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Le problème majeur de l'eau

Par Le 03/08/2026

Reconstituer les zones humides que le milieu agricole et économique se sont acharnés à faire disparaître.

Favoriser la réintroduction des castors qui sont de formidables alliés. 

Les bassines, non, on le sait, c'est juste du vol et de la destruction.

Quant au maïs, si on veut que ça diminue, la réponse est simple : arrêter de manger de la viande.

Le constat des incendies ne doit pas s'arrêter à la détresse des gens et au monstrueux désastre sur la faune et la flore.

Sinon, les catastrophes se reproduiront encore et encore.

 

Idées

« C’est la loi du plus fort » : comment l’agro-industrie accapare l’eau

 

«<small class="fine d-inline"> </small>C'est la loi du plus fort<small class="fine d-inline"> </small>» : comment l'agro-industrie accapare l'eau

Dans leur livre, paru le 8 avril, Fabien Benoit et Nicolas Celnik décrivent la privatisation grandissante de l’eau, notamment par les acteurs de l’agro-industrie et avec la complicité de l’État. En voici les bonnes feuilles.

Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau (éditions Les Liens qui libèrent), paru le 8 avril, est un livre qui justifie amplement son titre. Les journalistes Fabien Benoit et Nicolas Celnik, collaborateurs réguliers de Reporterre, y décrivent comment l’agro-industrie, les industries d’eaux en bouteille, celles du numérique et d’autres encore privatisent toujours plus ce bien commun que devrait être l’eau.

Souvent avec la complicité du gouvernement et en faisant régner la loi du plus fort. Nous en publions les bonnes feuilles, consacrées au premier des consommateurs d’eau : l’agro-industrie.

Un rapport de 2024 a tenté de chiffrer ce que l’agriculture conventionnelle coûtait à la France : pas loin de 45 milliards d’euros par an [1]. D’après ses calculs, 19 milliards d’euros (le double du budget alloué à la planification écologique) sont engagés pour compenser les dégâts de l’agriculture industrielle. Le reste, outre les 9,5 milliards d’euros touchés au titre de la PAC (Politique agricole commune), est une série de subventions perçues par les agriculteurs, les maillons intermédiaires, et la distribution, sous forme d’exonérations de cotisations sociales, d’exonérations fiscales et de dépenses budgétaires propres à l’État.

Des voix se font bien sûr entendre pour demander un rééquilibrage des subventions et plus d’aides fléchées vers une agriculture moins gourmande en eau. Encore faudrait-il qu’elles puissent trouver un écho dans les parlements de l’eau. Et que les esprits soient apaisés lorsque l’on évoque la gestion de l’eau — ce qui est loin d’être le cas.

La loi du plus fort

On peut aujourd’hui se promener le long de la retenue d’eau de Caussade, dans le Lot-et-Garonne, et n’y voir qu’un bucolique étang artificiel dans lequel les hirondelles viennent s’abreuver au printemps. Pour les connaisseurs du dossier, cette retenue d’eau de 920 000 m³ raconte autre chose : elle témoigne de la manière dont l’État a cédé face aux irrigants. « C’est un sujet ahurissant tant il est révélateur de la dynamique du pouvoir dans la gestion de l’eau, s’étrangle un ancien conseiller de deux ministres de l’Écologie à l’époque des faits. Ce que ça dit par rapport aux tensions liées à l’eau pour les années qui viennent, c’est que finalement c’est la loi du plus fort. »

Dès le début des années 2010, une poignée d’agriculteurs locaux réclament la construction d’une retenue, tout en refusant de participer aux discussions collectives sur la gestion de l’eau dans le territoire. En juin 2018, la préfète autorise la construction du barrage de Caussade — et suscite un tollé, l’ensemble des institutions de l’État garantes de la protection de l’environnement s’y opposant vertement. Il faut que les ministres de l’Agriculture et de l’Environnement demandent l’annulation du projet pour que la préfète revienne sur sa décision.

Mais les agriculteurs n’entendent pas en rester là : mobilisant à leurs frais pelleteuses et main-d’œuvre, ils érigent eux-mêmes le barrage. Les multiples dénonciations de l’illégalité du chantier ne suffiront pas à ralentir l’action des pelleteuses. Même les gendarmes sont impuissants : lorsqu’ils tentent d’interrompre les travaux, la démonstration de force tourne en faveur des agriculteurs, qui continuent leur labeur. Ultime provocation, une fois la digue construite, les maîtres d’œuvre improvisés se filment en train de sabrer le champagne, enivrés par leur impunité. L’une des plus grandes réserves artificielles de France vient d’être construite, dans l’illégalité la plus complète, et malgré l’opposition du gouvernement.

Violence verbale et physique

Si les agriculteurs ont pu ériger Caussade, c’est en partie parce qu’ils pouvaient compter sur « Dieu ». Pas celui de l’Église : « Dieu », c’est le surnom donné à l’homme qui fait la loi sur le territoire du Lot-et-Garonne, Serge Bousquet-Cassagne. Ancien joueur de rugby connu pour sa violence verbale et physique (qui lui vaut aussi le sobriquet « Bousquet-Castagne »), il se fait connaître au début des années 2000 par une première action : un de ses proches décède en percutant un platane avec sa voiture, Bousquet-Cassagne sort la tronçonneuse pour abattre les arbres le long de la route.

[...]

Serge Bousquet-Cassagne [membre de la Coordination rurale, un syndicat agricole qui ne cache pas ses liens avec l’extrême droite] abhorre les médias : « Pourquoi je perdrais mon temps à vous parler puisqu’à la fin vous allez me traiter de facho », s’agace-t-il lorsque nous parvenons à le joindre au téléphone. Il abhorre surtout tout ce qui peut avoir trait à l’écologie. Il essaie d’interdire à la présidente des Verts, Marine Tondelier, d’entrer sur son département : « Ma poule, lui annonce-t-il par téléphone, je vais t’attraper et te plumer. »

« Il a essayé de me balancer par-dessus la barrière de la quatre-voies »

Serge Bousquet-Cassagne a eu l’occasion de croiser la route d’un militant écologiste avec lequel nous avons déjà cheminé : Jean-Jacques Guillet. Ça ne s’est pas bien passé. « Il a essayé de me balancer par-dessus la barrière de la quatre-voies, raconte Jean-Jacques avec une étonnante indifférence. C’était pendant une manifestation, je lui ai fait un doigt d’honneur et il a envoyé ses gorilles s’occuper de moi, mais les copains ont réussi à les faire dégager. »

Jean-Jacques balaie le jardin du regard et ajoute : « À part ça, je m’en sors pas trop mal : j’en suis qu’à ma troisième boîte aux lettres, ils m’ont bousillé les deux autres quand j’étais passé à la télé. Bon, ils ont aussi goudronné ma cour. Et puis il y a les lettres anonymes qui arrivent souvent. Mais faut bien reconnaître que je les ai copieusement fait chier. »

