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Vacances
- Par Thierry LEDRU
- Le 05/07/2012
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Début de l'esquisse d'une éventuelle réflexion...
- Par Thierry LEDRU
- Le 04/07/2012
Actualité > France
Trois mois de concertation pour « refonder » l’écoleLe coup d’envoi de la grande concertation sur l’école promise par le gouvernement, et qui devrait durer jusqu’en septembre, sera donné jeudi 5 juillet à la Sorbonne, à Paris.
Destinée à préparer la loi d’orientation qui sera soumise au Parlement à l’automne, cette démarche mobilisera les syndicats, les parents d’élèves, les chercheurs, les associations et les collectivités territoriales.
Des personnalités du monde éducatif nous ont livré leurs réflexions sur quatre des principaux thèmes inscrits au menu : les rythmes scolaires, la formation des enseignants, les missions des professeurs et l’éducation prioritaire.
Avec cet articleJean-Jacques Hazan : « Cinq journées allégées »
Président de la fédération de parents d’élèves FCPE
« Tout le monde s’accorde à dire que le rythme idéal est basé sur une succession de sept semaines de cours et de deux semaines de vacances. Il est temps d’appliquer ce principe. Cela passe par une légère réduction des vacances d’été, mais aussi par une remise en cause du zonage.
S’agissant du retour à la semaine des cinq jours en primaire dès la rentrée 2013, il faut sans doute, comme l’envisage le ministre Vincent Peillon, laisser les territoires décider s’il y a lieu de prévoir les cours supplémentaires le mercredi ou bien le samedi.
Il y a fort à parier que le choix se portera le plus souvent sur le mercredi. Dans ce cas, nous préconisons de répartir la classe sur cinq journées de durée égale, avec, pour chacune d’elles, un emploi du temps allégé : moyennant un accueil progressif, les apprentissages débuteraient plus tard et on ménagerait une pause méridienne de 2 h 30.
Cela implique de renforcer les liens entre l’école et les acteurs du périscolaire, les collectivités territoriales comme les associations. »
Patrick Demougin : « Des écoles supérieures du professorat »
Président de la Conférence des directeurs d’Instituts universitaires de formation des maîtres ( IUFM)
« Si la réforme de la mastérisation, intervenue en 2010, a produit des effets néfastes, il n’est pas souhaitable de revenir à la situation antérieure. En caricaturant un peu l’ancien système, on a souvent parlé d’une année de bachotage, centrée sur les disciplines, jusqu’au concours, suivie d’une année de surmenage, l’essentiel de la formation professionnelle étant concentré sur un an.
On a aussi critiqué l’ambiguïté des IUFM, qui n’étaient ni totalement universitaires ni parfaitement professionnels. Mais ces instituts présentaient l’avantage de faire collaborer des enseignants-chercheurs, des professeurs des premier et second degrés et des tuteurs présents sur le terrain.
Ils mettaient aussi en œuvre une alternance qui permettait aux jeunes professeurs d’être accompagnés au moment de leur entrée dans le métier. Il faut donc s’appuyer sur ces points forts pour bâtir les écoles supérieures du professorat et de l’éducation promises par François Hollande.
Ces structures doivent selon moi avoir pour mission de former les futurs enseignants dans le cadre d’un master. Elles doivent aussi embrasser tout le continuum de la formation, de la licence à la formation continue, sans exclure le doctorat, pour pouvoir se nourrir de la recherche en éducation. »
Sébastien Sihr : « Redéfinir la mission des enseignants »
Secrétaire général du SNUipp, principal syndicat du primaire
« En 2008, le rapport Pochard sur le métier d’enseignant montrait que les professeurs des écoles, dont le temps de service est de 27 heures hebdomadaires (24 heures d’enseignement, 2 heures de soutien personnalisé, 1 heure consacrée au travail en équipe), travaillent en réalité 43 heures par semaine. La préparation des cours, les corrections, les rencontres avec les parents sont autant de tâches essentielles qui ne sont pas prises en compte.
Il faut donc redéfinir la mission des enseignants, quitte à revoir les statuts de 2008 (NDLR : l’équivalent de ceux de 1950, qui régissent, dans le secondaire, les obligations de service des professeurs) . Pour mieux tenir compte de la complexité du métier, on pourrait envisager de réduire la durée du temps de service en classe en supprimant les heures consacrées au soutien personnalisé, dont l’efficacité est contestée, et en réintégrant ce dernier au sein du cours.
Pour cela, on pourrait notamment s’appuyer sur le principe du “plus de maîtres que de classes” qui devrait être appliqué dans les établissements qui en ont le plus besoin, grâce au recrutement, dès septembre, de 1 000 professeurs des écoles supplémentaires. »
Marie Duru-Bellat : « Repenser le ciblage des aides dans l’éducation prioritaire »
Professeur de sociologie à Sciences-Po Paris
« Créée au début des années 1980, la politique d’ éducation prioritaire affiche un bilan assez décevant. L’un de ses principaux défauts est d’avoir dilué les moyens : aujourd’hui, environ un collégien sur cinq est scolarisé dans une zone d’éducation prioritaire (ZEP).
Il faut par conséquent revoir le ciblage, en se demandant s’il faut continuer à concentrer les moyens sur certaines zones ou plutôt, comme beaucoup le réclament, attribuer les aides à des élèves, quels que soient leurs lieux de résidence et de scolarisation.
Cette deuxième option permettrait de ne plus stigmatiser certains établissements avec l’étiquette ZEP mais elle aurait peut-être pour effet de renoncer à la lutte contre les inégalités entre territoires.
Il faut en tout cas avoir conscience que les principaux leviers d’action utilisés jusqu’ici – primes incitatives pour les enseignants qui vont enseigner dans ces zones et réduction de la taille des classes, avec en général deux élèves de moins que la moyenne nationale – ont été peu efficaces.
Si l’on veut des résultats, il faut réduire plus significativement la taille des classes en CP, notamment, au moment où se font les apprentissages fondamentaux. »
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Couper le cerveau
- Par Thierry LEDRU
- Le 04/07/2012
De l'intérêt du sport...Tout ce qui devrait être enseigné au enfants. Les émotions, l'observation de soi, la connaissance des fonctionnements internes, la maîtrise comme l'objectif suprême. Au lieu de ça, on s'obstine à remplir l'individu de données extérieures. Une fois que l'individu s'est perdu de vue et ne regarde plus que la quantité de données absorbées ou son incapacité à le faire, le mal est fait. Dans un sens comme dans l'autre parce qu'il s'est identifié à ce contenu...
