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Marc-André Selosse : l'impasse agricole
INTERVIEW. « On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas » : Marc-André Selosse alerte sur l'impasse agricole
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Publié le16/07/2026 à 06h10
Temps de lecture : 5 min
Alors que les vagues de chaleur mettent à genoux les exploitations françaises, le biologiste Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, oscille entre compassion pour les agriculteurs et colère face à un désastre annoncé. Pour ce spécialiste des sols et de la biodiversité, les crises agricole, climatique et écologique n'en font plus qu'une.
Des outils simples pour agir à votre échelle sur le climat Découvrir les solutions
Professeur au Muséum national d'histoire naturelle, biologiste reconnu pour ses travaux sur les sols et la biodiversité, Marc-André Selosse estime que les crises agricole, climatique et écologique ne font désormais plus qu'une. Alors que les canicules fragilisent les exploitations françaises, il juge que les difficultés actuelles étaient largement prévisibles et que les solutions existent déjà. À condition, dit-il, d'accepter enfin d'écouter la science.
France 3 Occitanie : Le monde agricole traverse une nouvelle crise avec cette canicule. Quel regard portez-vous sur la situation ?
Marc-André Selosse : Aujourd'hui, l'agriculture subit plusieurs crises en même temps. Il y a la chaleur et le manque d'eau, bien sûr, mais aussi la hausse du prix des engrais, qui dépend directement du gaz. Ces difficultés arrivent dans un secteur où les revenus étaient déjà dramatiquement faibles : près de 43 % des agriculteurs ne gagnent même pas le SMIC alors qu'ils travaillent bien davantage que quarante heures par semaine.
Je suis profondément touché par cette situation, parce que j'ai toujours essayé de mettre la biologie au service de l'agriculture. Mais si je fais un pas de côté, il faut aussi dire une chose : cette catastrophe était annoncée. Les changements climatiques, les tensions sur les ressources, tout cela avait été décrit par la science. Le drame, c'est que ceux qui souffrent aujourd'hui sont aussi les victimes d'un monde qui n'a pas voulu écouter ce que la science disait depuis des décennies.
À lire aussi : INTERVIEW. Canicule, scandales sanitaires, féminicides : un sociologue dévoile "la machine à catastrophes" qui nous empêche d'agir
France 3 Occitanie : Vous avez le sentiment que les politiques persistent dans les mauvaises réponses ?
Marc-André Selosse : Oui. Regardez les retenues d'eau. Creuser des trous pour stocker de l'eau, c'est un peu comme les autruches qui mettent la tête dans le sable lorsqu'il y a un problème. Cela peut répondre à une partie de la question, mais quid de la température ? Le vrai sujet est ailleurs. Il faut remettre de la matière organique dans les sols pour qu'ils retiennent davantage d'eau. Il faut restaurer leur vie biologique. Il faut aussi adapter les cultures. Je suis désolé de le dire, mais dans certains territoires le maïs n'a plus sa place. Peut-être faudra-t-il du sorgho, peut-être d'autres cultures. Ce n'est pas de l'idéologie. C'est simplement la réalité climatique. Si nous avions commencé cette transition plus tôt, nous n'en serions probablement pas là.
À lire aussi : Changement climatique. La culture du sorgho moins gourmande en eau fait son chemin
France 3 Occitanie : La crise est aussi celle de la biodiversité ?
Marc-André Selosse : Oui, et c'est même une partie de la solution. Deux pratiques agricoles détruisent massivement le vivant : le labour intensif et les pesticides. Nous le savons parce que des agriculteurs expérimentent autre chose. Ceux qui abandonnent le labour voient la biomasse des sols augmenter d'environ 20 %. En agriculture biologique, on retrouve environ 50 % de biomasse supplémentaire et près de 30 % d'espèces en plus. Autrement dit, nous avons déjà la démonstration que d'autres modèles fonctionnent.
France 3 Occitanie : Pourquoi la biodiversité est-elle si importante pour les agriculteurs ?
Marc-André Selosse : Parce qu'elle travaille gratuitement. Quand les pesticides ou le labour détruisent les organismes du sol, ils détruisent aussi des champignons microscopiques qui aident les racines à se nourrir. Sans eux, il faut davantage d'engrais. Ils détruisent aussi des pollinisateurs. Aujourd'hui, selon les estimations, entre 30 et 50 % des productions agricoles sont limitées par leur disparition. Dans certaines cultures, comme le cassis, la présence d'osmies peut multiplier les rendements.
Prenons aussi les chauves-souris. Aux États-Unis, leur disparition a conduit à augmenter d'environ 30 % l'utilisation des pesticides dans certaines régions. Autrement dit, on paie pour remplacer un travail que la nature faisait gratuitement. Cette hausse des pesticides s'est même accompagnée d'une augmentation de la mortalité infantile. Tout cela raconte la même histoire : chaque fois que nous détruisons la biodiversité, nous augmentons le coût de notre agriculture. La biodiversité n'est pas un supplément d'âme. C'est un capital économique.
France 3 Occitanie : Vous paraissez partagé entre compassion et colère.
Marc-André Selosse : Je suis partagé entre l'envie de pleurer parce que je vois la souffrance des agriculteurs et l'envie de pleurer parce que cette situation était prévisible. Nous disposons de solutions. Elles existent dans les fermes de démonstration de l'Inrae, dans l'agriculture biologique, dans l'agriculture de régénération des sols. Elles montrent qu'il est possible de réduire les intrants tout en restaurant les sols. Pourquoi continue-t-on alors à défendre des modèles dont nous savons qu'ils aggravent les problèmes ?
France 3 Occitanie : Les nouvelles techniques génomiques (NTG) sont souvent présentées comme une réponse au changement climatique. Vous n'y croyez pas ?
Marc-André Selosse : Pour moi, les NTG sont des OGM. La première embrouille consiste à changer de nom pour faire oublier l'histoire des OGM. La seconde est de supprimer l'étiquetage. Le citoyen ne saura plus ce qu'il achète. Je trouve cela profondément anormal. On nous avait promis que les OGM réduiraient les pesticides et qu'ils régleraient la faim dans le monde. Or les pays qui les utilisent massivement montrent exactement l'inverse. La faim n'a pas disparu. Les pesticides non plus. Certaines plantes résistantes aux herbicides ont même conduit à en utiliser davantage. Ces semences coûtent aussi plus cher et concentrent le marché entre quelques grands groupes. Ce n'est ni une solution écologique ni une solution économique pour les agriculteurs.
France 3 Occitanie : Le climat est-il désormais un sujet politique plus que scientifique ? Christophe Cassou disait récemment qu'il fallait « politiser » cette crise. Partagez-vous son analyse ?
Marc-André Selosse : Oui, complètement. Mais il faut comprendre le mot « politiser » dans son sens premier, celui de la polis, de la cité. Ces questions concernent toute la société. Moi, je serais très heureux de passer mes journées à identifier des champignons. Si je parle aujourd'hui des pesticides, des sols ou du climat, ce n'est pas parce que cela m'amuse. C'est parce que ces connaissances sont utiles aux citoyens.
Si la société ne s'en empare pas, si les responsables politiques ne prennent pas leurs responsabilités, alors mon travail ne sert à rien. Les impôts qui financent la recherche ne servent à rien. Nous savons déjà ce qui se passe. Nous savons déjà ce qu'il faudrait faire. La question n'est plus scientifique. Elle est devenue profondément politique.
Sentir le pétrichor
On a laissé le bassin se remplir pendant six jours et pendant ce temps, on a arrosé avec le réseau. Sinon, tout serait mort. On a un bouleau qui a plus de vingt ans, il a jauni en une semaine. Les jeunes arbres n'ont aucune chance sans un arrosage régulier.
J'ai fait 82 kilomètres cette semaine avec mes arrosoirs.
Le bassin s'est de nouveau suffisamment rempli pour qu'on puisse se passer du réseau.
Sans les ombrages au-dessus du potager et les ombrages au-dessus des jeunes arbres, tout serait mort.
Je suis en contact avec plusieurs adeptes de permaculture et tous disent la même chose. Aujourd'hui, toute culture en plein soleil est condamnée, qu'il s'agisse de potager ou de jeunes arbres fruitiers.
On rêve tous de sentir enfin ce pétrichor.

