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Marc-André Selosse : l'impasse agricole
Par
Thierry LEDRU
Le 16/07/2026
INTERVIEW. « On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas » : Marc-André Selosse alerte sur l'impasse agricole
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Météo : Vigilance orange Nouvelle fenêtre
Publié le16/07/2026 à 06h10
Temps de lecture : 5 min
Alors que les vagues de chaleur mettent à genoux les exploitations françaises, le biologiste Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, oscille entre compassion pour les agriculteurs et colère face à un désastre annoncé. Pour ce spécialiste des sols et de la biodiversité, les crises agricole, climatique et écologique n'en font plus qu'une.
Des outils simples pour agir à votre échelle sur le climat Découvrir les solutions
Professeur au Muséum national d'histoire naturelle, biologiste reconnu pour ses travaux sur les sols et la biodiversité, Marc-André Selosse estime que les crises agricole, climatique et écologique ne font désormais plus qu'une. Alors que les canicules fragilisent les exploitations françaises, il juge que les difficultés actuelles étaient largement prévisibles et que les solutions existent déjà. À condition, dit-il, d'accepter enfin d'écouter la science.
France 3 Occitanie : Le monde agricole traverse une nouvelle crise avec cette canicule. Quel regard portez-vous sur la situation ?
Marc-André Selosse : Aujourd'hui, l'agriculture subit plusieurs crises en même temps. Il y a la chaleur et le manque d'eau, bien sûr, mais aussi la hausse du prix des engrais, qui dépend directement du gaz. Ces difficultés arrivent dans un secteur où les revenus étaient déjà dramatiquement faibles : près de 43 % des agriculteurs ne gagnent même pas le SMIC alors qu'ils travaillent bien davantage que quarante heures par semaine.
Je suis profondément touché par cette situation, parce que j'ai toujours essayé de mettre la biologie au service de l'agriculture. Mais si je fais un pas de côté, il faut aussi dire une chose : cette catastrophe était annoncée. Les changements climatiques, les tensions sur les ressources, tout cela avait été décrit par la science. Le drame, c'est que ceux qui souffrent aujourd'hui sont aussi les victimes d'un monde qui n'a pas voulu écouter ce que la science disait depuis des décennies.
À lire aussi : INTERVIEW. Canicule, scandales sanitaires, féminicides : un sociologue dévoile "la machine à catastrophes" qui nous empêche d'agir
France 3 Occitanie : Vous avez le sentiment que les politiques persistent dans les mauvaises réponses ?
Marc-André Selosse : Oui. Regardez les retenues d'eau. Creuser des trous pour stocker de l'eau, c'est un peu comme les autruches qui mettent la tête dans le sable lorsqu'il y a un problème. Cela peut répondre à une partie de la question, mais quid de la température ? Le vrai sujet est ailleurs. Il faut remettre de la matière organique dans les sols pour qu'ils retiennent davantage d'eau. Il faut restaurer leur vie biologique. Il faut aussi adapter les cultures. Je suis désolé de le dire, mais dans certains territoires le maïs n'a plus sa place. Peut-être faudra-t-il du sorgho, peut-être d'autres cultures. Ce n'est pas de l'idéologie. C'est simplement la réalité climatique. Si nous avions commencé cette transition plus tôt, nous n'en serions probablement pas là.
À lire aussi : Changement climatique. La culture du sorgho moins gourmande en eau fait son chemin
France 3 Occitanie : La crise est aussi celle de la biodiversité ?
Marc-André Selosse : Oui, et c'est même une partie de la solution. Deux pratiques agricoles détruisent massivement le vivant : le labour intensif et les pesticides. Nous le savons parce que des agriculteurs expérimentent autre chose. Ceux qui abandonnent le labour voient la biomasse des sols augmenter d'environ 20 %. En agriculture biologique, on retrouve environ 50 % de biomasse supplémentaire et près de 30 % d'espèces en plus. Autrement dit, nous avons déjà la démonstration que d'autres modèles fonctionnent.
France 3 Occitanie : Pourquoi la biodiversité est-elle si importante pour les agriculteurs ?
Marc-André Selosse : Parce qu'elle travaille gratuitement. Quand les pesticides ou le labour détruisent les organismes du sol, ils détruisent aussi des champignons microscopiques qui aident les racines à se nourrir. Sans eux, il faut davantage d'engrais. Ils détruisent aussi des pollinisateurs. Aujourd'hui, selon les estimations, entre 30 et 50 % des productions agricoles sont limitées par leur disparition. Dans certaines cultures, comme le cassis, la présence d'osmies peut multiplier les rendements.
Prenons aussi les chauves-souris. Aux États-Unis, leur disparition a conduit à augmenter d'environ 30 % l'utilisation des pesticides dans certaines régions. Autrement dit, on paie pour remplacer un travail que la nature faisait gratuitement. Cette hausse des pesticides s'est même accompagnée d'une augmentation de la mortalité infantile. Tout cela raconte la même histoire : chaque fois que nous détruisons la biodiversité, nous augmentons le coût de notre agriculture. La biodiversité n'est pas un supplément d'âme. C'est un capital économique.
France 3 Occitanie : Vous paraissez partagé entre compassion et colère.
Marc-André Selosse : Je suis partagé entre l'envie de pleurer parce que je vois la souffrance des agriculteurs et l'envie de pleurer parce que cette situation était prévisible. Nous disposons de solutions. Elles existent dans les fermes de démonstration de l'Inrae, dans l'agriculture biologique, dans l'agriculture de régénération des sols. Elles montrent qu'il est possible de réduire les intrants tout en restaurant les sols. Pourquoi continue-t-on alors à défendre des modèles dont nous savons qu'ils aggravent les problèmes ?
France 3 Occitanie : Les nouvelles techniques génomiques (NTG) sont souvent présentées comme une réponse au changement climatique. Vous n'y croyez pas ?
Marc-André Selosse : Pour moi, les NTG sont des OGM. La première embrouille consiste à changer de nom pour faire oublier l'histoire des OGM. La seconde est de supprimer l'étiquetage. Le citoyen ne saura plus ce qu'il achète. Je trouve cela profondément anormal. On nous avait promis que les OGM réduiraient les pesticides et qu'ils régleraient la faim dans le monde. Or les pays qui les utilisent massivement montrent exactement l'inverse. La faim n'a pas disparu. Les pesticides non plus. Certaines plantes résistantes aux herbicides ont même conduit à en utiliser davantage. Ces semences coûtent aussi plus cher et concentrent le marché entre quelques grands groupes. Ce n'est ni une solution écologique ni une solution économique pour les agriculteurs.
France 3 Occitanie : Le climat est-il désormais un sujet politique plus que scientifique ? Christophe Cassou disait récemment qu'il fallait « politiser » cette crise. Partagez-vous son analyse ?
Marc-André Selosse : Oui, complètement. Mais il faut comprendre le mot « politiser » dans son sens premier, celui de la polis, de la cité. Ces questions concernent toute la société. Moi, je serais très heureux de passer mes journées à identifier des champignons. Si je parle aujourd'hui des pesticides, des sols ou du climat, ce n'est pas parce que cela m'amuse. C'est parce que ces connaissances sont utiles aux citoyens.
