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Comme une forêt noire.
- Par Thierry LEDRU
- Le 19/09/2012
L'éducation a pour tâche essentielle la formation de la personnalité et cette formation porte sur les attitudes fondamentales de l'homme en face du monde et de lui-même. Il ne s'agit pas de connaissances intellectuelles ou de mémoire mais de choix de valeurs morales au coeur de la spiritualité. Non pas une morale citoyenne au service d'une nation mais des valeurs humanitaires, universelles. Cette spiritualité n'a rien à voir avec la religion. La religion sert de ciment social, elle est totalement dévoyée à une intention cachée, la soumission des esprits dans le même conditionnement que celui du matérialisme. La spiritualité est le ferment de l'homme libre et sert la vie.
Il ne s'agit donc pas d'accumuler des connaissances dans le cadre restreint d'une éducation formatée mais d'accéder à l'observation de soi dans les apprentissages de ces connaissances. Lorsque j'apprends les divisions à mes élèves, je les renvoie constamment à l'observation des phénomènes internes, la peur, l'inquiétude, un trop plein de confiance ou de mésestime, l'attention, la calme, la gestion des émotions, l'observation des pensées parasites. L'acquisition d'une technique cognitive ne peut être envisagée qu'avec ce travail spirituel. C'est ce que certains spiritualistes appellent la pleine conscience.
La connaissance est donc un moyen de parvenir à la compréhension de soi. Et c'est lorsqu'on présente l'enseignement de cette façon aux enfants, qu'on leur montre que l'objectif prioritaire, c'est eux, leur propre maîtrise, cette exploration constante et approfondie du monde intérieur, c'est là que tout devient possible et que les blocages se libèrent.

"Qui est responsable de la détresse en nous ? Qui est responsable de la joie ? Ce ne sont pas les évènements mais l’interprétation que nous en faisons. Mais quand je dis que nous sommes responsables, il ne s’agit pas de se culpabiliser. C’est inutile, malsain et c’est même le meilleur moyen, encore une fois, de ne pas apprendre à comprendre.
-Apprendre à comprendre ?
-C’est la différence entre la connaissance et la compréhension. Prenez une forêt noire, le gâteau. Si vous croquez uniquement les paillettes de chocolat qui le recouvrent, vous optez pour la connaissance. La compréhension, c’est tout ce qui est caché par la connaissance. Il s’agit d’observer ce qui se passe en soi lorsqu’on accède à la connaissance. C’est là qu’on apprend l’indulgence, la patience, la lucidité, la vigilance, le calme, la gestion des émotions et un jour, lorsque le gâteau a été mangé, la sérénité survient. Le gâteau de toute une vie.
-Et la cerise, c’est quoi ? lança-t-il joyeusement.
-La mort bien sûr.
-Pas une mort prématurée mais celle qui vient lorsque le gâteau est fini. Que voudriez-vous faire de plus ?
-En profiter !
-C’est le chemin qui importe, c’est là qu’il s’agit de profiter, d’être impliqué à en saisir l’essentiel, sans être obnubilé par l’objectif. Quand vous mangez un gâteau, vous ne vous dépêchez pas de le finir, vous le savourez, ça n’est pas votre assiette vide qui vous réjouit. Faites-en autant sur le chemin. La mort, en fin de vie, est un cadeau puisque tout au long de votre existence, elle a inséré en vous le désir de vous repaître de la vie. »
Un rire bref, le visage réjoui. Ce bonheur de l’écouter.
« Et que va m’apporter cette mort alors ?
-Je n’en sais rien et je ne croirai jamais celui qui dirait le savoir. C’est un inconnu total. Et tant mieux. Puisque cela nous renvoie encore une fois à cette vie que nous pouvons apprendre à connaître. La seule chose que la mort m’apporte, c’est de savoir qu’elle surviendra et que je dois donc manger le gâteau avant qu’on m’enlève l’assiette ! »
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Explication de la crise
- Par Thierry LEDRU
- Le 18/09/2012
Sur le net, on trouve une petite histoire avec des ânes qui explique la crise économique de manière (très) simplifiée.
Je la copie ici, car elle a le mérite d’être très pédagogique…
Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village.
Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien un peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village.
Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent
Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.
Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.
Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.
Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.
Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale… On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts.
C’était, disait-on, inévitable.
Mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.
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A COEUR OUVERT :Toxicomanes de l'absence
- Par Thierry LEDRU
- Le 16/09/2012

"Une question qui le taraudait.
« Pourquoi est-ce que j’ai l’impression que vous n’êtes pas concernée par les émotions ?
-C’est une erreur. Les émotions qui viennent de la terre me touchent immensément. Parce qu’elles sont neutres, gratuites, qu’elles n’ont aucune intention cachée. Celles qui viennent de mes semblables ont une appartenance qui m’échappent, elles sont issues d’individus, avec leur histoire, leurs attentes, leurs fonctionnements. Et ce sont très souvent des fonctionnements inconscients. Si vous vous chargez d’émotions qui ne sont pas maîtrisées parce qu’elles viennent de personnalités endormies, vous sombrez dans leurs cauchemars ou dans leurs rêves, ce qui revient finalement au même. Vous dormez avec eux. Il m’a fallu beaucoup de temps pour le comprendre. Mais malgré tout, je dois avouer que votre apparition ne m’a pas laissé insensible. Loin de là. »
Elle regarda fixement, avec un sourire léger au coin des yeux.
« Pourquoi est-ce que j’ai ressenti le même trouble ?
-Parce qu’il n’y a pas de hasard. Et qu’il arrive parfois que les révélations l’emportent sur l’habitude.
-Je ne comprends pas.
-Nous vivons dans des schémas de pensées, des répétitions rassurantes sur lesquelles nous bâtissons l’identification qui nous convient et que les autres adoptent. C’est l’habitude. Un leitmotiv ronronnant. Tout ce qui porte atteinte à cette mélodie connue est considérée comme une agression, une atteinte à cette liberté que nous croyons posséder. Alors, nous renforçons les défenses. Accumulation de biens, accumulation de relations, accumulation de connaissances. Mais il n’y a aucune compréhension interne. Tout cela reste tourné vers l’environnement immédiat, une scène onirique. Personne n’est là, réellement. C’est un théâtre de marionnettes. La révélation vient fermer le rideau, les acteurs disparaissent, le jeu s’arrête, le public a quitté la salle, les lumières se sont éteintes. Si les résistances sont suffisamment puissantes, l’individu concerné prend peur. Il appelle au secours, il crie, il hurle, il maudit la vie et ses épreuves. Mais si la rupture est totale, la porte s’ouvre. L’individu découvre une autre forme de perception. Il ne comprend rien mais pourtant, tout tombe en lui comme dans un puits ouvert. Plus aucune résistance. À cœur ouvert. C’est ainsi que je nomme cet état.
-Et pourquoi dites-vous qu’il n’y a pas de hasard ?
-Parce que c’est une intention. Celle de la vie elle-même. Elle a un projet. L’extrême complexité du phénomène vivant ne peut pas être vide de raison. Non pas une raison cartésienne et castratrice mais une raison comme un objectif. Il y a une raison à tout ça.
-Et le drame serait une ouverture ?
-Parce que nous rejetons d’emblée l’idée d’une exploration. Le paradigme établi sert de modèle éducatif. Nous nous sommes trompés.
-Cela signifierait que la vie n’a pas su prévoir ce qui arriverait ?
-Peut-être avions-nous le potentiel et qu’elle nous a laissé le choix de nous en servir. Certains y parviennent sans attendre. D’autres sont sur le seuil. Ils ont juste besoin d’une aide provisoire, un coup de pouce du destin qui n’en est pas un.
-Pas de destin non plus alors ? Tout comme le hasard ?
-Non, évidemment. Une volonté mais qui ne nous appartient pas.
-Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir évolué au seuil de cet espace avant mon infarctus. Pourquoi moi ?
-Je n’en sais rien. Et pourquoi moi d’ailleurs ? Et pourquoi pas Tyler ? J’y ai tellement songé que j’ai fini par comprendre qu’il n’y a pas de réponse. Pas à mon niveau de compréhension. Comment pourrais-je ramener à mon échelle le projet d’un Univers alors que j’évolue dans le creuset étroit d’une vie modélisée ? Lorsque la prétention humaine atteint un tel aveuglement, plus rien n’est possible. À la raison de l’Univers, j’oppose la raison de mon conditionnement. Et plus je progresse dans des connaissances ingérées, plus je m’éloigne de l’ouverture de la porte. »
Un tel choc. Il n’avait rien à opposer, rien à ajouter. Le chemin se devait d’être personnel.