Avec les bassines, les Pays de la Loire sous tension

Les Pays de la Loire sont eux aussi sous tension depuis l’arrivée des bassines. Rémi, le débonnaire maraîcher qui bataille pour être relié à la bassine de Sainte-Soline, perd son sourire quand on aborde le sujet : « Je vois des collègues qui pleurent parce qu’ils ont peur pour leurs gosses. Mon collègue Guillaume [2] se trimballe toujours avec une batte de baseball dans sa voiture depuis que deux gros bras de la Coop de l’eau sont venus lui mettre la pression. Moi, j’ai eu du glyphosate épandu dans mon champ, quand ce n’est pas les chasseurs qui tirent dans ma direction. »

Ces déboires, Benoît Biteau les a tous subis. Maïsiculteur bio, député des Deux-Sèvres, ardent opposant aux bassines et fort en gueule, il avait tout pour attirer les foudres. « Depuis que je suis élu, on m’a tiré deux fois dessus, versé des substances toxiques sur un lot de sarrasin, ce qui aurait pu empoisonner ceux qui en mangeraient, balancé du liquide allume-feu chez moi, et libéré mes vaches pour les envoyer se promener sur la route un nombre incalculable de fois », énumère-t-il avec colère.

« Depuis que je suis élu, on m’a tiré deux fois dessus »

Concernant les tirs, la plainte a été classée sans suite : le porteur de l’arme affirme avoir tiré vers son propre champ pour faire fuir des corbeaux. L’officier de police qui prenait sa déposition n’a pas cru nécessaire de vérifier ses dires : les champs du tireur sont à plus de 3 km de l’endroit du tir, dans la direction opposée. L’élu a voulu saisir la cellule Demeter, dédiée aux violences dans le monde agricole : « L’agent a eu l’air franchement surpris, et il m’a répondu : “Mais enfin, monsieur Biteau, c’est pas pour vous, la cellule Demeter, vous, vous êtes un écologiste !” »

Le climat est devenu si tendu que bon nombre des agriculteurs opposés aux bassines que nous avons rencontrés songent à changer de territoire. Olivier, maraîcher qui a grandi dans les Deux-Sèvres, a prospecté des terrains à l’autre bout de la France. Il soupire, dépité : « Ici, c’est la Corse. Avant, entre éleveurs, il y avait de l’entraide. Quand j’étais gamin, même le voisin qu’on ne pouvait pas saquer, s’il avait un vêlage difficile, on venait l’aider. Aujourd’hui, les céréaliers, s’ils pouvaient se bouffer entre eux, ils le feraient. Ce territoire a énormément changé, humainement. »

[...]

Lors d’une mobilisation d’agriculteurs, à l’appel de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs, sur la RN124, à l’ouest de Toulouse, en janvier 2024. © Patrick Batard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Les institutions ciblées

Quand ce ne sont pas les militants qui sont ciblés, ce sont carrément les institutions. Les manifestations agricoles de janvier 2024 ont été l’occasion de montrer les muscles. Les agriculteurs déversent tellement de fumier qu’ils polluent des cours d’eau [3], jettent des déchets amiantés, brûlent des pneus devant les mairies ou les agences de l’État, incendient les locaux de la Mutualité sociale agricole (MSA) à Narbonne ou le bureau des douanes à Nîmes...

Ils labourent un parking de supermarché, dégradent le réseau routier à l’échelle nationale à force d’incendier des palettes, occasionnent plusieurs millions d’euros de pertes aux opérateurs des autoroutes en les bloquant — si l’État se garde soigneusement de communiquer sur le coût des dégradations, plusieurs sources les évaluent à plus d’une dizaine de millions d’euros.

Ces dégradations n’ont presque jamais donné lieu à des poursuites, confortant le sentiment d’impunité de la FNSEA. Gérald Darmanin, qui avait piloté le dispositif de maintien de l’ordre d’une violence sans précédent lors des manifestations de Sainte-Soline, assure cette fois qu’« on ne répond pas à la souffrance en envoyant des CRS », avant d’ajouter : « En tant que ministre de l’Intérieur, à la demande du président et du Premier ministre, je les laisse faire [4]. » Si le syndicat a les coudées franches pour mener ses actions, c’est qu’il peut compter sur des alliés de poids : les membres du gouvernement.

FNSEA et ministère de l’Agriculture main dans la main

L’omniprésence de la FNSEA dans les instances de décision a une autre conséquence : elle a l’oreille du ministère de l’Agriculture et du président. Plusieurs anciens ministres de l’Écologie soupirent : les grandes orientations de la politique de l’eau ne se jouent « pas du tout au niveau local », mais bien via ces grandes orientations nationales. Car le président, à son tour, donne des orientations au ministère de l’Intérieur, qui transmet ces ordres par l’intermédiaire des préfets, qui incarnent la voix de l’État dans les territoires.

Depuis la loi de décentralisation des collectivités locales de 2022, les présidents des conseils d’administration des Agences de l’eau sont les préfets de bassin. À mesure que l’administration territoriale se retire de la politique locale, le corps préfectoral gagne en importance : des chercheurs parlent aujourd’hui d’une « préfectoralisation de la politique de l’eau [5] ». Les préfets déterminent [6] le volume d’eau qui peut être prélevé ; ils peuvent abréger l’élaboration d’un plan territorial de gestion de l’eau (PTGE) si le consensus tarde à émerger ; ils édictent les arrêtés sécheresse, et décident de qui est concerné par les restrictions et qui en est exempté.

Lire aussi : Comment les lobbies agricoles manipulent la gestion de l’eau

Plusieurs magistrats, et jusqu’à François Molins, procureur général près la Cour de cassation, dressent ce constat : « Il est souvent reproché aux préfets d’effectuer leurs arbitrages entre les intérêts économiques et les intérêts écologiques généralement en défaveur de l’environnement [7]. »

Les explications sont nombreuses. Des primes sont versées aux préfets en fonction de la construction de bassines [8], d’après la feuille de route envoyée par le Premier ministre de l’époque, Jean Castex [9]. La réussite de leur mission, et donc la poursuite de leur carrière, est conditionnée au maintien de l’ordre public : avec leurs tracteurs et leur capacité à se mobiliser, les agriculteurs sont une force de pression considérable.

Delphine Batho, ancienne ministre de l’Écologie, se souvient de la réaction des préfets lorsqu’elle a pris un moratoire pour suspendre le financement public des bassines, en 2012 : « J’ai reçu une série de longues lettres de préfets, expliquant que si je voulais éviter des désordres publics, il fallait retirer ce moratoire. » L’actuelle députée des Deux-Sèvres laisse filer un temps de silence, avant de poursuivre, bravache : « J’ai résisté. » Un an plus tard, elle était évincée du gouvernement ; une des premières décisions de son successeur a été de révoquer le moratoire.