Si la société ne s'en empare pas, si les responsables politiques ne prennent pas leurs responsabilités, alors mon travail ne sert à rien. Les impôts qui financent la recherche ne servent à rien. Nous savons déjà ce qui se passe. Nous savons déjà ce qu'il faudrait faire. La question n'est plus scientifique. Elle est devenue profondément politique.
Par
Thierry LEDRU
Le 12/07/2026
On a laissé le bassin se remplir pendant six jours et pendant ce temps, on a arrosé avec le réseau. Sinon, tout serait mort. On a un bouleau qui a plus de vingt ans, il a jauni en une semaine. Les jeunes arbres n'ont aucune chance sans un arrosage régulier.
J'ai fait 82 kilomètres cette semaine avec mes arrosoirs.
Le bassin s'est de nouveau suffisamment rempli pour qu'on puisse se passer du réseau.
Sans les ombrages au-dessus du potager et les ombrages au-dessus des jeunes arbres, tout serait mort.
Je suis en contact avec plusieurs adeptes de permaculture et tous disent la même chose. Aujourd'hui, toute culture en plein soleil est condamnée, qu'il s'agisse de potager ou de jeunes arbres fruitiers.
On rêve tous de sentir enfin ce pétrichor.

Source: DR
L’odeur que vous sentez après la pluie ne vient pas de la pluie : elle était là bien avant que la première goutte ne tombe
par L'équipe Sciencepost 31 mai 2026, 10 h 41 min
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Première goutte. Le sol se fissure à peine sous l’impact et déjà l’air change. Cette odeur de terre mouillée, entre champignon et herbe froissée, surgit avec une précision presque chirurgicale. Tout le monde la connaît, quasi personne ne sait ce qu’elle est vraiment. La réponse est dans le sol, pas dans le ciel : cette odeur était là bien avant la pluie.
À retenir
Les bactéries du sol produisent l’odeur bien avant l’arrivée de la pluie
Notre nez détecte la géosmine à des concentrations impossibles pour la plupart des laboratoires
Ce signal olfactif a 500 millions d’années : c’est un système de communication entre espèces souterraines
Sommaire
Une chimie silencieuse qui travaille sous nos pieds
Le mécanisme : le sol se met en route avant même l’averse
Un mot né en 1964, une réalité vieille de 500 millions d’années
Ce que notre nez perçoit, notre cerveau en fait une mémoire
Une chimie silencieuse qui travaille sous nos pieds
Dans un seul gramme de sol, les scientifiques estiment qu’il y aurait entre un et deux milliards de micro-organismes. C’est ce fourmillement invisible qui fabrique, jour après jour, le parfum que l’on croit venir du ciel. Le principal contributeur à cette odeur est une famille de bactéries appelées actinobactéries. Ces micro-organismes se trouvent aussi bien en milieu rural qu’urbain. Leur rôle : décomposer la matière organique morte en composés simples qui deviennent des nutriments pour les plantes. Sous-produit de cette activité, une molécule organique nommée géosmine.
La géosmine est donc la molécule principalement responsable des notes terreuses du pétrichor. Elle est produite par les bactéries Streptomyces et autres actinobactéries vivant dans les sols. Son nom vient du grec, « gê » (terre) et « osmê » (odeur), ce qui en dit long sur l’ancienneté de ce phénomène. Cette odeur est en réalité un exemple de communication chimique vieux de 500 millions d’années, ayant évolué pour aider certaines bactéries à se reproduire. Autant dire que ce n’est pas un accident de la nature : c’est un mécanisme rodé depuis avant l’apparition des premiers dinosaures.
La géosmine est un type d’alcool, comme l’alcool à 90°. Mais là s’arrête la comparaison avec un produit banal. Le nez humain perçoit la géosmine à des concentrations aussi basses que 5 parties par trillion. Cette sensibilité extraordinaire aurait probablement évolué parce que la molécule signale la présence d’eau dans l’environnement. Pour donner une échelle : détecter 5 parties par trillion, c’est repérer une goutte d’encre dans l’équivalent de 20 piscines olympiques. Notre odorat est, sur ce point précis, bien plus performant que la plupart des instruments de laboratoire.
Le mécanisme : le sol se met en route avant même l’averse
Pendant les longues périodes de sécheresse, l’activité de décomposition des actinobactéries ralentit. Juste avant la pluie, l’air devient plus humide et le sol commence à s’humidifier. Ce processus accélère l’activité des bactéries, qui produisent alors davantage de géosmine. le sol « sent » l’orage arriver et s’active en réponse. La pluie, elle, n’est que l’étincelle finale d’un processus déjà bien engagé.
Quand les gouttes tombent sur le sol, surtout sur des surfaces poreuses comme la terre meuble ou le béton rugueux, elles s’éclatent et éjectent de minuscules particules appelées aérosols. La géosmine et les autres composés du pétrichor présents au sol ou dissous dans les gouttes sont libérés sous forme d’aérosol et transportés par le vent. Ces bulles qui s’effondrent projettent dans l’air des gouttelettes ultrafines contenant de la géosmine. De plus, des spores bactériennes et d’autres métabolites. Ce processus, nommé aérosolisation par projection, explique également comment des communautés microbiennes aériennes se forment pendant les orages, reliant chimie atmosphérique et microbiologie terrestre.
Il y a un autre acteur dans cette symphonie olfactive, moins connu : le pétrichor désigne aussi un liquide huileux sécrété par certaines plantes, absorbé par le sol et les roches argileuses pendant les périodes sèches. Après la pluie, cette huile combinée aux composés de sédiments dégage des composés organiques volatils qui, en se combinant avec la géosmine, produisent cette odeur de terre très particulière qui reste peu de temps dans l’atmosphère. Éphémère par nature : si la pluie est trop abondante, elle noie les molécules avant qu’elles atteignent nos narines. C’est précisément la première averse, sur un sol sec, qui donne le résultat le plus intense.
Un mot né en 1964, une réalité vieille de 500 millions d’années
Le terme pétrichor a été forgé en 1964 par Isabel Joy Bear, chimiste, et Roderick G. Thomas, minéralogiste, tous deux Australiens, à partir du grec ancien « pétra » (pierre) et « ikhṓr » (le sang des dieux dans la mythologie grecque). Le sang des dieux distillé dans la terre. Pour une fois, la poésie scientifique n’exagère pas.
Des chercheurs ont identifié que les collemboles, de minuscules animaux vivant dans les sols humides, sont très réactifs à la géosmine. Ces arthropodes sont attirés par les bactéries Streptomyces, qui constituent une excellente source de nourriture. En échange, les collemboles dispersent les spores des Streptomyces. Les deux organismes y gagnent. La géosmine n’est donc pas seulement une odeur : c’est un signal de rendez-vous entre espèces, un langage chimique que la pluie se contente de traduire en parfum perceptible pour nous. Ce phénomène est si particulier et si complexe qu’il n’a jamais pu être synthétisé : cette odeur reste purement naturelle et éphémère.