« Si tu n’es pas toi-même, qui pourrait l’être à ta place. C’est de Henry David Thoreau, précisa-t-elle. Et je ne veux pas me détacher de ça. C’est pour ça que j’écris. Je pense que seule cette démarche permet d’extraire de soi l’essentiel. Les pensées sont insuffisantes, elles sont trop volages. Si vous cherchez à les développer avec vos semblables, elles se perdront en cours de route parce qu’elles opteront pour la confrontation ou la séduction et cette intention, quelle soit conflictuelle ou imitative, vous arrachera à vous-mêmes. Rien ne peut se faire hors la solitude existentielle. Les mots seront des balises, des scalpels, les outils de l’autopsie. Lorsque j’écris, ce sont les mots qui créent le courant de l’exploration, ils se nourrissent les uns les autres, Il ne s’agit pas seulement de pensées mais de sculptures. Tout reste gravé et la contemplation des architectures déclenche immanquablement le désir de reprendre le burin et de tailler encore et encore dans la masse. Sans ces écrits, vos pensées se sont évanouies depuis bien longtemps déjà. Vous est-il déjà arrivé de parvenir à prolonger le travail déclenché par une pensée, deux, trois ou dix jours après son apparition ? Non, bien sûr, c’est impossible. L’essentiel s’est perdu en route. Il vous restera peut-être le thème principal mais vous devrez reprendre le chemin au départ et même si vous parvenez à retrouver une balise sur le chemin, vous n’aurez plus aucun retour possible sur le chemin parcouru. Vous avancerez par bonds. Rien de continu, rien de linéaire. Juste des pensées anecdotiques et sporadiques. Il est impossible à mes yeux de progresser de cette façon. Et c’est très représentatif justement de la dispersion chronique d’une immense partie de la population. D’autant plus que les bonds sont programmés par les phénomènes extérieurs. L’actualité, les médias, les liens sociaux, la famille, les contingences quotidiennes, professionnelles ou autres. Beaucoup trop de parasites ou d’interférences. Les individus n’ont pas de continuité intérieure. Ils vivent par bonds incontrôlés. »
Elle s’arrêta.
Il l’observait. Elle n’avait pas bougé. Toujours cette tenue de tête, le dos droit, les mains posées sur les cuisses, aucun geste insoumis, aucune tension ou marque d’énervement, une exigence physique, un complet contrôle, un reflet matérialisé de son univers intérieur.
« Excusez-moi, je vous invite à manger et je m’emballe. Il y a longtemps que je n’ai pas parlé de tout ça avec quelqu’un d’autre que moi. Et ça me fait très plaisir que vous soyez là.
-Je ne vous parasite pas alors ? demanda-t-il avec une moue ironique.
-Nullement. Vous n’êtes pas un individu endormi. Je ne risque rien.
-Qu’est-ce que vous en savez que je ne dors pas ?
-Parce que vous avez dit tout à l’heure qu’il n’y avait rien eu dans votre vie avant de venir ici. Et je ne pense pas que ça soit exact du point de vue évènementiel. Mais ça l’est sans doute désormais d’un point de vue existentiel. Si vous aviez été dans un état de sommeil, vous auriez cherché à raconter quelque chose. Pensez un peu aux gens qui vous parlent d’eux lorsqu’ils viennent vous demander comment vous allez. Le coup classique. Vous n’avez pas éprouvé le besoin de raconter quoique ce soit et vous avez continué à m’écouter. Et je ne pense pas pourtant que vous ayez quelque chose de répréhensif à cacher.
-Effectivement, je n’ai tué personne. Rien volé non plus. Pour faire un résumé très bref, j’étais chef d’entreprise, j’étais marié, j’avais une fille. Ma femme m’a quitté, ma fille ne veut plus me voir et j’ai vendu mon entreprise à mon associé. Et malgré tout ça, j’ai l’impression qu’il ne s’est rien passé. J’en conclus donc qu’il n’y avait rien.