Source: DR
L’odeur que vous sentez après la pluie ne vient pas de la pluie : elle était là bien avant que la première goutte ne tombe
par L'équipe Sciencepost 31 mai 2026, 10 h 41 min
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Première goutte. Le sol se fissure à peine sous l’impact et déjà l’air change. Cette odeur de terre mouillée, entre champignon et herbe froissée, surgit avec une précision presque chirurgicale. Tout le monde la connaît, quasi personne ne sait ce qu’elle est vraiment. La réponse est dans le sol, pas dans le ciel : cette odeur était là bien avant la pluie.
À retenir
Les bactéries du sol produisent l’odeur bien avant l’arrivée de la pluie
Notre nez détecte la géosmine à des concentrations impossibles pour la plupart des laboratoires
Ce signal olfactif a 500 millions d’années : c’est un système de communication entre espèces souterraines
Sommaire
Une chimie silencieuse qui travaille sous nos pieds
Le mécanisme : le sol se met en route avant même l’averse
Un mot né en 1964, une réalité vieille de 500 millions d’années
Ce que notre nez perçoit, notre cerveau en fait une mémoire
Une chimie silencieuse qui travaille sous nos pieds
Dans un seul gramme de sol, les scientifiques estiment qu’il y aurait entre un et deux milliards de micro-organismes. C’est ce fourmillement invisible qui fabrique, jour après jour, le parfum que l’on croit venir du ciel. Le principal contributeur à cette odeur est une famille de bactéries appelées actinobactéries. Ces micro-organismes se trouvent aussi bien en milieu rural qu’urbain. Leur rôle : décomposer la matière organique morte en composés simples qui deviennent des nutriments pour les plantes. Sous-produit de cette activité, une molécule organique nommée géosmine.
La géosmine est donc la molécule principalement responsable des notes terreuses du pétrichor. Elle est produite par les bactéries Streptomyces et autres actinobactéries vivant dans les sols. Son nom vient du grec, « gê » (terre) et « osmê » (odeur), ce qui en dit long sur l’ancienneté de ce phénomène. Cette odeur est en réalité un exemple de communication chimique vieux de 500 millions d’années, ayant évolué pour aider certaines bactéries à se reproduire. Autant dire que ce n’est pas un accident de la nature : c’est un mécanisme rodé depuis avant l’apparition des premiers dinosaures.
La géosmine est un type d’alcool, comme l’alcool à 90°. Mais là s’arrête la comparaison avec un produit banal. Le nez humain perçoit la géosmine à des concentrations aussi basses que 5 parties par trillion. Cette sensibilité extraordinaire aurait probablement évolué parce que la molécule signale la présence d’eau dans l’environnement. Pour donner une échelle : détecter 5 parties par trillion, c’est repérer une goutte d’encre dans l’équivalent de 20 piscines olympiques. Notre odorat est, sur ce point précis, bien plus performant que la plupart des instruments de laboratoire.
Le mécanisme : le sol se met en route avant même l’averse
Pendant les longues périodes de sécheresse, l’activité de décomposition des actinobactéries ralentit. Juste avant la pluie, l’air devient plus humide et le sol commence à s’humidifier. Ce processus accélère l’activité des bactéries, qui produisent alors davantage de géosmine. le sol « sent » l’orage arriver et s’active en réponse. La pluie, elle, n’est que l’étincelle finale d’un processus déjà bien engagé.
Quand les gouttes tombent sur le sol, surtout sur des surfaces poreuses comme la terre meuble ou le béton rugueux, elles s’éclatent et éjectent de minuscules particules appelées aérosols. La géosmine et les autres composés du pétrichor présents au sol ou dissous dans les gouttes sont libérés sous forme d’aérosol et transportés par le vent. Ces bulles qui s’effondrent projettent dans l’air des gouttelettes ultrafines contenant de la géosmine. De plus, des spores bactériennes et d’autres métabolites. Ce processus, nommé aérosolisation par projection, explique également comment des communautés microbiennes aériennes se forment pendant les orages, reliant chimie atmosphérique et microbiologie terrestre.
Il y a un autre acteur dans cette symphonie olfactive, moins connu : le pétrichor désigne aussi un liquide huileux sécrété par certaines plantes, absorbé par le sol et les roches argileuses pendant les périodes sèches. Après la pluie, cette huile combinée aux composés de sédiments dégage des composés organiques volatils qui, en se combinant avec la géosmine, produisent cette odeur de terre très particulière qui reste peu de temps dans l’atmosphère. Éphémère par nature : si la pluie est trop abondante, elle noie les molécules avant qu’elles atteignent nos narines. C’est précisément la première averse, sur un sol sec, qui donne le résultat le plus intense.
Un mot né en 1964, une réalité vieille de 500 millions d’années
Le terme pétrichor a été forgé en 1964 par Isabel Joy Bear, chimiste, et Roderick G. Thomas, minéralogiste, tous deux Australiens, à partir du grec ancien « pétra » (pierre) et « ikhṓr » (le sang des dieux dans la mythologie grecque). Le sang des dieux distillé dans la terre. Pour une fois, la poésie scientifique n’exagère pas.
Des chercheurs ont identifié que les collemboles, de minuscules animaux vivant dans les sols humides, sont très réactifs à la géosmine. Ces arthropodes sont attirés par les bactéries Streptomyces, qui constituent une excellente source de nourriture. En échange, les collemboles dispersent les spores des Streptomyces. Les deux organismes y gagnent. La géosmine n’est donc pas seulement une odeur : c’est un signal de rendez-vous entre espèces, un langage chimique que la pluie se contente de traduire en parfum perceptible pour nous. Ce phénomène est si particulier et si complexe qu’il n’a jamais pu être synthétisé : cette odeur reste purement naturelle et éphémère.
Ce que notre nez perçoit, notre cerveau en fait une mémoire
Si la pluie est suffisamment forte, le parfum de pétrichor peut se propager rapidement sous le vent et alerter des personnes situées à distance que la pluie est imminente. Un système d’alerte météo gratuit, embarqué dans nos narines depuis des millénaires. Certains chercheurs avancent que les humains apprécient si instinctivement cette odeur parce que nos ancêtres dépendaient de la pluie pour survivre dans des environnements arides : l’eau signifiait la vie, et son signal olfactif annonçait la survie.
La géosmine est également présente dans la betterave rouge, ce qui explique son goût légèrement terreux, et dans le vin contaminé par certaines bactéries, où elle constitue un défaut recherché par les dégustateurs. Ce composé organique d’origine microbienne est aussi un marqueur de contamination de l’eau potable par des micro-algues. La même molécule qui enchante au bord d’un sentier peut alerter un ingénieur d’une station de traitement des eaux. Tout est affaire de contexte, et de concentration. La prochaine fois que la pluie arrive, ce que vous respirez, c’est la signature chimique de milliards de bactéries qui travaillaient en silence depuis des semaines, attendant patiemment leur instant de visibilité.
Sources : radiolac.ch | slate.fr
Rédigé par L'équipe Sciencepost
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Blindés lanceurs d'eau
J'ai entendu une personne témoin des incendies dans les Pyrénées orientales dire que les blindés lanceurs à eau de l'état auraient pu intervenir pour protéger les habitations. Il ne s'agissait pas d'entrer dans les forêts comme le font les pompiers mais d'agir sur les lisières des routes en protégeant les habitations. C'est un usage déjà pratiqué en Allemagne.
Les agriculteurs qui arrosent avec leur citernes à eau ne sont pas pompiers et pourtant ils montent au front.
Les blindés à eau, j'imagine qu'on en trouve dans les grandes zones urbaines, ça doit pouvoir se poser sur des poids-lourds de l'armée pour être acheminés rapidement...Bref, la France a des blindés à eau pour les manifestations mais pas pour les incendies...Ils vont peut-être les faire défiler pour le 14 juillet...

https://www.leparisien.fr/faits-divers/manifestations-on-trouve-de-tout-dans-les-canons-a-eau-23-09-2018-7899438.php
Un véhicule lanceur d’eau utilisé lors d’un entraînement de CRS aux techniques de maintien de l'ordre sur un terrain militaire au Camp des garrigues, près de Nîmes. LP/Yann Foreix
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Laissés au garage pendant longtemps, les engins lanceurs d'eau (ELE), couramment appelé « canons à eau », ont refait leur apparition, en France, depuis dix ans. Lorsque la manifestation dérape, ce sont eux que l'on retrouve en première ligne. « C'est vraiment efficace », témoigne un CRS major de la section des moyens spécialisés de Chassieu (Rhône).
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Ces canons pulvérisent différents liquides. De l'eau, bien sûr, mais aussi plus généralement des émulsifs. Soit le même liquide mousseux que celui employé par les pompiers, qui peut être coupé avec différents additifs, ajoutés directement dans la citerne.
Le plus courant pourrait être un gaz lacrymogène, mais de récents problèmes techniques en ont limité l'usage. Le 1er mai, à Paris, c'est une mousse très spéciale qui a été utilisée. Le canon projetait ainsi « des protéines de viande macérées, mélange de sang séché et d'os broyés », à l'odeur pestilentielle. « Les manifestants ont été réellement surpris, commente un opérateur. Ils ne savaient pas de quoi il s'agissait. »

À l’intérieur du cockpit d’un ELE, un policier est au volant du véhicule, un autre est aux commandes du canon. /LP/Yann Foreix LP/Yann Foreix
À terme devraient également être mis en œuvre des PMC, des produits de marquages codés, comme l'indique une touche spécifique dans le « cockpit » des engins. Inodores et invisibles, ils peuvent rester jusqu'à trois semaines sur la peau, beaucoup plus sur les vêtements, et ainsi matérialiser la présence d'un individu dans une manifestation. « Il suffit d'un éclairage ultraviolet pour les mettre en évidence, décrypte un spécialiste. C'est possible y compris depuis un hélicoptère. »
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Le 26 juin 2026
Alors qu'il avait été évoqué une possible expérimentation discrète le 1er mai, alors que les CRS faisaient face à plus d'un millier de Black Blocs, une analyse en laboratoire d'échantillons de liquides projetés, diligentée par le site Taranisnews, a montré qu'ils n'en contenaient pas. Pour cette fois.
Figueras : un témoin
Figueras est un indien, priche des Kogis.
Il apparaît dans le tome 1, "les héros sont tous morts".
Il est celui qui observe. Il ne prend pas partie, il n'intervient pas, il assiste.
La seule chose qui lui importe, c'est la protection de la nature, pas celle de l'humanité.
LES HEROS SONT TOUS MORTS : Figueras, un personnage majeur
TERRE SANS HOMMES
CHAPITRE 32
Figueras avait vu les deux immenses cheminées, comme des fûts de canons gigantesques tournés vers le ciel, comme deux bouches béantes et l’usine à leurs pieds, il avait lu déjà un article sur ces constructions, une revue qu’un passager avait abandonné dans le train, l’utilisation de l’énergie des atomes, il n’en avait pas compris la technologie mais il savait qu’un nuage émanant des constructions ne pouvait qu’être empoisonné, rien ne sortait des cheminées mais des bâtiments avaient été déchiquetés, démembrés, éviscérés et les émanations qui fusaient de ce corps éventré tuaient la vie, toute la vie, il ressentait le conflit entre les molécules irradiées et l’air pur, un combat dont l’issue ne pouvait être favorable et ne pouvait être stoppé. C’était de ses technologies que les petits frères dominaient jusqu’à ce qu’elles leur échappent et qu’ils restent démunis. Il ne savait pas où cela avait eu lieu mais le problème dépassait totalement l’espace concerné. Les nuages n’ont pas de frontières.
Il avait songé la nuit précédente à cet échange avec un prêtre catholique, l’homme était monté dans le train, il s’était assis face à lui, il voulait parler aux populations locales, sa robe noire, la croix qu’il portait bien en évidence sur son torse et ce livre qu’il avait sorti de son sac, un livre épais, serti de cuir. « C’est la Bible », avait-il annoncé et il avait tenu à lui en lire quelques extraits, à lui expliquer la parole de Dieu, le sacrifice de Jésus, une histoire qui parlait des hommes comme de l’espèce suprême et Figueras n’avait rien contesté, il avait écouté. Le prêtre avait tenu à lui donner une feuille sur laquelle était écrit un message, « c’est la genèse, expliqua-t-il, ce que les hommes sont et ce que Dieu leur a demandé de réaliser. »
Figueras n’avait jamais oublié.
« Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. »
Et là Figueras avait compris que les petits frères seraient les poisons de la vie sur Terre.
"Bonne canicule à toutes celles et ceux..."
Il arrivera un jour, malheureusement trop tard, où effectivement, les peuples, nous et tous les autres, partout sur la planète, prendront conscience que nous avons été trompés, que nous avons été bercés d'illusions, que les mécanismes économiques auxquels nous avons adhéré nous ont conduit dans une impasse. Il se pourrait effectivement que ces peuples, nous et tous les autres, partout sur la planète, décident de demander des comptes mais comme il sera bien trop tard pour sauver les meubles, il restera toujours la possibilité de les pendre haut et court.
Un texte de Eric LENOIR
À toutes celles et ceux qui, depuis des années, freinent les engagements sociétaux qui auraient permis de limiter le réchauffement climatique global
À toutes les crevures qui entretiennent la désinformation depuis des décennies, tournent en ridicule scientifiques et lanceurs d’alerte
À tous les responsables politiques qui ont empêché et ralentissent encore l’adaptation à cet enfer, qui ont rejeté les solutions connues depuis des années pour que les classes populaires puissent continuer de vivre à peu près normalement
À tous les abrutis qui votent pour eux en connaissance de cause ou se gargarisent de leurs émissions ou chaînes vidéos
À toutes les personnes qui, au lieu de prendre leur part de responsabilité, se cachent derrière des arguments tels « les chinois font pire »
À toutes les râclures qui ont empêché et continuent d’empêcher le déploiement à temps de l’agroécologie pour que les productions agricoles puissent continuer de nourrir nos territoires sans les assécher
À celles et ceux qui agitent des leurres en permanence pour attirer les regards loin des vrais problèmes
À toutes et tous ces irresponsables égoïstes et couards qui favorisent la finance et la guerre plutôt que l’élan collectif pour rendre nos territoires et nos foyers plus habitables dans ce contexte intenable, prévu depuis plus de cinquante ans, mais d’autant pire et brutal qu’on a retardé ce qui pouvait le freiner,
À celles et ceux qui taxent d’escrolos ou d’écoterroristes celles et ceux qui tentent de les protéger de ça,
Je souhaite une bonne canicule.
Puisse-t-elle vous faire morfler, souffrir dans vos chairs et vos esprits, vous affamer et vous assoiffer au même titre que toutes les personnes qui la subissent à cause de vous, sans votre confort.
Soyez maudit.e.s. et jugé.e.s
L’Histoire se souviendra de vous. Et le peuple vous demandera des comptes avant longtemps.
Sécheresse et rendements agricoles
Si vous tapez cet intitulé dans un moteur de recherche, vous verrez que sur les dix dernières années, les articles se sont multipliés.
Ceux émanant des ministères sont essentiellement orientés sur les dédommagements pour les exploitants... Le court terme. Par contre, on peut lire des articles issus du monde agricole lui-même et qui au fil du temps commencent à évoquer des "adaptations" sur le long terme, l'agroforesterie en premier lieu... On avance, on avance...En sachant que ces préconisations ont commencé à émerger dans les années 1980 chez les scientifiques... C'est bien cela qui est consternant. Que de temps perdu...
Changement climatique et agriculture : quels impacts et quelles adaptations ?
Le mardi 9 septembre 2025
Résultats scientifiques & techniques
Canicules, sécheresses, gels tardifs, ravageurs en hausse : le changement climatique bouleverse déjà les productions agricoles. Ses conséquences se traduisent par une baisse des rendements et, dans certains scénarios, par une perte de terres cultivables. Quelles sont les menaces concrètes et comment l’agriculture peut-elle s’adapter ?