Ce que notre nez perçoit, notre cerveau en fait une mémoire
Si la pluie est suffisamment forte, le parfum de pétrichor peut se propager rapidement sous le vent et alerter des personnes situées à distance que la pluie est imminente. Un système d’alerte météo gratuit, embarqué dans nos narines depuis des millénaires. Certains chercheurs avancent que les humains apprécient si instinctivement cette odeur parce que nos ancêtres dépendaient de la pluie pour survivre dans des environnements arides : l’eau signifiait la vie, et son signal olfactif annonçait la survie.
La géosmine est également présente dans la betterave rouge, ce qui explique son goût légèrement terreux, et dans le vin contaminé par certaines bactéries, où elle constitue un défaut recherché par les dégustateurs. Ce composé organique d’origine microbienne est aussi un marqueur de contamination de l’eau potable par des micro-algues. La même molécule qui enchante au bord d’un sentier peut alerter un ingénieur d’une station de traitement des eaux. Tout est affaire de contexte, et de concentration. La prochaine fois que la pluie arrive, ce que vous respirez, c’est la signature chimique de milliards de bactéries qui travaillaient en silence depuis des semaines, attendant patiemment leur instant de visibilité.
Sources : radiolac.ch | slate.fr
Rédigé par L'équipe Sciencepost
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Par
Thierry LEDRU
Le 12/07/2026
J'ai entendu une personne témoin des incendies dans les Pyrénées orientales dire que les blindés lanceurs à eau de l'état auraient pu intervenir pour protéger les habitations. Il ne s'agissait pas d'entrer dans les forêts comme le font les pompiers mais d'agir sur les lisières des routes en protégeant les habitations. C'est un usage déjà pratiqué en Allemagne.
Les agriculteurs qui arrosent avec leur citernes à eau ne sont pas pompiers et pourtant ils montent au front.
Les blindés à eau, j'imagine qu'on en trouve dans les grandes zones urbaines, ça doit pouvoir se poser sur des poids-lourds de l'armée pour être acheminés rapidement...Bref, la France a des blindés à eau pour les manifestations mais pas pour les incendies...Ils vont peut-être les faire défiler pour le 14 juillet...

https://www.leparisien.fr/faits-divers/manifestations-on-trouve-de-tout-dans-les-canons-a-eau-23-09-2018-7899438.php
Un véhicule lanceur d’eau utilisé lors d’un entraînement de CRS aux techniques de maintien de l'ordre sur un terrain militaire au Camp des garrigues, près de Nîmes. LP/Yann Foreix
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Laissés au garage pendant longtemps, les engins lanceurs d'eau (ELE), couramment appelé « canons à eau », ont refait leur apparition, en France, depuis dix ans. Lorsque la manifestation dérape, ce sont eux que l'on retrouve en première ligne. « C'est vraiment efficace », témoigne un CRS major de la section des moyens spécialisés de Chassieu (Rhône).
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Ces canons pulvérisent différents liquides. De l'eau, bien sûr, mais aussi plus généralement des émulsifs. Soit le même liquide mousseux que celui employé par les pompiers, qui peut être coupé avec différents additifs, ajoutés directement dans la citerne.
Le plus courant pourrait être un gaz lacrymogène, mais de récents problèmes techniques en ont limité l'usage. Le 1er mai, à Paris, c'est une mousse très spéciale qui a été utilisée. Le canon projetait ainsi « des protéines de viande macérées, mélange de sang séché et d'os broyés », à l'odeur pestilentielle. « Les manifestants ont été réellement surpris, commente un opérateur. Ils ne savaient pas de quoi il s'agissait. »

À l’intérieur du cockpit d’un ELE, un policier est au volant du véhicule, un autre est aux commandes du canon. /LP/Yann Foreix LP/Yann Foreix
À terme devraient également être mis en œuvre des PMC, des produits de marquages codés, comme l'indique une touche spécifique dans le « cockpit » des engins. Inodores et invisibles, ils peuvent rester jusqu'à trois semaines sur la peau, beaucoup plus sur les vêtements, et ainsi matérialiser la présence d'un individu dans une manifestation. « Il suffit d'un éclairage ultraviolet pour les mettre en évidence, décrypte un spécialiste. C'est possible y compris depuis un hélicoptère. »
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Canal Saint-Martin : un agent d'entretien jette des déchets à l'eau
Le 26 juin 2026
Alors qu'il avait été évoqué une possible expérimentation discrète le 1er mai, alors que les CRS faisaient face à plus d'un millier de Black Blocs, une analyse en laboratoire d'échantillons de liquides projetés, diligentée par le site Taranisnews, a montré qu'ils n'en contenaient pas. Pour cette fois.
Par
Thierry LEDRU
Le 12/07/2026
Figueras est un indien, priche des Kogis.
Il apparaît dans le tome 1, "les héros sont tous morts".
Il est celui qui observe. Il ne prend pas partie, il n'intervient pas, il assiste.
La seule chose qui lui importe, c'est la protection de la nature, pas celle de l'humanité.
LES HEROS SONT TOUS MORTS : Figueras, un personnage majeur
TERRE SANS HOMMES
CHAPITRE 32
Figueras avait vu les deux immenses cheminées, comme des fûts de canons gigantesques tournés vers le ciel, comme deux bouches béantes et l’usine à leurs pieds, il avait lu déjà un article sur ces constructions, une revue qu’un passager avait abandonné dans le train, l’utilisation de l’énergie des atomes, il n’en avait pas compris la technologie mais il savait qu’un nuage émanant des constructions ne pouvait qu’être empoisonné, rien ne sortait des cheminées mais des bâtiments avaient été déchiquetés, démembrés, éviscérés et les émanations qui fusaient de ce corps éventré tuaient la vie, toute la vie, il ressentait le conflit entre les molécules irradiées et l’air pur, un combat dont l’issue ne pouvait être favorable et ne pouvait être stoppé. C’était de ses technologies que les petits frères dominaient jusqu’à ce qu’elles leur échappent et qu’ils restent démunis. Il ne savait pas où cela avait eu lieu mais le problème dépassait totalement l’espace concerné. Les nuages n’ont pas de frontières.
Il avait songé la nuit précédente à cet échange avec un prêtre catholique, l’homme était monté dans le train, il s’était assis face à lui, il voulait parler aux populations locales, sa robe noire, la croix qu’il portait bien en évidence sur son torse et ce livre qu’il avait sorti de son sac, un livre épais, serti de cuir. « C’est la Bible », avait-il annoncé et il avait tenu à lui en lire quelques extraits, à lui expliquer la parole de Dieu, le sacrifice de Jésus, une histoire qui parlait des hommes comme de l’espèce suprême et Figueras n’avait rien contesté, il avait écouté. Le prêtre avait tenu à lui donner une feuille sur laquelle était écrit un message, « c’est la genèse, expliqua-t-il, ce que les hommes sont et ce que Dieu leur a demandé de réaliser. »
Figueras n’avait jamais oublié.
« Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. »
Et là Figueras avait compris que les petits frères seraient les poisons de la vie sur Terre.
"Bonne canicule à toutes celles et ceux..."
Par
Thierry LEDRU
Le 11/07/2026
Il arrivera un jour, malheureusement trop tard, où effectivement, les peuples, nous et tous les autres, partout sur la planète, prendront conscience que nous avons été trompés, que nous avons été bercés d'illusions, que les mécanismes économiques auxquels nous avons adhéré nous ont conduit dans une impasse. Il se pourrait effectivement que ces peuples, nous et tous les autres, partout sur la planète, décident de demander des comptes mais comme il sera bien trop tard pour sauver les meubles, il restera toujours la possibilité de les pendre haut et court.
Un texte de Eric LENOIR
À toutes celles et ceux qui, depuis des années, freinent les engagements sociétaux qui auraient permis de limiter le réchauffement climatique global
À toutes les crevures qui entretiennent la désinformation depuis des décennies, tournent en ridicule scientifiques et lanceurs d’alerte
À tous les responsables politiques qui ont empêché et ralentissent encore l’adaptation à cet enfer, qui ont rejeté les solutions connues depuis des années pour que les classes populaires puissent continuer de vivre à peu près normalement
À tous les abrutis qui votent pour eux en connaissance de cause ou se gargarisent de leurs émissions ou chaînes vidéos
À toutes les personnes qui, au lieu de prendre leur part de responsabilité, se cachent derrière des arguments tels « les chinois font pire »
À toutes les râclures qui ont empêché et continuent d’empêcher le déploiement à temps de l’agroécologie pour que les productions agricoles puissent continuer de nourrir nos territoires sans les assécher
À celles et ceux qui agitent des leurres en permanence pour attirer les regards loin des vrais problèmes
À toutes et tous ces irresponsables égoïstes et couards qui favorisent la finance et la guerre plutôt que l’élan collectif pour rendre nos territoires et nos foyers plus habitables dans ce contexte intenable, prévu depuis plus de cinquante ans, mais d’autant pire et brutal qu’on a retardé ce qui pouvait le freiner,
À celles et ceux qui taxent d’escrolos ou d’écoterroristes celles et ceux qui tentent de les protéger de ça,
Je souhaite une bonne canicule.
Puisse-t-elle vous faire morfler, souffrir dans vos chairs et vos esprits, vous affamer et vous assoiffer au même titre que toutes les personnes qui la subissent à cause de vous, sans votre confort.
Soyez maudit.e.s. et jugé.e.s
L’Histoire se souviendra de vous. Et le peuple vous demandera des comptes avant longtemps.
Sécheresse et rendements agricoles
Par
Thierry LEDRU
Le 11/07/2026
Si vous tapez cet intitulé dans un moteur de recherche, vous verrez que sur les dix dernières années, les articles se sont multipliés.
Ceux émanant des ministères sont essentiellement orientés sur les dédommagements pour les exploitants... Le court terme. Par contre, on peut lire des articles issus du monde agricole lui-même et qui au fil du temps commencent à évoquer des "adaptations" sur le long terme, l'agroforesterie en premier lieu... On avance, on avance...En sachant que ces préconisations ont commencé à émerger dans les années 1980 chez les scientifiques... C'est bien cela qui est consternant. Que de temps perdu...
Changement climatique et agriculture : quels impacts et quelles adaptations ?
Le mardi 9 septembre 2025
Résultats scientifiques & techniques
Canicules, sécheresses, gels tardifs, ravageurs en hausse : le changement climatique bouleverse déjà les productions agricoles. Ses conséquences se traduisent par une baisse des rendements et, dans certains scénarios, par une perte de terres cultivables. Quelles sont les menaces concrètes et comment l’agriculture peut-elle s’adapter ?

Des bouleversements climatiques déjà visibles dans les champs
Le changement climatique impacte fortement les productions agricoles à travers des phénomènes extrêmes comme les canicules, les sécheresses, les gels tardifs, la salinisation ou encore l’augmentation des ravageurs et maladies. Selon le GIEC, jusqu’à 30 % des terres agricoles mondiales pourraient devenir inadaptées d’ici 2100, et la production globale de céréales a déjà reculé de près de 10 % entre 1981 et 2010.
L’évaluation de l’impact se fait grâce à des indicateurs climatiques (températures moyennes et extrêmes, pluviométrie, durée des sécheresses, déficit hydrique, rayonnement solaire), mais aussi à des indicateurs agro-climatiques et phéno-climatiques. Ces derniers croisent les variables climatiques avec les stades sensibles des cultures : nombre de jours où la température dépasse 25 °C durant la croissance des céréales, humidité du sol au moment de la floraison, ou encore vulnérabilité des élevages aux vagues de chaleur. Ces données permettent de cerner la vulnérabilité des systèmes de production, mais aussi d’identifier certaines opportunités locales, comme la possibilité de réaliser des doubles cultures dans des régions qui auparavant ne le permettaient pas.
Réinventer les pratiques agricoles face aux aléas
L’adaptation passe à la fois par la réduction des émissions et par l’évolution des pratiques agricoles. L’agriculture étant responsable d’environ 20 % des émissions de gaz à effet de serre, des leviers comme l’intégration de légumineuses dans les rotations, l’usage accru d’engrais organiques, le développement de la méthanisation ou l’agroforesterie contribuent à limiter l’impact climatique tout en favorisant le stockage de carbone dans les sols.
Parallèlement, les systèmes de production doivent être réorganisés pour faire face aux nouvelles conditions. Le choix d’espèces ou de variétés plus résistantes à la chaleur, à la sécheresse et au stress hydrique devient central. La diversification des cultures et l’allongement des rotations offrent une réponse aux risques sanitaires et économiques. Les calendriers de semis et de récolte évoluent également afin de mieux coller aux réalités climatiques. Dans le même temps, la gestion de l’eau doit être optimisée, qu’il s’agisse d’irrigation de précision, de collecte des eaux pluviales ou de paillage pour réduire l’évaporation. Les démarches agroécologiques et l’agroforesterie renforcent aussi la résilience en introduisant des haies ou des arbres qui protègent les cultures, stockent du carbone et soutiennent la biodiversité. Enfin, les outils d’aide à la décision, comme Climadiag ou AgriClim, offrent aux agriculteurs une meilleure anticipation des aléas climatiques à l’échelle locale.
Vers une agriculture plus résiliente mais incertaine
L’adaptation au changement climatique repose donc sur un ensemble de leviers qui combinent des mesures techniques à court terme et une transformation structurelle plus profonde vers des systèmes agroécologiques. Si ces approches offrent des pistes solides pour renforcer la résilience des exploitations, leur efficacité face à l’accélération du changement climatique reste entourée d’incertitudes. La sécurité alimentaire mondiale dépendra de la capacité des filières à mettre en œuvre ces stratégies dans les prochaines décennies, en conciliant atténuation, adaptation et maintien de la productivité agricole.