De fortes accointances entre préfets et monde agricole

La proximité des préfets avec le monde agricole peut parfois prendre une tournure presque caricaturale : les frères Gutton en sont un bon exemple. En 2012, Martin Gutton, le frère cadet, est directeur régional de l’agriculture et des forêts de la région Poitou-Charentes. Il devient, en 2015, directeur général de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, où il pousse le programme d’implantation des bassines. En parallèle, son frère aîné, Jérôme Gutton, est nommé préfet des Deux-Sèvres : c’est lui qui supervise le projet de bassines de la Coop de l’eau, sur le territoire administré par son cadet.

En 2024, Martin Gutton est nommé délégué interministériel à la gestion de l’eau. Dans le cadre de cette fonction, il se rend au congrès de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), une filière spécialisée de la FNSEA, pour prodiguer ses conseils sur la manière d’accélérer le déploiement des bassines [10]. Jérôme Gutton, une fois sa mission de préfet accomplie, travaille pour le plan de relance de la France à flécher les Contrats de relance pour la transition écologique (CRTE). Entre-temps, Martin Gutton est nommé à FranceAgriMer, l’organisme chargé d’assurer la productivité de l’agriculture française.

Lire aussi : Le moratoire sur l’eau pourrait entraver l’adoption du plus grand schéma de l’eau de France

La nomination de Martin Gutton au poste de délégué interministériel à la gestion de l’eau est particulièrement intéressante. Il s’agit d’une fonction tout fraîchement créée, qui vise à placer la gestion de l’eau entre les mains des agriculteurs. De manière protocolaire, c’est le ministère de l’Écologie qui a autorité sur les enjeux liés à l’eau, et qui doit trancher lorsqu’il y a litige entre agriculture et écologie. Le délégué interministériel a pour but de concentrer, entre ses mains, les dossiers liés à l’eau. Avec un détail : ses bureaux sont installés… rue de Varenne, au ministère de l’Agriculture ; et, depuis la création du poste, tous les délégués sont connus pour leurs positions favorables à l’irrigation.

La création de ce rôle était d’ailleurs une demande de longue date de la FNSEA. Ou, pour être plus précis, d’un organisme interne de la FNSEA : son organisation professionnelle spécialisée sur le maïs, l’AGPM. Ou, pour être encore plus précis, d’une petite structure interne de l’AGPM à laquelle pas grand monde ne s’intéresse : le lobby tout particulièrement consacré à la promotion de l’irrigation, Irrigants de France.

Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau, de Fabien Benoit et Nicolas Celnik, éditions Les Liens qui libèrent, 2026, 272 p, 21,80 euros.

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Agriculture

Comment les lobbies agricoles manipulent la gestion de l’eau

Notes

[1] L’Injuste prix de notre alimentation. Quels coûts pour la société et pour la planète  ?, Secours catholique, Civam, Solidarité paysans, Fédération française des diabétiques, septembre 2024.

[2] Le prénom a été modifié.

[3] Élodie Auffray, Éva Fonteneau, «  Déchets amiantés, eau polluée par du lisier... Pour les collectivités locales, la lourde facture après les dégradations du mouvement agricole  », Libération, 20 novembre 2024.

[4] Lors du journal de 20h de TF1, jeudi 25 janvier 2024.

[5] Sylvain Barone, L’eau, une affaire d’État. Enquête sur le renoncement écologique, (éditions Raisons d’agir, 2024).

[6] En accord avec l’organisme unique de gestion de l’eau (OUGC).

[7] Le Traitement pénal des contentieux de l’environnement, Parquet général, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 2022.

[8] Alexandre Léchenet, «  Sainte-Soline : une prime à la bassine pour le préfet des Deux-Sèvres  », Politico, 30 novembre 2023.

[9] Courrier de Jean Castex à Laurent Prévost, daté du 8 septembre 2021, référence 0996/21/SG.

[10] Stéphanie Ayrault, «  Le déréglement climatique avance plus vite que les décisions publiques  », M. Gutton, gouvernement, Agro matin, 25 novembre 2024.

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Les guildes

Par Le 03/08/2026

 

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Dans un verger classique, un pommier pousse seul, au milieu d'une pelouse tondue. On le traite, on le nourrit, on désherbe à son pied, on lutte contre ses ravageurs. En permaculture, on fait quelque chose de radicalement différent : on entoure l'arbre d'une communauté de plantes choisies qui, ensemble, le nourrissent, le protègent et l'entretiennent presque à notre place. Cette communauté porte un nom : une guilde.

Une guilde, c'est un arbre fruitier au centre, et autour de lui un cercle de plantes compagnes dont chacune remplit une fonction précise au service de l'ensemble. L'idée est d'imiter la façon dont les plantes s'organisent naturellement en communautés qui coopèrent, plutôt que de cultiver un arbre isolé et dépendant de nous pour tout.

Prenons l'exemple d'une guilde de pommier. Au centre, l'arbre. Et autour, chaque plante joue un rôle.

Il y a d'abord les fixatrices d'azote. Des plantes comme le trèfle, la luzerne ou certains arbustes fixent l'azote de l'air dans le sol grâce à leurs racines. Elles fabriquent gratuitement l'engrais azoté dont le pommier a besoin, en continu.

Il y a ensuite les accumulatrices de nutriments. Des plantes à racines profondes, comme la consoude, plongent chercher dans le sous-sol des minéraux inaccessibles à l'arbre, les stockent dans leurs feuilles, et les libèrent en surface quand ces feuilles se décomposent. La consoude, au pied d'un fruitier, est un véritable distributeur d'engrais.

Il y a les répulsives et les protectrices. Des plantes à odeur forte comme l'ail, la ciboulette et les alliacées plantées au pied de l'arbre repoussent certains ravageurs et limitent les maladies. La capucine attire les pucerons loin de l'arbre.

Il y a les attractrices de pollinisateurs et d'auxiliaires. Des fleurs comme l'achillée, la bourrache, le souci attirent abeilles, syrphes et coccinelles, qui pollinisent l'arbre et dévorent ses ravageurs.

Il y a enfin les couvre-sol. Des plantes qui tapissent le pied de l'arbre, gardent l'humidité, étouffent l'herbe concurrente et protègent le sol — une couverture vivante permanente.

Le résultat, au bout de quelques années, est un petit écosystème quasi autonome. L'arbre est nourri en azote et en minéraux par ses voisines, protégé des ravageurs par les répulsives et les auxiliaires, pollinisé grâce aux fleurs, et son pied est couvert et vivant. On n'a plus besoin de désherber, de fertiliser ou de traiter comme avec un arbre isolé : la communauté fait le travail. On a remplacé l'entretien par le design.

