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  • DAZIBAOUEB

    UN SITE à découvrir; Infos et articles écrits par les abonnés.

    http://www.dazibaoueb.com/article.php?art=77

    Auteur : Marc L.

    DAZIBAOUEB est en quête d'une information vraiment alternative, notre but est d'être les passeurs d'une information pluraliste, ouverte, indépendante et pertinente dans l'impertinence.

    Notre défi est d'aller au-delà des apparences et des discours officiels relayés par les médias dominants et de vous donner l'envie et les moyen d'être vous aussi passeurs d'infos et acteurs de votre devenir.

    Il nous a semblé tout indiqué de reprendre une très ancienne tradition extrême-orientale : le DAZIBAO et de l'adapter au web pour en faire DAZIBAOUEB.

    Le dazibao, littéralement « journal à grands caractères » en Chine est une affiche rédigée par un simple citoyen, traitant d'un sujet politique ou moral, et placardée pour être lue par le public. L'expression de l'opinion publique par l'affichage est une tradition de la Chine impériale.

    Les voyageurs rapportent que les citoyens mécontents écrivaient ou imprimaient des affiches pour critiquer l'administration du magistrat impérial, qui étaient placardées dans la ville et jusque dans la rue devant le tribunal, siège du magistrat. Le peuple se rassemblait autour des affiches pour les commenter.

    De la même manière, chacun peut publier un article sur Dazibaoueb et commenter les articles publiés.

    Ne subissons plus l'info, faisons là !


    Un article sur l'école.

    Dans La nouvelle école capitaliste, ces profs chercheurs démontrent comment le système scolaire français s’est plié à la politique néolibérale et a désormais pour objectif de former des travailleurs capables de répondre aux exigences des entreprises.
    Excessif ? Pas du tout : il suffit de lire les rapports de la Commission européenne et de l’OCDE, à l’origine de cette transformation entamée dans les années 80 et accélérée par Sarkozy.

    nouvelle-ecole-capitaliste.jpg

    ISBN 978-2-7071-6948-8 19,50€ / parution aout 2011
    Ce qui ressemble aujourd’hui à un sabotage de l’école – suppressions de classes, réduction des effectifs enseignants et appauvrissement de la condition enseignante – ne suffit pas à caractériser la mutation historique de l’école. Celle-ci ne joue plus seulement une fonction dans le capitalisme, comme l’ont montré les analyses critiques des années 1970, elle se plie de l’intérieur à la norme sociale du capitalisme.
    La connaissance est désormais assimilée à un facteur de rentabilité
    L’” employabilité ” est le principe et l’objectif de la normalisation de l’école, de son organisation et de sa pédagogie. L’école devient peu à peu un système hiérarchisé d’entreprises productrices de ” capital humain ” au service de l’” économie de la connaissance”. Elle cherche moins à transmettre une culture et des savoirs qui valent pour eux-mêmes qu’elle ne tente de fabriquer des individus aptes à s’incorporer dans la machine économique.
    La nouvelle école capitaliste généralise et systématise les inégalités
    Les effets inégalitaires de la concurrence, la mutilation culturelle introduite par la logique des ” compétences ” ou la prolétarisation croissante du monde enseignant révèlent la perte d’autonomie de l’école par rapport au nouveau capitalisme et aux luttes des classes sociales autour de l’enjeu scolaire.
    Dans ce livre de combat et de théorie, les auteurs renouvellent la sociologie critique de l’éducation en inscrivant les mutations de l’institution scolaire et universitaire dans celles du capitalisme contemporain. Ils entendent ainsi donner à tous ceux qui se sentent concernés par cette problématique éminemment politique les outils d’analyse pour construire une alternative convaincante et résolue.
    L’école idéale, est-ce une utopie ?
    Durkheim, un des fondateurs de la sociologie moderne, disait que si on veut comprendre un système d’enseignement, il faut essayer de comprendre quel homme il veut former. Veut-on, comme aujourd’hui, former un humble travailleur flexible et docile ? Où veut-on concevoir un nouveau citoyen ? C’est à dire quelqu’un qui nse contentera pas de voter tous les cinq ans pour son nouveau dirigeant, mais un citoyen qui, doté des outils de compréhension et d’action sur le monde, sera armé pour participer activement à la vie publique et au gouvernement économique.
    Ce projet là est plus que jamais actuel. Jaurès allait jusqu’à dire qu’il faudrait être fou pour rêver d’une école plus égalitaire dans le monde capitaliste. Une véritable école démocratique n’est concevable que dans une société démocratique. C’est cette ambition que nous devons avoir.
    ————————————————-
    Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Clément et Guy Dreux sont enseignants et chercheurs. Ils sont membres de l’lnslitut de recherches de la FSU où ils animent un séminaire public sur ” Les politiques néolibérales et l’action syndicale “. Ils ont publié plusieurs ouvrages sur les questions d’éducation.

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  • Un rêve revendicatif.

    Levé à 4h15, je ne dors plus là...Je rêve des dialogues des personnages de mon bouquin...Ils me causent comme si j'étais dans leur histoire. Là, je viens de rencontrer le personnage principal dans un café...

    Il m'a dit qu'il voulait revoir sa fille...Il avait un visage radieux. Il y avait la rue derrière la vitrine. J'ai vu ses yeux...Je l'écoutais simplement, il y avait du mouvement dans la salle mais je ne sais pas qui c'était, je ne me souviens que de mon interlocuteur.

    Alors, voilà, c'est écrit. Sa fille va venir le voir. Et c'est évident maintenant que ça devait se faire. Tout s'emboîte clairement.

