Lutter contre le vent.

Je me souviens que lorsque je roulais en vélo en Bretagne, je me retrouvais souvent face au vent et le vent en Bretagne, c'est un phénomène puissant...Alors, je rentrais dans une lutte redoutable, je m'imaginais le découper, le repousser, chercher à entrer dans sa masse invisible et le détourner de mon corps, je combattais de toutes mes forces, obstinément...Et je finissais toujours par m'épuiser...

J'ai découvert un jour que je pouvais au contraire me fondre en lui, glisser dans ses arabesques, jouer avec lui comme un avec un partenaire exigeant...Cette attitude me comblait de bonheur sans que je comprenne vraiment pourquoi. Je ne luttais plus, j'essayais d'être en osmose. C'était devenu un jeu...

En écrivant "Les Eveillés" et en analysant mon parcours de vie, j'ai réalisé que mes errances et mes douleurs relevaient davantage d'une lutte constante contre les tempêtes de l'existence que des conséquences réelles de ces tempêtes. Je m'appropriais ces difficultés et je m'identifiais à elles. Je n'étais jamais dans l'acceptation des choses mais dans un combat, spirituel, intellectuel et physique...J'y ai laissé une énergie considérable sans jamais trouver la sérénité de l'osmose. J'aurais dû me souvenir de ces expériences à vélo mais je préférais l'image du combattant infatigable. Mon égo me tenait.

Respecter la vie, c'est accepter ce qui est, donner à ce qui est l'image du vent qui souffle. Soit j'adapte mon allure et je me réjouis de l'instant, quelques soient les difficultés pour progresser, soit j'entre dans une lutte déraisonnée en croyant être le plus fort, en pensant que ma raison me sauve alors que c'est mon égo qui me domine. En ne me perdant pas dans une lutte sans issue, je préserve mon énergie pour la concentrer sur l'acte le plus adapté, je ne m'égare pas dans des tentatives et des intentions inaccessibles mais je reste à mon niveau, dans un état de plénitude favorable à une acceptation inconditionnelle de ce qui est. Dès lors, je glisse sans à coups et sans heurts dans la masse invisible de la vie.

"L'enfer est là parce que tu veux en sortir."

Karl Renz.

Il en est de même avec nos pensées. Ce ne sont pas nos pensées qui nous font souffrir mais notre attachement à nos pensées, comme si elles étaient nous-mêmes alors qu'elles ne sont qu'une version de la réalité qui est en nous. L'attachement à nos pensées vient de ce que nous les tenons pour vraies sans les avoir examinées avec la distance indispensable. Etre celui qui observe ce qu'il pense et dès lors se détacher de la pensée et ne pas la laisser nous saisir ou ne pas s'identifier à elle.

Nous vivons les pensées comme des croyances auxquelles nous adhérons sans les avoir autopsiées avec la raison nécessaire à l'éveil. Nous sommes "endormis" par les litanies de pensées tourbillonnantes, anesthésiantes ou énergisantes. Elle ne sont que des hallucinogènes et nous sommes des toxicomanes à l'attachement et à notre "sommeil."
L'enfer, c'est nous.



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