Des bouleversements climatiques déjà visibles dans les champs
Le changement climatique impacte fortement les productions agricoles à travers des phénomènes extrêmes comme les canicules, les sécheresses, les gels tardifs, la salinisation ou encore l’augmentation des ravageurs et maladies. Selon le GIEC, jusqu’à 30 % des terres agricoles mondiales pourraient devenir inadaptées d’ici 2100, et la production globale de céréales a déjà reculé de près de 10 % entre 1981 et 2010.
L’évaluation de l’impact se fait grâce à des indicateurs climatiques (températures moyennes et extrêmes, pluviométrie, durée des sécheresses, déficit hydrique, rayonnement solaire), mais aussi à des indicateurs agro-climatiques et phéno-climatiques. Ces derniers croisent les variables climatiques avec les stades sensibles des cultures : nombre de jours où la température dépasse 25 °C durant la croissance des céréales, humidité du sol au moment de la floraison, ou encore vulnérabilité des élevages aux vagues de chaleur. Ces données permettent de cerner la vulnérabilité des systèmes de production, mais aussi d’identifier certaines opportunités locales, comme la possibilité de réaliser des doubles cultures dans des régions qui auparavant ne le permettaient pas.
Réinventer les pratiques agricoles face aux aléas
L’adaptation passe à la fois par la réduction des émissions et par l’évolution des pratiques agricoles. L’agriculture étant responsable d’environ 20 % des émissions de gaz à effet de serre, des leviers comme l’intégration de légumineuses dans les rotations, l’usage accru d’engrais organiques, le développement de la méthanisation ou l’agroforesterie contribuent à limiter l’impact climatique tout en favorisant le stockage de carbone dans les sols.
Parallèlement, les systèmes de production doivent être réorganisés pour faire face aux nouvelles conditions. Le choix d’espèces ou de variétés plus résistantes à la chaleur, à la sécheresse et au stress hydrique devient central. La diversification des cultures et l’allongement des rotations offrent une réponse aux risques sanitaires et économiques. Les calendriers de semis et de récolte évoluent également afin de mieux coller aux réalités climatiques. Dans le même temps, la gestion de l’eau doit être optimisée, qu’il s’agisse d’irrigation de précision, de collecte des eaux pluviales ou de paillage pour réduire l’évaporation. Les démarches agroécologiques et l’agroforesterie renforcent aussi la résilience en introduisant des haies ou des arbres qui protègent les cultures, stockent du carbone et soutiennent la biodiversité. Enfin, les outils d’aide à la décision, comme Climadiag ou AgriClim, offrent aux agriculteurs une meilleure anticipation des aléas climatiques à l’échelle locale.
Vers une agriculture plus résiliente mais incertaine
L’adaptation au changement climatique repose donc sur un ensemble de leviers qui combinent des mesures techniques à court terme et une transformation structurelle plus profonde vers des systèmes agroécologiques. Si ces approches offrent des pistes solides pour renforcer la résilience des exploitations, leur efficacité face à l’accélération du changement climatique reste entourée d’incertitudes. La sécurité alimentaire mondiale dépendra de la capacité des filières à mettre en œuvre ces stratégies dans les prochaines décennies, en conciliant atténuation, adaptation et maintien de la productivité agricole.
Concepts clés et définitions : #Changement climatique
Vol de l'eau
En complément de l'article précédent et pour bien montrer que nous, ici en France, nous ne devons pas nous croire à l'abri.
« Vol d’eau » dans le Marais poitevin : des sabotages au profit de l’agro-industrie ?

Deux barrages du Marais poitevin ont été ouverts en pleine nuit au cœur d’une sécheresse historique. Fragilisant écosystèmes et activité économique, ces actes de sabotage auraient profité aux grandes exploitations céréalières du marais desséché.
Arçais (Deux-Sèvres), reportage
Dimanche 28 juin, 1 h 30 du matin : un agent de l’Institution interdépartementale du bassin de la Sèvre niortaise (IIBSN), alerté par l’effondrement du niveau d’eau dans un canal du Marais poitevin, se rend sur le barrage du Poissonnet, à Arçais (Deux-Sèvres). Armoire électrique fracturée, vannes grandes ouvertes… En moins de deux heures, l’ouvrage a laissé filer 100 millions de litres d’eau, abaissant le niveau d’eau des canaux de 8 centimètres. Trois jours plus tôt, c’était le barrage de La Rabatière à La Ronde, quelques kilomètres en aval, qui s’était ouvert — sans effraction cette fois-ci.
Au total, 300 000 m3 d’eau auraient été transférés du Marais mouillé vers le Marais sec, l’équivalent de la moitié de la mégabassine de Sainte-Soline. L’IIBSN ainsi que le Syndicat des Marais mouillés des Deux-Sèvres (propriétaire des barrages) ont porté plainte pour vandalisme. De l’avis des acteurs du dossier interrogés par Reporterre, le motif de ces sabotages ne fait pratiquement aucun doute : il s’agirait d’un vol d’eau au cœur d’un épisode de sécheresse historique.
Une fuite d’eau qui profiterait aux grandes exploitations céréalières
Cette hypothèse s’appuie sur le fonctionnement complexe de l’eau dans le Marais poitevin. Le bassin de la Sèvre niortaise a été aménagé en escalier pour descendre à petits pas les 10 mètres d’altitude qui séparent Niort et l’océan. À chaque étage — nommé bief —, les barrages maintiennent un niveau d’eau déterminé pour alimenter les écosystèmes et les activités humaines (principalement l’agriculture et la batellerie).

Le barrage du Poissonnet, à Arçais, dans le Marais poitevin. Capture d’écran/Siemp/EPMP
Or les deux barrages ouverts ces dernières semaines se situent sur le bief des Bourdettes, la « frontière » entre le très touristique et arboré Marais mouillé et le Marais desséché étalant ses plaines de maïs, colza et autres tournesols jusqu’à la côte. En attendant qu’une éventuelle enquête désigne des responsables, tous les observateurs semblent s’accorder sur le fait que l’eau transférée par ces sabotages a directement bénéficié aux exploitations céréalières vendéennes.
« Je suis désespéré de voir des individus vider une partie du Marais pour en remplir une autre : c’est illusoire ! »
Dans le bief en amont des barrages, les conséquences se sont immédiatement fait sentir. « J’ai été contacté dès lundi matin par des éleveurs : leurs bêtes ne trouvaient plus d’eau à boire dans les fossés, se remémore consterné Dominique Giret, directeur technique pour le Parc naturel régional du Marais poitevin. Je suis désespéré de voir des individus vider une partie du Marais pour en remplir une autre : c’est illusoire ! »
Au port d’Arçais, les bateliers ont trouvé leurs barques à fond plat la proue dans la vase : « Un peu d’eau a été relâchée pour remonter les niveaux mais nous allons en manquer toute la saison, déplore Maxence, chef de quai à l’embarcadère Au Martin pêcheur, pas étonné pour autant. Nous sommes le dernier rempart du Marais mouillé avant le Marais desséché : il y avait déjà eu des sabotages dans le coin. »

Sabotage au niveau de l’embarcadère d’Arçais. Le 3 juillet 2026, on voyait encore les traces de l’eau ayant reculé. © Sylvain Lapoix / Reporterre
« Une guerre pour l’eau dans le marais »
Dans la nuit du 30 au 31 juillet 2022, le barrage de la Cheintre-Cornue également situé à Arçais, avait déjà fait l’objet d’une ouverture irrégulière, faisant perdre 4 à 6 cm d’eau à l’amont. Déjà, l’IIBSN avait porté plainte, sans qu’aucune suite n’y soit apportée à notre connaissance.
« Il y a toujours eu une guerre pour l’eau entre le marais sec et le marais mouillé avec ce genre de sabotage, relativise Jean-Jacques Guillet, militant de Bassines non merci et ancien maire de la commune voisine d’Amuré. La seule différence, c’est qu’avec les niveaux informatisés, on s’en rend compte immédiatement. »
Contactés par Reporterre, les représentants de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire et productiviste, ne préfèrent pas s’exprimer : « Personne n’est au courant », nous assure le président de la branche de Charente-Maritime. « Une enquête est en cours, les élus n’ont pas de commentaire », répond-on côté Vendée.
D’autres victimes de ce conflit restent silencieuses : peupliers noueux, nuées d’odonates, libellules solitaires, poissons et batraciens nourrissant les oiseaux qui nichent aux alentours (cigognes, hérons cendrés et hérons pourprés)… « Dans ces écosystèmes fragiles, chaque centimètre d’eau compte », insiste Dominique Giret. Contactée par Reporterre, l’association Nature Environnement 17 a annoncé déposer plainte auprès du pôle régional environnemental du parquet de La Rochelle.
"La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ?"
Il ne s'agit pas de rester focalisé sur les événements en cours, aussi dramatiques qu'ils soient, mais de se projeter plus loin. Quelles seront les conséquences des sécheresses à répétitions dans les années à venir ? Se croire à l'abri parce que la France est considérée comme un pays tempéré serait une grave erreur. Premièrement parce que toutes les études le montrent, nous sommes directement concernés et deuxièmement parce que les situations catastrophiques d'un nombre toujours plus grands de pays contribuera à cet exode massif que de nombreux chercheurs entrevoient. Qui donc aurait l'ignominie de juger néfastes les tentatives de survie de populations qui ne peuvent plus rester là où elles sont nées et qui viennent chercher refuge dans un pays censé plus vivable ? Pas moi en tout cas. D'autant plus qu'un grand nombre de pays touchés aujourd'hui par des sécheresses sans fin ne font absolument pas partie des pays les plus pollueurs de la planète. Il y a là une injustice effroyable.
Ici, dans "l'Ardèche verte", certains cours d'eau sont à l'arrêt. Il ne reste plus que des mares qui ne sont plus reliées entre elles. Les poissons qui y sont piégés sont condamnés et toute la faune aquatique avec. Mais les champs de maïs sont arrosés tous les jours. Les céréaliers pompent dans des lacs artificiels qui leur sont dédiés. Les cours d'eau ont été captés ou déviés pour passer dans ces lacs et bien évidemment, pendant la pousse du maïs, les vannes de rejet sont fermées. Rien n'alimente les cours d'eau en aval. A qui est destiné ce maïs ? Au bétail. Rien que ça suffit à faire de moi un humain qui ne mange pas d'animaux.
L'eau n'est plus réellement et pleinement un bien commun. Mais il faut que chacun choisisse à quel monde il veut participer.
La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ?
14.12.2023, par
Temps de lecture : 17 minutes