Concepts clés et définitions : #Changement climatique
Par
Thierry LEDRU
Le 11/07/2026
En complément de l'article précédent et pour bien montrer que nous, ici en France, nous ne devons pas nous croire à l'abri.
« Vol d’eau » dans le Marais poitevin : des sabotages au profit de l’agro-industrie ?

Deux barrages du Marais poitevin ont été ouverts en pleine nuit au cœur d’une sécheresse historique. Fragilisant écosystèmes et activité économique, ces actes de sabotage auraient profité aux grandes exploitations céréalières du marais desséché.
Arçais (Deux-Sèvres), reportage
Dimanche 28 juin, 1 h 30 du matin : un agent de l’Institution interdépartementale du bassin de la Sèvre niortaise (IIBSN), alerté par l’effondrement du niveau d’eau dans un canal du Marais poitevin, se rend sur le barrage du Poissonnet, à Arçais (Deux-Sèvres). Armoire électrique fracturée, vannes grandes ouvertes… En moins de deux heures, l’ouvrage a laissé filer 100 millions de litres d’eau, abaissant le niveau d’eau des canaux de 8 centimètres. Trois jours plus tôt, c’était le barrage de La Rabatière à La Ronde, quelques kilomètres en aval, qui s’était ouvert — sans effraction cette fois-ci.
Au total, 300 000 m3 d’eau auraient été transférés du Marais mouillé vers le Marais sec, l’équivalent de la moitié de la mégabassine de Sainte-Soline. L’IIBSN ainsi que le Syndicat des Marais mouillés des Deux-Sèvres (propriétaire des barrages) ont porté plainte pour vandalisme. De l’avis des acteurs du dossier interrogés par Reporterre, le motif de ces sabotages ne fait pratiquement aucun doute : il s’agirait d’un vol d’eau au cœur d’un épisode de sécheresse historique.
Une fuite d’eau qui profiterait aux grandes exploitations céréalières
Cette hypothèse s’appuie sur le fonctionnement complexe de l’eau dans le Marais poitevin. Le bassin de la Sèvre niortaise a été aménagé en escalier pour descendre à petits pas les 10 mètres d’altitude qui séparent Niort et l’océan. À chaque étage — nommé bief —, les barrages maintiennent un niveau d’eau déterminé pour alimenter les écosystèmes et les activités humaines (principalement l’agriculture et la batellerie).

Le barrage du Poissonnet, à Arçais, dans le Marais poitevin. Capture d’écran/Siemp/EPMP
Or les deux barrages ouverts ces dernières semaines se situent sur le bief des Bourdettes, la « frontière » entre le très touristique et arboré Marais mouillé et le Marais desséché étalant ses plaines de maïs, colza et autres tournesols jusqu’à la côte. En attendant qu’une éventuelle enquête désigne des responsables, tous les observateurs semblent s’accorder sur le fait que l’eau transférée par ces sabotages a directement bénéficié aux exploitations céréalières vendéennes.
« Je suis désespéré de voir des individus vider une partie du Marais pour en remplir une autre : c’est illusoire ! »
Dans le bief en amont des barrages, les conséquences se sont immédiatement fait sentir. « J’ai été contacté dès lundi matin par des éleveurs : leurs bêtes ne trouvaient plus d’eau à boire dans les fossés, se remémore consterné Dominique Giret, directeur technique pour le Parc naturel régional du Marais poitevin. Je suis désespéré de voir des individus vider une partie du Marais pour en remplir une autre : c’est illusoire ! »
Au port d’Arçais, les bateliers ont trouvé leurs barques à fond plat la proue dans la vase : « Un peu d’eau a été relâchée pour remonter les niveaux mais nous allons en manquer toute la saison, déplore Maxence, chef de quai à l’embarcadère Au Martin pêcheur, pas étonné pour autant. Nous sommes le dernier rempart du Marais mouillé avant le Marais desséché : il y avait déjà eu des sabotages dans le coin. »

Sabotage au niveau de l’embarcadère d’Arçais. Le 3 juillet 2026, on voyait encore les traces de l’eau ayant reculé. © Sylvain Lapoix / Reporterre
« Une guerre pour l’eau dans le marais »
Dans la nuit du 30 au 31 juillet 2022, le barrage de la Cheintre-Cornue également situé à Arçais, avait déjà fait l’objet d’une ouverture irrégulière, faisant perdre 4 à 6 cm d’eau à l’amont. Déjà, l’IIBSN avait porté plainte, sans qu’aucune suite n’y soit apportée à notre connaissance.
« Il y a toujours eu une guerre pour l’eau entre le marais sec et le marais mouillé avec ce genre de sabotage, relativise Jean-Jacques Guillet, militant de Bassines non merci et ancien maire de la commune voisine d’Amuré. La seule différence, c’est qu’avec les niveaux informatisés, on s’en rend compte immédiatement. »
Contactés par Reporterre, les représentants de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire et productiviste, ne préfèrent pas s’exprimer : « Personne n’est au courant », nous assure le président de la branche de Charente-Maritime. « Une enquête est en cours, les élus n’ont pas de commentaire », répond-on côté Vendée.
D’autres victimes de ce conflit restent silencieuses : peupliers noueux, nuées d’odonates, libellules solitaires, poissons et batraciens nourrissant les oiseaux qui nichent aux alentours (cigognes, hérons cendrés et hérons pourprés)… « Dans ces écosystèmes fragiles, chaque centimètre d’eau compte », insiste Dominique Giret. Contactée par Reporterre, l’association Nature Environnement 17 a annoncé déposer plainte auprès du pôle régional environnemental du parquet de La Rochelle.
"La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ?"
Par
Thierry LEDRU
Le 11/07/2026
Il ne s'agit pas de rester focalisé sur les événements en cours, aussi dramatiques qu'ils soient, mais de se projeter plus loin. Quelles seront les conséquences des sécheresses à répétitions dans les années à venir ? Se croire à l'abri parce que la France est considérée comme un pays tempéré serait une grave erreur. Premièrement parce que toutes les études le montrent, nous sommes directement concernés et deuxièmement parce que les situations catastrophiques d'un nombre toujours plus grands de pays contribuera à cet exode massif que de nombreux chercheurs entrevoient. Qui donc aurait l'ignominie de juger néfastes les tentatives de survie de populations qui ne peuvent plus rester là où elles sont nées et qui viennent chercher refuge dans un pays censé plus vivable ? Pas moi en tout cas. D'autant plus qu'un grand nombre de pays touchés aujourd'hui par des sécheresses sans fin ne font absolument pas partie des pays les plus pollueurs de la planète. Il y a là une injustice effroyable.
Ici, dans "l'Ardèche verte", certains cours d'eau sont à l'arrêt. Il ne reste plus que des mares qui ne sont plus reliées entre elles. Les poissons qui y sont piégés sont condamnés et toute la faune aquatique avec. Mais les champs de maïs sont arrosés tous les jours. Les céréaliers pompent dans des lacs artificiels qui leur sont dédiés. Les cours d'eau ont été captés ou déviés pour passer dans ces lacs et bien évidemment, pendant la pousse du maïs, les vannes de rejet sont fermées. Rien n'alimente les cours d'eau en aval. A qui est destiné ce maïs ? Au bétail. Rien que ça suffit à faire de moi un humain qui ne mange pas d'animaux.