    Ce qui m'interpelle, c'est que mon cerveau continue à écrire quand je dors...Ou plutôt, il vit ce que je vais devoir écrire.

    "C'est grave Docteur ?

    -Oui, assez tout de même.

    -Tant mieux."





    À COEUR OUVERT

    "La sonnerie du téléphone. Numéro de portable de Chloé affiché sur l’écran.

    Une peur soudaine, l’imagination qui s’envole.

    « Allo Chloé ?

    -Bonjour Papa. »

    «Papa », elle avait dit « Papa. » Une vague de chaleurs dans son ventre.  

    « Je ne te dérange pas ?

     -Non, bien sûr ma belle, je suis très heureux de t’entendre.

    -J’aimerais te voir Papa.

    -Quelque chose ne va pas ? »

    Elle avait une voix éteinte, presqu’un murmure, comme un condamné dans ses dernières paroles.

    « Je m’en veux, Papa. Je m’en veux de ma colère contre toi.

    -Il ne faut pas Chloé, tu avais toutes les raisons d’être en colère. Je comprends tout à fait. Je n’ai pas été assez présent pour toi et en plus je suis parti. Tu ne pouvais pas réagir autrement.

    -C’est fini tout ça, Papa. »

    Les larmes qui s’imposaient, l’écran disparaissait derrière un voile humide, un kaléidoscope dont les mots lui parvenaient comme des douceurs insurmontables. Il posa un coude sur la table et appuya la tête dans la main, une lourdeur brutale, une fatigue immense, comme un fardeau déposé et qui révèle dans la fin des efforts prolongés l’écrasement de la masse.   

    « Papa, tu es là ?

    -Oui, Chloé, je t’écoute, je suis là.

    -Papa, j’ai beaucoup parlé avec Maman, elle m’a beaucoup aidé à comprendre. Et j’y ai beaucoup réfléchi aussi. Je sais que tu travaillais pour notre bien, pour qu’on ait une vie facile, qu’on ne manque de rien. Je sais aussi que tu as ouvert un compte pour moi et que tu y as déposé beaucoup d’argent pour mon cabinet d’architecte. »

    Elle revenait vers lui pour l’argent, sa seule reconnaissance, une peur terrible qui rongeait ses entrailles.

    « Mais ça n’est pas ça l’important Papa. J’ai compris que c’était ta façon de m’aimer, que tu ne savais pas faire autrement et lorsque tu as changé après ton opération, je ne t’ai plus reconnu et j’ai cru que tu ne m’aimais plus. C’était idiot. Je te reprochais ce que j’avais toujours espéré sans me l’avouer. »

    Il ne l’avait jamais entendue parler avec une telle clairvoyance. Il se reprocha cette idée ancienne qu’il ne pourrait jamais retrouver sa fille, qu’il n’aurait plus jamais avec elle cette complicité dont rêve un père, cet accompagnement confiant et respectueux, attentif et sans être intrusif, cet équilibre délicat qui relève de l’art d’aimer. Il se promit d’appeler Alice.

    « Est-ce que tu vas revenir à Paris prochainement ?

    -Je viens de voir un nouveau cardiologue à Clermont-Ferrand mais il ne me plaît pas du tout. Je vais retourner voir celui qui m’a opéré. Mais ça n’est pas pour tout de suite. Mais je peux venir n’importe quand de toute façon. C’est à toi de me dire quand tu seras disponible.

    -N’importe quand Papa. Pendant les vacances de Noël, si tu veux. Ou alors, c’est moi qui viens te voir ! »

    Il essuya ses larmes et respira profondément. Ne jamais désavouer la vie, ne jamais croire qu’elle n’a plus rien à montrer, que le parcours à venir est déjà tracé. Et même s’il l’est dans une dimension qui nous échappe, ne jamais croire qu’on peut l’imaginer. Les idées qui jaillissaient en lui. Comme des graines maintenues en terre pendant des siècles de sécheresse et qui profitaient d’une pluie soudaine. Tout allait trop vite, des grésillements dans sa poitrine, il aurait voulu serrer Cholé dans ses bras.

    « C’est un immense bonheur que tu me donnes Chloé. »

    Elle perçut dans sa voix des larmes cachées, des émotions suprêmes.

    « Moi aussi, je suis heureuse Papa. »

    Ils décidèrent d’une date, il viendrait la chercher à la gare de Clermont.

    « Tu sais Chloé, j’ai rencontré une femme, elle s’appelle Diane.

    -Je sais Papa, Maman me l’a dit. C’est très bien. Tu me la présenteras ?

    -Bien sûr Chloé, elle sera là. »

    Elle passerait les fêtes de Noël avec eux. Il n’en revenait pas. Elle avait mis fin à la discussion, elle ne voulait pas parler de l’essentiel sans être à ses côtés. Un bouleversement inimaginable.

    Ne rien présager des gens. Il n’oublierait pas le message.

    « Je t’aime Papa, à bientôt. »

    Il entendait la voix et la prolongeait en écho, il la laissait rebondir dans l’antre lumineux de son crâne.

    Il appela Alice. Il ne devait pas la priver de ce bonheur. Elle l’avait initié, elle en était la source.

    Elle décrocha. Une voix enjouée, rieuse, il devinait un bonheur immense. Était-ce cette énergie nouvelle qui avait déclenché l’évolution de Chloé ? La promiscuité au bonheur le rendait-il contagieux ? En était-il de même pour l’éveil à soi ? 

    « Oui, Paul j’ai beaucoup discuté avec Chloé. Et ça m’a fait un  bien immense, à moi aussi. Je suis très heureuse que Chloé t’ait appelé et qu’elle veuille te voir. Mais tu sais, je n’y suis pas pour grand-chose. Tu verras, elle a changé. Ou plutôt, elle s’est changée.»