Schuh : «Couper mon cerveau»
http://www.lequipe.fr/Tir-a-l-arc/Actualites/Schuh-couper-mon-cerveau/294470
Première médaillée française à Pékin avec le bronze par équipes, Bérengère Schuh veut revivre ce bonheur à Londres. L'Auxerroise ne néglige donc aucun détail avec notamment un travail très précis sur la gestion des émotions.Bérangère Schuh première médaillée des Jeux de Pékin, dans l'épreuve par équipes, sera présente à Londres. (AFP)
Dans la fenêtre médiatique, le tir à l'arc entrouvre les volets tous les quatre ans avec les JO. Et encore il faut viser juste et toucher la médaille. Bérengère Schuh, première médaillée française à Pékin avec le bronze par équipes, ne s'en offusque pas. Professionnelle depuis 2009, elle « n'a pas un salaire de footballeur», mais ne nourrit aucune aigreur. « Le conseil général de l'Yonne, le conseil régional de Bourgogne et la Fédé me permettent d'avoir un salaire mensuel, raconte l'Auxerroise. Pour vivre, je dois compléter avec des primes à la performance suivant mes résultats.» Championne du monde en salle en 2003, elle «commence à faire des petites choses en extérieur».Dans l'ombre, elle se prépare en espérant tenir son billet pour Londres fin mai-début juin. «Il faut se mettre dans la tête dès maintenant qu'il y a les JO dans quelques mois. Dans la salle, c'est écrit partout le nombre de semaines avant les JO. Sur notre carnet d'entraînement, il y a combien de semaines restantes, combien de jours..., explique la Tricolore qui a décroché le quota (non nominatif) pour la France lors des Championnats du monde. On vit pour les JO.» Dans cette préparation, la gestion des émotions tient un rôle majeur. Pour faire simple, c'est très compliqué ! « J'essaie de couper mon cerveau quand je tire, sourit l'archère. Nos meilleures flèches sont tirées quand on ne réfléchit pas. Il faut faire simple.»«J'essaie de couper mon cerveau quand je tire. Nos meilleures flèches sont tirées quand on ne réfléchit pas.»Aux Jeux Olympiques, le stress est démultiplié, il faut donc l'apprivoiser avec de la sophrologie et un travail avec un capteur lors de ses entraînements. A quoi sert ce capteur ? «On a un logiciel qui émet des courbes en fonction du rythme cardiaque et de ce que le cerveau pense. Depuis décembre, on a découvert quelque chose d'assez impressionnant. Quand je tire une flèche, la personne derrière l'ordinateur sait si elle va aller dedans ou pas. Pas sur toutes les flèches, précise Bérengère Schuh. Sur certaines flèches où je ne pense pas à grand-chose à part la mettre dedans, il trouvait une confirmation sur sa courbe. Quand on pense que cela ne va pas, c'est rare que la flèche aille au milieu. » Pour contrôler son rythme cardiaque, elle se rend une fois par semaine chez une sophrologue pour un travail de respiration et de visualisation.Le stress et son corollaire, les tremblements, sont des invités bien connus : «Au tout début du match, c'est beaucoup de tremblements avec le stress. Plus le bras d'arc bouge, moins on est stable pour viser et on n'a pas un lâcher fluide car les doigts sont crispés. Quand on lâche, cela accroche au niveau de la corde. Cela peut aller au milieu avec la gnac, mais c'est moins fluide. L'objectif est d'arriver à baisser le rythme cardiaque en l'espace de dix ou vingt secondes pour atténuer ces tremblements.» Pour se sentir forte dans sa tête, elle doit également se sentir bien dans son corps et se débarrasser de ses problèmes d'épaule : «On fait deux entraînements par jour, plus trois footings par semaine pour travailler le cardio et je fais cinq séances de musculation par semaine car j'ai été blessée l'an dernier à l'épaule.» Vivre JO n'est pas une simple expression.Sophie DORGAN
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Ils vont partir
- Par Thierry LEDRU
- Le 02/07/2012
Fin de l'année scolaire. Mes élèves vont partir. Ils entrent au collège. Je les ai vus grandir, évoluer, je les ai accompagnés. Ils ont changé. Certains beaucoup, d'autres très peu. Je ne sais pas ce qui restera en eux de ces dix mois de classe. Je sais par contre ce qui les attend...
L'enseignement tel qu'il est pratiqué est un apprentissage de l'absence dès lors que le retour vers soi est nié. L'intention d'un enseignant est de former l'enseigné à une réponse mais sans que le fonctionnement inhérent à cette réponse soit analysé. Il s'agit bel et bien d'une violence parce que l'enseigné subit un apprentissage dans lequel il n'existe pas mais qui est destiné à lui donner une certaine existence : une existence qui correspond à ce que l'enseignant attend. Il n'est pas question pour l'enseigné de "se" connaître mais juste de connaître. C'est le combat entre l'avoir et l'être.
"J'ai la bonne réponse mais je ne sais pas qui connaît la réponse.Je ne suis pas celui qui connaît mais celui que l'enseigné à former à savoir. "
L'enseignement est une camisole de force dès lors qu'il n'est pas initialement porté par le développement existentiel de l'enseigné. Et il ne faut pas s'étonner que les enseignés finissent par se rebeller contre l'autorité qui enseigne. Si l'enseignement ne conduit pas l'enseigné à oeuvrer à sa propre connaissance mais uniquement à une connaissance technique, de quelque ordre qu'elle soit, il ne s'agit que de la possibilité donnée aux enseignants de se conforter dans l'accomplissement d'une tâche cognitive et les enseignés qui n'y parviennent pas deviennent des résistants qu'il faut forcer à la soumission.
L'enseignement est un acte violent à travers lequel l'absence des enseignés est réclamée. Une absence existentielle. Chaque individu possède une nature. Dans une classe d'école primaire, ces individus sont des enfants. Leur fonction est d'être élève. Si la fonction prend le pas sur la nature et finit par s'imposer comme une identification, l'enseignement agit en sorte que l'élève soit présent et l'enfant absent. Il est indispensable d'établir une distinction extrêmement claire entre ce que l'enfant fait et qui correspond à une fonction provisoire et sa nature d'enfant. Si cette nature est bafouée parce que la fonction le condamne à porter une étiquette qui peut se révéler dévastatrice au regard de l'enseignant, l'enfant n'est plus.
Cette violence-là est éminemment destructrice.
L'énorme problème posé par les enseignements programmés, c'est justement qu'ils sont programmés. Impossible d'y échapper. Dès lors, il est absolument vital de les accompagner d'une démarche existentielle, philosophique, un regard intérieur, un ancrage sur le réel et non seulement sur cette réalité rapportée. Le réel est intérieur, la réalité est extérieure. Si cette réalité s'impose, il est évident que se posera un jour ou l'autre de savoir qui est "réellement" là. L'enfant ou l'élève. S'il ne reste que l'élève et que l'enfant n'a fait que subir et se conforter aux apprentissages, c'est une perdition de soi qui s'est jouée pendant des années.
Que reste-t-il de nos enfants quand ils quittent le système scolaire ? Ont-il perdu en cours de route l'être réel ? S'est -il métamorphosé en diplômé ? Mais qui est diplômé ? Juste un élève ou un individu éveillé à soi ? Qu'a-t-il appris sur lui ? Juste qu'il a été un bon élève ? Et maintenant que se termine cette perdition de soi, comment va se dérouler la suite ? Et bien, le désastre continuera mais en étant salarié...Etre payé pour se perdre...Mais se réjouir de pouvoir enfin consommer et d'apaiser les douleurs...Parce qu'elles sont toujours là les douleurs. Fossilisées. Et elles sont rentables, elles participent à la croissance puisqu'il faut bien les taire. Consommer, consommer, s'agiter, appréhender la réalité proposée en s'illusionnant de certitudes.
Le conditionnement de l'enfance a fini son oeuvre.
L'adulte est là.
Et puis parfois, la bombe des émotions ravalées explose. La réalité n'est plus qu'un cauchemar et l'être réel est mort. Il a tout perdu. La réalité et le réel. Il n'y a plus rien. Crise économique, crise amoureuse, crise familiale, crise professionnelle...Toutes les étiquettes se déchirent. Il ne reste que la haine, la violence, la folie, le fanatisme, l'errance. Plus aucune estime de soi puisque la réalité est un cauchemar et que l'individu ne se croyait exister qu'à travers cette réalité. Le mal est fait. Il ne reste qu'à le propager. Plus aucune estime pour les autres. Et c'est alors que faire du mal finit par faire du bien. Tout a volé en éclat. Plus aucune valeur humaine puisque cet être réel est mort depuis longtemps.
Je suis effaré parfois d'imaginer que parmi les enfants que je croise, il y aura peut-être un adulte assassin. Car tous les assassins ont été enfants, élèves, étudiants, diplômés, salariés ou "cancres" et chômeurs. Cette réalité qui est imposée à chaque individu est un champ de batailles. On y trouve les armes, on apprend même aux enfants à s'en servir. La compétition, la comparaison, le classement, l'honneur ou l'humiliation.
Et je vis là-dedans depuis trente ans. Je croise des vies pendant dix mois de classe. Pendant dix mois, je tente de dresser devant eux le miroir de ce qu'ils sont, l'horizon de ce qu'ils veulent être. Non pas dans la réalité mais dans le réel.
Et je continuerai à oeuvrer pour ce réel. Nature et fonction. Jamais dans l'ordre inverse.
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Consommateurs de "connaissances"
- Par Thierry LEDRU
- Le 30/06/2012
Alors voilà donc la "nouvelle" version de l'école française. J'y ai ajouté quelques commentaires. (avec mon stylo rouge :)

Lettre à tous les personnels de l'éducation nationale
Information - Vincent Peillon - 26/06/2012Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, et George Pau-Langevin, ministre déléguée, chargée de la réussite éducative, s'adressent à tous les personnels de l'éducation nationale. La lettre est publiée au Bulletin officiel du mardi 26 juin 2012.
Au moment où nous est confiée une mission qui nous honore et nous engage, nous souhaitons vous préciser l'esprit dans lequel nous voulons, sous l'autorité du Président de la République et du Premier ministre, travailler à la refondation de notre École.
Nous connaissons les difficultés auxquelles vous êtes confrontés au quotidien et le poids de vos responsabilités. Mais nous savons aussi la force de votre dévouement, la passion et la vocation qui vous animent pour instruire, éduquer, servir une certaine idée de la France, de la République et de l'humanité.