L'eau n'est plus réellement et pleinement un bien commun. Mais il faut que chacun choisisse à quel monde il veut participer.
La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ?
14.12.2023, par
Temps de lecture : 17 minutes

Le Tage à sec dans la région de Guadalajara, en Espagne.
Manu Reino/SOPA via ZUMA Wire
Avec le changement climatique, un tiers de la population mondiale devrait se retrouver confrontée à la raréfaction de la ressource en eau. Cela ne va pas sans susciter des tensions croissantes, à l’international comme à l’échelle locale, et interroge la façon dont nous gérons et utilisons la ressource en eau.
Début octobre 2023, le président français Emmanuel Macron était en visite d’État de deux jours en Suisse, avec à son agenda une négociation d’un genre particulier : le chef d’État venait demander très officiellement d’augmenter le débit du Rhône, dont le « robinet » se trouve en Suisse et est contrôlé par le barrage du Seujet, en plein cœur de Genève. « Le débit du Rhône est un sujet extrêmement sensible, car une bonne partie de la chaîne hydronucléaire de la France en dépend », explique Stéphane Ghiotti, géographe au laboratoire Acteurs, ressources et territoires dans le développement1 de Montpellier. Outre le transport fluvial, l’irrigation des cultures et l’alimentation en eau potable de grandes villes comme Lyon, la France a en effet besoin de l’eau du Rhône pour refroidir ses quatre centrales nucléaires présentes le long du fleuve et alimenter une vingtaine de centrales hydroélectriques… et ce alors que le niveau du Rhône baisse de manière préoccupante, notamment durant la période estivale.
Plus de précipitations, mais pas partout
Le réchauffement du climat planétaire dû aux activités humaines rebat en effet complètement les cartes de la distribution mondiale de la ressource en eau. « Le réchauffement global accélère le cycle de l’eau, explique Bertrand Decharme, hydrologue et modélisateur au Centre national de recherches météorologiques2, à Toulouse. Il y a plus d’évaporation, donc plus de précipitations à l’échelle mondiale, mais celles-ci ne se répartissent pas de manière homogène. » Résultat : selon les dernières projections, un tiers de la population mondiale devrait voir (et voit déjà) sa ressource en eau diminuer de façon drastique dans les décennies qui viennent. « C’est le cas de tout le pourtour méditerranéen, de l’ouest des États-Unis, de l’Afrique australe ou encore de l’Australie, explique le chercheur. À l’inverse, d’autres régions devraient voir leurs précipitations annuelles moyennes augmenter, comme par exemple le nord de l’Europe – pays scandinaves, Pologne, Ukraine, etc. –, le Canada et l’Alaska, toute la Sibérie et une partie du sud de l’Asie. »

Modélisation des précipitations dans le monde à l'horizon 2070-2100. En bleu les régions qui vont voir la ressource en eau augmenter, en jaune celles qui vont la voir diminuer.
Maya Costantini et. al, Projected Climate-Driven Changes of Water Table Depth in the World's Major Groundwater Basins, 2023
Le paradoxe, c’est que les régions du monde qui vont voir leurs ressources en eau augmenter sont celles qui en ont déjà en abondance, et que les régions où la diminution sera la plus forte sont celles où il existe déjà de forts besoins, notamment pour le secteur agricole.
Le cas de la France est plus difficile à trancher, le pays se trouvant dans la zone de transition entre deux zones aux évolutions diamétralement opposées : le nord de l’Europe et la région méditerranéenne. Si les scientifiques prévoient, et constatent déjà, que la ressource en eau va significativement diminuer dans la partie sud du pays, ils ont plus de mal à modéliser ce qu’il va se passer au nord de la Seine. « Le paradoxe, c’est que les régions du monde qui vont voir leurs ressources en eau augmenter sont pour beaucoup celles qui en ont déjà en abondance, et que les régions où la diminution sera la plus forte sont celles où il existe déjà de forts besoins, notamment pour le secteur agricole », poursuit Bertrand Decharme. Ce n’est pas le seul : car même les régions où les précipitations devraient augmenter en moyenne annuelle doivent se préparer à faire face à une irrégularité de la ressource, du fait d’une plus grande amplitude saisonnière, avec des hivers plus arrosés et des sécheresses plus sévères l’été.
Conséquence de ces bouleversements : « les instances internationales, et notamment celles chargées de la sécurité et de la défense, estiment que l’eau va devenir la première source de conflits sur la planète », explique la juriste Nathalie Hervé-Fournereau, spécialiste en droit de l’environnement à l’Institut de l’Ouest : Droit et Europe3, à Rennes. Et ce, d’autant que 40 % des ressources en eau sont transfrontalières, qu’il s’agisse des nappes phréatiques comme la nappe alluviale du Rhin, plus grande nappe phréatique d’Europe à cheval entre la France et l’Allemagne, ou des 250 bassins hydrographiques partagés par plusieurs pays : Rhône, Rhin, Danube, Nil, Mékong, etc. Entre l’Espagne et le Portugal, c’est aujourd’hui autour du Tage que le torchon brûle, les associations écologistes portugaises accusant les Espagnols de trop puiser dans le fleuve coulant de l’Espagne vers le Portugal pour l’irrigation de la vaste zone agricole située tout au sud de l’Andalousie. « Ils remettent en cause la convention d’Albufeira, signée il y a 25 ans entre les deux pays et qui à l’époque prévoyait un transfert des eaux du fleuve vers le sud de l’Espagne », raconte Nathalie Hervé-Fournereau.

En Espagne, l'eau du Tage a été en partie détournée pour irriguer les cultures en Andalousie, tout au sud du pays.
JOSE JORDAN / AFP
Vol d’icebergs
Les fleuves sont loin d’être le seul sujet de frictions. Plus proches des pôles, c’est la propriété des icebergs qui est source de débats. Ainsi, des tensions entre le Canada et le Groenland (région autonome du Danemark) sont apparues autour des blocs d’eau gelée qui se détachent de la calotte glaciaire groenlandaise et dérivent jusque dans les eaux canadiennes. « Le Canada a autorisé l’exploitation de ces icebergs pour fabriquer de l’eau douce, notamment, mais le Groenland a contesté cette utilisation au motif que c’est une ressource naturelle lui appartenant », détaille la juriste. À l’autre bout du globe, c’est la ville du Cap, en Afrique du Sud, qui envisageait très sérieusement en 2018 de remorquer jusqu’à la côte un petit iceberg détaché de la calotte glaciaire antarctique pour fournir en eau potable sa population.
Un sommet exceptionnel sur l’eau organisé par l’ONU en mars 2023 a pris acte des tensions croissantes et appelé les États à davantage de coopération sur la question.