    Il ne voulut pas dire qu’à son avis, la vie s’en était chargée.

    « Je crois qu’elle a appris à observer ses émotions et à ne plus les considérer comme des vérités intangibles. Ce sont juste des parfums volages et dont il ne faut pas s’enivrer. »

    Cette stupéfaction qui ne le quittait plus. Cette pensée ahurissante que tous les gens autour de lui se lançaient dans une voie verticale, un saisissement affamé de l’essentiel. Et lui vint aussitôt  à l’esprit qu’il en était toujours ainsi mais qu’il n’avait pas été capable, antérieurement, de le comprendre. Ces imbrications complexes des relations humaines, ce lacis infini d’influences, le désœuvrement spirituel qui cachait les beautés intérieures. Il n’avait sans doute jamais rencontré la vraie Alice parce qu’il n’avait jamais cherché auparavant à se connaître.

    Grésillements amplifiés. Il posa une main sur sa poitrine, un souffle brûlant dans sa gorge, il ouvrit la bouche et respira profondément.

    « Paul, il faut que je te laisse, j’ai rendez-vous chez la gynéco.

    -La gynéco ?

    -Non, non, je ne suis pas enceinte, lança-t-elle en riant. C’est juste une visite routinière. J’entre dans un âge à risque tu sais !

    -Ok, je te laisse, passe le bonjour à Philippe.

    -Je n’y manquerai pas et je sais que ça lui fera plaisir.

    -Prends soin de toi.

    -Toi aussi Alice, à bientôt. »

     

      


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  • A CŒUR OUVERT : Le transhumanisme

    Coeurouvertwhite

     

     

    CHAPITRE 14

     

    Ils avaient convenu qu’il appellerait plusieurs fois dans la journée. En arrivant à Clermont, en sortant de chez le cardiologue, en quittant la ville.

    La lumière du jour ne perçait toujours pas clairement lorsqu’il arriva en ville. Une chape grise qui maintenait le soleil au secret, un voile tendu qui donnait au ciel l’impression d’un linceul. Il s’en voulut de se laisser aller à de telles comparaisons. L’inquiétude de Diane qui le perturbait.

    Il trouva le cabinet. Bâtiment cossu, escalier en plexiglas transparent, il ne voulut pas de l’ascenseur, il avait envie de marcher, des paysages de collines enneigées dans les yeux, une pensée émue pour Diane. Sonnette. Il poussa la lourde porte capitonnée et se présenta à l’accueil.

    Une jeune femme, petit chemisier serré sur une poitrine volumineuse, décolleté plongeant, longue tresse blonde, yeux maquillés, lèvres pulpeuses, le prototype de la secrétaire sexy et qui le savait.

    « Monsieur Laskin, bienvenue. Le professeur Champotier est impatient de vous rencontrer. Il va vous recevoir. Si vous voulez bien patienter quelques instants.

    -Merci. »

    Cet accueil enthousiaste le dérangeait. Le visage réjoui de la jeune femme, cette voix chaleureuse, comme si son cas relevait de l’exceptionnel. L’impression désagréable d’être un animal de foire. Il surprit plusieurs fois le regard fasciné de la secrétaire.

    Il n’avait jamais vu une salle d’attente aussi luxueuse. Des fauteuils confortables, tables en verre massif, un distributeur d’eau fraîche, des photographies de paysages insérées dans des cadres en aluminium, des peintures d’art moderne minutieusement éclairées par des petits spots, des dalles de marbre au sol, le bureau de l’accueil plus vaste qu’un bureau élyséen, une musique new âge en fond sonore, une propreté absolue, un rangement méthodique, jusqu’aux revues sur les tables disposant de casiers en bois sculpté.

    Un homme sortit d’un bureau, discuta quelques secondes avec la secrétaire, il la fit rire et se retourna. Grand, chemise ouverte et pantalon en flanelle. Cheveux poivre sel, une allure sportive.

    Il avança vers Paul, le visage réjoui, il tendit une large main avec un sourire écarlate. Une chevalière en or.  

    « Monsieur Laskin, j’avais hâte de vous rencontrer, Professeur Champotier. Si vous voulez bien me suivre. »

    Un bureau ovale, un luxe clinquant, fauteuil en cuir, un Mac dernier modèle.

    « J’ai eu l’immense honneur de suivre une formation de six mois avec le professeur Carpentier et vous êtes mon premier patient portant un cœur Carmat. »

    Une euphorie qui lui déplut, un enthousiasme qui tranchait avec le professionnalisme froid et méticuleux des cardiologues qu’il avait vus jusque là. Il était persuadé que ce professeur était un adepte de la chirurgie esthétique. Un visage trop lisse. Il en avait tellement vu des cadres adeptes du bistouri, un argument de vente qu’ils disaient, savoir emballer le produit dans un coffret de luxe. 

    « Je connais parfaitement votre dossier Monsieur Laskin, je vais vous épargner le sempiternel questionnaire sur l’historique. Passons tout de suite aux examens si vous le voulez bien. »

    Il en connaissait le parcours. Une assistante se présenta. Le même physique que la secrétaire. Le Professeur avait des critères de choix très précis. Il se laissa faire, examens routiniers désormais. Le cardiologue se contentait de poser les questions d’usage tout en étudiant les données informatiques. Il répondit sans s’étendre.

    « C’est vraiment une technologie extraordinaire ! Depuis le temps que la communauté médicale attendait ça. Nous avons tous vu tellement de patients succomber dans l’attente d’un greffon. C’est insupportable. Et puis, cette réussite exemplaire ouvre des applications gigantesques. Nous sommes entrés dans l’ère du transhumanisme.