Le Tage à sec dans la région de Guadalajara, en Espagne.
Manu Reino/SOPA via ZUMA Wire
Avec le changement climatique, un tiers de la population mondiale devrait se retrouver confrontée à la raréfaction de la ressource en eau. Cela ne va pas sans susciter des tensions croissantes, à l’international comme à l’échelle locale, et interroge la façon dont nous gérons et utilisons la ressource en eau.
Début octobre 2023, le président français Emmanuel Macron était en visite d’État de deux jours en Suisse, avec à son agenda une négociation d’un genre particulier : le chef d’État venait demander très officiellement d’augmenter le débit du Rhône, dont le « robinet » se trouve en Suisse et est contrôlé par le barrage du Seujet, en plein cœur de Genève. « Le débit du Rhône est un sujet extrêmement sensible, car une bonne partie de la chaîne hydronucléaire de la France en dépend », explique Stéphane Ghiotti, géographe au laboratoire Acteurs, ressources et territoires dans le développement1 de Montpellier. Outre le transport fluvial, l’irrigation des cultures et l’alimentation en eau potable de grandes villes comme Lyon, la France a en effet besoin de l’eau du Rhône pour refroidir ses quatre centrales nucléaires présentes le long du fleuve et alimenter une vingtaine de centrales hydroélectriques… et ce alors que le niveau du Rhône baisse de manière préoccupante, notamment durant la période estivale.
Plus de précipitations, mais pas partout
Le réchauffement du climat planétaire dû aux activités humaines rebat en effet complètement les cartes de la distribution mondiale de la ressource en eau. « Le réchauffement global accélère le cycle de l’eau, explique Bertrand Decharme, hydrologue et modélisateur au Centre national de recherches météorologiques2, à Toulouse. Il y a plus d’évaporation, donc plus de précipitations à l’échelle mondiale, mais celles-ci ne se répartissent pas de manière homogène. » Résultat : selon les dernières projections, un tiers de la population mondiale devrait voir (et voit déjà) sa ressource en eau diminuer de façon drastique dans les décennies qui viennent. « C’est le cas de tout le pourtour méditerranéen, de l’ouest des États-Unis, de l’Afrique australe ou encore de l’Australie, explique le chercheur. À l’inverse, d’autres régions devraient voir leurs précipitations annuelles moyennes augmenter, comme par exemple le nord de l’Europe – pays scandinaves, Pologne, Ukraine, etc. –, le Canada et l’Alaska, toute la Sibérie et une partie du sud de l’Asie. »

Modélisation des précipitations dans le monde à l'horizon 2070-2100. En bleu les régions qui vont voir la ressource en eau augmenter, en jaune celles qui vont la voir diminuer.
Maya Costantini et. al, Projected Climate-Driven Changes of Water Table Depth in the World's Major Groundwater Basins, 2023
Le paradoxe, c’est que les régions du monde qui vont voir leurs ressources en eau augmenter sont celles qui en ont déjà en abondance, et que les régions où la diminution sera la plus forte sont celles où il existe déjà de forts besoins, notamment pour le secteur agricole.
Le cas de la France est plus difficile à trancher, le pays se trouvant dans la zone de transition entre deux zones aux évolutions diamétralement opposées : le nord de l’Europe et la région méditerranéenne. Si les scientifiques prévoient, et constatent déjà, que la ressource en eau va significativement diminuer dans la partie sud du pays, ils ont plus de mal à modéliser ce qu’il va se passer au nord de la Seine. « Le paradoxe, c’est que les régions du monde qui vont voir leurs ressources en eau augmenter sont pour beaucoup celles qui en ont déjà en abondance, et que les régions où la diminution sera la plus forte sont celles où il existe déjà de forts besoins, notamment pour le secteur agricole », poursuit Bertrand Decharme. Ce n’est pas le seul : car même les régions où les précipitations devraient augmenter en moyenne annuelle doivent se préparer à faire face à une irrégularité de la ressource, du fait d’une plus grande amplitude saisonnière, avec des hivers plus arrosés et des sécheresses plus sévères l’été.
Conséquence de ces bouleversements : « les instances internationales, et notamment celles chargées de la sécurité et de la défense, estiment que l’eau va devenir la première source de conflits sur la planète », explique la juriste Nathalie Hervé-Fournereau, spécialiste en droit de l’environnement à l’Institut de l’Ouest : Droit et Europe3, à Rennes. Et ce, d’autant que 40 % des ressources en eau sont transfrontalières, qu’il s’agisse des nappes phréatiques comme la nappe alluviale du Rhin, plus grande nappe phréatique d’Europe à cheval entre la France et l’Allemagne, ou des 250 bassins hydrographiques partagés par plusieurs pays : Rhône, Rhin, Danube, Nil, Mékong, etc. Entre l’Espagne et le Portugal, c’est aujourd’hui autour du Tage que le torchon brûle, les associations écologistes portugaises accusant les Espagnols de trop puiser dans le fleuve coulant de l’Espagne vers le Portugal pour l’irrigation de la vaste zone agricole située tout au sud de l’Andalousie. « Ils remettent en cause la convention d’Albufeira, signée il y a 25 ans entre les deux pays et qui à l’époque prévoyait un transfert des eaux du fleuve vers le sud de l’Espagne », raconte Nathalie Hervé-Fournereau.

En Espagne, l'eau du Tage a été en partie détournée pour irriguer les cultures en Andalousie, tout au sud du pays.
JOSE JORDAN / AFP
Vol d’icebergs
Les fleuves sont loin d’être le seul sujet de frictions. Plus proches des pôles, c’est la propriété des icebergs qui est source de débats. Ainsi, des tensions entre le Canada et le Groenland (région autonome du Danemark) sont apparues autour des blocs d’eau gelée qui se détachent de la calotte glaciaire groenlandaise et dérivent jusque dans les eaux canadiennes. « Le Canada a autorisé l’exploitation de ces icebergs pour fabriquer de l’eau douce, notamment, mais le Groenland a contesté cette utilisation au motif que c’est une ressource naturelle lui appartenant », détaille la juriste. À l’autre bout du globe, c’est la ville du Cap, en Afrique du Sud, qui envisageait très sérieusement en 2018 de remorquer jusqu’à la côte un petit iceberg détaché de la calotte glaciaire antarctique pour fournir en eau potable sa population.
Un sommet exceptionnel sur l’eau organisé par l’ONU en mars 2023 a pris acte des tensions croissantes et appelé les États à davantage de coopération sur la question.
« Il y a un vrai flou juridique autour de la qualification de ces plateformes glaciaires, commente Nathalie Hervé-Fournereau. De quoi parle-t-on exactement ? Car ces objets bougent, circulent… Une chose est sûre : avec 100 000 icebergs qui fondent en mer chaque année, selon le décompte de l’Organisation des Nations unies (ONU), la question de leur statut va continuer de se poser – même si le coût de leur remorquage et de leur exploitation reste à ce jour prohibitif et limite de facto les initiatives. »
L’ensemencement des nuages, destiné à les faire éclater au-dessus des zones agricoles qui le nécessitent, est une autre source de tension potentielle. Et ce, alors que les projets de géo-ingénierie se multiplient en Amérique, au Moyen-Orient ou encore en Chine, où la centaine de programmes actuellement en développement ne laisse pas d’inquiéter les voisins du géant asiatique. « En France, l’ensemencement avec des particules d’iodure d’argent est utilisé dans une vingtaine de départements pour neutraliser les nuages de grêle », précise la juriste. Si l’efficacité de la technique imaginée dès les années 1960 reste à évaluer scientifiquement, elle pose d’ores et déjà la question : À qui appartiennent les nuages ?

Ensemencement de nuages par l'armée de l'air en Malaisie.
SADIQ ASYRAF / AFP
Problème : à ce jour, aucune organisation internationale n’est en charge de réguler la question de l’eau, pas plus que de l’environnement. Un sommet exceptionnel sur l’eau organisé par l’ONU en mars 2023 a pris acte des tensions croissantes et appelé les États à davantage de coopération sur la question… « Mais sur la question de l’eau, les États sont jaloux de leurs prérogatives et peu enclins à revenir sur leur souveraineté », souligne la juriste.
Mais le sujet de l’eau dépasse de loin le cadre des relations internationales. À l’échelle plus locale, la raréfaction de la ressource, ou à tout le moins son irrégularité dans le temps et dans l’espace, embrase le débat public et soulève la question de son partage. Ainsi, les tensions nées autour des projets de mégabassines dans l’ouest de la France – des bassines alimentées par le pompage dans les nappes phréatiques durant la période hivernale, afin d’irriguer les cultures durant la période estivale – posent avec une acuité nouvelle la question des usages dans l’Hexagone.
Quantité et qualité en baisse
« Pendant des décennies, en France comme dans de nombreux pays développés, on a pensé que la ressource en eau était inépuisable. On a puisé dedans sans se poser de questions », raconte Gilles Pinay, écologue et biogéochimiste au laboratoire Environnement, ville et société4, à Lyon. Des interventions majeures sur le cycle de l’eau ont été opérées, à tous les niveaux. « Nos sociétés ont bouleversé le cycle de l’eau sans attendre le changement climatique et sont devenues extrêmement dépendantes de cette ressource en eau, confirme Florence Habets, hydroclimatologue au Laboratoire de géologie de l’École normale supérieure5, à Paris. Pour répondre aux besoins croissants des secteurs industriel et agricole, notamment, on a détourné des masses d’eau considérables, via la construction de barrages, de dérivations en tout genre… Au point qu’aujourd’hui, la moitié des débits des fleuves de la planète sont dérivés et en partie consommés par les humains, et que les volumes d’eau stockés sont quatre fois plus importants que la quantité de neige qui tombe chaque année. »
Nos sociétés ont bouleversé le cycle de l’eau sans attendre le changement climatique et sont devenues extrêmement dépendantes de cette ressource.
Des actions bien souvent irréversibles, comme les modifications opérées dès les années 1950-1960 sur le cours de la Durance, l’un des affluents du Rhône. Des barrages comme celui de Serre-Ponçon (Hautes-Alpes), la construction d’innombrables canaux d’irrigation et la déviation de la Durance vers l’étang de Berre, en toute fin de course, ont bouleversé le fonctionnement de ce cours d’eau qui, désormais, ne vient quasiment plus grossir le débit du Rhône. « La Durance est une rivière dont la particularité aujourd’hui est que son débit diminue de l’amont vers l’aval – normalement, c’est l’inverse qui se produit ! », commente Florence Habets.
La Durance n’est pas un cas isolé. En plus des interventions sur les fleuves – barrages, réservoirs en tout genre destinés à sécuriser la filière hydronucléaire de la France… –, de nombreuses rivières ont été « rectifiées » pour accompagner la modernisation du secteur agricole. « Avec l’intensification de l’agriculture, on a agrandi les parcelles, ce qui a impliqué de modifier le trajet des rivières, décrit Florence Habets. Dans les zones humides de l’ouest de la France, les champs ont été drainés afin que les tracteurs puissent passer et que les plantes ne soient pas saturées en eau, au moyen de tuyaux enterrés à plusieurs dizaines de centimètres de profondeur. Pour évacuer toute cette eau, les rivières ont été approfondies, ce qui a eu pour dommage collatéral de faire diminuer le niveau des nappes phréatiques… »

