Là-Haut

La répression

Thierry LEDRU Par 0

J'ai 64 ans. 

Des manifestations auxquelles j'ai participé, je ne les compte plus. Oui, j'en ai lancé des pavés, tiré des billes de plomb au lance-pierre, couru, hurlé, frappé. J'ai pulvérisé la vitre arrière de la voiture officielle de Alliot-Marie qui était venue filer un chèque monstrueux à l'école privée, en Bretagne quand moi j'entassais depuis trois ans mes 30 élèves de CM2 dans un Algeco "provisoire". J'avais 25 ans.

Vous voyez un changement avec la situation actuelle ? Moi, rien, que dalle, nada.

Donc, je ne manifeste plus. Les gouvernements, de quelque bord qu'ils soient, n'écoutent pas la rue. 

Non pas que les manifestations n'ont jamais aucun effet et qu'elles n'aboutissent jamais à rien de tangible mais elles restent des épiphénomènes et les effets tout autant.

Il y a vingt ans que les enseignants dénoncent leurs conditions de travail et celles des élèves, en premier plan sur le nombre d'heures non assurées en cas d'absence. Ici, dans le secteur, il y a un lycée où les élèves n'ont toujours pas de professeur de Français depuis la rentrée avec le bac de Français en fin d'année. Et il semblerait que ça puisse durer encore un certain temps. Le rectorat ne trouve personne. Je pense que si je me déclarais volontaire, il me prendrait, même avec mon diplôme d'instituteur de 1982...

Quant aux gens qui disent que les lycéens interpellés, frappés, mutilés "l'ont bien cherché", j'imagine qu'ils sont issus de famille pétainiste.

J'ai lu un tag sur un mur : "Quand les jeunes montrent du doigt leur avenir, l'idiot regarde la poubelle qu'ils brûlent." 

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