« Là-Haut »
« L'Amour et la Nature sont les ciseleurs talentueux
du diamant qui brille en chacun de nous."




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NOVEMBRE 2009
Je suis marié, nous avons trois enfants (jeunes adultes aujourd'hui), je suis instituteur depuis mes 19 ans. Je vis en Savoie.
J'ai passé un BAC litté/philo et je suis tout de suite entré à l'école Normale. À l'époque je vivais en Bretagne mais j'étais passionné par l'escalade et l'alpinisme et je voulais aller vivre dans les Alpes.
Mes deux dernières années de lycée, j'ai eu la chance immense d'avoir un prof de Français et une prof de philo extraordinaires. J'adorais lire et écrire et peu à peu ils m'ont permis d'avoir avec eux une relation privilégiée, des échanges extrêmement enrichissants, non seulement d'un point de vue cognitif mais surtout sur le plan humain.
Hugo, Zola, Gide, Giono, Flaubert, Malraux, Camus, Sartre, Saint-Exupéry, Lanza del Vasto, Koestler, Conrad, Steinbeck, Heminghway, Freud, Merleau-Ponty, Descartes, Kant, Rousseau, Platon, Marc-Aurèle, Sénèque, London, tout ce qu'ils m'ont fait connaître et tout ce que j'ai découvert.
Krishnamurti, Ouspensky, Gurdjieff, Vivekananda, Desjardins, Gandhi, Sri Aurobindo, Prajnanpad, Thoreau ...
Je lisais comme un mort de faim ! La bibliothèque du lycée, celle du village, les livres que je lisais dans les librairies sans pouvoir tous les acheter.
J'écrivais des nouvelles, des exposés, des devoirs imposés, ils les lisaient, les critiquaient, ils m'encourageaient parfois. Ils disaient tous les deux qu'un jour je serai édité. Qu'il fallait travailler. La force des mots qui s'ancrent et résistent, contre vents et marées, contre le temps qui passe.
À seize ans, mon frère qui en avait dix-neuf a eu un accident de voiture. Cliniquement mort. J'ai passé trois mois dans sa chambre d'hôpital. Jours et nuits à ses côtés. Il en est sorti. Marqué à vie. Moi aussi...
À vingt-quatre ans, j'ai été opéré d'une première hernie discale. Opération ratée. Fin de mes rêves d'alpinisme. Dépression lourde. J'aimais toujours écrire alors je me suis lancé dans un roman. Une bouée de secours. Une thérapie aussi mais je ne le comprendrais que bien plus tard.
"VERTIGES".
Une histoire d'alpinisme. Un drame, un homme qui redescend son compagnon sur son dos. Je n'avais pas conscience de la symbolique envers ma propre histoire, comme si les mots s'imposaient, comme si mes écrits se devaient déjà d'être des introspections qui prenaient vie...Je l'ai envoyé à divers éditeurs parisiens. Je ne connaissais rien à ce milieu... Personne n'en a voulu. Quelques réponses impersonnelles. Impossible de connaître les raisons précises de ces refus successifs. Je savais que Bernard Giraudeau adorait l'alpinisme. Je lui ai envoyé un manuscrit. Sa secrétaire m'a appelé quelques semaines plus tard. Il voulait me rencontrer pour une adaptation cinématographique. On s'est vu à Brest. Il m'a dit qu'il avait un gros problème de finances et qu'il me tiendrait au courant. Un tournage en haute montagne coûte très cher. Trois mois plus tard. Sa secrétaire au téléphone. Il avait finalement choisi le roman de Simone Desmaison "la face de l'ogre". Il en a fait un téléfilm.
Pas d'explication, plus aucune nouvelle.
Grosse déprime. J'ai tout rangé dans un placard.
J'ai arrêté d'écrire sérieusement pendant de nombreuses années. Je récupérais lentement sans comprendre tout ce qui se tramait en moi, les douleurs à venir. Je griffonnais quelques scénarios sur des cahiers mais rien de vraiment abouti.
J'ai laissé passer dix ans avant de ressortir "Vertiges" de son tiroir et je l'ai relu. Considérablement honteux d'avoir osé adresser un texte aussi misérable aux éditeurs. J'ai tout recommencé. Et puis j'ai décidé d'attendre dix ans de plus en me disant que le même effet dévastateur aurait lieu. Je devais continuer à lire et si possible à écrire.
Je me suis finalement décidé en 2004. J'ai relu "Vertiges" et j'ai compris ce qui manquait. Ça n'était pas "mon" écriture mais "de" l'écriture. L'histoire était en place, les personnages existaient comme je le voulais, les situations étaient clairement décrites mais il n'y avait rien pour lier l'ensemble. Rien de personnel. C'était comme un orchestre assis mais qui ne jouait pas. Je devais trouver une musique.
J'ai tout réécrit. Une euphorie merveilleuse, comme une mélodie en moi et qui ne cessait de tourner en boucle. Impossible de perdre le fil. J'avais trouvé ma musique.
Le premier éditeur contacté l'a accepté.
"Vertiges" a eu deux prix littéraires régionaux.
Faut-il donc avoir souffert pour savoir écrire? Pour sortir de soi un écrit acceptable, faut-il donc être descendu dans les tréfonds de l'âme?
À partir de là, je me suis lancé à corps perdu (à esprit perdu) dans l'écriture. Elle m'a servi de thérapie. La vie continuait à m'asséner des coups de bélier. Je m'accrochais à mon stylo...Pour ne pas sombrer.