C'est là toute la beauté de l'idée : au lieu d'un arbre qu'il faut assister en permanence, on crée un système qui se soutient lui-même. On ne jardine plus une plante. On orchestre une communauté.

TERRE SANS HOMMES : écrire le monde à venir

Par Le 02/08/2026

Quand je dis que l'actualité va trop vite par rapport à ma capacité à écrire...

Je peux bien mettre des extraits vu qu'il y a quatre tomes :) 

 

 

TERRE SANS HOMMES

CHAPITRE 39

Cette impression de sentir encore les mouvements du bateau. Allongé dans une chambre, les yeux grands ouverts, comme s’il était encore à la barre, la surveillance du cap et des voiles et de la houle, que ça ne pouvait pas s’arrêter.

Et cette arrivée au port, l’accueil des gens, des questions par wagons, des visages, des mains serrées, des regards curieux, un tel périple, de l’admiration, de l’étonnement, de l’incompréhension aussi, pourquoi faire toute cette route pour arriver ici, c’est un désastre et d’autres qui répliquaient, mais non, on s’en sort bien, c’est bien pire sur le continent, un bouleversement dans leurs vies de marins au long cours, un retour assommant.

Tout était là dans sa tête dans un tohu-bohu qu’il ne pouvait contrôler, des pensées qui surgissaient et le tenaient éveillé.

« On a barré l’accès du pont, avec une pelleteuse, on a creusé une faille d’un mètre de large puis on a entassé des véhicules, on s’est coupé du continent quand on a compris que le Hum n’aimait pas le nombre, qu’on devait repousser les réfugiés. »

Elle s’appelait Geneviève, elle avait dit qu’elle était la femme du maire, qu’il était mort d’une crise cardiaque, il était malade, il n’avait plus de traitement, tout le monde la respectait, tout le monde l’appelait Madame, ils étaient cinquante-huit à Saint-Martin en Ré et trente-neuf à Ars et quelques personnes éparpillées sur l’île à Sainte-Marie, la Flotte et les quelques hameaux et qui se débrouillaient. Il y avait des puits, il y en avait toujours eu sur l’île, ceux qui avaient été condamnés par des dalles de béton avaient été remis à jour, l’eau potable, l’enjeu majeur, plus une goutte ne venait du continent et tout le monde s’était mis à cultiver un potager, ils avaient regroupé toutes les réserves alimentaires, de l’outillage, des bidons de carburant qui s'étaient vite épuisés, il y avait des pêcheurs tous les jours, à la rame ou à la voile maintenant, ça avait été très dur au début, des conflits armés, des vandales qui avaient remplacé la solidarité des premiers temps, des morts, des morts et encore des morts, des gens qui étaient partis pour l’hôpital à la Rochelle, ils n’étaient jamais revenus, les trois pharmacies de l’île avaient été surveillées, jours et nuits, les stocks avaient diminué, inexorablement, les pharmaciens avaient cherché à répondre à toutes les demandes et puis très vite, les traitements les plus lourds n’avaient plus été suivis, rupture fatale. Il avait fallu creuser des tombes, encore et encore. Ils avaient eu des cas de Hum à l’EHPAD de Saint-Martin et à celui d’Ars et dans une résidence seniors et les soignants qui avaient survécu ne s’en remettaient pas.

Toutes ces paroles délivrées par les habitants, Joseph, le chef des pompiers de l’île, il faisait le tour à vélo deux fois par semaine. Jean-François, un instituteur à la retraite, président de l’amicale des anciens, s’était pendu. Sa femme était morte, aucune nouvelle des enfants, la désespérance de beaucoup était plus forte que le désir de vivre.

Toutes ces paroles délivrées, comme si les habitants rencontrés avaient absolument besoin de partager avec de nouveaux arrivants ce qu’ils enduraient depuis si longtemps.

Ils avaient accepté l’accostage du voilier parce qu’il venait du large, ils avaient été repérés par Joseph qui était à la pointe ouest de l’île, il avait expliqué aux autres.

Ce vacarme dans sa tête, la plénitude du voilier avait volé en éclats, le silence, la contemplation, l’attention aux voiles, la maîtrise des pensées, rien ne venant les perturber. Et là, ces gens qui voulaient savoir, qui posaient mille questions et qui racontaient ce que ni Tim, ni lui, ne cherchaient à savoir. Ils auraient voulu s’isoler, tout de suite, qu’on leur laisse le temps de se réajuster. Se réajuster...Est-ce que le terme était recevable alors qu’ils avaient l’impression d’avoir été agressés ?

Geneviève avait accueilli Jenny chez elle. Elle avait une fille de son âge. Elle avait disparu, aucune nouvelle. Jenny avait accepté. Il n’y avait pas d’homme dans la maison. Elle avait remercié ses deux sauveurs, de loin, sans les enlacer, juste quelques mots, un regard de biche effarouchée et elle était partie.

Tim était dans la chambre voisine. L’un comme l’autre, les dernières heures sur le voilier, ils ne les oublieraient jamais. La vue de la Terre, du continent, de la côte, l’inconnu alors qu’ils auraient dû savoir ce qui les attendait. Quand un marin rentre au port, il retrouve, normalement, ce qu’il a quitté.

Deux hommes les avaient suivis depuis la côte, ils avaient marché sur les sentiers, Tim avait sorti les jumelles, il avait vu un cycliste aussi et lorsque le voilier avait franchi l’entrée du port, sept personnes les attendaient.

Juste sept. Mais, finalement, c’était beaucoup trop.

« Je suis épuisé », avait avoué Tim, alors qu’il venait de fermer la porte après avoir remercié Joseph. Une petite maison à quelques encablures du port, un couple de retraités que personne n’avait revu. Comme pour beaucoup d’autres maisons. Ceux qui étaient partis sur le continent, ceux qui étaient morts pendant l’hiver, ceux qui avaient été tués, les habitations vides, les volets fermés, les jardins délaissés, les herbes sauvages qui poussaient partout, l’impression d’une ville fantôme.

Tim et Francis avaient tout imaginé mais pas ce choc du retour.

Ce vertige alors qu’ils espéraient le sommeil, c’était un mal de terre, un mal d’humains, un mal de mots.

Francis avait songé qu’ils auraient dû accoster dans un lieu désert. Puis il se corrigea en pensant à la nécessité des vélos, de tout ce qu’ils devaient trouver pour la suite du périple.

Un voyage en mer, un voyage en terre.

Ils n’étaient pas au bout de la route. L’enchaînement n’était pas un problème mais l’intermède était compliqué, inattendu, troublant.

Trop de mots.

Tim ne dormait pas et savait que Francis n’y parviendrait pas. Il décida de se lever. Il frappa à la porte.

