont rester considérables jusqu'à ce que la fuite soit arrêtée  », ajoute Peter Hitchens, analyste chez Panmure Gordon & Co., cité par Bloomberg. D'ici là, le titre risque fort de continuer à chuter.

Les moyens de payer

La saison des ouragans, qui a officiellement débuté hier dans le golfe du Mexique, va probablement pousser le pétrole encore plus loin à l'intérieur des marais de Louisiane et endommager un peu plus l'écosystème local. Pour certains, le titre va pâtir d'un effet d'image qui ne pourra pas se résorber avant plusieurs années. D'autres observateurs, comme la banque d'investissement Arbuthnot Securities, jugent même la survie du groupe en jeu et n'hésitent plus à évoquer la possibilité d'une OPA. Une hypothèse qui soulève beaucoup de scepticisme chez les professionnels du secteur, compte tenu des incertitudes liées à l'ampleur des coûts de la marée noire dans les années à venir.

Pour la plupart des analystes, BP continue d'avoir les moyens de surmonter l'accident. Depuis l'explosion de la plate-forme, le pétrolier a dépensé près de 1 milliard de dollars pour tenter de boucher la fuite et endiguer l'arrivée de la marée noire sur les côtes. Les coûts liés au dédommagement des professionnels de la pêche, du tourisme et aux actions en justice sont plus difficiles à évaluer. La semaine dernière, Credit Suisse estimait la facture finale à 17,6 milliards de dollars. ING juge de son côté qu'elle pourrait atteindre 22 milliards de dollars dans le pire des cas. Aussi élevée soit-elle, cette facture reste néanmoins absorbable pour un groupe qui investit chaque année 20 milliards de dollars et qui a dégagé près de 17 milliards de dollars de profit l'an dernier. «  Les marchés veulent du sang et sur-réagissent clairement à cette suite de mauvaises nouvelles  », estime Jason Kenny, analyste chez ING. Tombé à 430 pence, le titre continue d'offrir un retour sur investissement intéressant en dessous de 600 pence, juge même ING. Une analyse à froid qui peine manifestement à convaincre les marchés.

EMMANUEL GRASLAND, Les Echos

 


 

 

Océans | le 28 mai 2010

Toujours pas de thon rouge à l’horizon… Auraient-ils déjà tous disparu ?

http://oceans.greenpeace.fr/toujours-pas-de-thon-rouge-a-lhorizon-auraient-ils-deja-tous-disparu

Avec une taille pouvant dépasser les trois mètres, le thon rouge fait figure de géant des océans. Aussi grand qu’une petite voiture de sport, ses capacités d’accélération sont supérieures à celles des bolides. Sa morphologie hydrodynamique approche la perfection, si bien que certains chercheurs tentent de s’en inspirer pour concevoir des torpilles et des sous-marins. En réalité, seuls les orques et les grands requins représentent une menace pour le thon rouge, qui règne pratiquement en maître sur les océans et peut vivre jusqu’à 30 ans.



Mais aujourd’hui, les stocks s’effondrent et le thon rouge de Méditerranée est en voie d’extinction. Pourtant, on sait que ce poisson est pêché depuis plus de 7 000 ans. Pendant l’Antiquité, les Romains le ramenaient déjà dans leurs filets pour nourrir leurs soldats. Jusqu’aux années 1960, la pêche au thon rouge était pratiquée à petite échelle : le thon rouge était capturé en Méditerranée par les madragues, des filets fixes sur les côtes.

Les problèmes ont commencé quand certains ont eu l’ingénieuse idée de tirer parti des mœurs de reproduction – certes un peu particulières – des thonidés : pour se reproduire, ils se regroupent tous les ans à la même époque (de fin mai à fin juin) et au même endroit, en Méditerranée… ce qui, bien entendu, facilite leur capture.

Ainsi, à partir des années 70, la pêche artisanale a cédé la place à une pêche industrielle qui a connu un véritable essor, et le développement des thoniers senneurs a signé l’arrêt de mort de l’espèce, tout comme celui de la pêche artisanale. La pêche à la senne s’apparente en fait davantage à une véritable chasse, avec ses « rabatteurs » (les avions de repérage) et ses « tireurs » (les senneurs). La senne utilisée pour le thon rouge est un filet long de plus de deux kilomètres, qui ne laisse aucune chance aux bancs de poissons.