"LÀ-HAUT".
Un guide de haute montagne et sa femme vont au salon du livre de Paris. Attentat dans le RER. Une bombe. Le guide est amputé d'une jambe, sa femme est morte. Expérience de mort approchée. Un basculement absolu.
Mon éditeur n'en a pas voulu. Trop sombre, "une écriture trop exigeante pour le lectorat moyen auquel sa maison s'adressait"... Assez incroyable comme réponse... Incompréhension totale de ma part. Mon premier roman avait eu deux prix, pourquoi refusait-il celui-là, comment pouvait-il juger de l'accueil qui lui serait fait, pourquoi rejeter une écriture "exigeante" comme si les esprits ne pouvaient pas s'atteler à un effort inhabituel?
Finalement, je réalisais que d'avoir été édité ne suffisait pas à m'assurer une continuité. Je repartais à la case départ.
D'autres tentatives. Nouveaux refus.
"Trop spirituel, trop violent, trop sombre, trop compliqué, trop philosophique, trop anticlérical..."
Trop, toujours trop...L'écriture devait-elle donc rester dans un cadre restrictif, bien établi, des frontières précises? Ou bien mon écriture ne valait-elle rien?
Des wagons de questions à longueur de nuit...
"JUSQU'AU BOUT".
Le parcours chaotique d'un instituteur qui finit par enlever ses élèves.
"Très long. Trop long."
Personne n'en a voulu encore une fois. Un éditeur m'a répondu : "Sexe, drogue, meurtre et philosophie, où voulez-vous que je range ça? Et vous vous rendez compte du risque que vous prenez avec une histoire pareille par rapport à votre métier d'instituteur? Et puis, un pavé pareil, personne n'en voudra. Les gens veulent des histoires courtes et faciles à lire."
Incompréhension. Il fallait donc écrire des histoires qui pouvaient être "rangées" dans des catégories précises. Le mélange des genres était mal vu.
Où était la création si le marché imposait ses règles?
À moins, que ça soit encore mal écrit.
Des wagons de questions à longueur de nuit.
Deuxième hernie discale...Trente-cinq ans.
Nouvelle opération...
Nouvelle dépression.
Un autre roman. Toujours pour aller au plus profond, plus profond que tous les scalpels...
"NOIRCEUR DES CIMES".
J'ai travaillé dix mois, tous les jours, toutes les nuits, à chaque instant de liberté sur cette histoire. Une véritable addiction. Quatre amis alpinistes de haut niveau tentent l'ascension du K2, deuxième plus haut sommet de la planète. La femme de l'un d'entre eux les accompagne et reste au camp de base. Rien ne se passe comme prévu.
J'ai envoyé le manuscrit à une maison d'édition qui venait de s'installer dans la région. Il a été retenu. Immense bonheur. Une très belle rencontre avec Sarah Molina, une jeune éditrice portée par un enthousiasme fabuleux. Des articles de presse, une télé régionale, des radios, des invitations dans des salons, dans des bibliothèques, des dédicaces dans des grandes librairies.
Quelques mois plus tard, la maison d'édtion a été contrainte de fermer à la suite d'un désaccord financier avec le distributeur, une histoire qui me montrait combien la tâche d'un éditeur est un engagement risqué, incertain, aléatoire...
Mon frère est mort vingt ans après son accident. Une hémorragie cérébrale. Il vivait seul. La gendarmerie m'a téléphoné parce que mes parents étaient introuvables et qu'ils ne répondaient pas au téléphone. J'ai pris l'avion et j'ai retrouvé mon frère à la morgue. Pendant quatre jours, j'ai prévenu le reste de la famille, organisé la crémation tout en cherchant à contacter mes parents puis j'ai eu l'idée d'un transfert téléphonique. Ils étaient partis avec leur camping-car. Quand ils ont appelé mon frère, c'est moi qui ai répondu pour leur annoncer que Christian était mort.
Je n'imaginais pas alors que cette nouvelle épreuve douloureuse n'était pas la dernière.
Internet m'a mené sur la piste des éditions du 38 et je bénis ce jour. J'ai contacté sa fondatrice et je lui ai envoyé le manuscrit de "Là-Haut".
Elle a décidé de le publier.
"Là-Haut" a été sélectionné pour participer à un prix littéraire décerné par le fond "Handicap et société" qui oeuvre auprès des personnes en situation de handicap. J'ai été invité à Paris, au centre Pompidou, pour assister à la remise du prix mais le roman est arrivé en troisième position. C'était malgré tout une belle soirée, émouvante et de belles rencontres.
Quarante-quatre ans.
Trois hernies discales d'un coup, un effondrement, incompréhension des chirurgiens, un calvaire...Paralysie, morphine...L'odeur de la mort.
Une rencontre inespérée. Une médium magnétiseuse alors que j'avais refusé l'opération chirurgicale.
Quatre heures de ma vie hors du temps; hors de la matière, au-delà du connu.
Trois mois après, je retournais en montagne. Je n'ai jamais arrêté depuis.
Un nouveau roman pour comprendre enfin tout ce que je portais et qui me brisait depuis si longtemps.
"LES ÉGARÉS".
Le récit d’un couple en crise qui s’engage sur un sentier de randonnée mais en démarrant chacun à une extrémité. Ils marchent l’un vers l’autre en espérant se retrouver, renouer deux vies que les douleurs ont alourdies, fissurées, séparées.