« Ouais, entre, je t’attendais.

-Putain, quelle merde.

-Ouais.

-Je me doutais bien que c’était pareil pour toi.

-Pareil.

-Faut qu’on se barre.

-Ouais.

-Qu’est-ce qu’ils nous arrivent ? Ils sont bien les gens, on n’a vraiment pas à se plaindre, putain, qu’est-ce qu’on a ?

-J’ai pas de mots, et puis j’ai pas envie de causer en fait.

-Moi non plus.

-Ben, alors, pourquoi t’es venu ?

-Et pourquoi tu m’as dit d’entrer ? »

Ils sourirent.

« Tu me fais une place ? demanda Tim, en désignant le lit.

-Putain, là, c’est grave. »

Ils éclatèrent de rire.

« Ouais, on a bien reçu. Pas foutu de dormir, pas foutu de rester seul, mais on ne supporte pas les autres, faut qu’on se casse, Francis.

-Pareil. »

Le lendemain matin, ils retournèrent au voilier et commencèrent à en sortir les réserves alimentaires. Le sac de billets, les armes, les filtres à eau, les vêtements.

Des gens se regroupèrent sur le quai. Les questions reprirent. Et ils s’efforcèrent d’y répondre. Ils ne parlèrent pas de l’incongruité de la météo, des vents modérés, du passage du Cap Horn. Juste que tout s’était bien passé. Oui, c’était le bordel aussi en Nouvelle-Zélande, oui, il y avait le Hum et les vandales, non, plus rien ne fonctionnait, comme ici, l’éruption solaire, tout est hors service, non, ils ne se sont pas arrêtés, ils veulent aller dans les Alpes, mais pourquoi, pour la famille, mais comment, on a besoin de vélos et ils listèrent le nécessaire, il y avait un loueur de vélos ici, un couple qui avait une boutique, des passionnés de randos, ils iraient les rencontrer, ils sont à Sainte-Marie de Ré, ils ont tout ce qu’il faut, oui, on a du pognon pour les payer, oui, on va laisser le voilier, on reviendra peut-être un jour.

Au café des sports, petit resto, petite épicerie, loto et cartes postales, Marcel et Josiane leur préparèrent un repas, des spécialités de la mer.

« Moi aussi, j’ai pas mal navigué quand j’étais plus jeune, raconta Marcel, un moustachu bedonnant, un visage rieur, comme si rien de triste ne pouvait s’y accrocher, j’ai un voilier, un quinze mètres et on se balade encore avec mon fils.

-Vous êtes sortis en mer depuis le début du merdier ? demanda Francis.

-Ouais, avec mon fils, on a voulu voir d’où venait ce ciel de fumées qu’on a eu pendant deux semaines. On est descendu au sud et on a vu. Toute la côte de la Gironde et celle des Landes, ça a tout brûlé, c’était la fumée des incendies. Cette odeur jusqu’en mer, c’était fou. Il y avait des murs de feu, gigantesques. Je pense qu’il n’y a plus un seul endroit habité de l’estuaire de la Gironde jusqu’à Biarritz. On a vu la dune du Pilat, elle est noire de cendres, ça fait un choc, le sable noir, partout, Lacanau, Biscarosse, partout, c'est noir, cramé, plus rien.

-Mais, il s’est passé quoi ?

-Ben, la même chose que les étés précédents, c’est pas des forêts là-bas, c’est juste des exploitations forestières et les millions de pins, c’est juste des allumettes plantées par terre. Quand il y avait les pompiers et les canadairs, c’était déjà compliqué mais maintenant, y’a plus rien, plus personne pour monter au front et un feu, c’est la guerre alors ça a tout cramé. Des pyromanes sans doute, comme la plupart du temps. Quand tout fout le camp, les fous sont les rois. Nous aussi, on en a eu un, un taré, il a été surpris par deux gars qui faisaient une ronde, il commençait à allumer un feu, y’a quoi, je sais plus.

Il se tourna vers sa femme qui préparait des apéritifs au bar.

Josette, c’était quand le taré avec son briquet ?

-Y’a quinze jours, dans le secteur de Trousse-chemise.

-Ah oui, c’est ça, c’était un jeune, personne ne le connaissait, pas foutu de nous dire d’où il venait, c’était pas bien rangé dans sa tête. On l’a ramené au pont, on a foutu une planche, on lui a dit de traverser, il en menait pas large, c’était pas passé loin du lynchage, une fois qu’il était côté continent, on a tiré en l’air avec les fusils de chasse, il a détalé, putain, et on a tous gueulé, dis aux autres du continent de pas venir ici ou on les pend à un arbre, faut pas toucher à l’île.

-Vous avez eu besoin de repousser des gens ?

-Oui, au début, on a laissé entrer du monde et puis on a arrêté, les gens venaient parce que c’était la guerre sur le continent, mais bon dieu, on pouvait pas ramasser toute la misère du monde, y’a des puits ici mais on rationne et c’est pas simple, alors on a décidé de redevenir une île.

-Mais des voiliers, des bateaux à moteur, y’en a eu aussi ?

-Oui, mais les fusils de chasse, ça arrête les envahisseurs. Tu viens pas accoster au port quand ça canarde et ceux qui voulaient se poser sur le sable, on les a repoussés, tout pareil, bon, y’en a qui sont sûrement passés, on n’a pas vérifié toutes les maisons qui étaient vides mais tant qu’ils ne font pas chier, on va dire qu’on accepte. Et puis, ça a fini par se calmer tout seul, vous êtes les premiers depuis un sacré bout de temps, plusieurs mois et on s’attendait pas à voir arriver un voilier, franchement, y’a plus personne. Il reste quoi de vivant de l’autre côté ?

-C’est à ce point-là ? interrogea Francis.

-Et même peut-être pire que ça. La Rochelle, ça a bien cramé là-bas, bon dieu on voyait les flammes, je crois que les pyromanes et les racailles n’ont jamais été autant à la fête. Je sais que vous voulez aller dans les Alpes à vélo, ben, j’espère que vous savez vous servir d’un flingue, ça risque d’être tendu.

-Peut-être pas si y’a plus personne, intervint Tim.

-C’est pas faux, mon gars. Et je vous le souhaite. Joseph vous amènera à Sainte-Marie demain, il a trouvé deux vélos chez des voisins mais c’est pas du matériel pour votre périple, il vous faut mieux que ça.

-Quand ça a commencé les attentats et tout ce qui a suivi, c’était la pleine saison ici ?