-Rien, ça n’est pas le cas mais aucune observation, c’est probable. Je ne condamne pas la vie sociale mais je connais les dangers d’une vie sociale erratique. Le désir d’accumulation consomme une énergie considérable et il ne reste que l’épuisement. L’épuisement, lui-même, nourrit la détresse et pour annihiler cette détresse, l’individu cherche à accumuler d’autres expédients afin de se croire vivant. C’est ce qui maintient la croissance et la mondialisation n’est qu’une extension programmée à l’échelle planétaire. C’est un monde de toxicomanes, des toxicomanes de l'absence, heureux de leurs dernières possessions et avides des prochaines. »
Il posa son verre vide sur la table basse devant lui."
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A COEUR OUVERT : 5 heures du matin
- Par Thierry LEDRU
- Le 15/09/2012
J'ai un livre sur le feu. J'ai ouvert les yeux il y a une heure déjà. Impossible de me rendormir. Toutes les scènes sont en moi, chaque parole, les paysages, les émotions, toutes les paroles à dire. J'ai un livre à écrire. Il existe déjà en moi mais il faut qu'il vienne au monde. On ne garde pas un enfant en soi. On le met au monde, on l'accompagne, on l'aide à grandir. Il faut que j'écrive, c'est comme une brûlure et je l'attise, elle est mon délice, ma source enflammée.
La musique en boucle.

6
Il arriva à la Godivelle vers vingt heures. Une lumière rasante sur les monts et les bois, des nuages blancs qui erraient comme des pensées disparates, il imagina que les cieux observaient la terre et commentaient le spectacle. Un sourire intérieur en constatant que la paix en lui était revenue. Peut-être le retour à cette terre, l’éloignement de la ville… Il avait senti dans la voiture que les routes se vidant, à mesure qu’il prenait de l’altitude, l’apaisement l’avait envahi, lentement, comme s’il était sorti d’un mauvais rêve et qu’il s’était éveillé. Dans les derniers kilomètres, il n’avait croisé aucun véhicule. Les vallonnements dévoilaient de nouveaux paysages, des houles de colline figées, des creux protégés des vents furibonds, des bois serrés comme des retranchements de silence, les traversées de villages s’étaient raréfiées, il ne restait parfois que les lignes électriques et cette route pour marquer l’empreinte des hommes. Il avait senti s’installer une douce torpeur, une hypnose délicieuse, sans pour autant devenir inattentif à la conduite. Comme un dédoublement de son activité cérébrale.
Il conduisit jusqu’au village et passa devant l’épicerie. Fermée. De la lumière dans la partie habitée. Il n’osa pas aller frapper. Une douleur au ventre. Il reprit la route jusqu’au hameau.
L’air était frais quand il sortit de la voiture. Un parfum d’espace, quelque chose d’inexplicable qui l’emplissait, il prit une longue inspiration.
Il s’arrêta à l’entrée du terrain et regarda la maison. Ancrée comme un rocher, tassée comme un dolmen. Indéracinable. Combien d’humains ces pierres avaient-elles entendus, combien de pieds avaient foulé cette terre, combien de mains s’étaient posées sur ce grain millénaire ? Combien de temps resterait-il là ? Un doute qui s’insinuait. Comme si déjà, il appartenait à ce lieu, comme si cette vie ancestrale coulait en lui, un flux séculaire…Il comprenait soudainement l’attachement des gens à une terre. Il se souvenait d’un Breton qui avait travaillé dans l’usine de son père. Il ne parlait que de sa terre natale. Il avait fini par y retourner. C’était plus fort que tout.
Il se fit un plat de légumes verts et deux tranches de saucisson aux noix. Un yaourt de « David et Totoche », confiture de groseilles. Il fit la vaisselle, l’essuya et la rangea dans le buffet. Il défit sa valise, plia ses habits dans la commode. Il écoutait le disque de Johann Johannson. Le blog de Diane en donnait le titre exact. Il l’avait chargé sur un site en ligne. Parfois, il devait s’arrêter tant les émotions le submergeaient, des envolées symphoniques alternant avec des plages de ressac apaisé. Il finit par s’asseoir dans le fauteuil pour écouter, les yeux fermés. Ne plus s’agiter. Comment avait-il pu passer à côté de ça aussi longtemps ?