Je m'intéresse principalement aux individus, dans leur spécificité avant de vouloir les instruire et plus encore de participer à leur insertion dans la République. La République ne sera accueillante qu'au regard de l'attention qu'elle portera aux êtres, à leur nature avant de vouloir contribuer à leur fonction. Il ne faut pas demander à un enfant d'être reconnaissant envers une structure dont il n'a pas conscience. C'est de lui qu'il s'agit prioritairement et c'est parce que l'école aura contribué à son évolution existentielle qu'il pourra éventuellement aimer la République.
Ensemble, nous avons rendez-vous avec notre pays : parce que son histoire n'est pas n'importe laquelle, ses attentes sont grandes à l'égard de son École. Nous devons les honorer.
Le Président de la République a fixé clairement l'objectif d'une refondation républicaine de l'École et d'une refondation de la République par l'École.
Cela nous confère à tous une responsabilité, mais aussi un devoir d'action.
Il va appartenir à chacun d'entre nous de donner le meilleur de lui-même et à nous tous, ensemble, comme corps collectif, de nous rassembler et de nous dépasser.
Trente ans que je donne le meilleur de moi-même. Il m'est impossible de me dépasser. Je ne cherche qu'à exploiter ce que je peux être. Même Usain Bolt ne peut pas se dépasser. Sinon, il serait battu par lui-même...C'est absurde.
Notre École peut renouer avec le progrès et l'espérance. Il n'y a pas de fatalité de l'échec scolaire. Tous les enfants peuvent réussir. L'École doit être au service de la promotion de tous et de l'épanouissement de chacun.
Ouah, "l'épanouissement de chacun ! C'est donc pris en considération le "chacun"? Formidable...
Elle porte une idée de l'homme, mais aussi du citoyen, et une exigence de justice. Nous ne devons renoncer à aucune de ses missions ni de ses ambitions mais les tenir ensemble.
Dans cet ordre-là, ça me convient : l'homme, le citoyen, la justice.Très bien.
Ainsi, les réformes que nous entreprendrons et les moyens nouveaux que le Président de la République a décidé de consacrer à l'éducation nationale, dont il a fait la priorité de l'action publique pour le quinquennat, seront mis au service d'objectifs clairs et de valeurs réaffirmées et assumées. Ensemble, nous devons redonner le sens, rétablir le respect, et reconstruire un idéal et, ensemble, nous devons réussir à faire partager cet idéal comme un bien commun et un bien précieux.
Quel est le fondement de cet idéal ? Là est la question.
Pour engager la refondation et inscrire notre action dans la durée qui lui sera nécessaire, nous organiserons, au cours des prochaines semaines, conformément aux engagements du Président de la République, une vaste concertation. Elle conduira à l'élaboration d'un projet de loi portant refondation de l'École qui sera présenté au Parlement à l'automne.
Un nouveau contrat entre la Nation et son École sera passé, qui nous permettra de faire entrer la République dans sa modernité et de tenir à nouveau la promesse républicaine.
Nous connaissons les enjeux pour l'avenir de l'École : l'amélioration des acquis scolaires, l'égalité plus grande dans la réussite des élèves, la réduction des sorties sans qualification, l'insertion professionnelle de tous.
Et voilà, le "chacun" ne concerne que l'aspect cognitif en vue d'une insertion professionnelle et par conséquent la contribution à l'économie...
La réussite des élèves repose sur la confiance et le respect que la Nation accorde à celles et ceux qui servent l'éducation nationale, quels que soient leur niveau de responsabilité et leur mission. Nous voulons restaurer un dialogue où chacun, personnel d'enseignement, personnel d'éducation et d'orientation, personnel administratif et technique, personnel du service social et de santé, personnel d'inspection et de direction, puisse contribuer à cette ambition. La refondation de l'École de la République repose aussi sur une information partagée, un jugement éclairé et l'idée que l'École appartient à toute la Nation. C'est pourquoi nous avons décidé de rendre publics les rapports des inspections générales qui n'avaient pas été diffusés depuis plusieurs années.
L'éducation nécessite une vision d'ensemble qui s'appuie sur une conception de l'homme et de la République.
L'École de la République est une École de l'exigence et de l'ambition qui doit permettre à chaque élève de trouver et de prendre le chemin de sa réussite. C'est un lieu d'enseignement laïque, d'émancipation et d'intégration de tous les enfants.
"Ambition" : De quel ordre ? Pour quelles visées ?
"Réussite" : Avec quelles connotations ? Professionnelle, existentielle, philosophique ?
"Emancipation" : Au regard de quoi ? Du groupe humain ? Ou du Moi à travers la connaissance du Soi ?
C'est notre maison commune, vecteur de promotion et de justice sociale, lieu de transmission des valeurs de la République, des valeurs fortes que l'on doit enseigner, réfléchir, discuter, pratiquer. Ensemble, il nous appartient de donner à notre École l'élan nouveau qui apportera à la jeunesse les raisons d'espérer et de participer pleinement à son destin.
Il est absurde d'espérer. C'est une connaissance indispensable pour qui souhaite avancer un peu...
Nous devons tous nous mobiliser pour l'accomplissement au quotidien de cet idéal pour notre pays. Nous savons pouvoir compter sur vous dans un esprit d'unité, de confiance et d'action, dans l'intérêt des élèves et dans celui de la Nation, et nous vous en remercions chaleureusement.
Dans l'attente de la refondation de notre École, et sans remettre en cause les travaux préparatoires déjà effectués, il est important que nous vous précisions dès maintenant les mesures de la prochaine rentrée qui s'inscrivent dans une démarche différente de celle qui avait conduit à écrire la précédente circulaire de rentrée. L'espérance et le changement doivent déjà se tracer un chemin et commencer, sans plus attendre, à faire entendre leurs voix. Notre volonté est d'abord, par ces mesures, de renouer la confiance qui a tant fait défaut ces dernières années.
1. L'école primaire est notre première priorité. Les débuts de la scolarité sont essentiels pour la réussite de tous les élèves. Les difficultés doivent être repérées dès les premières années d'apprentissage.
Ce sont avant tout les causes de ces difficultés qui doivent être identifiées. Les difficultés sont connues. Deuxièmement, il convient de ne pas considérer ces difficultés comme inhérentes à la nature des individus mais uniquement à leurs fonctions. Il ne s'agit pas de stigmatiser. Lorsque les difficultés sont générées par un système, c'est au système de les résoudre. Pas à l'enfant.
Nous accorderons donc une importance particulière à l'accueil des enfants les plus jeunes, en considérant ceux de moins de trois ans qui doivent pouvoir être scolarisés, en particulier dans toutes les zones qui rencontrent le plus de difficultés. Cet accueil doit être l'occasion d'établir des liens privilégiés avec les parents afin de bâtir avec eux les conditions de la réussite dans la durée.
C'est par une progression bien maîtrisée et par des réponses adaptées à des besoins clairement identifiés que l'école maternelle remplira au mieux sa mission, qui ne peut être une simple préparation à l'école élémentaire. L'école maternelle est l'école des premiers apprentissages et de l'installation de la confiance en soi. Elle mérite de retrouver une attention particulière et spécifique pour que les élèves s'y inscrivent dans un parcours de la réussite.
"Confiance en soi". Pour que ça soit envisageable, il convient de lancer les enfants dans une démarche existentielle. Prioritairement. Et cette "réussite" ne sera pas un condensé d'évaluations formatives mais la mise en action d'une formation individuelle. La connaissance du Soi avant la connaissance cognitive.
Nous veillerons à ce que l'encadrement des classes soit renforcé, notamment dans les écoles qui sont confrontées aux situations les plus complexes. Cette ambition trouvera une première traduction, dès la prochaine rentrée, avec la création de 1 000 nouveaux emplois de professeurs des écoles. Ces emplois seront mobilisés pour améliorer l'accueil des élèves, favoriser leur réussite, en particulier dans les écoles de l'éducation prioritaire et dans les zones rurales isolées. Ils permettront de conforter le potentiel de remplacement et de renforcer les dispositifs d'aide aux élèves en difficulté, notamment les Rased. Il faudra, par ces moyens nouveaux et cette amélioration de notre dispositif scolaire, trouver dans les écoles, avec l'aide des équipes de circonscription, les possibilités d'évolution des pratiques pédagogiques et des fonctionnements de chaque cycle.
Pour les RASED, il suffira de rétablir tous les postes qui ont été supprimés...Sacré défi...