-Oui, mon gars, tu n’imagines pas le bordel. Une panique comme ça, ça valait le coup. Il y a trois cent mille personnes ici en été. T’imagines les bouchons, même quand tout va bien, René avec sa dépanneuse, il a sorti un paquet de bagnoles des fossés, ça partait dans tous les sens, des vrais lapins. Y’a que le pont, hein, alors je te laisse imaginer la ruée. Sont cons d’ailleurs. Ils auraient mieux fait de rester planqués ici. Mais qu’est-ce que tu veux, putain, faut rentrer protéger la maison, faut s’occuper de mémé, faut barricader le magasin, faut récupérer Pépette au chenil, faut aller arroser les fleurs, il rigola un grand coup, les gens sont cons, hein, c’est rien de le dire, enfin tous les trucs qui font que tu réfléchis pas bien, tu vois. Avec Josiane on ne partait jamais en vacances, on se remplissait les poches avec les vacanciers et puis on attendait qu’ils foutent le camp pour reprendre la vie avec les potes, les parties de pétanque ou les belotes. Et finalement, on continue comme ça maintenant. Et tant pis pour le pognon, de toute façon, y’a rien à acheter, qui serait assez cons pour s’inquiéter du fric, ça reviendra pas comme avant, hein, on le sait bien avec ma Josiane, y’en a, ici, sur l’île, ils sont là à attendre des nouvelles du gouvernement, le gouvernement, purée, mais réveillez-vous, ils en ont rien à foutre, ils sont partis avec leurs jets privés, tu te rends compte y’a des anciens, ils pleurent parce qu’ils ont plus la télé et des jeunes parce qu’ils ont plus internet, quand je pense aux gens biens qui sont claqués et aux cons qui sont toujours là, ça me fait chier, tu vois, j’avais deux potes, des gars extra, claqués tous les deux, un avec le Hum et un autre quand les racailles sont venus nous attaquer, c’est là qu’on a dit qu’il fallait péter le pont. Y’a plus de gouvernement, y’en aura plus, y’aura plus de camions de livraisons, y’aura plus la télé, y’aura plus de clopes. Fallait que j’arrête de fumer, ben, c’est fait et pour l’alcool, on se dit qu’on va faire de la gnôle. Alors maintenant, la vie, c’est faire pousser les patates, aller à la pêche, remplir les jerricans au puits et ça laisse du temps pour jouer aux cartes. De toute façon, faut bien qu’on s’occupe.

-Oui, c’est long la fin du monde, lança Francis.

- Ah oui, bon dieu, elle est bonne celle-là ! Allez santé, les jeunes. »

La forêt des Landes

Par Le 02/08/2026

Il faut toujours chercher dans le passé les explications du présent. C'était donc en 1949 mais la monoculture a continué. De ce que j'ai trouvé, il y a juste eu la mise en place des pare-feux, des pistes d'accès. On sait aujourd'hui que ça ne suffit pas. Les pins, uniquement des pins, ce sont des allumettes plantées en terre. Les incendies de 2022 n'ont pas été suivis de modifications au regard de la sylviculture. Qu'en sera-t-il cette fois-ci ? Je ne maîtrise pas le sujet, je sais que ces terres sont particulières, qu'on y trouvait autrefois des zones humides et des feuillus. Le chêne liège et le chêne vert sont connus pour leur adaptation à ces terrains. 

Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/For%C3%AAt_des_Landes

"La plus grande partie du territoire aujourd'hui occupée par la forêt des Landes était une zone humide habitée et travaillée, voire possédée en commun jusqu'au XIXe siècle par une population d'éleveurs ovins. Les photos des derniers paysans de cette région tel le berger landais perché sur ses échasses, sont témoins de ce mode d'existence, alors viable pour le plus grand nombre : le système agropastoral permettait de nourrir les familles en tirant un profit des terres de la lande, et fut pratiqué jusqu'à l'ensemencement massif des pins. Cet ensemencement signa l'expropriation et la disparition de ces populations, qui se recyclèrent tant bien que mal dans l'industrie du bois et du gemmage (après plusieurs essais infructueux de « valorisation » différente de ces terres pourtant déjà exploitées, c'est finalement au pin maritime, parfaitement adapté à ces régions alors présentées comme des « colonies de l'intérieur », que l'État confiera la tâche de peupler le plateau landais en instaurant des semis en grand nombre, sorte de « grands travaux » de l'époque)[8].

https://fr.wikipedia.org/wiki/Incendie_de_1949_dans_la_for%C3%AAt_des_Landes

 

Bilan 

Le feu de forêt de 1949 est l'incendie le plus meurtrier qu'ait connu la France. Il a fait 82 victimes (des fonctionnaires des Eaux et Forêts encadrant des pompiers, des bénévoles — dont le maire de Saucats, Roger Giraudeau[4] — et 23 militaires du 33e régiment d'artillerie de Poitiers stationnés à Chatellerault)[5]. La commune de Canéjan a perdu plus d'habitants que lors de la Première et la Seconde Guerre mondiale[3].

Au cours de l'année 1949, le massif landais totalise une dévastation par le feu de 131 300 hectares, chiffre record inégalé, au moins jusque 2025. Lors des incendies de 2022, la surface ravagée du même massif atteint 32 000 hectares. Pour mémoire, le massif des Landes totalise environ 1,4 million d'hectares[6].

Besoin-envie-nécessité-impatience

Par Le 01/08/2026

J'avais écrit ça en 2015, il y a plus de dix ans. Je m'en souvenais, je savais que c'était quelque part dans le blog, le classement par années est bien utile.

Dix ans. Je réalise parfois le chemin tracé dans ce blog, tout ce temps marqué par des articles, des traces de mes pensées, de mes centres d'intérêt, mes questionnements, mes colères, mes bonheurs. 

L'inspiration, donc.

Elle me fascine toujours autant. Depuis qu'on est rentré de notre dernière virée en montagne, je n'avais pas ouvert le roman en cours, rien écrit, je n'y ai même pas réfléchi, le jardin-potager occupait mon esprit, la sécheresse, les jeunes arbres, les points d'eau pour les oiseaux et les insectes, les ombrages qu'il faut changer, modifier, arranger, les allers-retours avec mes arrosoirs. 

Et puis, là, aujourd'hui, juste après le repas du soir, j'éprouve soudainement ce besoin-envie-nécessité-impatience à écrire. 

Je relis les dernières lignes écrites il y a quinze jours et tout s'enchaîne. Cinq pages s'écrivent, sans aucune hésitation, comme un texte déjà là et que je dois juste retranscrire.

C'est fascinant. 

 

L'inspiration

 Par Le 08/06/2015 

INSPIRATION : Action par laquelle, l'air entre dans les poumons.

INSPIRATION : Mouvement intérieur, impulsion qui porte à faire, à suggérer ou à conseiller quelque action. Souffle créateur qui anime l'écrivain, l'artiste, le chercheur....