Il regretta ses reproches, ils étaient inutiles, tout comme il ne servait à rien de vouloir comprendre ce qui s’était produit. Puisque cela le projetait en arrière alors que le temps présent s’offrait à lui. Il devait rester réceptif et ne pas s’encombrer. Être là, simplement. Abandonner les quêtes temporelles, ne rien vouloir, laisser venir les réponses, comme des bêtes apaisées qui n’ont plus peur, tendre l’esprit comme une main ouverte, laisser les révélations s’approcher d’elles-mêmes, le respirer, s’habituer à lui, prendre confiance, s’asseoir dans le silence et s’abandonner au présent. C’est là que la vie prenait forme, tout le reste n’était qu’une litanie de commentaires, des couvertures sombres, épaisses, irritantes, il n’avait même pas à vouloir repousser ces masses invalidantes, c’était encore une volonté emplie de peur, juste être là, réceptif, ouvert, apaisé. Cette idée qu’il avait constamment vécu avec un temps de retard, qu’il s’était contenté de commenter les évènements et de ne jamais les vivre en pleine conscience, qu’il avait couru après le temps en s’agitant pour combler le vide, que le présent en lui n’avait jamais été autre chose qu’un passé à corriger, qu’une accumulation de réactions entachées de la nausée du temps qui s’enfuit et de l’inquiétude du temps à venir. Il avait vécu tout en espérant vivre mais sans jamais être là.
Il se laissa couler.
Comme une pulsation naissante, infime, dérisoire, puis des crépitements d’étincelles qui jaillissent et s’éteignent, se ravivent, se propagent, s’entretiennent, une énergie qui se répand et les pulsations qui s’étendent, se renforcent, les flux électriques nourrissent le cœur de l’étoile, des courants de matière liquide déboulent sous la surface, des flots qui gorgent le lit des veines, les pulsations prennent une ampleur insoupçonnée, les étincelles sont devenues des flux constants qui ruissellent, tous reliés dans une aura fabuleuse, une couronne lumineuse qui s’agite, palpite, respire.
Il sentit dans sa poitrine des chaleurs qui l’inquiétèrent et il ouvrit les yeux. Aucun repère, aucune connaissance antérieure, et la peur de l’inconnu qui survient, il devinait des résistances à franchir, des avancées à vivre, non pas dans la maîtrise des choses mais dans l’abandon serein, une confiance à découvrir.
Il ne savait pas combien de temps il avait dormi. Il ne se souvenait même pas avoir éteint la lumière. La musique tournait en boucle et l’écran de l’ordinateur diffusait dans la pièce une clarté de lune. Il se leva péniblement du fauteuil.
« C’est plus de ton âge de dormir là-dedans. »
Il rejoignit la chambre, se déshabilla laborieusement, l’esprit engourdi. Il chercha à saisir les images disparues. Il n’en restait rien. Juste cette chaleur dans sa poitrine, comme un feu secret qui brûlerait sans matière. Aucune inquiétude en lui, l’inexpliqué devenait l’habitude, il se laissait porter. L’instant présent. Il se coucha avec les deux mots qui se renvoyaient leur écho."
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"Méditez, vous verrez"
- Par Thierry LEDRU
- Le 14/09/2012
http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2012/06/15/la-meditation-comme-remede-au-mal-de-lapprentissage/
La méditation comme remède au mal de l’apprentissage
Elle s'appelle Jeanne Siaud-Facchin et à sa manière, elle interpelle le nouveau ministre. Ce qu'elle demande ne coûte rien. Elle voudrait juste que la médiation devienne obligatoire dans les classes.
Une drôle d'idée? A priori, on se demande quelle mouche a bien pu piquer cette psychologue clinicienne fondatrice des centres Cogito'Z pour élèves en souffrance. Elle, si dynamique, tellement bouillonnante d'idées! Serait-elle passée côté New Age? A la lecture de son livre, on se rassure vite.Comment la méditation a change ma vie... Et pourrait bien changer la votre (Odile Jacob, 330 pages, 22,9 euros) est le récit d'un apprentissage. Comment cette femme a appris a plonger en elle -juste un peu comme ça entre deux patients- et comment, elle qui "soigne" beaucoup d'enfants, propose de les initier a ce qui pourrait changer un peu le rapport au monde d'une génération toujours en prise avec les autres.