Nous souhaitons aussi que, dès cette rentrée, tout soit mis en œuvre pour que le cours préparatoire ne soit confié qu'à des professeurs dotés d'une expérience d'enseignement et non à des enseignants débutants.
Ce qui laisse entendre que la formation initiale des enseignants ne donne pas toutes les connaissances inhérentes à cette classe. Aux autres non plus d'ailleurs. Un autre très grand chantier à mener. Le fait que la formation ne comporte aucune donnée sur la psychologie de l'enfance est très révélateur. Sur la psychologie des enseignants non plus d'ailleurs...
L'acquisition des savoirs fondamentaux doit rester l'objectif intangible de l'école primaire. Dans tous les domaines d'enseignement, avec l'appui des corps d'inspection, chacun veillera à une progression cohérente et efficace des apprentissages. La pédagogie doit être attentive aux travaux de la recherche. Elle doit évoluer et favoriser l'épanouissement de l'élève, son activité, sa motivation et sa pleine implication dans les apprentissages. Le travail en équipe doit être encouragé et nous demandons à l'encadrement pédagogique d'accompagner les écoles dans cette ambition.
"L'épanouissement de l'élève..." Et bien, non justement, sinon cela signifie que l'école ne s'intéresse qu'à l'élève et pas à l'enfant. Et c'est justement LE point d'achoppement. Tant que l'individu ne sera qu'un élève, il "n'existera" pas. Et s'il n'existe pas, il souffre.
Dans l'attente des décisions qui seront prises le moment venu pour réorganiser les rythmes scolaires, nous souhaitons que la pause méridienne ne soit pas, autant que possible, inférieure à quatre-vingt-dix minutes dans le premier degré. Nous souhaitons que chacun soit à l'écoute des besoins des élèves et prenne une part active dans la concertation à venir sur la réforme des rythmes scolaires et éducatifs. Nous savons que cette réforme est complexe mais elle est essentielle dans l'intérêt des élèves et de leur réussite.
2. Les résultats des évaluations qui se sont déroulées en CE1 et CM2 du 21 au 25 mai 2012 ne sont pas centralisés au niveau national. Ils sont collectés et analysés à l'échelle des écoles, et seulement à ce niveau, avec l'appui des inspecteurs des circonscriptions. Ces évaluations servent également de support aux échanges avec les familles et, s'agissant des évaluations réalisées en CM2, elles favorisent la liaison avec le collège de secteur. Pour l'avenir, la concertation traitera de la refondation de l'évaluation tant du système éducatif que des acquis des élèves.
"La liaison avec le collège..." Sacré débat là aussi. Quand certains professeurs ne souhaitent connaître que les résultats de ces évaluations nationales et ne lisent même pas l'ensemble des dossiers, c'est bien plus réducteur que tout. Une vraie catastrophe.
3. Le socle commun de connaissances et de compétences, inscrit dans la loi n° 2005-380 du 23 avril 2005, est le cadre de référence de la scolarité obligatoire. Chaque élève doit parvenir à la maîtrise du socle commun au terme de sa scolarité. La conception et les composantes du socle commun seront repensées. La réécriture des programmes de l'école primaire et du collège suivra cette révision et se fera dans un cadre concerté et transparent. Le livret personnel de compétences actuel est inutilement complexe. Il est trop tard pour le modifier pour la prochaine rentrée, mais il connaîtra des simplifications indispensables et des évolutions pour tenir compte des forces et des faiblesses de son format et de son usage. Il faut, pour le dialogue avec les parents, des outils de suivi des élèves clairs et compréhensibles.
Ce qui me surprend, c'est que cette idée que ça doit être "clair et compréhensible" ait été totalement exclue du livret actuel. Une vraie usine à gaz. Comme si le fait de produire un livret hautement technique et abscons pouvait être une marque de sérieux...Il a du boulot le ministre :)
4. Le collège unique reste pour nous une ambition essentielle pour conduire tous les élèves à la maîtrise du socle commun. Nous connaissons les difficultés rencontrées par les enseignants de ce niveau d'enseignement pour assurer la réussite de tous.
Des difficultés qui s'expliquent en grande partie par une lassitude existentielle, générée par une impression nauséeuse de gavage, de pression, d'humiliations, de compétitions, de hiérarchisation. "Alors, je vais vous rendre vos contrôles de la meilleure note à la plus catastrophique..." Et quel est l'objectif pédagogique de cette méthode ?..On ne motive pas des enfants par la brimade mais par une rigueur bienveillante.
C'est pourquoi le collège fera l'objet d'un travail de réflexion dans le cadre de la concertation qui sera engagée dans les prochaines semaines. Maintenir l'obligation d'un tronc commun pour tous n'interdit pas de proposer aux élèves des approches pédagogiques différenciées, dès lors qu'aucun dispositif d'éviction précoce ne détourne ces élèves de l'objectif de maîtrise du socle commun et ne les enferme dans une filière. Nous demandons à chacun d'y veiller. Dans l'attente d'un projet de disposition législative abrogeant la loi n° 2011-893 du 28 juillet 2011, dite loi Cherpion, le dispositif d'initiation aux métiers en alternance (Dima) pour les jeunes âgés de moins de 15 ans est suspendu à la prochaine rentrée.
Nous tirerons les conclusions de l'évaluation nationale de fin de 5ème, expérimentée en 2011-2012, avant une éventuelle généralisation.
Le fonctionnement actuel des établissements de réinsertion scolaire (ERS) ne répond pas aux objectifs qui leur avaient été assignés. Nous nous prononcerons prochainement sur leur devenir.5. La mise en œuvre de la réforme du lycée se poursuit à la rentrée 2012 selon les dispositions arrêtées en 2010. Les principaux enjeux et objectifs initiaux de la réforme - mieux accompagner chaque élève, mieux le préparer à l'enseignement supérieur, permettre une fluidité des parcours - sont maintenus, mais les modalités de leur application pourront être modifiées ultérieurement.
Les corps d'inspection seront mobilisés pour accompagner les personnels de direction et les enseignants dans la mise en œuvre de l'ensemble des composantes de la réforme - accompagnement personnalisé, organisation des enseignements d'exploration, groupes de compétences en langues vivantes, stages passerelles et de remise à niveau, vie lycéenne -, et soutiendront les initiatives des équipes éducatives.
Et oui, encore et toujours des formations cognitives. Elles ont pourtant depuis longtemps montré leurs limites. Toujours aucune réflexion sur l'individu...
Pour la prochaine année scolaire, et dans l'attente du rétablissement de l'enseignement d'histoire-géographie en terminale scientifique, l'enseignement facultatif d'histoire-géographie prévu par les textes en vigueur sera proposé à tous les élèves de terminale de cette série.Les séries technologiques ont pratiquement toutes été rénovées dans le cadre de la réforme du lycée. Cependant, ces rénovations, pour les séries industrielles notamment, modifient en profondeur les approches pédagogiques et les conditions d'enseignement. Un accompagnement significatif par la formation continue des enseignants doit être mis en place en académie, en relais des actions nationales qui se poursuivront.
Les lycées d'enseignement général et technologique et d'enseignement professionnel doivent se rapprocher et favoriser la mixité des élèves. Pour atteindre cet objectif, le développement des lycées polyvalents sera favorisé. La mise en place de réseaux de lycées, qui permettent d'éviter une concurrence infructueuse entre établissements, doit se poursuivre, en concertation avec les partenaires et, tout particulièrement, les collectivités territoriales, pour favoriser la complémentarité de leur offre de formation.
6. La voie professionnelle doit être une véritable filière de réussite, avec des orientations positives et non pas imposées, et des débouchés assurés. La valorisation de l'enseignement professionnel, thème important de la concertation à venir, doit devenir enfin une réalité. Le nombre des sorties sans qualification de la voie professionnelle reste à un niveau beaucoup trop élevé. Des adaptations des parcours vers le baccalauréat professionnel seront nécessaires. Les élèves de l'enseignement professionnel doivent bénéficier du soutien de la Nation. Nous devons être particulièrement attentifs aux difficultés des jeunes bacheliers professionnels qui s'engagent dans des poursuites d'études auxquelles ils ne sont pas toujours préparés.