J'aime bien l'idée que l'inspiration artistique soit associée à la notion d'air entrant dans les poumons. La création est un mouvement généré par une énergie extérieure à l'individu. Il ne s'agit pas de fabriquer en soi les éléments nécessaires mais de "s'ouvrir" pour les recevoir et d'apprendre ensuite à les matérialiser par des actes. 

Tous les invisibles

Par Le 31/07/2026

Ceux qu'on voit à peine, les petits, ceux qu'il faut chercher pour les trouver ou tout au moins être vigilants pour ne pas les manquer.

Ceux-là sont dans le potager, ils viennent boire quand on arrose les plantations, quand on remplit les assiettes avec les pierres où ils peuvent se poser, ils viennent à l'ombre, ils se reposent, je connais certaines de leurs cachettes, je sais où je peux les voir, parfois, un mur, un tas de tuiles, le lierre, une haie, le tronc du saule pleureur, celui qui doit être centenaire, incroyable tout ce qui vit là.

Ils chassent aussi.

On est heureux de savoir qu'ils ont un refuge en ces temps de canicule et de sécheresse.

Et je pense aux millions d'entre eux qui meurent dans les incendies. On voit des images de chevreuils et de biches, les grands animaux qui tentent de s'enfuir. Mais les autres, les petits, les invisibles, ils sont condamnés.

Je veux planter une forêt entière avant de mourir, une petite forêt préservée, un mélange de tout, avec un bassin, une mare, des cachettes pour tous ceux qu'on ne voit pas.

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Avec un temps de retard...

Par Le 30/07/2026

Depuis plus de trois semaines que les gens en parlent sur les réseaux sociaux, les "décideurs" ont enfin réagi...C'est bien aussi que des "forces de l'ordre" se retrouvent auprès des pompiers. Ils hésiteront peut-être à leur taper dessus la prochaine fois qu'ils demanderont des moyens supplémentaires. On n'oublie pas...

Des camions lanceurs d'eau de la police nationale désormais engagés contre l'incendie en Gironde

 

Utilisés traditionnellement lors des manifestations, ces engins auront pour mission de protéger des sites sensibles et d'attaquer la lisière du feu, depuis les routes praticables.

Article rédigé par franceinfo

France Télévisions

Publié le 30/07/2026 14:48 Mis à jour le 30/07/2026 14:51

Temps de lecture : 2min Plusieurs camions lanceurs d'eau des CRS sont arrivés en Gironde pour prêter assistance aux pompiers. (POLICE NATIONALE)

Plusieurs camions lanceurs d'eau des CRS sont arrivés en Gironde pour prêter assistance aux pompiers. (POLICE NATIONALE)

Et maintenant, des camions de la police nationale contre les flammes. Sept engins lanceurs d'eau sont mobilisés contre l'incendie en Gironde, a annoncé le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, jeudi 30 juillet. "Ce sont des moyens employés traditionnellement pour la gestion des manifestations qui ont été mis à disposition", a-t-il déclaré devant la presse. Ils auront pour mission de "protéger des sites sensibles" ou "d'attaquer la lisière du feu", à "partir de voies carrossables". Cela faisait plusieurs jours que cette option était évoquée, alors que le traitement des lisières de l'incendie mobilise d'importants moyens (feux tactiques, déboisement, etc.).

Plusieurs véhicules lanceurs d'eau des CRS ont été envoyés en Gironde pour sécuriser des bâtiments sensibles potentiellement menacés par les flammes. (CRS UN1TE)

Plusieurs véhicules lanceurs d'eau des CRS ont été envoyés en Gironde pour sécuriser des bâtiments sensibles potentiellement menacés par les flammes. (CRS UN1TE)

Les premiers camions sont arrivés de Bordeaux et Rennes (CRS 14 et CRS 9) durant la soirée, avant d'être rejoints durant la nuit par des véhicules venus de Lyon (CRS 45), explique à franceinfo Fabien Compayrot, secrétaire régional du syndicat Alliance CRS. Ils sont déployés à Saint-Médard-en-Jalles, près du feu en cours au camp militaire de Souge, et se tiennent prêts pour épauler les pompiers en bordure de route, si les flammes devaient se propager vers la Direction générale de l'armement. "Il ne s'agit pas de véhicules tout-terrain, et ils ne pourront pas partir en forêt ou sur des zones sableuses", avertit toutefois le syndicaliste.

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La mission actuelle de ces véhicules est de protéger les bâtiments sensibles, précise à franceinfo la police nationale. "Ils sont donc plutôt en statique, avec le réservoir plein, et ils sont prêts à arroser si le feu devait arriver." A ce stade, aucun autre renfort supplémentaire n'est prévu concernant ces lanceurs d'eau.

Une possible réserve pour les véhicules de pompiers

Ces véhicules ont une capacité de 6 000 litres ou 10 000 litres, selon les modèles. En fonction des situations, ils peuvent tirer des jets d'eau directs ou pulvériser le liquide depuis les lances. Si besoin, ces véhicules pourront également se brancher aux bornes incendie pour alimenter les véhicules de pompiers, depuis leurs réserves. "Nous sommes là comme une assistance, en renfort des pompiers, précise Fabien Compayrot. Ce sont eux qui décideront et nous, on s'adaptera." A 14 heures, jeudi, les camions des CRS n'avaient pas encore été sollicités par le commandement des sapeurs-pompiers.

"Cela faisait plusieurs jours que nous réclamions à la Direction générale de la sécurité civile le déploiement de ces lanceurs d'eau", explique à franceinfo Olivier Cappe, secrétaire national CRS Un1té, "car on trouvait dommage que des agriculteurs et de simples citoyens viennent en aide aux pompiers avec de simples tuyaux, alors que nous avions du matériel au garage." Le syndicaliste explique que ces véhicules ont "pour vocation de travailler en deuxième ou en troisième ligne" et qu'ils permettront peut-être de soulager un peu les pompiers, dans une phase critique où la fatigue commence à gagner. Olivier Cappe évoque également d'autres pistes, comme celle des motopompes, des moteurs reliés à de longs tuyaux aux bornes à incendie, qui peuvent également arroser. Ou l'acheminement de camions cuisines autonomes, pour venir en aide aux sinistrés.

Plusieurs véhicules lanceurs d'eau des CRS ont été envoyés en Gironde pour sécuriser des bâtiments sensibles potentiellement menacés par les flammes. (CRS UN1TE)

Plusieurs véhicules lanceurs d'eau des CRS ont été envoyés en Gironde pour sécuriser des bâtiments sensibles potentiellement menacés par les flammes. (CRS UN1TE)

Au total, une cinquantaine de CRS sont venus prêter main-forte dans le secteur. "Les collègues étaient demandeurs de cette mission, avec vraiment le sentiment de se sentir utile", constate Fabien Compayrot. A ce stade, il est encore trop tôt pour savoir combien de temps va durer l'opération. La police nationale n'est pas la seule composante à avoir engagé ses véhicules. La gendarmerie nationale avait déjà déployé dix blindés Centaure, afin d'appuyer les secours, et les militaires du génie civil avaient dépêché d'importants moyens aériens ainsi que des bulldozers pour élargir des pistes forestières et créer des pare-feu.