    -Le transhumanisme ?

    -Vous n’en avez pas entendu parler, Monsieur Laskin ? Je suis surpris que vous n’ayez pas été informé là-dessus, c’est fascinant et vous êtes un précurseur.

    -Non, moi, je ne suis qu’un cobaye. »

    Un ton cinglant qui interpela le cardiologue. L’homme reprit la lecture des données informatiques. Il parcourait les graphiques d’un œil fasciné.

    « En tout cas, le transhumanisme est la clé d’une nouvelle humanité. L’ouverture vers un homme dont les faiblesses chroniques et les plus lourdes auront été effacées. »

    Le visage s’était relevé, les yeux brillants. Les pensées qui l’emportaient, comme une allégresse d’enfant devant un cadeau inespéré. Réellement une fascination. Paul en éprouva un malaise. L’impression d’avoir affaire à un Docteur Jekyl. Il faillit lui demander de lui montrer ses diplômes.

    « Si je comprends bien, vous considérez que ce cœur est un progrès ?

    -Oui, bien entendu. Vous ne le pensez pas Monsieur Laskin ?

    -J’aurais préféré être capable d’améliorer mon existence au lieu d’en arriver là.

    -Mais puisque le mal était fait, il fallait bien vous sauver, non ?

    -Je ne vous dirai pas le contraire. Mais ça ne m’enlèvera pas de l’idée que la prévention doit rester une priorité. La connaissance de soi. La lucidité, voilà la mission essentielle.

    -Vous n’aviez eu aucun signe alarmant avant votre infarctus Monsieur Laskin ?

    -Aucun d’un point de vue physiologique. Beaucoup d’un point de vue existentiel.

    -Cet aspect-là ne me concerne pas.

    -C’est également ce que m’a dit le professeur Carpentier.

    -Nous sommes des mécaniciens, Monsieur Laskin.

    -Et en quoi consiste votre transhumanisme alors ? Concrètement.

    -Le transhumanisme est un mouvement intellectuel qui considère que les sciences doivent améliorer les caractéristiques physiques et mentales de l’homme. Le handicap, la maladie, la vieillesse et même la mort doivent être combattues et pour cela, il convient de transformer l’homme. Les prothèses comme la vôtre représentent l’avenir. Le transhumanisme affirme que l’espèce humaine, dans sa forme actuelle, ne représente pas la fin de notre développement mais est une phase intermédiaire. Vous êtes un exemplaire d’une nouvelle humanité, Monsieur Laskin. Et vous serez de plus en plus nombreux.

    -À vous écouter, on dirait que vous m’enviez.

    -Si je découvrais que je suis malade du cœur, j’opterais immédiatement pour cette technologie. Je ne voudrais pas d’un greffon humain. Ce système-là est bien plus performant. Pas de traitement médicamenteux, pas de rejet, pas de risque de caillot, vous vivez avec une technologie extraordinaire Monsieur Laskin, bien plus performante qu’un cœur humain.

    -Vous oubliez l’autonomie électrique et la durée de vie de cette machine.

    -Dans dix ans, au plus, tout cela aura été réglé.

    -Est-ce que vous avez idée des transformations intérieures de l’individu ?

    -Que voulez-vous dire ?

    -Est-ce que vous avez envisagé le fait que cette implantation puisse avoir des conséquences d’ordre existentiel ? Des conséquences insoupçonnables ?

    -Il existe un suivi psychologique pour les patients qui le désirent mais je n’ai rien lu de tel dans votre dossier. Vous le souhaiteriez ? Vous avez des difficultés personnelles Monsieur Laskin ? »

    Il eut envie de se lever et de partir. Il sut qu’il ne reviendrait jamais.

    « Je vais vous dire monsieur Champotier, votre transhumanisme me fait penser à un monde scindé en deux. Une humanité archaïque, originelle, ancestrale, biologiquement indemne et une humanité biologiquement modifiée et ce que vous en dites me laisse craindre que votre désir est d’établir une suprématie, une caste d’immortels ou en tout cas de gens sélectionnés, des nantis. Je devine dans votre démarche une volonté de puissance.

    -Je ne prône pas l’eugénisme, contesta le Professeur, ébahi.

    -Je ne sais pas ce que c’est Monsieur Champotier. Je n’ai pas vos connaissances. C’est mon cœur qui vous parle. »

    Il s’aperçut aussitôt de l’incongruité de la tournure.

    « Ou mon âme plutôt. »

     Le professeur posa les feuillets du dossier.

    « De quel droit refuseriez-vous la possibilité à tous les malades à travers le monde d’être guéri ?

    -Je n’ai aucun droit. Mais lequel possédez-vous pour décider de changer la biologie de l’homme, les mécanismes les plus profonds ?

    -Le serment d’Hyppocrate, tout simplement. 

    -Au point de vouloir transformer l’homme en machine ?

    -Nous ne voulons pas transformer l’homme en machine mais user des machines pour prolonger l’homme.

    -Mais quels hommes ? Lesquels, Monsieur Champotier ? Pour l’instant, vous avez besoin de cobayes pour tester vos nouvelles technologies mais les produits les plus perfectionnés seront réservés à une élite, vous le savez bien, l’Humanité a toujours fonctionné comme ça. L’argent interviendra nécessairement un jour. Et là, il s’agit de prolonger la vie et même, vous l’avez dit, de vaincre la mort. Et vous pensez que l’Humanité entière va bénéficier de ça ? Vous êtes naïf ou manipulateur.

    -Regrettez-vous votre cœur, Monsieur Laskin ? »

    Le ton avait changé. Le sourire scintillant s’était crispé. Mâchoires serrées.