Les traumatismes, la mort, les souffrances, les refoulements, les conditionnements, la recherche de l’être intime, hors de tous modèles, l’émergence de l’individu libéré, des expériences mystiques qu’ils ne s’expliquent pas, une quête spirituelle qui va s’amplifier…Un livre pour mon frère, pour ma femme, nos enfants et pour moi.
"JARWAL LE LUTIN"
Ce personnage est venu ensuite me rappeler la promesse faite à nos trois enfants.
Lorsqu'ils étaient jeunes, nous allions très souvent en montagne et j'avais décidé de leur raconter les aventures de ce lutin. Jarwal a vécu avec nous pendant six ans, il était de toutes les sorties, sur tous les sommets. Et puis un jour, il a dit qu'il était temps qu'il reprenne la route, qu'il savait que toutes les leçons de vie étaient inscrites dans la mémoire de mes enfants et qu'il ne les oublierait jamais. C'est là que j'ai promis à Marine, Rémi et Léo, qu'un jour, j'écrirais ces histoires et cette période de notre vie pendant laquelle Jarwal a vécu avec nous.
Le tome 1, 2, 3 et 4 sont finis. D'autres suivront.
Le tome 1 a été publié aux éditions Laura Mare juste avant la fermeture définitive de la maison...Deux mois d'existence pour ce livre...
Je continue l'histoire pour le plaisir. Et pour nos petits-enfants.
"À COEUR OUVERT"
La société CARMAT a mis au point un coeur totalement artificiel pour les greffes. Le travail de toute une vie pour le professeur Carpentier.
Je m'interroge sur les effets psychologiques de cette implantation. "Le coeur a ses raisons que la raison ignore. " Et quand il n'y a plus de coeur d'origine humaine mais une machine, qu'en est-il?
Les effets de cette implantation vont être immenses, à tel point que le personnage ne sait plus qui il est. Jusqu'à découvrir qu'il n'était pas lui-même. Un cheminement existentiel étourdissant.
« J’ai fait un infarctus. J’étais condamné à brève échéance, des dégâts irréversibles. On m’a proposé un cœur artificiel. J’ai accepté et depuis je ne sais pas avec qui j’ai vécu. Non pas les gens autour de moi mais moi, à l’intérieur. »
"KUNDALINI"
Un nouveau roman, une nécessité, comme à chaque fois, l'introspection du couple dans la voie orientale du tantrisme et de la sexualité sacrée.
Maud est une femme mariée, de cinquante-deux ans. Elle est professeur de yoga.
Laurent, son mari, va la quitter. Sans aucun signe précurseur. Une rupture destructrice.
Des mois de détresse, de colère, de remords, d'interrogations sans fin.
Maud décide de s'accorder un séjour dans une région perdue des Alpes. Le besoin de nature et de paix intérieure.
Elle va rencontrer un homme plus jeune qu'elle. Sat. D'origine hindoue, il détient la clé de l'éveil de Maud.
Elle va vivre avec lui une réelle métamorphose.
Au-delà du connu.
Nudité, nature, méditation, massage, alimentation, respect, attention, observation de soi, silence, contemplation, libération, conscience...
Sexualité sacrée vers le couple divin.
Illumination.
Jusqu'à l'ultime révélation...Ce qui est au-delà du connu.
A ce jour, sept romans sont publiés, cinq par les éditions du 38.
MAI 2004
VERTIGES
AVRIL 2007
NOIRCEURS DES CIMES
JANVIER 2016
LÀ-HAUT
OCTOBRE 2018
KUNDALINI
MAI 2019
JUSQU'AU BOUT
MAI 2020
A COEUR OUVERT
FÉVRIER 2025
JARWAL, LE GARDIEN DU LIVRE
À mon sens, il ne faut pas écrire avec un objectif, un espoir, une attente. Il faut écrire juste parce que ça répond à un besoin vital. Une nourriture spirituelle. En sachant que les lois du marché imposeront une réalité qui sera peut-être très douloureuse. Ne pas avoir de projet, ne pas tirer de plans sur la comète, permet de se protéger, de ne pas subir la menace de la désillusion.
Je ne pense absolument pas en terme de catégorie, de style, de marché, d'édition, j'écris comme je le ressens. L’essentiel, à mon sens, est de ne pas se trahir.
Travailler. Quotidiennement. C'est une nécessité. Pour entrer dans son histoire, vivre avec ses personnages, les connaître, s'émouvoir avec eux, les accompagner, le plus beau cadeau étant de rêver d'eux la nuit, de les voir, de les entendre. De ressentir leurs peines et leurs joies.
Pendant l'écriture de "Noirceur des cimes", le personnage principal m'a appelé une nuit, dans un rêve, un appel déchirant, il allait mourir, il fallait que je vienne le sauver. Je me suis levé, j'ai allumé l'ordinateur, je lui ai dit que j'arrivais. Une situation d'urgence. Je n’aurais pas pu l’ignorer.
Un écrivain à qui on demandait un jour si ce qu'il avait écrit était vrai a répondu: "Bien entendu que c'est vrai puisque je l'ai inventé."