L'ombrage, le paillage, l'arrosage.

Par Le 30/07/2026

Voilà ce qui nous guide dans notre "travail" quotidien sur le terrain.

L'ombrage, le paillage, l'arrosage.

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Mathieu Foudral

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Le changement climatique nous oblige à repenser même nos gestes les plus quotidiens, et l’arrosage s’est bien intégré dans le nôtre ces dernières semaines !

Voici comment optimiser cette étape désormais indispensable, en qualité comme en quantité, pour favoriser des systèmes racinaires profonds et autonomes.

Quantité avant tout : le bassinage

L’idée phare est d’arroser les racines et pas le sol. L’arrosage superficiel oblige le système racinaire à pousser en surface et il perd toute robustesse en cas de sécheresse (ou de vacances du jardinier). Je privilégie toujours des arrosages longs et abondants plutôt que des apports quotidiens superficiels. L’objectif ? saturer le sol en eau. Le meilleur réservoir d’eau est DANS le sol, pas dans les cuves ni les tuyaux. J’attends alors (c’est long) jusqu’à ce que la terre n’arrive plus à boire : l’excédent s’infiltre et se stocke alors en profondeur. Les racines s’y développeront alors naturellement et puiseront dans la réserve utile, plutôt que de rester vers la surface brûlante. L’arrosage devient plus long mais n’est plus quotidien car la réserve utile peut rester plusieurs jours (surtout si paillage+ombrage).

Le goutte-à-goutte induit un chemin préférentiel de l’eau et limite donc la surface de réserve utile dans le sol, préférer les tuyaux microporeux, quand c’est possible.

Qualité : adaptée au cycle physiologique du végétal

L’observation est indispensable et arroser uniformément n’a pas de sens car les différents stades n’ont pas les mêmes besoins :

Plantes en phase végétative : jeunes pousses fraîches et tendres. J’arrose abondamment pour maintenir la pousse, même en cas de canicule. Si le cycle repart au végétatif, ça va être lent, voire trop tard pour repartir en croissance.

Plantes en repos physiologique : feuilles vert foncé et dures. Je peux modérer mes apports et les limiter à la survie car elles sont beaucoup moins fragiles.

Timing optimal

Le soir est le pire moment : amplitude thermique importante entre l'eau d'arrosage, souvent froide (issue du réseau), et un sol surchauffé. Une bonne partie de l’eau va s’évaporer en formant de plus des conditions idéales pour les maladies fongiques (coucou mildiou).

« L’eau appelle l’eau », un adage à inscrire partout : un sol déjà humide sera plus apte à accueillir l’arrosage, une pluie ou un bon vieil orage cévenol des familles car le VRAI BON moment pour arroser : c’est avant la pluie !

Paillage, mais est-ce encore nécessaire de le mentionner ? « Sol nu, sol foutu », surtout avec les UV qu’il y a en ce moment, vous stérilisez littéralement votre sol, tout en créant une autoroute pour l’évaporation de l’eau du sol. « Sol couvert, sol prospère » : paillage vivant, mulch divers, tout est bon.

L’ombrage : encore exotique et « novateur » il y a dix ans, est devenu une urgence absolue désormais. Elle fera l’objet d’un prochain post (je suis toujours trop long).

Mathieu Foudral

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L'étymologie du mot crise en grec, crisis, signifie : nécessité de discerner et de faire un choix. Et cette cata climatique à défaut d’autre chose nous offre un regard sur nos choix pour demain.

La problématique actuelle n’est pas que le manque d’eau : chaleur, effet sèche-cheveux et brûlures du soleil. Et, pour un sujet encore exotique il y a une dizaine d’année, l’ombrage devient non une « innovation » ou un sujet de discussion, mais une absolue nécessité. Plusieurs possibilités d'ombrage, pour ce post je me contenterais de parler de l’étage clairement grand vainqueur de l’été : les lianes.

Cette année c’est une révélation : tout crève, les lianes restent vertes et poussent. Petit topo sur ce qui me semble LA stratégie pour ce climat de l’enfer qui nous attend.

Pour cela une stratégie gagnante et rapide est d’utiliser les plantes grimpantes pour apporter rapidement protection pour les autres végétaux.

Pourquoi ce super-pouvoir ?

Une facilité à optimiser les ressources en eau :

- la rosée (via des feuilles légèrement pubescentes chez certaines vignes par exemple),

- la condensation ( lierre et clématite),

- l’absorption foliaire : la passiflore peut absorber jusqu’à 30% de ses besoin en eau par les feuilles (études de l’INRAE, 2020).

⛱️ L’effet parapluie limite

- l’évaporation du sol (jusqu’à 40% d’économie d’eau vs. plantes au sol, source : FAO, 2021)

- le stress thermique : le couvert végétal (grimpantes, arbres, arbustes) réduit la température de surface de 10 à 27°C, avec un moyen de -18°C (étude de l’INRA PACA en 2024)

- La dessiccation par le vent (jusqu’à 30% de perte d’eau en plus sans protection, source : Météo France, 2022).

Physiologiquement, elles peuvent se rapprocher des plantes du désert, par leur :

- feuilles : souvent épaisses avec une large cuticule, parfois cireuses. Pour la vigne, c’est une réduction de 30% de la transpiration vs. feuilles tendres. Certaines les perdent rapidement en cas de sécheresse (stratégie « dormante »), c’est le cas de la bignone. Chez les passiflores, les stomates sont ouverts seulement la nuit pour limiter les pertes la journée.

- tiges : certaines stockent l’eau dans les tiges (kiwi, akebia)

- d’autres dans des rhizomes (glycine tubéreuse).

️ Contre un mur, l’effet "cheminée" pour l’air chaud :

Les grimpantes sur treillis ou murs créent une circulation d’air qui évacue la chaleur. Ex : une clématite sur un mur en pierre réduit la température du mur de 10°C en 2 heures (étude thermique, 2024).

Pourquoi les grimpantes sont la 1ère solution pour adapter nos systèmes au monde de demain ?

- Elles poussent vite : la glycine tubéreuse peut couvrir 100m² en 6 mois, la vigne pousser de 2 à 5 m/an, etc.

- elles sont adaptées à la canicule et la sècheresse,

- il leur suffit d'un support, simple et rapide : grillage, filets, pergolas, murs,

- une majorité sont comestibles

- elles sont un havre pour la biodiversité.

Le temps de l'adaptation est là et nous n'avons pas les moyens de rater le train !