    « Je ne suis qu’un cobaye. Un cobaye vivant. Et si je venais à mourir, vous vous empresseriez de m’autopsier pour mieux comprendre votre machine.

    -Afin de sauver d’autres vies, c’est toujours comme ça que ça fonctionne.

    -Tout à fait d’accord et c’est normal. Mais ce que vous proposez désormais n’a plus rien à voir. J’imagine davantage une volonté d’expérimentation pour établir un deuxième groupe humain.    

    -Vous êtes insultant, Monsieur Laskin.

    -Pourquoi prenez-vous ça pour une attaque personnelle ? Vous vous considérez comme un pilier de ce projet ? Et si cela vous touche, c’est bien qu’il doit y avoir quelque chose de vrai. Si vous veniez me dire que je suis un gros con, ça ne me toucherait pas étant donné que ce n’est pas ainsi que je me considère. Alors pourquoi dites-vous que je vous insulte ? »

    L’homme reprit les feuillets.

    « Vos examens sont parfaits. Rien à dire. »

    Il ne voulut pas évoquer les grésillements dans sa poitrine. Pas avec cet homme-là. Il retournerait à Paris le mois prochain.

    Il se leva.

    « Je vous enverrai les résultats des prises de sang et des autres examens en cours. Si quelque chose de suspect est décelé, je vous alerte immédiatement. Vous restez en ville jusqu’à demain ?

    -Non, je rentre. Ma compagne est malade, je ne veux pas attendre.

    -Vous prenez le risque de refaire la route si quelque chose le réclame ?

    -Il n’y aura rien. Je vais très bien. Je le sais. Je vais même mieux que tout ce que vos examens pourraient déceler. »

    Il sortit de la salle sans attendre d’y être invité.

    « Je règle à l’accueil, c’est ça ?

    -Effectivement. Au revoir Monsieur Laskin.

    -Adieu, Monsieur Champotier. »

  • Marie-France GARAUD

    MERCI MADAME. Respect.

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  • La fronde

    http://www.lexpress.fr/actualite/politique/patrons-medecins-enseignants-francois-hollande-face-a-la-contestation_1180441.html

    Pas de manifestations massives depuis l'élection de François Hollande, mais des fronts qui s'ouvrent les uns après les autres. Le dernier en date? Ce dimanche, des patrons réclament dans une tribune publiée par le JDD une baisse massive de leurs charges, une idée pourtant écartée par la président cette semaine. Retour en cinq épisodes sur les contestations qui visent le gouvernement. 

    1. Les pigeons. D'abord spontané, puis bien organisé, le mouvement des entrepreneurs "pigeons" s'est répandu en quelques jours sur Internet. Sa réussite? Positionner les créateurs d'entreprises en "petit" face au "grand méchant gouvernement". Il leur a fallu moins d'une semaine pour obtenir des aménagements sur la fiscalité entrepreneurs. 

    [Lire: pourquoi le mouvement des "pigeons" a marché] 

    2. Les médecins. Eux aussi savent se faire entendre. Les toubibs sont parvenus ont réussi à peser sur les négociations sur l'encadrement des dépassements d'honoraires en bloquant longtemps les discussions. Et si leur tentative d'imiter les "pigeons" n'a pas rencontré un succès franc, l'accord final ne leur est vraiment pas défavorable

    [Lire: les médecins, un (anti)corps puissant] 

    3. Les enseignants. Eux, au moins, ne risquent pas d'aller fronder sur leur compte Facebook. Les enseignants, qui craignent d'être lésés par les réformes de Vincent Peillon, sont tenus à une certaine réserve.

    MDR :)))))


    S'il savait...

    Reste alors la rue: une "mobilisation d'ampleur" pourrait avoir lieu avant le 19 décembre, date à laquelle le projet de loi d'orientation et de programmation sur l'avenir de l'école doit être présenté au Conseil des ministres.  

    [Lire: pourquoi les professeurs pourraient se retourner contre Peillon] 

    4. Les patrons. Un "ultimatum". C'est ce qu'adressent ce dimanche 98 grands patrons au gouvernement dans une tribune publiée par le JDD. "Nous sommes arrivés au bout de ce qui est supportable", tonnent ces PDG qui plaident pour une baisse massive de leurs charge. 

    [Lire: l'ultimatum des patrons à Hollande et Ayrault] 

    5. Cheminots, agriculteurs, routiers... à qui le tour? Dans ce contexte où la moindre profession lésée n'hésite pas à faire entendre sa voix, il ne serait pas surprenant de voir, dans les semaines qui viennent, un nouveau front contre le gouvernement apparaître. Faites vos jeux.

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  • Un monde sans humains: le transhumanisme

    Où allons-nous?

    Vu que j'écris un roman qui a pour objet le premier coeur artificiel implanté chez l'homme, la question du transhumanisme se pose avec urgence.

    Transhumanisme

    H+, un symbole du transhumanisme

    Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l'usage des sciences et des techniques afin d'améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Le transhumanisme considère certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. Dans cette optique, les penseurs transhumanistes comptent sur les biotechnologies et sur d'autres techniques émergentes. Les dangers comme les avantages que présentent de telles évolutions préoccupent aussi le mouvement transhumaniste1.