Les établissements scolaires mobilisent leurs compétences au service de l'éducation et de la formation tout au long de la vie. Ils apportent ainsi une réponse essentielle aux besoins de formation continue des adultes, indissociable de la formation initiale. Nous veillerons à ce que cette mission de service public fondamentale soit préservée. La loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 de simplification et d'amélioration de la qualité du droit (dite loi Warsmann) impose la transformation du statut des groupements d'établissements de l'éducation nationale pour la formation des adultes (Greta) au plus tard en mai 2013. Le processus d'audit, qui permet de dresser un bilan académique de l'appareil de formation continue, est en cours. Cette opération suscite beaucoup d'interrogations, voire d'inquiétudes légitimes de la part des personnels, formateurs ou administratifs, dont l'engagement doit être reconnu. En concertation avec leurs représentants, nous définirons l'organisation la mieux adaptée à leurs missions tout en garantissant leur statut.
7. L'enseignement des langues est un enjeu fondamental pour la poursuite d'études et l'insertion professionnelle. Il continuera d'obéir, pour la prochaine année scolaire, aux dispositions en vigueur.
Nous souhaitons une meilleure continuité des apprentissages entre l'école élémentaire et le collège en renforçant le suivi des élèves par les équipes enseignantes : les acquis du niveau A1 doivent faire l'objet d'un travail en commun avant l'entrée en classe de 6ème pour aborder le plus tôt possible l'acquisition du niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL).
L'expérimentation de la globalisation des horaires de langues vivantes dans les collèges volontaires est maintenue, mais sera évaluée avant toute décision éventuelle de généralisation.
Les compétences de compréhension, d'expression et d'interaction orales seront évaluées à compter de la session 2013 du baccalauréat dans l'ensemble des séries générales et technologiques rénovées, aux côtés des compétences de compréhension et d'expression écrites.
Cet enseignement doit bénéficier des possibilités pédagogiques offertes par les technologies numériques.8. Le sport scolaire joue un rôle fondamental dans l'accès des jeunes aux sports et plus largement à la vie associative. C'est un élément de dynamisation et de cohésion des écoles et des établissements scolaires. Il doit être valorisé et développé.
Alors là, c'est le bouquet final. Le sport, lui-même, n'a pour seul intérêt que la cohésion des établissements scolaires. N'importe quoi. C'est quand même incroyable que l'individu soit ignoré à ce point. Le sport n'a pas d'autre finalité que la connaissance de soi et le bien-être, l'exploitation d'un potentiel immense qui ne se dévoile que dans l'activité sportive. Mens sana in corpore sano. Tout le reste est secondaire. Il faut sortir de cette idée que l'école est un lieu de cohésion sociale. Elle est avant tout l'opportunité du développement de l'individu et c'est ENSUITE que la cohésion devient possible. On travaille à l'envers. On veut associer des individus avant même qu'ils aient une idée exacte de ce qu'ils sont. Le résultat n'est qu'une mélasse difforme.
9. Des moyens supplémentaires seront mobilisés, dès la prochaine rentrée, pour la scolarisation des élèves en situation de handicap.
Outre les emplois d'assistant de scolarisation supplémentaires d'ores et déjà inscrits en loi de finances, de nouveaux emplois d'auxiliaires de vie scolaire (AVS-i) seront créés pour permettre une meilleure couverture des besoins d'accompagnement.
Au-delà de ce nécessaire renforcement des effectifs de personnel d'accompagnement, nous souhaitons rappeler que les enjeux portent aujourd'hui sur :
- la qualité de la scolarisation ;
- la formation et l'accompagnement des enseignants comme des AVS-i ;
- la personnalisation des réponses pédagogiques, la validation des compétences (socle commun, compétences professionnelles, etc.), l'accessibilité aux ressources pédagogiques et les certifications.
Tous les AVS-i, quel que soit leur statut, doivent recevoir une formation dès leur prise de fonction. C'est une première étape vers la professionnalisation des personnels chargés de l'accompagnement des élèves en situation de handicap que nous allons engager.
Très bien.
Ces formations seront menées en lien avec les grandes associations œuvrant dans le champ du handicap, sur la base d'un référentiel d'activité et d'un cahier des charges rénové. Nous saluons l'engagement de tous les personnels qui ont permis de très grands progrès dans l'inclusion scolaire des élèves en situation de handicap. Il nous faut désormais améliorer la qualité de leur parcours scolaire. C'est cette priorité que nous nous donnons en ce domaine.
10. La lutte contre le décrochage scolaire est plus que jamais une priorité nationale. Elle repose à la fois sur une attention plus personnalisée portée aux jeunes,
(ah bon, et sous quelles formes exactement ? )
sur le développement des actions de prévention au sein des établissements scolaires et sur la mise en œuvre opérationnelle des dispositifs d'appui aux décrocheurs comme la Mission générale d'insertion (MGI). Nous comptons sur votre mobilisation, en soutien des responsables départementaux et locaux des plates-formes, pour vous investir dans des dispositifs coordonnés et innovants pour un retour à une scolarité assidue. Cette lutte contre le décrochage va de pair avec l'aide individualisée pour que chaque jeune puisse faire des choix d'orientation informés et raisonnés. Nous connaissons l'engagement des conseillers d'orientation-psychologues et l'action des centres d'information et d'orientation (CIO) dans cette mission, comme leur contribution à la lutte contre le décrochage scolaire.
11. L'éducation prioritaire connaîtra une nouvelle étape de son développement et de son efficacité et sera au cœur des décisions qui seront prises dans le cadre de la concertation à venir. Son principe fondamental, qui présida à son déploiement il y a trente ans, demeure « donner plus à ceux qui ont le plus de besoins ». En conséquence, avec la participation de tous les acteurs concernés, le dispositif écoles, collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite (Éclair) a vocation à être repensé, les règles fixées pour la prochaine rentrée étant maintenues de façon à éviter toute désorganisation.
12. Les effets négatifs des mesures d'assouplissement de la carte scolaire sont connus. Avec tous les partenaires concernés, nous mettrons en œuvre des modalités véritablement adaptées, pour un renforcement de la mixité sociale et scolaire.
13. Tous les internats, dans leur diversité, doivent proposer l'excellence aux élèves accueillis pour contribuer à l'égalité des chances et à la réussite de tous. En étroite collaboration avec les collectivités territoriales, nous veillerons à l'amélioration des projets éducatifs de tous les internats. C'est pourquoi nous évaluerons les internats d'excellence, notamment sur leur rapport coût/amélioration de la réussite, afin que nous disposions des éléments d'appréciation permettant d'orienter efficacement les moyens pour la réussite du plus grand nombre.
14. Nous veillerons à ce que les outils, contenus et services numériques soient mis à la disposition des enseignants et plus largement des équipes éducatives, pour enrichir leurs pratiques afin de les aider à répondre aux besoins de leurs élèves. La formation des professeurs aux enjeux et aux usages pédagogiques du numérique sera développée. Avec la volonté de réduire les inégalités constatées dans ce domaine, le ministère favorisera la diffusion des usages et la production de ressources pédagogiques numériques et il en développera la mutualisation. Une concertation sera engagée avec les collectivités locales pour accompagner le développement des usages de l'e-éducation, et en particulier garantir plus efficacement la maintenance des équipements mis à la disposition des établissements.
15. Nous connaissons l'engagement de tous les personnels pour assurer la sérénité et la sécurité dans les établissements afin de créer un climat favorable aux apprentissages. Nous savons que les suppressions d'emplois survenues ces dernières années ont rendu la situation particulièrement difficile dans beaucoup d'établissements. C'est pourquoi la présence des adultes sera augmentée avec la création de nouveaux emplois de conseillers principaux et d'éducation et d'assistants d'éducation dès la rentrée 2012. Par ailleurs, en complément du travail effectué par les équipes mobiles de sécurité, la création d'une mission nouvelle de prévention et de sécurité donnera lieu à la création de postes supplémentaires, prioritairement affectés dans les établissements qui sont les plus exposés aux incivilités et aux violences.
Quelle formation pour ces personnels ? Surveillants pénitentiaires ? "Quand ton empire a besoin des gendarmes, c'est que ton empire est déjà mort. " Antoine de Saint-Exuépry "Citadelle".
16. L'autorité, comme la confiance, ne se décrète pas. Elle se construit grâce à des qualités morales et intellectuelles reconnues et sur l'exemplarité de celui qui détient cette autorité. Elle suppose que l'exigence de respect soit partagée par tous les élèves et par les membres de la communauté éducative : respect des élèves et de tous les personnels, respect des lois et respect du règlement intérieur de l'établissement. C'est en accordant la plus grande attention aux conditions morales et matérielles de votre activité, ainsi qu'à votre formation, que nous souhaitons manifester à tous les personnels de l'éducation nationale l'estime et la confiance que nous vous portons et qui nous paraissent fondamentales pour asseoir cette autorité.