Construit sur la Durance, le barrage de Serre-Ponçon, dans le sud-est de la France, fait partie des nombreux aménagements qui ont totalement modifié le fonctionnement de ce cours d'eau qui, désormais, ne vient quasiment plus grossir le débit du Rhône.
Thibaut Durand / Hans Lucas via AFP
« Nos sociétés n’ont pas arrêté d’accélérer la circulation de l’eau et de l’évacuer, l’évacuer…, constate la scientifique. Et aujourd’hui, ce que l’on a fait se révèle extrêmement néfaste pour notre adaptation au changement climatique. » Sans compter la dégradation de la qualité des eaux de surface et souterraines, qui a notamment pour effet d’entraîner la fermeture à ce jour d’environ 25 % des points de captage d’eau potable depuis 1980 dans l’Hexagone, réduisant un peu plus la quantité d’eau réellement disponible.
Débat sur les usages
Conséquence : le débat sur les usages – qui, de l’industrie, de l’agriculture ou de la production d’eau potable, a les besoins les plus légitimes –, commence à virer à l’orage. « Les grandes masses d’eau prélevées en France sont connues dans les grandes lignes. Il est globalement admis que 32 milliards de mètres cubes sont prélevés annuellement dans les eaux de surface et souterraines, avance Stéphane Ghiotti. Sur ce total, les prélèvements industriels représenteraient 8 %, les usages agricoles 9 %, l’alimentation des voies de navigation 16 %, la production d’eau potable 17 % et le refroidissement des centrales nucléaires et thermiques 50 %. » Mais ces chiffres n’ont de valeur qu’indicative, selon le géographe, tant il est difficile d’estimer les quantités réelles d’eau ponctionnées – ainsi, une grande partie des prélèvements pour l’irrigation agricole sont individuels, c’est-à-dire sans contrôle ou basés sur la seule déclaration. De plus, ils ne donnent qu’une vision incomplète des usages.
Quand on voit les niveaux des nappes phréatiques baisser et de plus en plus de cours d’eau asséchés l’été, il est clair que nos pratiques ont un impact et qu’il faut les revoir.
Car la réalité, lorsqu’il s’agit de l’eau, s’avère d’une redoutable complexité. Ainsi, les prélèvements ne sont pas tous de même nature : la plupart de l’eau utilisée par le secteur industriel (pour refroidir, nettoyer, etc.) finit par revenir dans le cycle local de l’eau, de même que l’eau potable qui, une fois utilisée, est traitée et rejetée dans les cours d’eau… sans préjuger de sa qualité. Tandis que l’eau prélevée par le secteur agricole pour irriguer est consommée en quasi-totalité par la plante ou évaporée et ne revient pas dans les sols, les nappes ou les cours d’eau.
Résultat : « Si l’on regarde uniquement les volumes d’eau consommés, c’est-à-dire l’eau qui ne retourne pas dans les écosystèmes, les proportions changent, précise Stéphane Ghiotti. Sur les 4,1 milliards de mètres cubes consommés en France annuellement, 57 % sont en effet de l’eau agricole, utilisée pour l’irrigation – une pratique en plein essor depuis les années 1980 et l’expansion de la culture du maïs sur le territoire français, sur des sols et/ou dans des régions pas toujours adaptés à cette plante. Le reste se partage entre l’eau potable (26 %), le refroidissement des centrales nucléaires (12 %) et l’industrie (5 %). »

L’eau prélevée par le secteur agricole pour irriguer est consommée en quasi-totalité par la plante ou évaporée et ne revient pas dans les sols, les nappes ou les cours d’eau.
Laurent GRANDGUILLOT/REA
Raisonner sur des bilans globaux et entrer dans une bataille d’interprétation des chiffres trouve rapidement ses limites, pour l’écologue Gilles Pinay. D’autant que les contextes sont extrêmement variables d’une région de France à l’autre. Une chose est sûre : « Quand on voit les niveaux des nappes phréatiques baisser et de plus en plus de cours d’eau asséchés l’été, il est clair que nos pratiques ont un impact et qu’il faut les revoir », assène le scientifique. Les revoir, mais comment ? Et en priorisant quels usages ? En d’autres termes : à qui appartient l’eau, dans notre pays ?
Partager l'eau
« En France, le principe, c’est que l’eau est la chose commune. Une chose qui n’appartient à personne et dont l’usage est commun à tous. Cette approche patrimoniale, inscrite dans le Code civil, empêche l’appropriation de la ressource, précise Nathalie Hervé-Fournereau. Seules exceptions : l’eau de pluie et les sources situées sur des propriétés privées. » Depuis la loi sur l’eau de 1964, l’eau est gérée à l’échelle des grands bassins hydrographiques – Adour-Garonne, Seine-Normandie, Rhin-Meuse… – par des établissements publics (les agences de l’eau) réunissant l’ensemble des acteurs : élus locaux, industriels, agriculteurs, associations d’usagers. « Ces agences que d’aucuns à une époque ont appelé les “parlements de l’eau” sont censées assurer un partage équitable de la ressource en eau et hiérarchiser ses usages », explique la juriste.
Dans le cas des mégabassines en projet en Poitou-Charentes, dont le financement est assuré à 80 % par de l’argent public, l’agence de l’eau Loire-Bretagne a d’ailleurs demandé un moratoire sur l’édification de ces ouvrages destinés à l’usage d’un petit nombre d’agriculteurs – un avis à l’époque outrepassé par les préfets des départements concernés, dont certaines des autorisations font aujourd’hui l’objet de recours devant la justice administrative française6.
Les solutions techniques évoquées pour pallier la raréfaction de la ressource, telles que les bassines ou l’emploi controversé des eaux usées pour l’irrigation, ne peuvent être que des solutions ponctuelles et ne nous dispenseront pas d’un nécessaire débat démocratique.
Les instances européennes se retrouvent aussi régulièrement sollicitées sur la question de l’eau. « De nombreuses associations environnementales portent les litiges devant les institutions européennes en s’appuyant sur les directives comme la directive-cadre sur l’eau (DCE), un cadre juridique majeur mis en place au niveau européen au début des années 2000 pour restaurer le bon état écologique des masses d’eau », précise Nathalie Hervé-Fournereau. C’est le cas de l’association Eaux et rivières de Bretagne, en lutte contre les pollutions diffuses issues du secteur agro-alimentaire, nitrates en tête. « La question de l’eau est d’ordre politique et social, et doit être démocratiquement envisagée, considère Stéphane Ghiotti. Les solutions techniques évoquées pour pallier la raréfaction de la ressource, telles que les bassines mais aussi le dessalement de l’eau de mer ou l’emploi controversé des eaux usées pour l’irrigation7, ne peuvent être que des solutions ponctuelles et ne nous dispenseront pas d’un nécessaire débat démocratique. »