    Le terme « transhumanisme » est symbolisé par « H+ » (anciennement « >H »2) et est souvent employé comme synonyme d'« amélioration humaine ». Bien que le premier usage connu du mot « transhumanisme » remonte à 1957, son sens actuel trouve son origine dans les années 1980, lorsque certains futurologues américains ont commencé à structurer ce qui est devenu le mouvement transhumaniste. Les penseurs transhumanistes prédisent que les êtres humains pourraient être capables de se transformer en êtres dotés de capacités telles qu'ils mériteraient l'étiquette de « posthumains »1. Ainsi, le transhumanisme est parfois considéré comme un posthumanisme ou encore comme une forme d'activisme caractérisé par une grande volonté de changement et influencé par les idéaux posthumanistes3. En France, ce mouvement cherche à s'organiser autour de l'Association Française Transhumaniste.

    La perspective transhumaniste d'une humanité transformée a suscité de nombreuses réactions, tant positives que négatives, émanant d'horizons de pensée très divers. Francis Fukuyama a ainsi déclaré, à propos du transhumanisme, qu'il s'agit de l'idée la plus dangereuse du monde4, ce à quoi un de ses promoteurs, Ronald Bailey, répond que c'est, au contraire, le « mouvement qui incarne les aspirations les plus audacieuses, courageuses, imaginatives et idéalistes de l'humanité »5.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme


  • L'instit'humeurs, suite...

    http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2012/10/06/une-eleve-difficile-a-integrer.html

    Une "élève difficile" à intégrer

    Publié le 06 oct 2012 / 38 commentaires


     Il y a quelques jours, Michelle, une collègue de CE1, a reçu la visite de notre chère inspectrice. Ca s’est relativement mal passé. Michelle angoissait pas mal à l’idée de cette visite : elle a dans sa classe une petite fille nommée Kadiatou qui pose de gros problèmes. L’année dernière déjà, la demoiselle a pratiquement foutu en l’air la classe de CP de Gisèle, laquelle a passé ses récrés à pleurer en salle des maîtres, histoire de relâcher la pression.

    Kadiatou est une petite fille qui est arrivée en CP peu socialisée et qui n’est pas du tout, mais alors du tout, entrée dans les apprentissages. En CE1, elle ne sait pas lire, écrit à peine son prénom en lettres scriptes majuscules, sait vaguement écrire les nombres jusqu’à 9, ne peut se concentrer plus de 10 minutes sur une tâche simple et a besoin de ludique sinon elle n’est pas intéressée, bref, elle a un niveau de grande section de maternelle, et encore. Comme elle ne peut suivre la classe, et malgré ce que Michelle se crève à lui proposer – graphisme simple, activité ludique sur ordinateur, coloriage, découpage … –, Kadiatou se lève à sa guise, se balade en classe, crie, danse, rit, pleure, sort parfois de la classe, parle aux autres élèves qui travaillent, fait une crise de temps en temps... Seul aspect positif : elle n’est pas souvent violente.

    Au quotidien, c’est épuisant, franchement épuisant : lait sur le feu, Kadiatou peut déborder à chaque minute. Elle mobilise une attention énorme, demande une énergie considérable, et forcément la classe en pâtit. Les autres élèves, même habitués, sont moins concentrés, plus agités, le groupe est volatile, instable. Et l’enseignant, toujours sur le qui-vive, jamais détendu, ne peut se consacrer entièrement à sa classe, aux élèves en difficulté qui requièrent une présence de tous les instants.

     

    L'inspectrice donne un conseil

    Pendant l’inspection Kadiatou s’est tenue relativement correctement, elle s’est contentée de faire du bruit, de parler, de se balader… une Kadiatou light, quoi. Michelle a pu faire à peu près ce qu’elle avait prévu de faire, mais lors du débriefing l’inspectrice lui a d’emblée reproché d’être trop tendue, trop focalisée sur Kadiatou, au détriment du reste de sa classe et de son cours. Michelle est restée un peu interloquée : bien sûr qu’elle était focalisée sur Kadiatou ! Evidemment qu’elle était tendue ! Une inspection, vu la rareté de la chose, est déjà source suffisante de tension, ajoutez-y l’incertitude, l’angoisse de voir se réveiller le phénomène qui peuple vos nuits de cauchemars ou les écourte, on peut comprendre une légère crispation ! Et puis, même sans inspection, avec ce genre de gamin dans sa classe, on est rarement détendu !

    Et l’inspectrice de lâcher, manière de diagnostic et de conseil tout à la fois, ces phrases lourdes de sens : « De toute façon, il ne faut pas vous escrimer à vous occuper d’elle, ça ne sert à rien, vous ne pourrez pas faire de miracle ; l’essentiel au fond est qu’elle soit scolarisée  ».

    ... L’inspectrice a-t-elle mesuré la portée de ses propos ? A-t-elle perçu ce que signifient réellement ces paroles ? Ca ne sert à rien d’essayer d’apprendre quoique ce soit à Kadiatou, de se fatiguer à lui enseigner quelque chose. L’essentiel est qu’elle soit scolarisée. Peu importe ce qu’elle fait en classe, peu importe qu’elle n’apprenne rien. Vous ne pouvez pas faire de miracle. Acceptez de renoncer à ce qu’est votre métier même, enseignant. Faites le deuil de votre mission, de votre devoir, de votre vocation, vous ne pouvez rien pour elle.

    Le pire, c’est que ce n’est pas faux. Vu l’état de la gamine, vu ses caractéristiques comportementales, vu son inadaptation à l’école, vu son incapacité à vivre dans une classe, à être élève même juste un peu, vu son environnement social, familial, l’enseignant de CE1 qui travaille sur le sujet et le verbe ne peut pas grand-chose pour elle. Faire faire du travail de maternelle par tranches de 15 minutes à Kadiatou n’y changera fondamentalement rien : que peut-on vraiment, enseignant seul dans sa classe, pour cette petite ?