Oui, et bien là, il faudrait que notre Ministre se renseigne un peu sur les relations entre les élèves et les enseignants. La "racaille" ne pousse pas pour rien. Les incivilités sont des symptômes et elles ne se combattent pas avec des personnels chargés de la répression. Entre l'autorité et l'autoritaire, la limite est infime. Et ni l'un, ni l'autre ne sont des appels à l'échange mutuel. "Le prof a toujours raison, même quand il a tort." On connait les effets de ce genre d'arguments.
Oui, l'exemplarité est indispensable. Encore faut-il en avoir conscience et savoir ce qu'elle signifie.
17. Le décret n° 2012-702 du 7 mai 2012, relatif à l'évaluation des personnels, sera abrogé et ne sera donc pas mis en application au 1er septembre 2012. Conçu et publié sans l'adhésion des personnels, ce texte ne permet pas de fonder une évaluation satisfaisante. Pour autant, un simple retour à la situation antérieure n'est pas non plus souhaitable. C'est pourquoi, en concertation avec tous les partenaires concernés, nous préparerons de nouvelles dispositions qui entreront en application à la rentrée 2013.
18. Nous avons l'ambition de réformer totalement la formation initiale et continue des maîtres. Les systèmes éducatifs les plus performants sont ceux qui assurent une formation initiale et continue de grande qualité des professeurs. C'est l'échange entre la théorie et la pratique, entre la recherche pédagogique
(existentielle, philosophique, métaphysique, psychologique...)
et l'exercice dans les classes, mais aussi entre les niveaux de formation qui doit nourrir cette formation. C'est ce qui a été oublié ces dernières années. Les conditions d'entrée dans le métier doivent être améliorées. C'est pourquoi, pour répondre au manque de formation pratique des jeunes enseignants, et avant la refondation d'une véritable formation professionnelle, des mesures d'aménagement de service et des formations spécifiques pour les stagiaires nouvellement recrutés en septembre 2012 seront mises en place.
Dans le cadre de la future loi, nous créerons des écoles supérieures du professorat et de l'éducation qui seront opérationnelles dès 2013. Tous les professeurs, quel que soit le niveau d'enseignement auquel ils se destinent, partageront un moment de formation commun dans ces écoles supérieures. Notre engagement est de développer une logique d'entrée progressive dans le métier d'enseignant et d'éducation par un parcours de professionnalisation. Une personne qui a la vocation d'enseigner doit pouvoir le plus tôt possible être encouragée et soutenue dans cette voie, tant par les bourses de l'enseignement supérieur que par les contrats spécifiques qui seront proposés.Le Président de la République a clairement dit la priorité qu'il accordait à l'École de la République. C'est une question de moyens, mais aussi de valeurs. Les grandes orientations de la refondation ont été clairement affirmées par les plus hautes autorités de l'État. Il va falloir du temps, du courage, du respect et de la persévérance pour accomplir cette grande tâche que nous devons conduire ensemble dans l'intérêt de la Nation. Mais il convenait d'indiquer déjà qu'un changement a bien eu lieu, qu'une autre orientation et une autre ambition pour l'École seront à l'œuvre dès la prochaine rentrée.
Le ministre de l'éducation nationale,
Vincent PeillonLa ministre déléguée, chargée de la réussite éducative,
George Pau-Langevin
Deux élèves de l'an passé sont venus me voir pendant la classe. Comme on faisait un quizz de géographie, on les a invités à participer. Ils sont donc élèves de sixième. Et bien, c'était un désastre...Même la capitale de la Chine, ils ne s'en souvenaient plus. Constat alarmant. Le programme de géographie du CM2 a été effacé par le programme de la sixième. C'est pour ça que je parle de "consommation de la connaissance. " Nos élèves sont gavés pendant un an puis comme pour toute nourriture ingérée, ils se débarrassent des résidus. L'an prochain, ils subiront la même pression et ils apprendront par coeur le programme de cinquième et ils se débarrasseront de celui de la sixième. Au bout du compte, on peut espérer que de ce fatras, il restera quelques données éparses...Mais qu'en est-il de la connaissance qu'ils ont d'eux-mêmes ? Qu'ont-ils appris sur eux à travers ces années de conditionnements? L'image que j'en ai, c'est celui d'un vase que les enseignants s'efforcent de remplir alors que le vase lui-même ne sait pas de quoi il est constitué, qu'elle est la source de son existence, de son énergie, qu'il vit constamment dans l'urgence et n'a même pas le temps de s'observer, lui, en tant que vase, en tant que contenant et non uniquement comme une accumulation de contenus. Il n'existe en fait qu'au regard de ce qu'il a absorbé. Et c'est effroyable.Ceux qui parviennent à maintenir et à transformer en énergie cette nourriture échapperont à l'anorexie cognitive...Les autres vomiront jusqu'à ce qu'ils soient exclus du cycle "normal"...
Je renvoie à ce post pour la lecture du programme du cycle 3...
http://la-haut.e-monsite.com/blog/aporie.html
Alors, les efforts et les intentions de Mr Peillon sont éminemment louables mais il ne s'intéresse qu'aux contenus et aux méthodes pour qu'ils soient ingérés. Désolant et perdu d'avance. J'ai vu passer assez de refontes du système pour avoir le recul nécessaire.
Tant que les technocrates penseront en terme "d'élèves", ils propageront l'anorexie cognitive et toutes les rébellions et désastres collatéraux perdureront. C'est inévitable.
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L'enseignement "supérieur"...
- Par Thierry LEDRU
- Le 20/06/2012
http://www.lepoint.fr/societe/l-enseignement-superieur-francais-est-schizophrenique-20-06-2012-1475488_23.php?google_editors_picks=true
2003, année cataclysmique pour les universités du monde entier. Avec la parution du premier classement de Shanghai, l'excellence des formations est désormais mesurable. Et la France reçoit une véritable douche froide. On pensait son modèle adulé partout sur la planète, ses étudiants enviés. Las, le premier établissement hexagonal, l'université Paris-VI (Pierre-et-Marie-Curie), ne figure qu'en 65e position ! Historien, enseignant-chercheur à Paris-I, François Garçon réalise alors une enquête inédite pour tenter de comprendre cette déconvenue. Enquête sur la formation des élites (Perrin, 2011) et plus récemment Le dernier verrou (The Media Faculty, 2012) dressent un tableau accablant de notre enseignement supérieur. Explications.
Le Point.fr : Vous affirmez que le classement de Shanghai a fait voler en éclats les certitudes et les acquis de l'enseignement supérieur mondial. Que nous a-t-il concrètement révélé ?
François Garçon : Sur tous les pays concernés par le classement, je pense que c'est la France qui est tombée du plus haut. Le constat a été d'autant plus dramatique que celle-ci était persuadée que son système était la seule alternative au modèle américain. Et d'un seul coup, on se rend compte que l'excellence tant vantée n'était en fait qu'un village Potemkine. Vous me direz, l'Espagne et l'Italie sont aussi très mal classées. Mais la différence, c'est que ces deux pays savaient parfaitement à quoi s'en tenir. Ils savaient que leur système était vérolé, ils avaient conscience de l'état lamentable de leurs établissements, de l'exode massif de leurs universitaires à l'étranger... Chez nous, on a d'abord crié au scandale, puis fermé les yeux. Avant de manifester la surprise du cocu : ciel, on nous aurait trompés ? Le classement a pointé du doigt le fait que nous étions terriblement à la traîne en matière de recherche pour avoir valorisé les usines à cadres que sont aujourd'hui les grandes écoles.
Comment expliquer cette aptitude hexagonale à se voiler la face au nom de "l'exception française" ?
Il y a une vanité, un certain provincialisme, une condescendance ancestrale très "made in France" à l'égard des États-Unis d'une part et de l'Europe d'autre part. Encore aujourd'hui, alors que le classement de Shanghai a démontré que notre système était loin d'être le meilleur, la France reste persuadée que le monde entier nous l'envie ! Or, lorsque vous visitez de grandes universités à l'étranger, vous vous rendez rapidement compte que pas un seul universitaire n'envisage de venir enseigner ou faire des recherches chez nous.
À la suite des résultats accablants du classement de Shanghai, la France a fini par envisager des mesures pour renforcer sa compétitivité en rapprochant notamment divers établissements pour constituer des méga-pôles. Qu'en pensez-vous ?