« Il y a un vrai flou juridique autour de la qualification de ces plateformes glaciaires, commente Nathalie Hervé-Fournereau. De quoi parle-t-on exactement ? Car ces objets bougent, circulent… Une chose est sûre : avec 100 000 icebergs qui fondent en mer chaque année, selon le décompte de l’Organisation des Nations unies (ONU), la question de leur statut va continuer de se poser – même si le coût de leur remorquage et de leur exploitation reste à ce jour prohibitif et limite de facto les initiatives. »
L’ensemencement des nuages, destiné à les faire éclater au-dessus des zones agricoles qui le nécessitent, est une autre source de tension potentielle. Et ce, alors que les projets de géo-ingénierie se multiplient en Amérique, au Moyen-Orient ou encore en Chine, où la centaine de programmes actuellement en développement ne laisse pas d’inquiéter les voisins du géant asiatique. « En France, l’ensemencement avec des particules d’iodure d’argent est utilisé dans une vingtaine de départements pour neutraliser les nuages de grêle », précise la juriste. Si l’efficacité de la technique imaginée dès les années 1960 reste à évaluer scientifiquement, elle pose d’ores et déjà la question : À qui appartiennent les nuages ?

Ensemencement de nuages par l'armée de l'air en Malaisie.
SADIQ ASYRAF / AFP
Problème : à ce jour, aucune organisation internationale n’est en charge de réguler la question de l’eau, pas plus que de l’environnement. Un sommet exceptionnel sur l’eau organisé par l’ONU en mars 2023 a pris acte des tensions croissantes et appelé les États à davantage de coopération sur la question… « Mais sur la question de l’eau, les États sont jaloux de leurs prérogatives et peu enclins à revenir sur leur souveraineté », souligne la juriste.
Mais le sujet de l’eau dépasse de loin le cadre des relations internationales. À l’échelle plus locale, la raréfaction de la ressource, ou à tout le moins son irrégularité dans le temps et dans l’espace, embrase le débat public et soulève la question de son partage. Ainsi, les tensions nées autour des projets de mégabassines dans l’ouest de la France – des bassines alimentées par le pompage dans les nappes phréatiques durant la période hivernale, afin d’irriguer les cultures durant la période estivale – posent avec une acuité nouvelle la question des usages dans l’Hexagone.
Quantité et qualité en baisse
« Pendant des décennies, en France comme dans de nombreux pays développés, on a pensé que la ressource en eau était inépuisable. On a puisé dedans sans se poser de questions », raconte Gilles Pinay, écologue et biogéochimiste au laboratoire Environnement, ville et société4, à Lyon. Des interventions majeures sur le cycle de l’eau ont été opérées, à tous les niveaux. « Nos sociétés ont bouleversé le cycle de l’eau sans attendre le changement climatique et sont devenues extrêmement dépendantes de cette ressource en eau, confirme Florence Habets, hydroclimatologue au Laboratoire de géologie de l’École normale supérieure5, à Paris. Pour répondre aux besoins croissants des secteurs industriel et agricole, notamment, on a détourné des masses d’eau considérables, via la construction de barrages, de dérivations en tout genre… Au point qu’aujourd’hui, la moitié des débits des fleuves de la planète sont dérivés et en partie consommés par les humains, et que les volumes d’eau stockés sont quatre fois plus importants que la quantité de neige qui tombe chaque année. »
Nos sociétés ont bouleversé le cycle de l’eau sans attendre le changement climatique et sont devenues extrêmement dépendantes de cette ressource.
Des actions bien souvent irréversibles, comme les modifications opérées dès les années 1950-1960 sur le cours de la Durance, l’un des affluents du Rhône. Des barrages comme celui de Serre-Ponçon (Hautes-Alpes), la construction d’innombrables canaux d’irrigation et la déviation de la Durance vers l’étang de Berre, en toute fin de course, ont bouleversé le fonctionnement de ce cours d’eau qui, désormais, ne vient quasiment plus grossir le débit du Rhône. « La Durance est une rivière dont la particularité aujourd’hui est que son débit diminue de l’amont vers l’aval – normalement, c’est l’inverse qui se produit ! », commente Florence Habets.
La Durance n’est pas un cas isolé. En plus des interventions sur les fleuves – barrages, réservoirs en tout genre destinés à sécuriser la filière hydronucléaire de la France… –, de nombreuses rivières ont été « rectifiées » pour accompagner la modernisation du secteur agricole. « Avec l’intensification de l’agriculture, on a agrandi les parcelles, ce qui a impliqué de modifier le trajet des rivières, décrit Florence Habets. Dans les zones humides de l’ouest de la France, les champs ont été drainés afin que les tracteurs puissent passer et que les plantes ne soient pas saturées en eau, au moyen de tuyaux enterrés à plusieurs dizaines de centimètres de profondeur. Pour évacuer toute cette eau, les rivières ont été approfondies, ce qui a eu pour dommage collatéral de faire diminuer le niveau des nappes phréatiques… »

Construit sur la Durance, le barrage de Serre-Ponçon, dans le sud-est de la France, fait partie des nombreux aménagements qui ont totalement modifié le fonctionnement de ce cours d'eau qui, désormais, ne vient quasiment plus grossir le débit du Rhône.
Thibaut Durand / Hans Lucas via AFP
« Nos sociétés n’ont pas arrêté d’accélérer la circulation de l’eau et de l’évacuer, l’évacuer…, constate la scientifique. Et aujourd’hui, ce que l’on a fait se révèle extrêmement néfaste pour notre adaptation au changement climatique. » Sans compter la dégradation de la qualité des eaux de surface et souterraines, qui a notamment pour effet d’entraîner la fermeture à ce jour d’environ 25 % des points de captage d’eau potable depuis 1980 dans l’Hexagone, réduisant un peu plus la quantité d’eau réellement disponible.
Débat sur les usages
Conséquence : le débat sur les usages – qui, de l’industrie, de l’agriculture ou de la production d’eau potable, a les besoins les plus légitimes –, commence à virer à l’orage. « Les grandes masses d’eau prélevées en France sont connues dans les grandes lignes. Il est globalement admis que 32 milliards de mètres cubes sont prélevés annuellement dans les eaux de surface et souterraines, avance Stéphane Ghiotti. Sur ce total, les prélèvements industriels représenteraient 8 %, les usages agricoles 9 %, l’alimentation des voies de navigation 16 %, la production d’eau potable 17 % et le refroidissement des centrales nucléaires et thermiques 50 %. » Mais ces chiffres n’ont de valeur qu’indicative, selon le géographe, tant il est difficile d’estimer les quantités réelles d’eau ponctionnées – ainsi, une grande partie des prélèvements pour l’irrigation agricole sont individuels, c’est-à-dire sans contrôle ou basés sur la seule déclaration. De plus, ils ne donnent qu’une vision incomplète des usages.
Quand on voit les niveaux des nappes phréatiques baisser et de plus en plus de cours d’eau asséchés l’été, il est clair que nos pratiques ont un impact et qu’il faut les revoir.