    L’inspectrice a raison sur un point : on ne peut pas faire de miracle. Et c’est précisément ce qui intolérable, inacceptable, car merde à la fin, si on a des élèves dans nos classes, c’est bien pour faire quelque chose d’eux, quelles que soient leurs difficultés, non ?!! Sinon, que font-ils dans nos classes ? Doit-on accepter l’idée que le fait d’être scolarisé constitue un but en soi, peu importe le reste ? Doit-on accepter les conditions de cette scolarisation, les conséquences pour les autres enfants ?

     

    D’autres cas

    L’année dernière, nous avions dans l’école un cas, Jeff, un gamin de CM1 analphabète complètement instable, au comportement problématique pour lui et pour les autres. Bien que bénéficiant d’un AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire) à mi-temps, il a sérieusement miné le moral de son enseignante, Claire, qui nous a confié n’avoir jamais été aussi tendue de toute sa carrière : son anxiété, sa nervosité rejaillissaient sur les autres gamins, parfois à la limite de l’emportement physique. Claire, qui a le mérite de la lucidité, pense que seul avec d’autres gamins comme lui Jeff aurait été encore plus mal, et que cette année, même s’il n’a pour ainsi dire rien appris, lui aura au final été bénéfique.

    Mais à quel prix ?... Pour Claire, pourtant solide, qu’on a vu piocher toute l’année ? Pour les autres élèves, perturbés dans la classe ? Pour nous tous dans l’école, qui avons eu à gérer le Jeff dans les récrés, à la cantine, à l’étude, ses victimes, ses coups de sang, ses provocations, ses sorties de route (et encore, on n’est pas malchanceux, il y a des écoles, des classes même, qui comptent plusieurs Jeff…) ?

     

    L’année d’avant, c’était Luis, un pré ado primo délinquant, bien connu des services de police du coin. Il était arrivé dans l’école au printemps, c’était sa 4ème école de l’année : on se le refilait comme une patate chaude. Au bout de deux jours il avait retourné la classe de Cathy, et on s’était réparti le bonhomme dans nos classes sur la semaine. Je l’avais une demi-journée : ça ne s’était pas trop mal passé, mais les après-midi où il était parmi nous, je n’étais jamais détendu, les élèves de ma classe non plus. Non travaillions mal, il fallait le plus souvent reprendre le lendemain. Une demi-journée de perdue par semaine. Luis est resté deux mois, il a fait encore deux écoles dans l’année, il est aujourd’hui déscolarisé.

     

    Que faire de (pour ?) ces élèves ?

    Evidemment le rôle de l’école est d’accueillir les enfants de la République. Mais pour certains d’entre eux, il paraît évident qu’un projet adapté doit être mis en place, et malheureusement ce n’est pas toujours le cas. Parce que les structures d’accueil spécialisé (CLIS, Classe pour l’Inclusion Scolaire - on notera avec Daniel Calin le remplacement du mot "intégration" par "inclusion" ; IME, Institut Médico-Educatif ; ULIS, Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire …) sont de moins en moins nombreuses : coûteuses en infrastructures, en personnel hautement qualifié, elles sont aujourd’hui sacrifiées sur l’autel des restrictions budgétaires. Mais aussi parce que la prise en charge de ces enfants suppose une reconnaissance officielle à la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) sans lesquels rien ne peut être mis en œuvre. Or de nombreux parents, effrayés par l’officialisation des troubles de leur enfant ou simplement en situation de déni, font obstacle et ne permettent pas qu’une telle prise en charge survienne. Or on ne peut rien faire sans l’aval des parents, même dans ces cas-là.

    La loi de 2005 sur l’intégration des enfants handicapés a, bien malgré elle, contribué à dégrader la situation. On ne peut que se réjouir de l’intégration des enfants handicapés, j’ai eu une élève autiste dans ma classe pendant deux ans et j’ai adoré travailler avec elle. Mais la loi de 2005 est aussi l’occasion de justifier toutes les intégrations, sans discernement, sans réflexion, sans adaptation, sans réelle vision ni projet particulier, et ce alors qu’elle couvre des situations très diverses, voire radicalement différentes : entre un autiste « de haut niveau », un handicapé moteur en fauteuil et un enfant souffrant de troubles du comportement, peu de points communs.

    Vous devez intégrer, dit-on à l’école sans lui donner les moyens de le faire correctement. On se contente trop souvent de balancer sans plus d’accompagnement le gamin dans une classe dont l’instit n’est absolument pas formé pour comprendre ce type d’enfant et encore moins travailler avec. Dans le meilleur des cas on peut compter sur un AVS, très mal payé, peu qualifié, pas formé (et encore, cette année, 2 700 postes en moins alors que la demande explose).

     

    Dans un rapport paru il y a quelques jours sur « le climat scolaire en primaire », Eric Debarbieux révèle que 37% des enseignants ont eu au cours de l’année des problèmes avec des enfants gravement perturbés. Il fait également part du malaise des enseignants et de l’hypocrisie institutionnelle : « Il y a eu une étrange naïveté – que beaucoup interprètent comme une volonté plus économique que réellement humaniste – en décrétant une intégration des enfants en difficultés (et l’on se contentera ici de ce terme générique) dans une période de diminution des moyens humains, des aides spécialisées et de la formation professionnelle. La très grande majorité des [enseignants] ne remet pas en cause les valeurs réelles qui sous tendent une école de l’égalité, y compris pour les plus fragiles et les plus difficiles, mais ils estiment l’assumer seuls, sans formation, sans reconnaissance sociale ».

