Rituels de passage.

Dans les sociétés dites "primitives" il existe des rituels de passage destinés à provoquer un changement d'état de la conscience du jeune initié. Pour cela, il est courant d'user de drogues hallucinogènes, de créer un état de transe en faisant effectuer des gestes répétés ou émettre des sons particuliers, de placer l'initié dans une situation de danger ou d'épreuves auxquelles il doit faire face après y avoir été préparé.

"La plume de l'aigle" chez les Amérindiens. "Le saut" du haut d'une tour avec une liane aux pieds, la tête s'arrêtant à quelques mètres du sol, en Papouasie (il me semble), la chasse à la baleine ou à l'ours polaire chez les Inuits, le lion chez les Masaïs, plusieurs jours d'isolement dans la forêt amazonienne chez les Kayapo..."La forêt d'émeraude"...Un bel exemple d'initiation.

 

Et ici.

La prise de drogue n'est pas accompagnée par un Chaman et a des conséquences désastreuses. Fatales parfois.

Les accidents de la route témoignent bien souvent de cette tentation du danger.

L'isolement dans une nature vierge est devenu quasiment impossible.

 

Les rites de passage ne sont plus perçus que comme des actes inconsidérés, inconscients, absurdes, néfastes. Ils le sont effectivement. Ce ne sont pas les jeunes qui en sont responsables mais les adultes qui ont abandonné ce rôle, qui l'ont délégué à la vie en société, une société déstructurée, privée de ses traditions les plus essentielles.

L'école est devenue le cadre normatif de ces rites de passage : la maternelle, le passage en primaire, le passage au collège, le lycée, l'université, certains ont été abandonnés en cours de route et cherchent donc d'autres rites à éprouver, c'est ainsi, il faut avancer à travers les épreuves, et si le cadre normatif s'est montré impitoyable il faudra trouver des palliatifs. Ceux-là ont été sacrifiés pour montrer aux élus leur statut de "privilégiés"...L'égalité ne mettrait pas en valeur les particularités et ne permettrait pas la création de castes. Et les castes sont un moyen fabuleux de créer de la richesse...La boucle est fermée. Et rien ne peut défaire le noeud, il est devenu archaïque, ancré dans l'incosncient collectif. Il s'entretient de lui-même tant sa force est gigantesque.

L'alcool, la drogue, le sexe, l'appartenance aux groupes, les supporters de foot, ces fanatiques qui ne vivent que pour l'épreuve par personnes interposées, les groupes politiques, religieux, médiatiques, toutes les formes d'appartenance et de reconnaissance sont des palliatifs. Le problème, c'est qu'ils n'élèvent pas la plupart du temps mais créent une dépendance... Il n'y a pas de passage d'une rive à une autre mais la nage frénétique dans les miasmes boueux de l'embrigadement. Il faut juste maintenir en état les troupes. Les jeunesses hitlériennes, les Khmers rouges, les Staliniens en sont des exemples frappants. Et monstrueux. Les organisateurs n'ont pas pour objectif l'élévation spirituelle de l'individu mais son adhésion définitive, un rôle à tenir, valorisant bien sûr mais nullement évolutif dans sa dimension existentielle. A moins que la personne ne devienne à son tour un maître de l'organigramme. Un élu supérieur...

 

Le service militaire a occupé un temps ce rite de passage mais on connait ses dérives et la force de son embrigadement ou du dégoût qu'il générait. Aucune élévation spirituelle.

 

Alors que reste-t-il ?

Le sport parfois, non pas lorsqu'il est intégré et dirigé par une structure compétitive, une fédération et tous les égos, les carrières, les ambitions personnelles qui s'y greffent mais le sport "libre", le sport comme une ouverture de l'esprit à cette dimension intérieure que les rites révélaient.

Je sais ce que je dois à la montagne, à la course à pied, au vélo, à ces milliers d'heures passer à pédaler, au-delà de tout objectif, rien d'autre que de passer la porte...

Je n'appartiens à aucune structure, je n'adhère à aucun groupe politique, religieux, social, je ne suis fan de rien, je n'idolâtre rien ni personne, je vis dans une liberté que je garde farouchement. Mes rites de passage, je les ai choisis, certains se sont imposés, sans doute parce que j'étais figé, sans doute parce que sans en avoir conscience je m'étais ancré dans les certitudes, j'avais fini par ébrécher les murailles et je laissais couler en moi le fiel du monde.

Les seules personnes auxquelles je tienne sont la femme que j'aime et mes trois enfants. Le reste du monde pourrait disparaître, je m'en remettrais toujours. Peut-être est-ce monstrueux ? Et pourtant j'ai pleuré tout seul en voyant les enfants d'Haïti. La misère humaine m'effondre. Peut-être me suis-je éloigné pour survivre ? Parce que la douleur des autres me tue. Certains rites de passage m'ont marqué au fer rouge. Je ne leur en veux pas, je sais ce que je leur dois et de toute façon, c'était ma voie; il n'y a rien à regretter, il s'agit de comprendre. D'autres rites sans doute seront nécessaires avant d'arriver au bout. J'essaierai de les choisir avant qu'ils ne s'imposent.

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