Des manifestants protestent contre la construction de la première mégabassine française à Mauzé-sur-le-Mignon, dans le Marais poitevin, en 2022.
PHILIPPE LOPEZ / AFP
Au-delà des seuls usages humains, la raréfaction de la ressource en eau demande à réfléchir d’urgence au partage équitable de celle-ci avec les non-humains. « Les écosystèmes dépendent directement de l’eau des sols, des nappes et des rivières, rappelle Nathalie Hervé-Fournereau. Il est intéressant de noter que ce sont d’ailleurs leurs besoins que la directive-cadre sur l’eau cite en priorité, avant l’eau potable ou les besoins agricoles. » La juriste invite à s’inspirer des exemples internationaux pour faire évoluer le droit à l’eau « vers un cadre moins anthropocentré et individualiste » : en Amérique latine et en Nouvelle-Zélande, certains fleuves se sont vu attribuer une personnalité juridique, tandis qu’en Espagne, avec la Loi Mar Menor de 2022, c’est désormais une lagune d’eau salée qui bénéficie de cette protection. L’eau, un bien commun aux humains comme aux non-humains. ♦
A lire sur notre site
« Les mégabassines ne résoudront pas la crise de l’eau » (point de vue par Vincent Bretagnolle, écologue)
L'hydraulique, une histoire vieille de 9000 ans (entretien avec Louise Purdue, géoarchéologue)
Notes
1. Unité CNRS/Cirad/Université Paul Valery Montpellier/Université Perpignan Via Domitia.
2. Unité CNRS/Météo-France.
3. Unité CNRS/Université de Rennes.
4. Unité CNRS/École nationale des travaux publics d’État/ENS Lyon/Ensa Lyon/Université Jean Monnet/Université Lumière/Université Jean Moulin.
5. 5. Unité CNRS/ENS-PSL.
6. Le tribunal administratif de Poitiers a annulé mardi 3 octobre 2023 deux projets de mégabassines représentant quinze ouvrages au total. Des projets « surdimensionnés », qui ne tiennent « pas compte des effets prévisibles du changement climatique », selon la juridiction.
7. Parmi les réserves à l’égard de l’utilisation des eaux « grises » pour l’irrigation, leur forte concentration en polluants. Bien que traitées, les eaux usées comportent encore de nombreuses substances chimiques telles que les médicaments et d’autres molécules de synthèse. Des polluants qui jusqu’à présent se diluaient dans les rivières où ils étaient rejetés.
La désertification
Depuis cinq ans, j'écris une fiction sur l'élimination quasi totale de la population humaine.
Je ne suis plus dans le registre de l'auteur qui aime imaginer et raconter des histoires. Je suis dans l'anticipation, non pas d'une fiction mais de la réalité prochaine.
Depuis le printemps (eh oui, en mai, on était encore au printemps), les medias parlent de canicules et maintenant d'incendies et de toutes les dévastations que ces phénomènes génèrent. On parle de sécheresse qui serait la cause des désastres, un réchauffement climatique que beaucoup refusent encore de s'attribuer.
La cause de tout, c'est notre mode de vie, d'exploitation, de domination.
Tout ce qui survient n'est que la conséquence de notre présence, de notre positionnement au regard de la planète. Nous sommes des prédateurs mais dès lors que la Terre, elle-même, est devenue notre proie, nous allons au devant de notre extinction.
Les conflits prendront leur source dans l'absence d'eau et dans la réduction drastique des ressources alimentaires. L'atteinte phénoménale à la biodiversité nous condamne. En tuant la vie pour le profit, nous nous passons la corde au cou. C'est désormais inéluctable.
L'idée, dans l'écriture de cette dystopie, est donc de mettre un terme à ce désastre et puisque les humains ne le décideront pas d'eux-mêmes, ça leur sera imposé. Je ne crois aucunement, pas un seul instant, à une prise de conscience suffisante pour appuyer sur le frein et stopper la machine. Ni de la part des gouvernants, ni de la part des populations.
Je m'applique à préserver ma santé au mieux pour durer encore suffisamment longtemps. Je veux tenir pour voir la suite.
Le tome 3 s'appelle "LE DESERT DES BARBARES". Dans la désertification vers laquelle nous allons, les barbares feront la loi.
La belle saison
Autrefois, l'été, on l'appelait la belle saison.
Je vais avoir 64 ans. Cet "autrefois" n'est pas bien loin. Qu'en sera-t-il demain à l'allure où ça va ?
Je ne vais pas parler des incendies, il suffit d'aller sur les réseaux sociaux pour les voir.
"Pas de victimes à déplorer".
Cette phrase, entendue maintes fois, me noue le ventre parce qu'elle ne prend en considération que les humains. Et elle est finalement très représentative de notre positionnement au regard du Vivant. Il y a "nous" et le reste.
Il est impossible de comptabiliser le nombre de victimes, dans l'ensemble du Vivant.
"Pas de victimes humaines à déplorer" serait bien différent. Je rappelle d'ailleurs qu'un pompier de 22 ans est mort en Savoie et qu'un autre est en urgence absolue.
Pour ce qui est des effets de la canicule, les funérariums en zone urbaine sont tellement surchargés qu'ils envoient les corps dans les funérariums de campagne.
"Le taux d’occupation des chambres funéraires « qui, d’habitude, est plutôt autour de 30 à 45 % sur les mois d’été », dépassait ce lundi 29 juin 66 % au niveau national, et atteignait « 100 % », soit la « saturation », sur certaines zones urbaines denses", selon Élisabeth Charrier, déléguée générale de la FNF (la fédération nationale du funéraire), citée par l’AFP.
Ici, depuis la maison, on voit le panache de fumée des incendies dans le Diois. L'étau de l'enfer se resserre, partout. Et nous, humains, sommes les attiseurs de ce feu. Les gouvernants sont en première ligne dans le registre de la responsabilité. Les citoyens les suivent de près. Combien sommes-nous à avoir décidés de ne plus rien attendre de la sphère politique et à nous être engagés dans la voie de la sobriété, de la simplicité volontaire, dans cette prise de conscience que chacun d'entre nous constitue la masse ?
Le plan agricole, c'est à dire celui de la FNSEA, je ne veux pas en parler. J'ai décidé d'arrêter de les prendre en considération. Tous, politiciens, industriels de l'agriculture et financiers sont les maîtres de notre souffrance et de celle du Vivant et rien de bon ne viendra d'eux.
Je n'ai pas de solution. Parce qu'il n'y en a pas. Pas dans ce système de pensées qui nous élève au-dessus du Vivant. Il faudrait une catastrophe majeure. C'est horrible de l'envisager mais tant que des forêts de massifs montagneux seront en flammes, tant que quelques maisons brûleront, tant qu'il n'y aura "pas de victimes humaines" à déplorer, à grande échelle, rien ne changera.
Aux prochaines élections présidentielles, les électeurs vont se focaliser sur le candidat qui sera le plus convaincant sur la croissance, le niveau de vie, la baisse du chômage, le pouvoir d'achat. Les élections auront lieu au printemps, juste avant la belle saison. Pas grand-monde ne se souviendra de l'été 2026. Qui ne fait pourtant que commencer.
Alors, nous, tous les matins, on se lève à 6 heures, on prend un café et on va sur le terrain. On est des privilégiés, des retraités, notre pension tombe tous les mois. Loin de moi l'idée de porter un jugement envers tous ceux qui ont pour priorité d'améliorer leur existence, qui travaillent, qui sont inquiets pour leurs fins de mois.
Je n'ai pas de solution. Nous sommes engagés dans une voie très étroite, une ligne toute tracée et nous ne sommes pas prêts à en changer.
Les phénomènes climatiques vont nous y forcer.
Triste
La source est à sec.
Le potager survit péniblement. Les jeunes arbres souffrent le martyr.
On ne peut plus rien, nous sommes démunis.
Je pourrais poster des dizaines d'études, des constats, de tout ce qu'il faudrait engager à l'échelle de la planète toute entière et je sais que rien n'adviendra. Pour les gouvernants, la situation n'est pas encore assez grave et c'est effrayant de l'écrire. Ils nous parlent de climatisation, c'est à dire une méthode qui aggrave le problème général. Des fous.
Les services de pompiers alertent, les incendies ont démarré.
La mortalité chez les animaux ne peut même pas être comptabilisée. Celle des humains ne fait que commencer.
Les sécheresses sont générales sur le pays. Ici, dans "l'Ardèche verte", les champs sont grillés. Encore une ou deux semaines et on commencera à voir les feuillages jaunir dans les forêts.
Je n'ai pas envie d'écrire ici et je ne lis plus rien sur les réseaux sociaux. Quand je vois des smileys rigolards sur des articles climatiques, j'ai juste envie de tuer ces gens.
Je vais faire comme les arbres, entrer en "survie".
Qu'est-ce que le stress hydrique ?
Hêtre dépérissant - ©Lilian DUBAND/ONF
Un léger manque de pluie n'affecte pas les arbres. L’éponge que constitue le sol va leur permettre de bénéficier de l’eau emmagasinée lorsque les pluies ont été plus abondantes. Tant que la terre n'est pas trop asséchée, les arbres peuvent donc se développer sereinement.
En revanche, la situation se complique lorsque le manque de précipitations se prolonge et que le réservoir en eau du sol n’est plus rempli qu'à 40 % et moins. A ce stade, les arbres souffrent du manque d'eau, plus difficile à extraire par les racines, on peut alors parler de stress hydrique. Les gros et vieux arbres, qui ont besoin de plus d'eau que les jeunes, sont particulièrement touchés.
C’est ce qu’on constate quand les sécheresses se succèdent ou sont plus intenses. Les feuilles des arbres flétrissent, roussissent puis tombent pour leur permettre de faire des économies d’eau. Les fortes températures brûlent également les feuilles qui ne deviennent plus fonctionnelles et tombent.
Quand les arbres arrêtent de transpirer, l’humidité atmosphérique qui protège les feuilles des rayonnements du soleil disparaît. Les feuilles situées en plein soleil sont brûlées et tombent quand celles demeurées à l’ombre restent vertes .
Brigitte Musch, cheffe de département ressources génétiques forestières à l'ONF
Le manque d’eau, un risque réel pour les arbres
La défoliation précoce
Si les sécheresses se répètent ou se prolongent, lorsque chaleur et sécheresse se conjuguent, les arbres n’ayant plus d’eau à disposition dans le sol, ferment leurs stomates et se débarrassent de leurs feuilles pour limiter leur transpiration et leur respiration. Les moyens de défense en place les affaiblissent.
Avec une fermeture partielle des stomates voire une chute trop précoce des feuilles, les arbres se retrouvent alors "sous-alimenté en carbone" car ils ne peuvent plus faire suffisamment de photosynthèse et doivent puiser dans leurs réserves. Or, ils ont en besoin l'année suivante pour refaire des feuilles. Les arbres deviennent également moins aptes à se défendre contre les insectes, les champignons et les maladies.
"La défoliation peut également s'accompagner de mortalité de petites branches, puis de branches plus importantes, or moins il y a de branches, moins il y a de feuilles. Et si la sécheresse dure, les arbres peuvent aussi produire de plus petites feuilles l'année d'après. Ils font ainsi moins de photosynthèse, moins de réserves pour l'hiver… C'est un cercle vicieux" précise Brigitte Musch, cheffe de département ressources génétiques forestières à l'ONF.
La cavitation
Quand le besoin en eau de l’arbre est trop élevé par rapport à l’eau disponible dans le sol et que les stomates ne sont pas totalement fermés, des bulles d'air se forment dans les vaisseaux de l'arbre et empêchent la conduction de l'eau, créant une embolie qu’on appelle cavitation.
« Quand il n’y a plus d’eau dans le sol, les arbres aspirent de l’air. Comme chez les humains, les bulles d'air bouchent les vaisseaux et causent la mort des branches qui étaient irriguées par ces vaisseaux » explique Brigitte Musch.
La sensibilité à la cavitation est très variable d’une espèce forestière à l’autre : certaines espèces comme les saules y sont très sensibles, d’autres comme les cyprès, adaptés à des climats chauds, sont plus résistantes.
La conjonction du manque de réserves, de la sensibilité face aux attaques diverses et du niveau de cavitation peut entraîner le dépérissement de l’arbre et à terme sa mort.
Olivier HAMANT : "On a perdu le contrôle"
Désolé mais je ne vois pas de quoi je pourrais parler en ce moment, en sachant que ça fait bien dix ans que je partage ici des documents similaires. Et je suis effaré de ce que je relis en parcourant les archives du blog. La question est simple : à partir de quel moment va-t-on comprendre ? Faudra-t-il donc arriver à ce fameux effondrement dont parlent les scientifiques ?
Ce matin, à 7 heures, on était sur le terrain et on s'est aperçu que le bassin de réception de la source était vide...Plus d'eau, bassin à sec...C'est déjà arrivé pendant quelques jours l'été dernier mais c'était au mois d'août... On a donc été obligé d'utiliser le réseau d'eau potable. Ce qui est très douloureux. Mais soit on sauve le potager, soit on se retrouve à devoir acheter notre alimentation. Et ça fait vingt ans que ça n'entre plus dans notre mode de vie. Tout ce qu'on peut produire, on le fait. Mais, là, on arrive à un point critique. Il y a quatre ans, on avait deux ans de réserves alimentaires en bocaux. Cette année, si on arrive à sauver de quoi passer l'hiver prochain, ça sera déjà bien... Alors, qu'en sera-t-il de l'agriculture intensive, de la résilience alimentaire du pays, de l'inflation sur les prix de la nourriture ?
"Dans les années 1980, on se préoccupait de l'impact de nos activités sur l'environnement. Aujourd'hui, on se préoccupe de l'impact de l'environnement sur nos activités".
Tous les jours
Tous les jours, je peux trouver sur FB ou ailleurs, des témoignages de ce genre.
Nos gouvernants, par la voix du roi en place, nous disent que "nous nous sommes adaptés au changement climatique."
Yann Barthès, sur son plateau télé climatisé, clame que "tout le monde a chaud", comme s'il existait une équité dans la situation.
Deux de nos enfants travaillent dehors. Ils cuisent.
On connaît des maraîchers. Ils cuisent.
Comme des millions de travailleurs.
Non, il n'y a aucune équité dans la situation de cuisson.
Certains sont morts, les personnes âgées les premières. Il y en aura d'autres dans les prochains jours.
Aucun homme ou femme politique, aucun financier, aucun milliardaire, ne va mourir de cette canicule, ni de la prochaine qui nous est déjà annoncée avant même que la nature et donc nous-mêmes n'ayons récupérés...
Yann Barthès, comme tous les autres animateurs, seront toujours là en 2040 pour nous dire que tout le monde a chaud, non, très chaud.
Je pourrais parler également des milliers de milliers d'animaux morts dans les élevages intensifs. On peut penser d'ailleurs qu'ils n'y vivaient pas avant même la canicule mais qu'ils y survivaient.
J'ai connu un exploitant en Bretagne, j'avais son fils dans ma classe, il avait un élevage de dindes, c'était dans les années 1980 et j'étais effaré par la mortalité dont il me parlait déjà à l'époque, rien que par la promiscuité... Quant aux gens qui se disent tristes devant cetté hécatombe, combien parmi eux mangent encore de la viande issus d'élevage intensif ? Ils ouvrent les yeux juste aujourd'hui sur cette horreur ? Alors, on peut considérer que cette crise est bénéfique...
L'Enracineuse
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Ca suffit !
J’en ai assez d’essayer de rester positive.
Je ne suis pas une « vraie » paysanne, de celles qui nourrissent les humains. Je ne fais que faire naître des arbres pour replanter des haies et des forêts et nourrir les autres, les non humains, les oiseaux, les insectes, les petits mammifères... prendre soin de la vie. Parce que sans eux, l’humain ne survivra pas.
Pourtant, ce soir, pour la première fois, je me suis sentie une vraie paysanne. De celles qui se débattent pour tirer de la terre de quoi nourrir le monde. J’ai compris cette attachement à la terre et ce sentiment d’impuissance face aux éléments.
Pourtant, on pourrait faire des choses… On le sait. Le GIEC et tant d’autres nous le disent depuis années, des décennies… Victor Hugo l’évoquait déjà au 19ème siècle. Des mesures concrètes sont inventoriées, publiées, proposées depuis des années.
Et ? Rien… Des petits colibris s’épuisent à chercher des gouttes d’eau pour éteindre l’incendie. Pendant que les pélicans se prélassent sous la clim et nous expliquent comment il convient de boire de l’eau.
Ce soir, je suis fatiguée. Fatiguée et en colère.
2 heures minimum d’arrosage par jour (habituellement, c’est 2 arrosages par semaine uniquement pour ne pas habituer les arbres à trop d’eau).
Des repiquages à l’arrêt sous peine de tuer les jeunes plantules qui ne supporteraient pas la transplantation avec ces chaleurs. Et donc, le risque soit de perdre tous ces jeunes plantules qui n'ont plus la place de ce développer en terrine, soit qu'elles n'aient pas le temps de grandir assez si jamais les températures baissent enfin suffisemment pour que je puisse les repiquer.
Des collectes de graines impossibles avec ces températures (d’ailleurs, les forêts sont déconseillées à cause des risques sévères d’incendie).
Le catalogue de la pépinière à réaliser en urgence pour l’envoyer aux élus et tenter de leur faire prendre des décisions indispensables pendant qu’ils se souviennent de l’horreur de cette canicule et du besoin d’arbres, avant qu’ils oublient...
Des journées à rallonge. Je tente de prendre soin des bébés arbres, de faire bouger les choses pour de bon, tout en préservant ma santé et celle de mes enfants fragilisée par les températures. Et malgré tout ce que je fais, les arrosages pluri-quotidiens, l’ombrage du sous bois, malgré tout, les feuilles commencent à cramer.
Certains de ces arbres sont issus de graines collectées en 2022 et 2023. 3 à 4 années de soin pour réussir à proposer les arbres dont nous avons besoin pour vivre.
Et ils brûlent.
Et ils crament.
Sous mes yeux.
Et les « grands » de ce monde, que font-ils ?
Plus de 40°C. Déjà 2 vagues de chaleurs fin juin. Des records explosés tous les jours. Des animaux qui meurent par milliers, des forêts qui s’assèchent, des humains qui suffoquent. « Qui aurait pu prédire ? ». « Nous nous sommes adaptés au changement climatique. » Mais les arbres meurent, messieurs et mesdames les « puissants ».
Et nous ne leur survivrons pas.
De l'épuisement à la colère
Le témoignage et la colère d'une femme qui a une ferme, en bio. Des milliers de professionnels de ce secteur pourraient en dire tout autant. Et il s'agit des gens qui produisent l'alimentation de tous. Et qui n'en peuvent plus...
Sève Rouge
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Je vous explique le contexte.
Aujourd'hui, la chaleur m'a mise à terre. Vers 15 heures, Dieter est venu me récupérer dans les tomates de plein champ que j'essayais de sauver en installant des piquets pour tendre une toile d'ombrage.
J'ai pourtant l'habitude de travailler dehors. Mais cette fois, mon corps a cédé. Plus de thermorégulation, plus de signaux fiables : seulement la surchauffe. Plus de 40 °C. Le vent d'autan me donnait l'illusion qu'il faisait supportable, alors que mon organisme était en train de décrocher.
Il a fallu des blocs de glace, des heures de repos et beaucoup de temps pour revenir à la normale.
Ce soir, je ne ressens ni peur ni découragement. Je ressens de la colère. Parce que ce que j'ai vécu aujourd'hui n'a rien d'exceptionnel. Parce que nous ne sommes qu'en juin. Parce que les jours à venir s'annoncent encore plus étouffants. Parce que demain ce sont nos, vos enfants, petits-enfants qui devront vivre dans cet enfer… J’ai la rage… Et nous devrions toutes et tous l’avoir...
Alors, oui : j'accuse l'inaction climatique.
J'accuse.
J'accuse les gouvernants du monde entier. Les présidents, ministres, députés, commissaires, experts appointés et fabricants de discours.
Je les accuse d'avoir vu l'incendie et d'avoir discuté de la couleur des rideaux.
Je les accuse d'avoir reçu les rapports, les alertes, les preuves accumulées depuis des décennies, et d'y avoir répondu par des promesses, des sommets, des feuilles de route et des objectifs repoussés à demain. Toujours demain.
J'accuse cette génération de décideurs d'avoir transformé la connaissance en impuissance.
Jamais une civilisation n'aura autant su.
Jamais une civilisation n'aura aussi peu agi.
Nous savons. Nous savons pour le carbone, les glaciers, les océans, les sécheresses, les mégafeux, les canicules, l'effondrement du vivant, de la biodivesité.
Et pourtant nous continuons.
Comme un conducteur qui, voyant le mur approcher, demanderait simplement un régulateur de vitesse plus performant.
J'accuse particulièrement les législateurs qui prétendent préparer l'avenir alors qu'ils organisent méticuleusement et avec persévérance son rétrécissement.
J'accuse les députés européens qui confondent transition et fuite en avant technologique.
J'accuse leur religion du progrès matériel et leur incapacité à envisager qu'un problème créé par l'excès puisse exiger autre chose qu'un excès supplémentaire.
J'accuse ceux qui ont transformé les automobiles en monstres d'acier, de lithium et de logiciels : toujours plus lourdes, plus complexes, plus chères, plus gourmandes en ressources.
J'accuse ceux qui prétendent sauver le monde en connectant tout ce qui existe : le réfrigérateur connecté, la montre connectée, la voiture connectée, la maison connectée, l'humain connecté.
Comme si la sagesse d'une civilisation se mesurait au nombre de notifications qu'elle reçoit chaque jour.
Ils nous parlent d'immatériel. Les mines, les câbles, les centres de données et les montagnes de déchets électroniques apprécieront.
J'accuse ceux qui nous promettent cinquante degrés dehors et la climatisation pour tous dedans.
Vision dérisoire.
L'air brûlera, mais rassurez-vous : votre salon sera à vingt-deux degrés. Le Titanic coule, mais les fauteuils de première classe restent confortables.
J'accuse les multinationales.
J'accuse leur talent à transformer chaque catastrophe en marché, chaque crise en opportunité commerciale, chaque limite planétaire en argument publicitaire.
J'accuse les compagnies pétrolières qui savaient.
J'accuse les géants de la technologie qui promettent que davantage de calculs répareront les dégâts causés par davantage de consommation.
J'accuse les industriels qui parlent de responsabilité tout en combattant toute mesure susceptible de réduire leurs profits.
J'accuse les banques qui financent les énergies fossiles tout en publiant d'élégants rapports sur leur engagement climatique.
J'accuse les marchés financiers qui réclament une croissance infinie sur une planète qui, elle, a eu l'impolitesse de rester finie.
J'accuse également mes anciens collègues lorsqu'ils renoncent à leur mission.
Quand les records tombent, quand les forêts brûlent, quand les hôpitaux débordent, ils nous servent leurs p... de micros-trottoirs : « Comment supportez vous la chaleur ? », « Avez-vous acheté un ventilateur, une climatisation ? », « Buvez-vous suffisamment d'eau ? »
Et le spectacle remplace l'explication.
L'anecdote remplace l'enquête.
On interroge les victimes.
On oublie les responsables.
On décrit les symptômes.
On tait les causes.
Comme si cette fournaise tombait du ciel sans histoire, sans industrie, sans décisions politiques.
J'accuse notre époque d'avoir fait du confort immédiat la mesure de toute chose.
Toujours plus vite.
Toujours plus loin.
Toujours plus connecté.
Toujours plus consommé.
Toujours plus extrait.
Toujours plus produit.
Toujours plus jeté.
Jusqu'au jour où la réalité présentera l'addition.
Car la physique ne négocie pas.
Le climat ne vote pas.
L'atmosphère ne lit pas les programmes électoraux.
Les océans n'écoutent pas les éléments de langage.
Les lois de la nature ignorent les majorités parlementaires et les campagnes de communication.
Elles s'imposent.
Et elles s'imposeront.
Alors j'accuse.
J'accuse ceux qui savaient.
J'accuse ceux qui pouvaient.
J'accuse ceux qui avaient le pouvoir d'agir.
Je les accuse d'avoir préféré la popularité au courage, la croissance aux limites, le présent à l'avenir.
Je les accuse devant les enfants qui naissent aujourd'hui.
Je les accuse devant les générations qui hériteront du monde que nous leur préparons.
Je les accuse devant l'Histoire.
Et surtout, je les accuse parce qu'ils ne pourront jamais prétendre qu'ils ignoraient.
Basta les « Qui aurait pu prédire ? ».
Nous savions.
Eux aussi. Encore plus que nous… et ils n’auront rien fait..
S'adapter