    En pleine « Refondation de l’école », il est souhaitable que ces questions soient abordées. Sans quoi la situation des Kadiatou, des Jeff, des Luis (et donc des écoles et des classes qui les accueillent) ne s’améliorera pas dans les années à venir. Des enfants que l’institution a le devoir d’accueillir, mais qu’elle ne se donne pas les moyens d’accueillir correctement, et dont les inspecteurs nous disent qu’on ne peut rien pour eux. Injonction paradoxale.

    De son côté, ma collègue Michelle a fait ce que l’inspectrice lui disait : elle n’a plus proposé à Kadiatou d’activités spécifiques, de travail particulier, la laissant libre de faire ce qu’elle voulait pour mieux se concentrer sur le reste de sa classe. Ca a duré une demi-journée : Kadiatou était encore plus insupportable. Forcément, elle n’avait rien à faire. Ce serait trop facile s’il suffisait de faire comme si elle n’existait pas…

     

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    5 réactions sur 38

    • La question de la formation (enseignants et AVS) est importante mais ne suffirait pas à répondre de manière satisfaisante à l'intégration des enfants difficiles en classe banale.
      Les prises en charge mentionnées (orthophonie, psychomotricité, psy, CMPP...) sont bien souvent nécessaires. Sébastien Rome parle de rééducation inclusive.
      J'émets cependant des réserves -dans l'idéal, car je sais bien qu'on est loin du tableau avec des PE formés et des enfants pris en charge- car cela représente pour l'enfant des trajets, beaucoup d'intervenants et du temps de classe en pointillé (et je ne parle pas de la surcharge de travail pour l'enseignant de la classe qui sera en lien avec les différents partenaires).
      Il existe des structures chargées d'accueillir et de scolariser ces enfants : les ITEP où la prise en charge est thérapeutique, éducative et pédagogique.

      En cette période de "refondation", il semble malheureusement que le sort des enfants difficiles ne sera pas abordé. Ni celui de l'enseignement spécialisé d'ailleurs. Encore moins celui des établissements médico-sociaux (donc pas Education Nationale).
      Je suis moins convaincue par le maintien en milieu ordinaire de ces enfants -même avec les moyens qui semblent nécessaires- que par un passage en institut spécialisé dont c'est la mission.
      Mais il s'agit d'établissements médico-sociaux : même si ces établissements se battent pour continuer à travailler et à accueillir des enfants, le champ pédagogique passe en dernier. Défendront-ils leurs unités d'enseignement alors que la concertation pour la refondation de l'école les a oubliées ?

    • Blandine TRICAUD 2 weeks ago

      Bonsoir,
      C'est avec beaucoup d'émotion, même 3 ans après que je viens de lire votre article... J'ai eu moi aussi une "Kadiatou" dans ma classe MAIS comme vous le souligniez si justement la violence en PLUS.
      Elle a levé plus d'une fois la main sur moi, j'ai même fait faire par un médecin une constatation pour coups et blessures !!!
      Comme je me suis sentie seule ce jour là. Mes collègues et directrice étaient très présents mais je n'ai eu AUCUN soutien de ma hiérarchie. JAMAIS ! et ça c'est vraiment difficile. Les seules réponses de mon inspecteur furent :
      - Vous représentez l'école de la République vous devez accueillir cet enfant.
      - Faites vous frapper mais SURTOUT ne frappez pas en retour.
      - Si vous n'êtes pas capable de l'accueillir dans votre classe, arrêtez vous...
      Même 3 ans après ça me fait mal. Même les parents des autres élèves qui ont assisté à des scènes de violence à mon encontre n'ont pas bougé !!!
      Ma petite D. avait 6 ans, un parcours de vie certes chaotique mais cela n'excuse pas tout...
      La violence existe contre les instits de l'école primaire je l'ai rencontrée mais personne n'en parle jamais. Merci.

    • PE épuisée 5 days ago

      Je fais comment si X (grand costaud) tape les PS (gros pb de violence entre autres) ? Réponse de l'IEN : ils ne vont pas en mourir.
      X est là aussi pour être seulement en contact (sic!) avec d'autres enfants.
      Blandine, j'ai eu sensiblement le même discours. C'est écœurant.
      J'aimerais que ces IEN viennent et prennent notre classe.

      PE épuisée et enfoncée par la hiérarchie, sans aucun soutien avec 2 bientôt 3 enfants handicapés dans sa classe en ZEP.

    • Blandine TRICAUD 5 days ago

      Chez nous un jour l'inspecteur est passé à l'école alors que D était en pleine "crise", il nous a croisé dans les couloirs en plein désarroi, mais dans ces cas là l'inspecteur est lâche, il pose son dossier sur le bureau de la directrice et il fuit. Fermant derrière lui la porte sur notre colère et fermant les yeux sur la situation infernale que vous vivions.
      Il reviendra pour l'équipe éducative,il entendra les cris pendant une inspection de collègue mais rien pas une fois il n'a affronté la réalité en face, seulement des paroles en l'air...et moi, mes yeux pour pleurer...

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  • A la recherche du Soi perdu.

    "Chaque femme porte en elle une force naturelle riche de dons créateurs, de bons instincts et d’un savoir immémorial.
    Chaque femme a en elle la Femme Sauvage. Mais la Femme Sauvage, comme la nature sauvage, est victime de la civilisation.
    La société, la culture la traquent, la capturent, la musellent, afin qu’elle entre dans le moule réducteur des rôles qui lui sont assignés et ne puisse entendre la voix généreuse issue de son âme profonde."

    — Clarissa Pinkola Estès : Femmes qui courent avec les loups


    Un livre magnifique. On pourrait faire le même constat avec les enfants, filles et garçons mélangés. La femme comme l'homme ne seront que des résidus. Ceux et celles qui en prendront conscience un jour n'auront plus qu'à partir à "la recherche du Soi perdu."