Indispensable vie commune. Vivre réellement avec ses personnages jusqu'à ce qu'ils ne soient plus à soi mais à eux-mêmes. Devenir dès lors le simple transcripteur de leurs parcours. "Je" n'écris pas, "ça" écrit en moi. A partir de là, il me semble qu'on peut parler de livres émouvants. Que l'écrivain disparaisse. Ce n'est pas le style qui importe mais la vie qu'on trouve dans le livre. Et la vie ne peut pas être inventée. Si le style l'emporte sur la vie, c'est juste qu'un exercice de style alors que le roman est une forme écrite de la vie.
Je me suis longtemps écouté parler dans mes écrits, par prétention, en pensant que c'était suffisant pour écrire quelque chose d'intéressant. Je n'avais rien compris.
J'écris pour honorer la Vie, pas ma vie. J'écris par respect. Plus par prétention. Le chemin a été long. Mais ça en valait la peine.
"Avant de songer à réformer le monde, à faire des révolutions, à méditer de nouvelles constitutions, à établir un ordre nouveau, descendez dans votre cœur, faites-y régner l'ordre, l'harmonie, la paix. Ensuite seulement, cherchez autour de vous des âmes qui vous ressemblent et passez à l'action."
Platon
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Par
Thierry LEDRU
Le 05/11/2026
Un article qui vient d'un chercheur en sciences humaines et histoire, pas d'une brève de comptoir.
"Marquer au fer rouge toute une génération", Pierre Douillard-Lefèvre, chercheur blessé par la police, décrypte "une terreur d'Etat industrielle"

Lors des manifestations, les policiers utilisent des armes peu létales, comme ici le lanceur de balles de défense • © Jan Schmidt-Whitley/Le Pictorium / MAXPPP
Publié le05/11/2026 à 06h00 Mis à jour le06/11/2026 à 12h56
Temps de lecture : 5 min
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Originaire de Nantes, Pierre Douillard-Lefèvre est chercheur en sciences humaines et en histoire. Touché à l'œil par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) en 2007 lors d'une manifestation, il s'est spécialisé dans les questions des dérives sécuritaires et de la violence d'État. Il nous livre son opinion concernant la réponse des forces de l'ordre aux récentes mobilisations.
Il connaît le sujet sur le bout des doigts, et même jusque dans sa chair. Touché par un tir de LBD lors d'une manifestation à Nantes en 2007, alors qu'il n'a que 16 ans, Pierre Douillard-Lefèvre a choisi de travailler sur les questions de maintien de l'ordre, d'armement de la police, ainsi que sa militarisation.
Personnalité engagée, il a écrit des ouvrages à ce sujet, le dernier en date s'appelant "Maudite soit la guerre : Manuel de résistance antimilitariste".
Depuis le début du mois d'octobre, une partie de la France a choisi de sortir dans la rue pour faire entendre ses revendications. Tout d'abord, par l'intermédiaire des lycéens, puis par différentes strates de la société civile. Une première mobilisation commune s'est déroulée le 17 octobre dernier, avant deux autres les samedis 24 et 31 octobre. Des manifestations lycéennes, puis globales, émaillées de blessures, souvent dans le camp des manifestants.
"Une logique de terreur d'État industrielle"
De son point de vue de chercheur en sciences humaines et en histoire, Pierre Douillard-Lefèvre constate une répression plus que sévère de la part des forces de l'ordre et de l'État.
"Ce à quoi on assiste depuis à peu près un mois, dans le cadre d'un grand mouvement, d'un soulèvement de la jeunesse, c'est une logique de terreur d'État industrielle, assume-t-il. On a un gouvernement qui cherche à marquer au fer rouge toute une génération, avec des violences d'État. Tous les curseurs de l'autoritarisme ont été poussés à leur maximum."
Si les mots sont forts, les chiffres sont parlants. Le chercheur ligérien parle de 10 000 arrestations, dont 8 000 mineurs. "C'est du jamais vu dans l'histoire française, déclare-t-il. Et à ma connaissance, ça n'a pas d'équivalent ni aux États-Unis de Donald Trump, ni dans l'Italie de Giorgia Meloni, ni dans la Hongrie de Viktor Orbán."
À lire aussi : TÉMOIGNAGE. Manifestation du 24 octobre : "J'étais au mauvais endroit au mauvais moment", blessée à la jambe, elle veut porter plainte
Plus que les arrestations, ce qui choque, ce sont les blessés. Dans une enquête publiée sur son site internet, Le Monde revient sur les graves blessures subies par des manifestants. Mâchoire fracturée à Saint-Ouen-l'Aumône, adolescent éborgné à Tours, main arrachée par une grenade à Saint-Étienne… Les exemples en France sont nombreux.
À Nantes, une manifestante est touchée par une grenade, en pleine manifestation, le 24 octobre dernier. Elle sera opérée dans la nuit d'une fracture ouverte du tibia-péronné.
Les "lacrymos", une spécialité à la française ?
Mais un chiffre interpelle le chercheur : "Le ministre de l'Intérieur vient de divulguer hier, dans le cadre d'une commission d'enquête parlementaire, qu'il y avait eu pour la seule journée du 17 octobre, 22 000 grenades lacrymogènes tirées. C'est sans précédent", commente Pierre Douillard Lefèvre.
Comment expliquer l'usage systématique de ce moyen de dissuasion ? En tout cas, cela ne vient pas de chez nos voisins européens. "Il y a des mouvements de la jeunesse actuellement dans toute l'Europe. En Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, on ne voit quasiment pas de tirs de grenades lacrymogènes. C'est quelque chose qui est rarissime."