Car la réalité, lorsqu’il s’agit de l’eau, s’avère d’une redoutable complexité. Ainsi, les prélèvements ne sont pas tous de même nature : la plupart de l’eau utilisée par le secteur industriel (pour refroidir, nettoyer, etc.) finit par revenir dans le cycle local de l’eau, de même que l’eau potable qui, une fois utilisée, est traitée et rejetée dans les cours d’eau… sans préjuger de sa qualité. Tandis que l’eau prélevée par le secteur agricole pour irriguer est consommée en quasi-totalité par la plante ou évaporée et ne revient pas dans les sols, les nappes ou les cours d’eau.
Résultat : « Si l’on regarde uniquement les volumes d’eau consommés, c’est-à-dire l’eau qui ne retourne pas dans les écosystèmes, les proportions changent, précise Stéphane Ghiotti. Sur les 4,1 milliards de mètres cubes consommés en France annuellement, 57 % sont en effet de l’eau agricole, utilisée pour l’irrigation – une pratique en plein essor depuis les années 1980 et l’expansion de la culture du maïs sur le territoire français, sur des sols et/ou dans des régions pas toujours adaptés à cette plante. Le reste se partage entre l’eau potable (26 %), le refroidissement des centrales nucléaires (12 %) et l’industrie (5 %). »

L’eau prélevée par le secteur agricole pour irriguer est consommée en quasi-totalité par la plante ou évaporée et ne revient pas dans les sols, les nappes ou les cours d’eau.
Laurent GRANDGUILLOT/REA
Raisonner sur des bilans globaux et entrer dans une bataille d’interprétation des chiffres trouve rapidement ses limites, pour l’écologue Gilles Pinay. D’autant que les contextes sont extrêmement variables d’une région de France à l’autre. Une chose est sûre : « Quand on voit les niveaux des nappes phréatiques baisser et de plus en plus de cours d’eau asséchés l’été, il est clair que nos pratiques ont un impact et qu’il faut les revoir », assène le scientifique. Les revoir, mais comment ? Et en priorisant quels usages ? En d’autres termes : à qui appartient l’eau, dans notre pays ?
Partager l'eau
« En France, le principe, c’est que l’eau est la chose commune. Une chose qui n’appartient à personne et dont l’usage est commun à tous. Cette approche patrimoniale, inscrite dans le Code civil, empêche l’appropriation de la ressource, précise Nathalie Hervé-Fournereau. Seules exceptions : l’eau de pluie et les sources situées sur des propriétés privées. » Depuis la loi sur l’eau de 1964, l’eau est gérée à l’échelle des grands bassins hydrographiques – Adour-Garonne, Seine-Normandie, Rhin-Meuse… – par des établissements publics (les agences de l’eau) réunissant l’ensemble des acteurs : élus locaux, industriels, agriculteurs, associations d’usagers. « Ces agences que d’aucuns à une époque ont appelé les “parlements de l’eau” sont censées assurer un partage équitable de la ressource en eau et hiérarchiser ses usages », explique la juriste.
Dans le cas des mégabassines en projet en Poitou-Charentes, dont le financement est assuré à 80 % par de l’argent public, l’agence de l’eau Loire-Bretagne a d’ailleurs demandé un moratoire sur l’édification de ces ouvrages destinés à l’usage d’un petit nombre d’agriculteurs – un avis à l’époque outrepassé par les préfets des départements concernés, dont certaines des autorisations font aujourd’hui l’objet de recours devant la justice administrative française6.
Les solutions techniques évoquées pour pallier la raréfaction de la ressource, telles que les bassines ou l’emploi controversé des eaux usées pour l’irrigation, ne peuvent être que des solutions ponctuelles et ne nous dispenseront pas d’un nécessaire débat démocratique.
Les instances européennes se retrouvent aussi régulièrement sollicitées sur la question de l’eau. « De nombreuses associations environnementales portent les litiges devant les institutions européennes en s’appuyant sur les directives comme la directive-cadre sur l’eau (DCE), un cadre juridique majeur mis en place au niveau européen au début des années 2000 pour restaurer le bon état écologique des masses d’eau », précise Nathalie Hervé-Fournereau. C’est le cas de l’association Eaux et rivières de Bretagne, en lutte contre les pollutions diffuses issues du secteur agro-alimentaire, nitrates en tête. « La question de l’eau est d’ordre politique et social, et doit être démocratiquement envisagée, considère Stéphane Ghiotti. Les solutions techniques évoquées pour pallier la raréfaction de la ressource, telles que les bassines mais aussi le dessalement de l’eau de mer ou l’emploi controversé des eaux usées pour l’irrigation7, ne peuvent être que des solutions ponctuelles et ne nous dispenseront pas d’un nécessaire débat démocratique. »

Des manifestants protestent contre la construction de la première mégabassine française à Mauzé-sur-le-Mignon, dans le Marais poitevin, en 2022.
PHILIPPE LOPEZ / AFP
Au-delà des seuls usages humains, la raréfaction de la ressource en eau demande à réfléchir d’urgence au partage équitable de celle-ci avec les non-humains. « Les écosystèmes dépendent directement de l’eau des sols, des nappes et des rivières, rappelle Nathalie Hervé-Fournereau. Il est intéressant de noter que ce sont d’ailleurs leurs besoins que la directive-cadre sur l’eau cite en priorité, avant l’eau potable ou les besoins agricoles. » La juriste invite à s’inspirer des exemples internationaux pour faire évoluer le droit à l’eau « vers un cadre moins anthropocentré et individualiste » : en Amérique latine et en Nouvelle-Zélande, certains fleuves se sont vu attribuer une personnalité juridique, tandis qu’en Espagne, avec la Loi Mar Menor de 2022, c’est désormais une lagune d’eau salée qui bénéficie de cette protection. L’eau, un bien commun aux humains comme aux non-humains. ♦
A lire sur notre site
« Les mégabassines ne résoudront pas la crise de l’eau » (point de vue par Vincent Bretagnolle, écologue)
L'hydraulique, une histoire vieille de 9000 ans (entretien avec Louise Purdue, géoarchéologue)
Notes
1. Unité CNRS/Cirad/Université Paul Valery Montpellier/Université Perpignan Via Domitia.
2. Unité CNRS/Météo-France.
3. Unité CNRS/Université de Rennes.
4. Unité CNRS/École nationale des travaux publics d’État/ENS Lyon/Ensa Lyon/Université Jean Monnet/Université Lumière/Université Jean Moulin.
5. 5. Unité CNRS/ENS-PSL.
6. Le tribunal administratif de Poitiers a annulé mardi 3 octobre 2023 deux projets de mégabassines représentant quinze ouvrages au total. Des projets « surdimensionnés », qui ne tiennent « pas compte des effets prévisibles du changement climatique », selon la juridiction.
7. Parmi les réserves à l’égard de l’utilisation des eaux « grises » pour l’irrigation, leur forte concentration en polluants. Bien que traitées, les eaux usées comportent encore de nombreuses substances chimiques telles que les médicaments et d’autres molécules de synthèse. Des polluants qui jusqu’à présent se diluaient dans les rivières où ils étaient rejetés.