S'adapter.
Les gouvernants usent à l'envi de ce terme mais c'est absurde.
Répondre séparément à chaque urgence, c'est appliquer un pansement sur la plaie mais être incapable d'anticiper sur l'accident suivant.
Changer durablement ne signifie pas que nous devons trouver les moyens de nous adapter. Cela signifie que nous devons cesser de fabriquer les conditions qui conduisent aux situations d'urgence.
Et ça, les gouvernants ne le veulent pas parce qu'ils sont persuadés que la population n'est pas prête à délaisser le mode de vie qui conduit l'humanité et une grande partie de l'ensemble du vivant à sa fin. Et il est malheureusement vrai que l'évolution des mentalités est si lente que les gouvernants n'ont encore, pour l'instant, aucune raison de changer de voie.
Chaque situation d'urgence sera inévitablement un cran au-dessus de la précédente.
Nous sommes en train de vivre l'année la plus froide du reste de notre vie.
On n'en pouvait plus de voir le jardin-potager-verger dépérir. On a fait tout ce qu'on pouvait pour le protéger. On est parti une semaine faire des sommets dans les Pyrénées. Monter vers 3000 mètres en pleine canicule, c'est clair qu'on n'était pas nombreux. J'en arrive même à me demander si l'été ne va pas finir par devenir la saison la plus abominable. Les quelques personnes avec lesquelles nous avons discuté étaient effarées par les températures qu'on avait sur les sommets et bien évidemment tous les gens du coin nous répétaient qu'ils n'avaient jamais vu ça.
Il leur suffira d'attendre l'année prochaine pour voir que ça n'était qu'une étape.
On ne s'adaptera pas à une augmentation générale de 4 degrés sur la Terre. On en périra, les uns après les autres.
J'imagine que les milliers de scientifiques qui l'ont annoncé depuis les années 1970 sont partagés par deux sentiments : la satisfaction de voir que leurs études étaient justes et la désolation de voir qu'elles n'ont servi à rien.
On est rentré pendant la nuit et ce matin, à 6 heures, on a fait le tour du terrain.
Les protections ont limité les dégâts. La pergola au-dessus du potager et les paillasses qui la couvrent, les tipis que j'ai installés avec des vieilles planches au-dessus de chaque jeune arbre, les cagettes récupérées sur les marchés, les voiles d'ombrage, toutes les installations bricolées sauvent de la mort les plus résistants.
Mais nous ne sommes qu'à la fin juin.
Si une autre canicule de la même ampleur arrive pendant l'été, les pertes, ici et partout en France, seront très, très grandes.
On attend la pluie...En espérant que ça ne soit pas de la grêle.
Et je me demande comment les maraîchers vont faire pour tenir le coup, physiquement, moralement et financièrement.
Jean de Florette
Deux fois par semaine, pendant que Nathalie s'occupe du potager, c'est à dire toutes les plantes, le paillage et l'arrosage, je prends mes arrosoirs et je fais le tour du terrain pour les arbres qu'on a plantés depuis un an et demi. Des arbres qui n'avaient aucune chance de pouvoir grandir parce qu'ils avaient germé au bord d'une route où ils auraient été coupés par les personnels de la DDE, au bord d'une piste forestière où ils auraient été écrasés par les grutiers, des arbres au milieu des sentiers de randonnée où ils auraient été piétinés etc...
Aujourd'hui, pour voir ce que ça donne, j'ai mis en marche l'application STRAVA qu'on utilise quand on marche en montagne ou quand on fait du vélo. On a le kilométrage, la durée, le dénivelée.
Aujourd'hui, avec mes deux arrosoirs pour chaque trajet, j'ai fait 7 km 600 sur un hectare de terrain. Désherbage, paillage, arrosage, "transpirage." On ne fait pas beaucoup de marche en montagne à cette période de l'année. On marche pour le potager et les arbres. On a discuté avec un maraîcher bio du secteur. C'est dur, très dur...Il n'est pas certain de pouvoir continuer. Le travail est énorme, la rentabilité très faible, les aléas très, très nombreux. Un orage de grêle peut anéantir le travail de plusieurs mois en quelques minutes. Il en a fait l'expérience. Nous aussi pour notre petit potager nourricier.
Si on n'avait pas une source sur le terrain, tout serait déjà en train de mourir. Certains arbres, d'ailleurs, malgré les arrosages et l'ombrage que j'ai installé avec des voiles sont en train de dépérir, les résineux principalement.
Il fait trop chaud, le vent du sud brûle les feuillages en surface et le manque hydrique finit le travail. Et on est à 500 mètres d'altitude, dans "l'Ardèche verte", celle du nord du département.
Il faudrait un arrosage journalier. Et je ne suis même pas sûr que ça suffirait. On est en juin et c'est la deuxième canicule après celle du mois de mai. L'été risque de finir en hécatombe. Et c'est une réelle souffrance pour Nathalie et moi.
Mais qu'en sera-t-il dans deux, trois, cinq, dix ans ? On est engagé dans une course contre la montre. Il faut qu'on arrive à faire pousser des feuillus, beaucoup de feuillus pour que l'ombre des feuillages protège le potager, que les feuilles mortes nourrissent le terrain. J'ai construit une pergola sur toute la surface du potager, on y met des paillasses en attendant que toutes les plantes grimpantes, chevrefeuilles, akabias, vignes et autres lianes prennent la relève.
Les robiniers faux-acacias se montrent les plus résistants et les plus vigoureux avec les érables et les frênes. Les hêtres sont tous morts, quelques châtaigners tiennent, d'autres pas. Les chênes poussent mais très lentement, c'est connu, on le savait. Les noisetiers et les charmes ont démarré mais c'est encore incertain.
Une fois que des feuillus seront suffisamment grands, on pourra tenter de nouveau de planter des résineux. Il suffit de regarder les forêts naturelles. Les buissons, les ronces, les fougères et les arbustes protègent les jeunes arbres. Les résineux poussent à l'ombre. L'idéal, pour eux, est de démarrer leur existence sous une forêt de feuillus. On a été imprudents ou présomptueux. J'ai vu mourir certains sapins en quelques jours. S'il s'agissait d'étés "normaux", on y arriverait. On l'a fait dans notre terrain en Savoie, puis en Creuse. Mais depuis ce temps-là, l'été s'est mis à frapper dès le moi de mai et jusqu'en septembre-octobre.
Les terrains en pelouse ne sont pas favorables à la plantation des arbres. Ils sont trop vulnérables et le terrain qu'on a acheté était quasiment occupé par de la pelouse, juste de la pelouse. Il a fallu tout reprendre à zéro et un an et demi après notre arrivée, le deuxième été qui s'annonce risque d'être très rude...Et le prochain ?
Tous les jours, je pense aux gens qui travaillent dehors, deux de nos enfants par exemple. Nous, on démarre à 8 h et on arrête à 13. On reprend parfois en fin de journée. Mais ça n'est pas un travail de force et on n'a pas d'autre pression que celle qu'on se met.
Comment les animaux tiennent-ils le coup ? Je ne sais pas. Quel est l'impact sur leur survie ?
Cette souffrance de la nature, elle me noue le ventre.
Il y a un scientifique que j'écoute grandement : Christophe CASSOU.
Tenir le coup.
Court, instructif, un texte de qualité. Un résumé de ce qui aurait pu nous faire disparaître, tous. Mais certains et certaines ont tenu le coup. Ils sont dans notre ADN.
Les cloportes
J'adore les observer.