L'usage de la "lacrymo" est donc devenu une spécialité française. Une utilisation pourtant pas anodine, puisqu'il s'agit d'un gaz chimique, qui peut avoir des conséquences sur la santé. Cela peut "provoquer des œdèmes pulmonaires, des irritations de la peau, mais aussi des blessures assez sérieuses aux yeux", précise le chercheur d'origine nantaise. Cela peut, selon lui, abîmer la cornée ou même devenir un poison létal.
"Il y a de plus en plus de témoignages de femmes, de manifestantes, qui expliquent avoir eu des troubles de leur menstruation, y compris des fausses couches, suite à une exposition intense et prolongée au gaz lacrymogène", explique Pierre Douillard.
C'est ce qu'explique le compte "Lacrymos de sang", un collectif de militants, de chercheurs, de médecins et de sages-femmes sur l'une de ses vidéos consacrées au sujet, dans laquelle intervient une gynécologue.
Une doctrine venue des États-Unis
"La séquence actuelle, malheureusement, elle est exceptionnelle par l'ampleur de la répression et des violences d'État", estime le chercheur en sciences sociales. "Mais elle s'inscrit dans une histoire sur le temps long."
Spécialiste de la question de la violence d'État, particulièrement dans l'utilisation des armes peu létales, Pierre Douillard-Lefèvre remonte l'histoire de cet armement et du processus de militarisation, au milieu des années 90. Une doctrine inspirée du monde anglo-saxon, des États-Unis, et qui prône la tolérance zéro.
Les premiers "flashballs", ancêtres des LBD, arrivent en 1995, quand Claude Guéant est directeur de la police nationale. L'arme est ensuite utilisée dans les quartiers populaires, notamment en 2005 lors des émeutes de quartier, suite à la mort de Zyed et Bouna, électrocutés alors qu'ils essayaient de fuir les forces de police.
Cette logique de militarisation, c'est un processus qui commence il y a une trentaine d'années mais qui n'est malheureusement pas fini.
Pierre Douillard-Lefèvre
Chercheur en sciences sociales et en histoire
"C'est un vrai tournant de doctrine, puisque la police, à partir de ce moment-là, ne va plus repousser une foule collective, elle va frapper un corps individuel, avec une arme à feu et avec une violence extrême", analyse le ligérien. "Depuis quelques années, il y a une profusion de grenades explosives, dites à effet de souffle ou assourdissantes, extrêmement dangereuses, qui arrachent des mains et qui peuvent tuer."
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Pour Pierre Douillard-Lefèvre, cette répression de la part de l'État et des forces de l'ordre, symbolise le passage en force du gouvernement sur tous les sujets : "Faire tenir un système de plus en plus injuste, qui génère de plus en plus de tensions et de colères, ça passe par une militarisation et un durcissement de la répression."
Une violence sans précédent des manifestants ?
Mais quid de la violence des manifestants envers les forces de l'ordre, principal axe de défense de la part du gouvernement ? Pour celui qui vit aujourd'hui à Saint-Nazaire, l'argument de dire que la radicalité sans précédent des manifestations ne tient pas du point de vue historique.
Quand la police tire une grenade dans la bouche d'un enfant, ça c'est une très grave violence.
Pierre Douillard-Lefèvre
Chercheur en sciences sociales et en histoire
Il évoque les manifestations des ouvriers des chantiers navals en 1955 à Nantes, avec l'attaque de la prison et des jets d'explosifs sur les CRS, ou encore les manifestations de Mai 68 durant lesquelles, dans la cité des Ducs, la préfecture est envahie par les manifestants et prend feu.
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"En réalité, l'offensivité des luttes sociales n'a pas augmenté factuellement, précise Pierre Douillard-Lefèvre. D'ailleurs, il n'y a pas plus de policiers grièvement blessés ou tués en maintien de l'ordre. Par contre la violence de la police a augmenté de façon gigantesque et exponentielle ces dernières années."
Pour lui, l'État français a donné carte blanche pour l'utilisation des LBD mais également des grenades explosives. Des armes peu létales, d'abord souvent utilisées dans des espaces très étendus, comme lors des manifestations de Sainte-Soline. Depuis peu, selon le chercheur, elles sont utilisées pour tirer sur des foules compactes dans les rues des grandes villes.
Une preuve de plus selon lui, qu'avec l'utilisation de ces armes peu létales, l'État cherche à faire peur. Voire pire : "Là c'est vraiment un choix de potentiellement tuer des gens."
Par
Thierry LEDRU
Le 04/11/2026
Serait-ce donc que la population américaine se mette à évoluer dans le bon sens ?

Le 3 novembre 2026, au Nouveau-Mexique, Deb Haaland entre une nouvelle fois dans l’histoire américaine.
Elle remporte l’élection au poste de gouverneure.
Et devient la première femme amérindienne à diriger un État américain.
Un symbole immense.
Deb Haaland est membre du peuple Laguna Pueblo, une communauté autochtone du Nouveau-Mexique.
Mais ce n’est pas sa première « première ».
En 2018, elle fait déjà partie des toutes premières femmes amérindiennes élues au Congrès américain.
Puis en 2021, Joe Biden la nomme secrétaire à l’Intérieur.
Là encore, une première.
Jamais auparavant une personne autochtone n’avait dirigé un ministère fédéral aux États-Unis.
Pendant plusieurs années, Deb Haaland travaille notamment sur la gestion des terres publiques, les ressources naturelles et les relations avec les nations tribales.
Puis elle décide de revenir au Nouveau-Mexique.