Dans un premier temps, les sennes étaient donc pleines. Et pour écouler l’offre abondante, il a fallu booster la demande. Le thon rouge est vite devenu un aliment phare de la cuisine japonaise, notamment des fameux sushi. Pourtant, contrairement à une idée largement répandue, le thon rouge ne faisait pas partie à la base des ingrédients traditionnels de la cuisine nippone. Mais la recherche du profit à tout prix a poussé les pêcheries à s’industrialiser toujours plus, à une échelle démesurée et insoutenable…. Ainsi, une poignée de thoniers senneurs remplissent leurs filets et leurs poches, tandis que nos responsables politiques assistent les bras croisés à la disparition d’une espèce emblématique de nos océans…

Tous les acteurs présents, mais pas de pêche possible !
Le Rainbow Warrior, le navire amiral de Greenpeace, n’a pas démissionné : il est en Méditerranée depuis l’ouverture de la saison de pêche. Les bateaux de pêche sont là eux aussi, avec leurs remorqueurs et leurs cages, tout comme les navires militaires de contrôle. En revanche, les thons rouges brillent par leur absence…

Il se peut que les thonidés s’en soient allés vers des eaux plus chaudes, qu’ils aient pris un peu de retard à cause d’une température de l’eau trop froide, ou que nous ne regardions pas au bon endroit. Ou alors, le pire des scénarios est peut-être en train de se réaliser : les thons rouges ont disparu.

Cela fait des années que Greenpeace et les associations de protection de l’environnement tirent le signal d’alarme. On a beau nous accuser de jouer les Cassandre, le bon sens veut que si l’on continue de traquer une espèce menacée d’extinction, au bout d’un moment, elle cesse d’exister.

Mais la patience est le maître mot des militants embarqués à bord du Rainbow Warrior. « Dépêchez-vous et attendez » est devenu la devise officielle de nombreuses actions menées par Greenpeace. Ce qui est sûr, c’est que les pêcheurs sont prêts, et le temps joue contre eux : la saison de pêche se termine le 15 juin. Ces dernières années, la saison de pêche a été considérablement écourtée : trop de bateaux, trop peu de ressources halieutiques. Espérons que quelqu’un a tuyauté les thons rouges pour qu’ils n’arrivent pas en Méditerranée avant le 16 juin !

Auparavant, les thoniers pouvaient pêcher 11 mois sur 12, contre un seul aujourd’hui… Malheureusement, ces mesures s’avèrent insuffisantes pour permettre une reconstitution des stocks. Si l’on veut vraiment mettre un terme au déclin des populations de thonidés, il faudrait s’assurer qu’ils puissent se reproduire dans des conditions optimales, et à cet effet, commencer par protéger les zones où ils se reproduisent.

La solution : des réserves marines
Le thon rouge est un poisson migratoire qui, par conséquent, peut difficilement se reproduire en captivité. Il faut donc préserver les espaces dans lesquels ils évoluent naturellement, notamment les mers entourant les îles Baléares. Si, pour la plupart d’entre nous, ces îles riment avec soleil et vacances, elles sont synonymes de survie pour le thon rouge qui vient s’y reproduire.

Ainsi, pour protéger le thon rouge, il faut protéger les Baléares (et le sud de la Sicile, et le Golfe du Mexique, pour commencer !), et empêcher les thoniers senneurs de capturer une espèce en danger qui vient justement dans ces eaux pour se reproduire. La science est formelle, la logique implacable. Le raisonnement n’est pas difficile à comprendre, que vous vouliez sauvez le thon rouge en tant qu’espèce ou préserver le futur de la pêche.

Entre autres mesures, il faudrait notamment créer des réserves marines dans les zones de reproduction du thon rouge en Méditerranée. Depuis des années, Greenpeace et d’autres ONG réclament l’établissement d’un sanctuaire pour le thon rouge dans les eaux des Baléares. Toutefois, le gouvernement espagnol, qui n’a jamais été le meilleur ami du thon rouge, s’oppose à cette mesure.

En bref, nous nageons dans un océan de scandales. Pourquoi les thoniers-senneurs ont-ils le droit de guetter et d’épingler une espèce en voie de disparition qui vient en Méditerranée pour se reproduire ? Pourquoi nos gouvernements défendent-ils les intérêts des pêcheurs, et non ceux du thon rouge ? Il semblerait que le thon rouge soit devenu le symbole d’une gestion catastrophique de la pêche et des ressources naturelles.

Notre fiche thématique sur le thon rouge

Notre fiche thématique sur les réserves marines

François et Isabelle, en direct de la mer Méditerranée.

 

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