"J'ai récemment fait une tentative avec des élèves de 6eme, que j'avais intitulée "les ateliers du bonheur"", raconte-elle. Une série de séances de deux heures avec une classe, pour apprendre a apprécier le silence, à s'écouter et se passer la parole, à ressentir son corps et contrôler ses émotions montantes. " Cette expérience a été si convaincante que les enseignants de cette classe l'ont poursuivie en conservant les principaux éléments: les quelques minutes de silence les yeux fermés avant de commencer les cours, la réglette d'humeur matin et soir pour mesurer son état intérieur, prendre sa température émotionnelle". S'y ajoute l'observation de son corps sa posture et la prise de conscience de son souffle.
Cette expérience avec les collégiens, celle qu'elle mène dans ses centres thérapeutiques font dire a Jeanne Siaud-Facchin que " l'introduction de la méditation a l'école devrait être inscrite au programme de l'éducation nationale. C'est de l'éducation préventive qui ne nécessite aucun moyen ni aucun poste supplémentaire et qui permettrait d'enrayer tellement de difficultés scolaires" estime-elle.
Dans ce lot de difficultés, Mme Siaud-Facchin place le stress des élèves, leur peur de l'échec, leur crainte de prendre la parole mais aussi leur manque de confiance en eux. " Et surtout toutes ces difficultés d'attention, de concentration de mémorisation, qui font souffrir enfants et parents, qui insupportent les enseignants et qui constituent le plus fort pourcentage de consultations psychologiques".
Face a la violence, la praticienne répond méditation. Face aux petits conflits aussi. Et les parents ne sont pas hors boucle; eux qui à ses yeux devraient aussi s'y mettre un peu pour adoucir l'heure des devoirs.
Mme Siaud-Facchin qui a beaucoup travaillé sur l'enfant surdoué et sur la difficulté scolaire propose là un autre chemin. A le lire, il semble à la portée de tous. En racontant son ouverture a ce nouvel univers, la psychologue veut surtout convaincre de la facilite de ce chemin. Et si on lui laissait le mot de la fin c'est sûrement un "méditez vous verrez" qu'elle aimerait lancer. -
Méditation et enfance (3)
- Par Thierry LEDRU
- Le 14/09/2012
Première séance aujourd'hui et c'est toujours un grand bonheur. Trente enfants de CM2, totalement à l'écoute d'eux-mêmes, silence complet, personne ne bouge, les yeux fermés, les mains sur le ventre pour accompagner la respiration.
Le calme en soi. Une nécessité pour gérer le chaos extérieur et ne pas lui succomber, apprendre à se connaître, à observer les phénomènes intérieurs.
Sept jours de classe depuis la rentrée. Déjà énormément de vécu existentiel, de partages et d'écoute. L'essentiel se met en place. Le reste suivra. Je le sais.
Un livre et un CD particulièrement adaptés aux enfants, une merveille, un accompagnement idéal.
"CALME ET ATTENTIF COMME UNE GRENOUILLE"
http://www.commeunegrenouille.fr/crbst_1.html
La grenouille est un drôle d’animal.
Elle peut sauter très loin, mais elle peut aussi rester immobile.Elle remarque tout ce qui se passe, mais ne réagit pas à chaque fois. Elle respire, tranquillement. Elle ne se laisse pas entraîner par les idées qui lui passent par la tête. Elle est calme. Tout à fait calme. Son ventre se gonfle et se dégonfle, il va et il vient.L’enfant peut faire exactement la même chose : il peut être à la fois calme et vigilant. Il lui suffit de faire attention, attention à sa respiration.Eline Snel est thérapeute. Elle a adapté la méditation aux enfants. Avec l’image de la grenouille, elle leur apprend à se détendre, à s’apaiser et à mieux se concentrer.Elle intervient dans de nombreuses écoles aux Pays-Bas et donne des cours aux instituteurs et aux psychologues.Les bienfaits de sa méthode sont tels que le ministère de l'Education a décidé d'offrir à tous les enseignants qui le souhaitent une formation dans son Académie.A la demande de nombreux parents, elle a écrit ce livre pour qu’ils méditent avec leurs enfants. -
The end of the ocean.