"Le cloporte sous ton pot de fleurs n'est pas un insecte. C'est un crustacé terrestre — un cousin direct des crabes et des crevettes. Sa lignée remonte à plus de 300 millions d'années et c'est le seul crustacé à s'être pleinement adapté à la vie sur terre.
Ce qu'il fait là-dessous : il mâche les feuilles mortes, le bois en décomposition et les débris organiques et les convertit en nutriments directement assimilables par les racines. Une colonie active traite la matière organique plus vite que bien des systèmes de compostage de jardin.
"Faut qu'je marche"
Voilà, c'est ça, faut que je marche ou que je pédale ou que je remplisse les arrosoirs à mes citernes et que j'arrose mes arbres éparpillés sur un hectare, jouer à Jean de Florette et ne me préoccuper que de la bonne santé de tous ces jeunots qui vont passer leur deuxième été pour certains, le premier pour les autres, qui doivent s'enraciner, plonger profond, profond, se gorger de forces avant cette traversée éventuellement caniculaire et que je prie pour qu'il pleuve et que mes citernes se remplissent.
Il faut que j'occupe mes pensées avec des choses emplies de beauté.
Parce que le soir, quand j'ouvre l'ordinateur, je sais qu'en quelques clics, en quelques pages, la paix peut voler en éclats. Non, rien ne m'oblige à m'infliger cette douleur mais j'écris une dystopie dans laquelle les trois-quarts de l'humanité disparaissent alors je me dois d'être crédible et l'humanité m'offre à chaque jour les raisons de la voir s'effondrer. Et elle m'offre tout autant les raisons de décrire le cheminement des survivants, ceux pour qui l'amour reste le maître.
"Faire preuve d'humanité"
En voilà une expression qui mériterait d'être remaniée...
Cimetière de baleines
"Les tissus mous et les lipides contenus dans cette masse de carcasses représentent "à peu près 6,7 millions de tonnes de CO2 piégé", explique Xiaotong Peng."
Cette phrase m'interpelle.
Pourquoi ramener la vie de ces animaux merveilleux à un problème de CO2 créé de toutes pièces par l'activité humaine ?
Et si tant est que ça soit pertinent, alors, il faudrait calculer la quantité de CO2 qui n'a pas été prise en compte par le massacre des baleines perpétrés par les hommes depuis des siècles et mettre en avant que toute atteinte au vivant représente une augmentation de notre impact sur la planète.
Cette propension à ne pas aller au bout d'une réflexion est vraiment pitoyable.
Au fond de l'océan Indien, un stupéfiant cimetière de baleines
information fournie par AFP •10/06/2026 à 17:50

Photo prise par "Global TREnD, IDSSE" et diffusée le 10 juin 2026 montrant le plus grand cimetière de baleines connu au monde, découvert par le submersible chinois Fendouzhe, à sept kilomètres de profondeur dans l'océan Indien ( Global TREnD, IDSSE / Handout )
Près de 500 squelettes, dont certains vieux de 5,3 millions d'années, gisant à 7.000 mètres au fond de l'océan Indien: des scientifiques ont découvert le plus grand cimetière de baleines au monde et il regorge de vie.
Répartis sur un corridor long de 1.200 kilomètres à l'Ouest de l'Australie, ces carcasses de cétacés soutiennent tout un écosystème, dont de nombreux organismes seraient inconnus de la science, selon une étude publiée mercredi dans Nature.
Les scientifiques pensent que les baleines sont mortes en si grand nombre dans cette zone parce qu'il s'agit d'une aire d'alimentation importante — combiné à une tranchée en forme de V qui canalise les carcasses vers les fonds marins.
C'est une "découverte vraiment unique", salue le paléontologue américain Stephen Godfrey, qui la compare à la première observation de sources hydrothermales regorgeant de vie au fond des océans en 1977.
"Le plus ancien fossile, ainsi que de nombreux crânes plus récents, montrent que les +chutes de baleines+ se sont accumulées sur ce site de façon ininterrompue pendant au moins cinq millions d'années", écrit-il dans un article accompagnant la publication de l'étude dans Nature.
On savait déjà que lorsque les baleines meurent, leurs corps coulent au fond des océans et nourrissent la faune des profondeurs — un phénomène appelé "chute de baleines".
Mais les chercheurs ont été "stupéfaits" quand ils ont pris la mesure de leur découverte, confie à l'AFP Xiaotong Peng, de l'Académie chinoise des sciences et auteur principal de l'étude.
"Découvrir une nécropole d'une telle ampleur était totalement inattendu: l'étendue de la distribution, la profondeur et l'éventail des âges dépassent tout ce que nous avions imaginé", souligne Xiaotong Peng.
"Une expérience vraiment incroyable"
En 2023, les chercheurs chinois ont effectué 32 plongées à bord du petit submersible "Fendouzhe" dans cette zone de l'océan Indien appelée Diamantina.
L'engin pouvait transporter jusqu'à trois personnes et collecter des fragments de fossiles à l'aide de bras robotisés.
Observer le cimetière de ses propres yeux a été "une expérience vraiment incroyable", raconte à l'AFP Peng Zhou, co-auteur de l'étude.
"Les écosystèmes florissants que nous avons vus nous ont offert une perspective complètement différente sur l'environnement par ailleurs sombre et froid qu'est le plancher océanique", détaille-t-il.
Autour des carcasses, s'affairaient des méduses, des ophiures (proches des étoiles de mer), des vers foreurs d'os et des mollusques bivalves.
La plupart de 485 fossiles de cétacés recensés appartiennent à la famille des baleines à becs - dont une espèce jusque-là inconnue et aujourd'hui disparue.
En extrapolant à partir du nombre de fossiles retrouvés, les auteurs estiment que plus de 10 millions de squelettes pourraient reposer au fond de l'océan dans la zone Diamantina.
Les tissus mous et les lipides contenus dans cette masse de carcasses représentent "à peu près 6,7 millions de tonnes de CO2 piégé", explique Xiaotong Peng.
Une immense source de nourriture pour les animaux vivant en eaux profondes, similaire aux sources hydrothermales qui créent leurs propres écosystèmes.
Certains des animaux observés vivent également dans des sources hydrothermales et des suintements froids, ce qui suggère que les carcasses de baleines pourraient relier ces communautés marines profondes.
Bien qu'il s'agisse de loin du plus grand cimetière de baleines jamais découvert, des fossiles trouvés lors de chalutage laissent penser que d'autres pourraient exister, par exemple au large de l'Afrique du Sud ou de la péninsule ibérique, selon l'étude.
C'est "extrêmement enthousiasmant", estime Craig Smith, océanographe à l'Université d'Hawaï (Etats-Unis), qui a découvert la première "chute de baleines" en 1987 et n'a pas participé à l'étude.
"Le nombre considérable de chutes de fossiles de baleine documentées, y compris une nouvelle espèce de baleine à bec, est vraiment remarquable et d'une importance majeure pour comprendre l'évolution des baleines et leur répartition au cours des temps géologiques", souligne-t-il auprès de l'AFP.
Cette "découverte remarquable" apportera "probablement de nombreuses nouvelles connaissances ", notamment sur les espèces vivant dans ces communautés dites "chimiosynthétiques", que l'on pensait fortement réduites par la chasse commerciale à la baleine, abonde Amy Baco-Taylor, spécialiste de ces écosystèmes à l'université d'État de Floride.