Le silence

Je sais ce que j'aime dans l'hiver en plus de ses paysages enneigés, de ses forêts figées, des chevelures de poudreuse sur les crêtes. C'est le silence.

Maintenant que le printemps se réveille, dès que je sors, je me heurte aux moteurs des motos, des tronçonneuses, des tondeuses, des voix éparpillées dans les jardins environnants, les cris des enfants, la rumeur de la ville deux kilomètres en contrebas.

Rien à dire, pas de plainte, tout ça est normal, la vie extérieure reprend ses droits.

Mais je regrette tout de même ce silence parce que j'ai conscience aujourd'hui du bien être qu'il m'apporte.

J'ai la chance de vivre avec une femme qui aime ce silence tout autant que moi. Ne rien dire n'est pas une offense, pas de télévision, pas de radio, pas de musique. La chaîne hifi n'a pas fonctionné depuis des années. Le MP3 suffit à nos envies occasionnelles de musique. L'autre n'a pas à les supporter.

 

Mais ce silence du monde m 'est tout aussi important que le silence de la maison. Comme si désormais, le bruit extérieur ne pouvait plus s'adjoindre au silence intérieur dans lequel j'aime évoluer.

Les bruits de mes pensées, je tiens à les choisir. Et quand je sors, j'ai du mal à m'accoutumer à ces vagues incessantes. Elles sont trop dissonnantes. Je peux vivre sereinement devant l'Océan, sa houle est une mélodie contemplative et nullement agressante, j'aime le vent des montagnes, le bruissement des arbres, la furie des torrents, le babillage des ruisseaux. Mais les moteurs, les cris, les voix, ce sont des interruptions brutales dans le silence intérieur.

C'est assez représentatif de la vie moderne d'ailleurs. Ce bruit comme une présence constante, comme un compagnon hyper actif...Jamais en repos. Qu'y a-t-il à entendre de soi quand il n'y a pas de silence autour de soi ? C'est comme une dispersion, une fragmentation, des pièces de puzzle. Est-ce que c'est volontaire, est-ce qu'il s'agit d'un remplissage, du comblement d'un vide insupportable, d'une habitude irréfléchie, inconsciente, éducative ?

 

Quand je vais en montagne, je suis toujours surpris de rencontrer ces groupes de marcheurs volubiles. On les entend venir de loin...La même attitude que dans leur environnement quotidien. Comme si le silence partagé était une offense :"Tu fais la gueule ?" On la connaît bien cette question et elle fait tellement peur qu'on préfère meubler...C'est là qu'elle se trouve l'offense : c'est de penser que l'autre est capable de supporter n'importe quelle discussion, aussi insignifiante soit-elle...Quand on n'a rien à dire, il ne faut rien dire et il faudrait apprendre aux enfants à se taire et à aimer le silence. Ca laisse au moins l'opportunité de découvrir quelque chose d'intéressant qui vaudra la peine d'être partagé.    

 

"Nous ne nous connaissons pas encore car nous n'avons pas encore osé nous taire ensemble."

Albert Camus.

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