Je suis très sceptique. Je pense que ce n'est pas en additionnant des établissements qui n'ont pas d'histoire commune qu'on bâtit une synergie de travail entre des domaines qui convergent. L'identité de chaque entité résistera certainement aux tentatives de fusion. Je veux dire par là que la hiérarchie du système français est très ancrée et obéit à une logique archaïque et militaire héritée de Napoléon, de 1812. Regardez comme l'idée d'abandonner le classement de l'Ena a suscité la polémique ! Tout ça pour 82 personnes ! C'est d'autant plus dommage que c'est ce qui est, entre autres, à l'origine du manque de compétitivité de l'industrie française et du marasme économique que nous connaissons aujourd'hui. La hiérarchie immuable de notre système éducatif empêche la véritable compétition.
Quels sont les modèles à suivre en Europe ?
Si un jour la France se décide à ouvrir les yeux sur ses voisins, vous voulez dire ? D'un côté, la Suisse, qui délivre un enseignement supérieur à la fois gratuit, public et libre d'accès, fondé sur l'idée d'autonomie des universités. Et d'autre part, la Grande-Bretagne, dont l'enseignement est, certes onéreux, mais d'excellence et restructuré il y a peu. Le système anglais accorde une place fondamentale à la compétition. C'est-à-dire que si Cambridge prend une année le pas sur Oxford dans un domaine particulier, l'année suivante, Oxford tentera de compter dans ses équipes un ponte en la matière. Jamais vous ne verrez ça en France.
Vous prônez aussi une évaluation des enseignants "à la suisse". Qu'apporte-t-elle ?
Elle a déjà le mérite d'exister ! Je suis arrivé à Paris-I en 1999, et depuis, on ne m'a quasiment jamais demandé ce que j'y faisais. En Suisse, il y a des critères de notation extrêmement précis. Sont prises en compte les publications (avec un ensemble très complexe de sous-critères), les invitations aux colloques, la participation aux activités de l'établissement...
Comment expliquez-vous que la France ne procède pas à la même évaluation pour garantir la qualité de ses enseignements ?
Parce que, chez nous, l'évaluation est synonyme de paranoïa. Et est vécue comme un contrôle policier qui pourrait déboucher sur des sanctions. Or, les enseignants suisses sont-ils sanctionnés ? Certainement pas. Il s'agit juste d'un excellent outil pour se positionner par rapport aux autres. La Suisse impose également aux cadors d'enseigner en première année. Alors qu'en France la logique pousse souvent l'éminent professeur à ne surtout pas fréquenter la plèbe. En Suisse, tous les professeurs sont dotés d'assistants qui peuvent corriger les 400 copies pendant que vous faites cours. Et qu'y a-t-il de plus glorifiant pour un jeune étudiant que d'avoir pour professeur un maître dans sa discipline ? Pour ma part, c'est ce qui m'a donné envie de devenir historien. Vous voyez, dans un système, tout est lié. C'est de l'horlogerie. Or, où sont nos horlogers ? Nous avons à leur place des équarrisseurs qui prennent des décisions insensées au motif qu'ils ont réussi des concours idiots.
Vous parlez de la "schizophrénie" de l'enseignement supérieur français. Qu'entendez-vous par là ?
Il existe en effet plusieurs contradictions fondamentales qui rongent notre système de l'intérieur. D'abord, la dichotomie entre grandes écoles et université. Mais aussi le décalage hallucinant qui existe entre enseignants-chercheurs, qui donnent cours, corrigent les copies, encadrent les recherches, effectuent les leurs, collectent la taxe d'apprentissage, et les pontes du CNRS, qui font uniquement de la recherche et sont la risée de leurs homologues étrangers qui ironisent sur le "cocooning CNRS".
Sous-équipement, sous-encadrement, sous-financement, surpopulation... Vous dressez un rapport très noir de l'université, que semblent corroborer les classements internationaux. Comment expliquez-vous qu'elle soit tombée aussi bas ?
C'est simple. Elle est considérée comme la cinquième roue du carrosse, alors que les grandes écoles sont les quatre premières. À l'exception de Bérégovoy et de Monory, ainsi que d'une poignée de médecins et de juristes, tout l'appareil d'État, de droite comme de gauche, est issu des grandes écoles. Et cultive un certain mépris pour l'université. Je pense que cette aversion date de la reconstruction qui suit la Deuxième Guerre mondiale. On a alors besoin de cadres, mais on n'a plus confiance en l'université pour les former. En 2003, on se réveille et on constate que 1,3 million d'étudiants macéraient dans cette cuve dont on n'a pas su assurer le renouvellement des flux.
Dans votre dernier ouvrage, Le dernier verrou. En finir avec le Conseil national des universités (The Media Faculty, 2012), vous dénoncez le CNU comme étant l'une des causes de ce malaise. Que lui reprochez-vous ?
Il s'agit d'une interface qui n'a aucun équivalent au monde. 1 500 personnes, représentants syndicaux, sans la moindre légitimité scientifique ou académique, jugent si des gens qui ont soutenu une thèse devant un jury qualifié sont aptes à enseigner. C'est démentiel. Si on a pu concéder de telles prérogatives à ce poste de douane qui fait l'intermédiaire entre l'université et le marché, c'est non seulement qu'on n'a aucune considération pour l'université, mais aussi que l'université elle-même manque cruellement d'estime de soi.
Que peut-on attendre du nouveau gouvernement en ce qui concerne l'enseignement supérieur ?
Au pire, de revenir en arrière. Mais je n'y crois pas trop. Qui oserait dire que Pécresse n'a pas bouleversé le système français ? Elle est la première à avoir su ouvrir les yeux sur ce qui se passait à l'étranger et à frapper un grand coup dans la fourmilière. Il faut donc espérer que le gouvernement socialiste poursuive sa politique en la matière, qu'il consolide la LRU et accélère la mise en place de bonnes pratiques venues de nos voisins. Mais pour cela, il faut continuer de dénoncer les dysfonctionnements, les aberrations. Pousser l'ultime cri d'alarme avant qu'il ne soit trop tard.
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Nos enfants nous accuseront (humanisme)
- Par Thierry LEDRU
- Le 18/06/2012
Dans un petit village français au pied des Cévennes, le maire a décidé de faire face, a décidé de réagir en faisant passer la cantine scolaire en Bio. Ici comme ailleurs la population est confrontée aux angoisses contre la pollution industrielle, aux dangers de la pollution agro chimique. Ici commence un combat contre une logique qui pourrait devenir irréversible, un combat pour que demain nos enfants ne nous accusent pas.
Pouvez-vous faire suivre ? Merci
Voici une affaire qui nous concerne tous !
La sortie en salle du film : "Nos enfants nous accuseront".
Pour que ce film soit en salle (film qui dénonce les méfaits de la mauvaise alimentation et des pesticides), il faut qu'un maximum de personnes regardent la bande annonce dans les 2 jours qui suivent.
C'est le nombre de visites dans les 2 jours qui fera emporter la décision de sa mise en distribution en grandes salles.
Faites le suivre rapidement, s'il vous plaît, à tous vos contacts, merci par avance.
Voici la bande annonce à visionner et à transmettre :
http://www.idph-videos.com/
nos-enfants-nous-accuseront. htm A bientôt
D Lecomte
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La conjuration des imbéciles
- Par Thierry LEDRU
- Le 18/06/2012
15.06.2012
La conjuration des imbéciles, ou comment l'Europe a tué la Grèce
strategies.blogs.challenges.fr/archive/2012/06/15/la-conjuration-des-imbeciles-ou-comment-l-europe-a-tue-la-gr.html
Jusqu’en 1981, la Grèce a vécu cahin-caha dans la frugalité mais sans la pauvreté. Les petites exploitations agricoles, protégées de la concurrence extérieure, représentaient 25% de l’emploi total. Des industries d’une efficacité moyenne, mais abritées de la concurrence internationale, employaient des ouvriers peu nombreux mais payés correctement et bien couverts socialement. Et le tourisme, boosté par les dévaluations régulière du drachme, comblait les trous d’une activité économique un peu ralentie. Ce n’était pas une prospérité absolue, des soubresauts violents témoignaient de l’injustice du système, des groupes d’intérêts comme les militaires saisissaient parfois le pouvoir par la force, mais le système était en relatif équilibre, dans une sorte de précapitalisme méditerranéen. Un état providence, un peu tordu et pas très efficace, mais qui évitait les extrêmes de la pauvreté et de l’inégalité. La corruption huilait les rouages.