Cette fois, pour viser le poste de gouverneure.
La campagne est suivie de près.
Et le 3 novembre 2026, le résultat tombe.
Deb Haaland l’emporte.
Plus de deux siècles après la création des États-Unis, une femme amérindienne va donc, pour la première fois, prendre la tête d’un État.
Il aura fallu attendre 136 ans après le massacre de Wounded Knee pour qu'une autochtone amérindienne (tribu des Laguna Pueblo) puisse accéder au poste de Gouverneure d'un état de l'Union (Nouveau Mexique) !
Sur la terre de ses ancêtres !
Par
Thierry LEDRU
Le 02/11/2026

Je participe de temps en temps à des échanges sur des forums de littérature et je lis parfois des messages de personnes qui disent ne pas parvenir à entamer un écrit. Ils ont toute l'histoire en tête mais n'arrivent pas à s'engager ou ne sont jamais satisfaits de ce qu'ils produisent au regard de ce qu'ils portent, intérieurement, de la puissance de l'histoire et de la platitude du rendu dès qu'ils se relisent.
Oui, l'écriture est un travail ardu.
Imaginer qu'on va produire un écrit abouti en quelques semaines ou mois peut se révéler désastreux. Je l'ai déjà dit ici : l'espoir est un poison.
Pour écrire un roman, il faut de la ténacité, de l'abnégation, de la persévérance, accepter des heures qu'on croit perdues alors qu'elles sont des étapes indispensables. A moins de posséder un talent unique. Moi, il faut que je travaille. Je n'ai pas de talent mais de la persévérance.
Là, ce soir, j'ai relu le dernier chapitre écrit, celui sur lequel j'ai passé des dizaines d'heures. Je sentais qu'il manquait quelque chose, une idée incontournable, essentielle, le lien avec la suite et surtout l'éclaircissement. Comme une passerelle pour passer de l'autre côté alors que jusque-là, j'étais arrêté au bord d'un ravin.
Et l'idée a jailli, claire, nette, précise, évidente.
L'évidence qui ne pouvait se révéler parce que je n'avais pas encore assez travaillé. Non pas travailler dans l'idée de l'écriture en elle-même mais dans le ressenti de la personne concernée, Laure Bonpierre. Il fallait que je sois elle.
Sur les cinq tomes, je pense avoir dépassé le seuil des quatre-vingts personnages, hommes, femmes, enfants. Juste pour réaliser combien le vécu intérieur d'un écrivain ne peut pas se limiter à des "techniques" d'écriture. Ce que je reproche bien souvent d'ailleurs aux romans qu'il m'arrive de lire. Je trouve que les stéréotypes, les modèles d'écriture, les cadres, les structures, les canevas, ne sont que des limites à la création.
Je vois passer sur Facebook des propositions commerciales de "stages d'écriture" afin de réussir à être publié. C'est effroyable.
Je ne serai assurément jamais célèbre par mes écrits mais ils seront à moi. Et même s'ils ne sont jamais connus par le grand public, ils m'auront appris la persévérance.
Par
Thierry LEDRU
Le 02/11/2026
"Tournez manège".
Je l'ai écrit ici il y a quelque temps. L'actualité me donne raison. Les crises sociales disparaissent, noyées par le flux, comme si elles ne pouvaient pas résister au courant de l'actualité, par épuisement, parce qu'elles sont entâchées par tous les mouvements violents qui les discréditent, elles lâchent prise et finissent par se déverser dans l'océan de la disparition.
Il n'y a qu'une solution à la contestation : stopper la machine économique, celle que nous entretenons nous-mêmes. Mais pas grand-monde n'en a envie. La désobéissance civique est une idée disparue.
Il y a par contre un élément qui retient mon attention ces derniers jours : Plusieurs gouvernements, dont ceux de la France, du Japon, des États-Unis et du Royaume-Uni, ont lancé des campagnes invitant leurs citoyens à se préparer individuellement à une crise majeure en constituant un kit de survie pour assurer trois jours d'autonomie, reconnaissant la vulnérabilité des infrastructures critiques. Je n'ai jamais vu, aussi loin que je remonte, un tel consensus gouvernemental.
De notre côté, on est prêt, depuis longtemps. Donc, je n'écris plus ici parce que je n'ai rien à dire. Je travaille tous les soirs et une bonne partie des nuits à l'écriture des romans. J'ai entièrement repris le tome 1. J'en suis à la moitié. Au fil de l'écriture des quatre tomes suivants, j'ai réalisé combien il était indispensable que je reprenne ce tome 1 pour semer les graines de ce qui va advenir. Du point de vue de ce que les personnages principaux vont vivre et notamment Laure Bonpierre. Et du point de vue de l'effondrement. Car rien n'arrive par hasard. Tout s'enchaîne dès lors que le premier domino s'écroule.
On est le 2 novembre et les nappes phréatiques sont extrêmement basses. Hier, en rentrant d'une virée de huit jours en montagne, on a découvert des fraises vertes dans le potager.
Que l'humanité parte en vrille m'importe peu en réalité et je n'essaie plus vraiment de comptabiliser les éléments qui valident ce scénario. C'est la nature qui m'importe et c'est par elle, je pense, que le désordre majeur arrivera.
Je retourne écrire. Vingt pages de plus depuis que j'ai repris ce roman.
Je suis content d'avoir trouvé cette musique, elle m'accompagne.