- Par Thierry LEDRU
- Le 13/09/2012
J'ai toujours eu besoin d'une musique pour accompagner l'écriture d'un roman.
Cette fois, "A coeur ouvert" s'écrira avec "The end of the ocean. "
Tourne en boucle inlassablement...
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Eclairage public: le grand gaspillage
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/09/2012
http://www.consommerdurable.com/2012/04/moins-de-lumiere-moins-de-gaspillage/
ECLAIRAGE PUBLIC : Le grand gaspillage
Allées interminables de lampadaires, projecteurs braqués sur les monuments, l’éclairage public ne connaît pas la crise. Pourtant, il plombe chaque année les budgets des communes et gaspille une énergie désormais précieuse.
Nous avons pris l’habitude d’éteindre nos appareils en veille, de baisser le chauffage ou d’utiliser des ampoules basse consommation. La logique voudrait que l’Etat, grand pourvoyeur de conseil et de leçon de morale en économies d’énergies, en fasse de même. Or, il fautse rendre à l’évidence, la France, pays des Lumières, a troqué ses philosophes contre des lampadaires. Neuf millions au total, pour éclairer nos rues, nos routes, nos places et nos ronds-points sans se soucier du prix de l’électricité et de l’impact écologique qu’il représente. La consommation totale de l’éclairage public français représente ainsi 1 % de la consommation nationale du pays, soit 5,6 milliards de kW/h, ce qui correspond à la production de 1 à 2 de nos centrales nucléaires ! Un gaspillage qui désole la très active Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturne (Anpcen), qui se bat depuis des années pour une gestion responsable de l’éclairage public. Pour son secrétaire général, Pierre Brunet, la tendance actuelle révèle un paradoxe criant : « Curieusement, le secteur de l’éclairage est le seul épargné par les règles de bon sens économique. Grâce aux progrès techniques, nous avions la possibilité de diviser par cinq la facture de l’éclairage, or nous avons choisi d’éclairer cinq fois plus pour le même prix ! ». Principaux responsables de cet emballement lumineux, les sociétés de matériel électrique et leurs plans marketing offensifs « Ils vendent du rêve aux communes. Leur catalogue, épais comme le bottin, ressemble à celui d’un bijoutier. On se demande si c’est la commune qui sert d’écrin au lampadaire ou si c’est le lampadaire qui doit mettre en valeur la commune ! » s’énerve Pierre Brunet.
Contagion lumineuse
Et ça ne va pas s’arranger car cette course au lampadaire touche maintenant les coins les plus isolés du territoire. Petits et gros villages veulent, eux aussi, briller de mille feux. Si en 1990, les communes de moins de 2 000 habitants éclairaient seulement 933 heures par an, quinze en plus tard, en 2005, leurs éclairages publics tournent plus de 3 000 heures ! Des chiffres qui se rapprochent dangereusement de ceux de grandes agglomérations éclairées près de 4 000 heures chaque année. Avec une efficacité très discutable. La majorité du parc de lampadaires est en effet complètement dépassée. Les lampadaires boules, par exemple, n’envoient que 30 % de leur lumière vers le sol et la chaussée. Le reste du flux lumineux s’échappe sur les cotés, pour s’infiltrer par les volets des riverains ou vers le ciel pour éclairer… les étoiles ! Mais, dans l’ombre des lampadaires, se cache un problème plus insidieux, une pratique encouragée par les offices du tourisme et les associations de commerçants, persuadés que la lumière attire et fait vendre : la surenchère lumineuse Pourtant, le prestige d’une grande ville ne se mesure pas à l’aune de son halo lumineux. Berlin est par exemple bien moins éclairée que nos grandes villes. Certaines de ses rues sont encore équipées de réverbères à gaz et l’éclairage y est davantage conçu comme un balisage. Chez nous, quelques villes commencent à prendre conscience du problème. Ploemeur, commune bretonne de près de 20 000 habitants a lancé en octobre dernier une campagne d’interruption de l’éclairage public entre 1h et 5h du matin. Devant le succès de l’opération, la phase de test s’est poursuivie jusqu’à la fin de l’année avant une éventuelle poursuite en 2009. Alors, à quand les Champs-Élysées au clair de lune ?