L’entrée de la Grèce en Europe en 1981 a été une expérience en plein champ de la mondialisation malheureuse. L’Etat inefficace et corrompu a été poussé par l’Union Européenne et les banques européennes à un laxisme inouï. Caramanlis, le premier ministre, a falsifié avec l’aide de Goldman Sachs les comptes publics Grecs et fait croire que le déficit était de 3% alors qu’il était de…près de 14%. L’entrée dans l’Europe a été poussée par la classe politique pour des raisons de prestige et de prévarication, sans réfléxion sur les conséquences désastreuses de cette intégration. L’agriculture artisanale mais prospère, protégée de l’agro-industrie subventionnée européenne, a subi de plein fouet sa concurrence et s’est peu à peu étiolée. Les tomates hors sol sans goût Espagnoles ont remplacées dans les supermarchés les savoureuses tomates des petits maraîchers Grecs. L’industrie a été balayée par une concurrence européenne plus compétitive et par la concurrence asiatique à laquelle l’Europe a ouvert grandes ses portes, comme une pute à un souteneur. Cette désertification a été un temps compensée par la bonus des subventions européennes, le boom de la construction, et le bonus du tourisme, et la Grèce a retrouvé périodiquement un brin de compétitivité grâce à des dévaluations du drachme.
Mais l’entrée dans l’euro en 2004 a été le dernier clou européen dans le cercueil Grec. L’impossibilité de dévaluer a définitivement broyé la compétitivité Grecque, y compris dans le tourisme pénalisé par des prix devenus élevés. Les déficits budgétaires ont explosés, la base imposable diminuant pendant que les dépenses restaient élevées, nourries par la perversité d’un système politique clientéliste. Les Grecs, poussés par les banques qui leur prêtaient à tour de bras, sont entrés massivement dans la société de consommation: les banques allemandes et françaises prêtaient aux banques Grecque, qui prêtaient aux Grecs, pour leur permettre d’acheter… des produits allemands ou français. Le déficit commercial est devenu abyssal, à la grande joie des exportateurs européens vers la Grèce. Le déficit budgétaire Grec a été financé par les irresponsables banques européennes, qui se précipitaient pour prêter sans risque en euros à un Etat que l’Europe ne laisserait pas faire défaut. L’agriculture et l’industrie laminées, le tourisme en recul, la compétitivité en berne, la Grèce est devenue par la faute de l’Europe un pays assisté que l’Europe a refusé d’assister. L’Europe devait stimuler la Grèce, faire évoluer son système politique et économique, en faire un pays moderne. Mais l’Etat Grec est resté intact, et l’économie a dépéri, seul les importateurs et les distributeurs de produits étrangers prospérant sur les décombres de l’activité productive.
Le désastre Grec est en grande partie dû à la surévaluation de l’euro. Un institut allemand a calculé que pour restaurer sa compétitivité, l’euro Grec devrait dévaluer de 50% environ, 1"euro grec" baissant à 0,70$. Pendant tout le XX° siècle les dévaluations ont été le moyen nécessaire (même s’il n’est pas suffisant) de rééquilibrer une balance commerciale déficitaire et de relancer la croissance en freinant les importations et en poussant les exportations. Keynes lui-même critiquait l’étalon-or qui, en empêchant un pays de dévaluer, l’empêchait de redevenir compétitif. En 1969, Giscard a dévalué le franc contre l’avis de De Gaulle, pour restaurer la compétitivité française mise à mal par Mai 68. En 2001, la Turquie a dévalué de 50% sa monnaie accrochée au dollar et surévaluée et a retrouvé le chemin de la prospérité. De même pour l’Argentine ou la Russie dans les années 2000 ou l’Italie avant l’euro. Cette importance du taux de change pour la compétitivité et la croissance a été bien compris par la Chine, qui a systématiquement sous-évalué le Yuan, accumulant ainsi 3000 milliards de dollars d’excédents et créant des dizaines de millions d’emplois, et par l’Allemagne, qui voit sa compétitivité boostée par un taux de change de l’euro moyenné à la baisse. Le taux de change d'équilibre de "l’euro allemand", d'après le même institut serait 1€=1,70$ !
Le carcan de l’euro surévalué bloque toute chance de retour à l’équilibre des échanges commerciaux Grecs, toute restauration de l’activité industrielle et agricole, fait de la Grèce un désert ne pouvant survivre que par l’assistanat. La dévaluation de la devise Grecque étant impossible, la conjuration des cyniques a poussé à une dévaluation interne des salaires et des retraites. Mais cette dévaluation interne, en mutilant le pouvoir d’achat, la consommation, et l’investissement, crée une récession majeure qui aggrave une situation déjà catastrophique. Les apprentis sorciers de l’Europe ou de FMI ont inventé le remède qui aggrave le mal !
Malgré l’évidence que le maintien de la Grèce dans l’euro et l’austérité brutale imposée à la Grèce sont suicidaires, elle ont encore des défenseur acharnés. Contre les faits, contre l’intérêt du peuple Grec, les intérêts particuliers prévalent. Les banques n’ont pas intérêt à une sortie de la Grèce de l’euro, qui conduirait inéluctablement à un défaut massif, bon pour la Grèce mais mauvais pour leurs comptes. Elles ont d’ailleurs retardé au maximum cette échéance, enfonçant la Grèce dans la crise, pour se donner le temps de transférer à la BCE leurs créances sur la Grèce. Le FMI, qui défends prioritairement les intérêts des banques, est sur la même ligne. Les eurocrates, pensant à tort que sortie de l’euro veut dire sortie de l’Europe, et qui ont intérêt à une redistribution européenne dont ils seront chargé, s’agitent frénétiquement pour empêcher toute sortie de l’euro. L’Allemagne, qui bénéficie du moyennage de l'euro, préfère que la Grèce reste dans l’euro à condition de ne pas avoir à l’assister, ce qui est un oxymore.
Tout ce petit monde financier et politique a au fond intérêt au maintien forcé de la Grèce dans l’euro, d'ou leur acharnement thérapeutique qui tue le patient. Mais pourquoi la majorité des économistes, supposés scientifiques, observant les faits, ne concluent pas à l’inverse que la politique actuelle est suicidaire et que la Grèce doit sortir de l’euro pour s’en sortir. Pourquoi ce chœur d’économistes effarouchés hurlant au désastre si la Grèce sort de l’euro, alors que l’évidence montre que le désastre pour la Grèce est de rester dans l’euro. « Si la Grèce sors de l’euro », dit l’un, son PNB baissera de 50% ! ». « La sortie de la Grèce de l’euro serait suicidaire » dit l’autre. Le premier est un économiste… d’UBS, le second de…Natixis. On comprend mieux. Beaucoup d'économistes ne sont pas des scientifiques mais des employés défendant loyalement l’intérêt de leurs employeurs. Les autres sont au mieux des perroquets, sauf quelques rares minoritaires lucides prêchant la sortie de l'euro dans le désert.
La conjuration des cupides et des imbéciles, qui regroupe banques européennes, banques centrales, eurocrates, économistes et dirigeants politiques européens, en refusant toute sortie de l’Euro même ordonnée et en imposant une austérité brutale, mets la Grèce à genoux au lieu de la relever. Un peu comme les ateliers où l’on forçait les miséreux à travailler dans des conditions infectes en Angleterre au XIX°, en contrepartie d’un peu de pain. Et les politiques Grecs, victime d’une propagande assourdissante, hurlent comme des chacals avec les loups européens : pas de sortie de l’euro, alors qu’elle est indispensable pour redevenir compétitifs, pas de défaut massif, alors que c’est la seule solution pour échapper au piège du surendettement, pas de référendum, car que pèse le peuple quand les intérêts supérieurs des banques et des grands états de l’Union sont en jeu. Même le charismatique dirigeant de l’extrême gauche Grecque, Alexis Tsipras, comme lobotomisé par le culte de l’euro d’or, veut lui aussi rester dans l’euro !
L’euro m’a tué, pourrait dire la Grèce. Et après l’expérience en plein champ des dangers de la monnaie unique, on peut prédire sereinement que le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, et peut-être la France (avec ses 70 milliards d’euros de déficit commercial) seront étouffées par le carcan de l’euro surévalué et connaîtront durablement récession et chômage. L’euro a été fatal à la Grèce. Il est devenu l’hubris de l’Europe toute entière. Le domino Grec fera tomber l’Europe, non si la Grèce sort de l’euro, mais si elle y reste.