Par
Thierry LEDRU
Le 25/10/2026
Commenter sans relâche ce qui se passe en ce moment dans le pays ne changera rien aux événements eux-mêmes. C'est juste effrayant.
Il reste à lire ce qui en a déjà été dit et parfois, ça remonte à loin.
Bertold BRECHT (1898-1956)
De la république de Weimar et son foisonnement artistique à la jeune République démocratique allemande où il terminera sa vie à la tête du Berliner Ensemble, compagnie et théâtre berlinois qu’il dirige avec sa femme Helene Weigel, en passant par les longues années passées en exil, Bertolt Brecht est un observateur de son temps, à la fois en retrait et engagé, nourri par la pensée marxiste qu’il découvrira au cours des années 1920. Il ne cessera de poser des questions sur la place, la responsabilitié et le pouvoir des individus et du collectif à travers ses textes qu’il modifie et réécrit sans cesse.
Encore plus ancien.
"Il n'est au monde aucun bien qui ne s'accompagne d'un mal à sa mesure." Giacomo Leopardi

Giacomo Leopardi (29 juin 1798 - 14 juin 1837) est un écrivain, poète et philosophe italien. Il est souvent considéré comme l'écrivain italien le plus influent après Dante Alighieri.
Genre : Homme
Nationalité : Italien
Professions : Écrivain, Philosophe, Poète
Date de naissance : 29 juin 1798
Date de décès : 14 juin 1837
Au vu de l'ampleur du mal et de son ancienneté, faudra-t-il donc que nous en passions par une période aussi longue et aussi dévastatrice pour nous en extraire et voir briller le bien ? Si tant est qu'il ne soit pas déjà trop tard.
Je ne prends pas en compte que la violence étatique, ici comme dans d'autres états, ni celle de ceux qui s'en servent pour promouvoir leurs idées nauséabondes mais de la dévastation planétaire engendrée par ce système de pensées qui considère que tout doit être exploité, ressources naturelles et ressources humaines, quels qu'en soient les effets sur le long terme.
Au Brésil, Bolsonaro junior tente de remporter l'élection présidentielle. Trump s'en félicite déjà. Vous imaginez l'avenir de la forêt amazonienne si cela a lieu ?..."Drill, baby, drill, cut, burn, leverage resources."
Pour quelles raisons le peuple brésilien aurait en tête d'élire le fils de celui qui a été condamné à la prison mais "purge" sa peine chez lui ? Les mêmes que partout où ces idées trouvent un écho dans la population qui n'en peut plus du libéralisme qui les a condamnés à voir s'effondrer au fil du temps leurs conditions de vie.
Le terreau le plus efficace de la montée des extrêmes, c'est la colère. Et c'est là que la phrase de Leopardi est terriblement inquiétante.
Par
Thierry LEDRU
Le 22/10/2026
La maison d'édtion qui me dit qu'elle ne publiera pas ma série parce que c'est "trop anxiogène", vraiment, ça ne passe pas comme argument. Soit c'est mal écrit (mais comme les manuscrits n'ont pas été lus, ça ne peut pas être ça), soit il s'agit d'un déni de réalité.
Je disais dans un article précédent qu'au regard de l'évolution des comportements, qu'il s'agisse de ceux de l'état et des forces de l'ordre et de l'autre, ceux des casseurs de tous bords, il arrivera un moment où la population décidera de se défendre elle-même.
On y vient.
"On est obligés, on ne peut pas dépendre de la police" : des commerçants parisiens font le choix de s'armer avant la journée du 24 octobre
Tasers, bombes de défense, matraques... Dans le quartier des Halles, à Paris, des commerçants s'équipent pour protéger leurs établissements, après les violences du week-end des 17 et 18 octobre.
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Article rédigé par franceinfo
Radio France
Publié le 22/10/2026 07:50
Temps de lecture : 2min /2026/10/22/6ad99ee8939f7726070358.jpg)
Un policier se tient derrière un ruban de délimitation dans le quartier des Halles, soumis à un couvre-feu partiel, à Paris, le 20 octobre 2026. (SIMON WOHLFAHRT / AFP)
La mobilisation maximale des forces de l'ordre annoncée par le gouvernement n'a visiblement pas suffi. Les couvre-feux non plus. Dans le centre de Paris, dans le quartier des Halles, des gérants ou propriétaires de boutiques achètent de quoi se défendre. Des petits commerçants surtout, qui se sont sentis abandonnés par la police le week-end précédent. Ils se préparent à défendre eux-mêmes leur commerce, comme Claudie dans son restaurant de bánh mì vietnamiens. Jeudi 22 octobre, cette femme de 37 ans s'est équipée pour rester toute la nuit du samedi suivant, le 24 octobre, à défendre sa boutique en vue de la prochaine journée de mobilisation. Elle s'est équipée d'"un Taser" et d'"une matraque". "Je vais m'inscrire à un club de tir, comme ça, j'aurai le droit de porter une arme", dit-elle.
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Claudie montre sur son téléphone les vidéos du week-end précédent. Jusqu'à deux heures du matin, elle est restée seule à garder son magasin, alors que les pillards tambourinaient à la porte. "Quand ils m'ont vue, se souvient-elle, ils m'ont dit 'sors si tu oses, la pute chinoise !' Ça m'a tellement affolée. Déjà, je ne suis pas chinoise... Malheureusement, je vois la police, toute la journée, prendre des molotov. On ne peut plus dépendre de la police pour nous défendre. Il ne faut compter que sur soi-même. Peut-être que c'est illégal, peut-être que c'est dangereux, mais je n'ai pas le choix."
"On est obligés de le faire, il n'y a aucune pitié"
À 500 mètres de ce commerce, à l'armurerie de la Bourse, la plus vieille de Paris, le patron Yves Gollety montre ses best-sellers du moment : "la bombe de défense" et "des appareils qui envoient deux décharges de gaz." Il a multiplié ses ventes par dix depuis samedi. Ceux qui viennent le voir "sont des commerçants, des restaurateurs, des gens qui ont les bandes de loubards et de barbares qui sont montés dans les immeubles".
"Les gens ont été traumatisés. Il y en a plein qui se sont retrouvés coincés dans leur magasin avec ces bandes de pillards. Et ils ont eu très peur."
Yves Gollety, patron de l'armurerie de la Bourse
sur franceinfo
Philippe, 62 ans, ressort avec un gros sac qui contient une "bombe lacrymogène" et "un pistolet à balles en caoutchouc." C'est le patron du Bouillon, juste en face. "On est obligés de s'armer maintenant. Il n'y a aucune pitié. Les vidéos qu'on a vues, où les gens protègent leur magasin et se ramassent des coups de pied dans la gueule, ce n'est pas possible." Barricader sa vitrine avec des plaques de bois comme les grandes chaînes, c'est trop cher pour lui : samedi, Philippe sera à sa terrasse, assis, à faire le guet, le pistolet à caoutchouc dans son blouson.
"Au nom du maintien de l'ordre"
Par
Thierry LEDRU
Le 21/10/2026
982 628 vues 7 oct. 2026 #manifestation #police #arte
Partout dans le monde, des foules en colère affrontent des forces de l’ordre surarmées. Le journaliste Paul Moreira s’immerge dans des manifestations et interroge des spécialistes pour éclairer les causes de ce glissement répressif.
La partie 2
• Au nom du maintien de l'ordre (2/2) | ARTE
L'interview du réalisateur Paul Moreira
• Au nom du maintien de l'ordre, interview d...
Paris, 8 décembre 2018, acte IV des "gilets jaunes". Pour la première fois à Paris, des véhicules blindés sont utilisés pour contenir un mouvement social. Des manifestants sont blessés, certains vont garder des séquelles.
En 2020, aux États-Unis, lors des manifestations contre le racisme et les violences policières organisées après la mort de George Floyd, des images similaires circulent. Le tournant a été pris une vingtaine d'années plus tôt : les mouvements sociaux, jadis disciplinés, ont laissé place à des explosions de colères collectives à laquelle les autorités répondent par une militarisation croissante. Norm Stamper, l'ancien chef de la police de Seattle qui a participé à ce changement de doctrine du maintien de l'ordre, plaide désormais pour une réforme de la police : "Je me suis raconté des mensonges pendant des années.
Pourquoi gazons-nous des citoyens non-violents ?" Comment a-t-on évolué du maintien de l'ordre à un contrôle des foules qui ressemble à une guerre de basse intensité ?
Réalisé par le journaliste et reporter Paul Moreira, qui a couvert notamment les manifestations des "gilets jaunes", ce documentaire se penche sur les nouvelles doctrines de maintien de l'ordre en donnant la parole à de nombreux témoins et spécialistes, dont des responsables policiers et des vendeurs d'"armes à létalité réduite".
Mêlant leurs propos d'une désarmante franchise et des immersions, parfois rudes, au sein de cortèges en France, en Allemagne ou aux États-Unis, ces deux épisodes livrent une démonstration : cette évolution du contrôle des manifestants, symbolisée par l'usage massif et non contrôlé des armes à balles en caoutchouc, résulte de schémas pensés et assumés par les hiérarchies policières. La peur se répand dans les cortèges et le constat apparaît aussi évident qu'inquiétant : ce glissement répressif menace les libertés publiques. Documentaire de Paul Moreira (France, 2023, 56mn) Disponible en rediffusion jusqu'au 07/04/2027
"Les irresponsables" de Johann Chapoutot
Par
Thierry LEDRU
Le 21/10/2026
"Ce qui est en train de se mettre en place en France, c'est le " macron-lepénisme " , selon l'historien Emmanuel Todd. Un concept qui repose sur un axe vertical de collaboration avec en haut une technocratie incompétente, un peu folle et sadique ( selon Todd) à qui le pouvoir politique et décisionnel a été confié et en bas un appareil judiciaire et policier répressif, brutal dans la gestion des crises et des mouvements sociaux . Il rejoint là Johann Chapoutot , autre historien professeur d'histoire à la Sorbonne qui dans son livre " Les irresponsables " parle lui d'un consortium libéral autoritaire, tissé de solidarités d'affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias réactionnaires et d'élites traditionnelles qui se sentent menacés. Quand les forces de répression avertissent qu'elles ne pourront faire face à un soulèvement généralisé, le pouvoir , qui ne repose sur aucune base électorale, décide de faire alliance avec l'extrême -droite, avec laquelle il partage au fond à peu près tout, et de l'installer au sommet. C'est ce qui s'est passé dans les années 30 en Allemagne."
Patrick Champagnac
Les irresponsables seraient donc parfaitement conscients de ce qui se passe aujourd'hui en France. Le comportement des "forces de l'ordre" n'en est qu'une méthode et non une perte de contrôle.


