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"...des réflexions trop exigentes..."

Par Le 29/05/2010

Pour reprendre la raison principale du refus des éditeurs...

"Plénitude de l'unité"

Extraits :

"L’idée jaillit à la sortie d’un sous-bois. La Nature est le temple offert à l’homme pour se lancer dans la Voie. Mais l’homme, sans aucune reconnaissance, gonflé par ses prétentions, s’est extirpé de cette Nature impassible. La science affirme sans cesse qu’en expliquant les « comment », elle maîtrise les « pourquoi. » Ce n’est qu’une illusion. L’accumulation et la complexité des « comment » déjà identifiés par l’humanité ne lui a pas permis d’élaborer clairement la moindre explication originelle à tout cela. Nous sommes capables de comprendre les structures les plus diverses mais nous ne sommes pas pour autant capables d’expliquer, fondamentalement, l’existence de cette structure. Nous connaissons l’architecture du temple, ses contours, ses piliers, ses sculptures les plus abouties mais nous ne pouvons rien dire sur l’âme de l’architecte. En cherchant à expliquer cette architecture, nous avons oublié de l’aimer, en voulant imposer notre esprit nous avons délaissé l’Esprit. Notre égocentrisme a étouffé notre compassion et la nécessité absolue de contemplation. Seuls, les peuples appelés « primitifs » continuent d’adorer cet Esprit. C’est une des raisons profondes de notre volonté à les faire disparaître. Ils sont trop en opposition avec notre soif de puissance pour leur laisser la liberté de vivre différemment. Ils représentent tout ce que nous avons perdu et les éliminer favorisera la disparition de toute mémoire, l’anéantissement de la nostalgie. Il s’agit avant tout d’un problème spirituel, une certaine forme insidieuse de la mondialisation.

 

Dieu. Il a toujours autant de mal à se dégager des images imposées par la religion. Il ne pense pas à ce Dieu là. Celui qu’il ressent, il n’en a aucune représentation. Il s’agit bel et bien d’un Esprit et de rien d’autre. Et il n’a aucunement besoin d’un Jésus ni de ses apôtres, ni de toutes ces pratiques dogmatiques et étroites.

La Vie est son prophète.

La Terre est son église.

Les deux sont unis par l’Esprit.

Il ne comprendrait pas qu’un scientifique puisse exécuter son travail sans être frappé par la Foi. La Foi en la Vie. Non une Foi religieuse mais une Foi tournée vers l’Univers. Quel est donc le secret caché ? Et comment comprendre l’Architecte ? Qu’il soit  pur Esprit ou inconnaissable Energie ou les deux à la fois, quel que soit le nom qu’on lui donne, comment pourrait-on étudier tout cela sans succomber à l’Amour.

Il s’efforce sitôt achevée cette projection verticale d’en instaurer l’opposé.

Si l’Univers n’avait finalement aucun objectif, qu’il n’était qu’une succession anarchique d’informations ayant extraordinairement, et non « miraculeusement », aboutie à une organisation viable, si tout n’était qu’un formidable hasard, si toute l’évolution n’était   qu’un sursis à chaque instant maintenu, fragile équilibre, qu’une information malencontreusement insérée dans l’ensemble pourrait dérégler, alors nous ne serions également qu’un amalgame judicieusement assemblé à travers des millénaires de hasards, sous la menace permanente d’un grain de sable qui perturberait l’ensemble et entraînerait une évolution gigantesque ou peut-être notre disparition totale, ce qui à l’échelle de l’Univers, ne serait d’ailleurs qu’un infime changement. Ajouté à ce hasard dans lequel Dieu n’a aucune place, la Vie, si elle est considérée sous l’angle de la chair, n’est qu’une effroyable boucherie et cette abomination rejette avec encore plus de forces l’idée même d’un Créateur. Tuer pour vivre, telle est la règle. Tout, absolument tout, se transforme et évolue à partir d’autre chose. Tout est nourriture. Celui qui dévore sera un jour dévoré et chaque jour qui passe sur cette Terre voit se dérouler un épouvantable massacre dont il vaut mieux sans doute ne pas prendre conscience. L’incommensurable multitude de proies saisies à chaque seconde, ces chairs dépecées, ces ventres déchiquetés, ces herbes tendres broyées par des molaires d’herbivores et mâchées et remâchées dans l’ignorance du cri des herbes, ces êtres animés qui sitôt sortis du ventre maternel ou de l’œuf, pétrifiés par l’accession brutale à ce monde inconnu, vont périr déchirés par les dents acérées des prédateurs affamés qui veulent « naturellement » calmer les douleurs de leur ventre. La vie dans les océans est un condensé de ce monumental carnage. Les nuages d’œufs pondus, ces masses incroyables de vies larvaires, ces milliards d’alevins frétillants ne sont que les proies d’animaux plus grands et seuls quelques individus chanceux ou plus vifs survivront, permettant à chaque fois à l’espèce concernée de se sauver et de se reproduire, déclenchant aussitôt une nouvelle curée. Et tous les prédateurs qui se sont nourris de ces embryons et de ces diverses victimes n’ayant goûté à la vie qu’une poignée d’heures, seront à leur tour, alors qu’ils n’ont pas encore digéré leur festin, la proie d’autres animaux affamés, qui à peine rassasiés, serviront de pâture aux suivants, tout aussi voraces, impitoyables, indifférents. Tout se résume ainsi à un infiniment petit englouti par un infiniment moyen englouti par un infiniment énorme et tout cela massacré dans le même instant par l’homme, l’infiniment tueur. Car cet étripage constant mais naturel n’est sans doute qu’une fioriture si on le compare à ce que l’homme a commis, commet et commettra. Les millions de tonnes de poissons entassés et étouffés dans les filets dérivants et toutes les espèces « inutiles » rejetées aussitôt par-dessus bord sont avant tout des êtres frétillants de vie, et les monceaux de viande dépecés dans des abattoirs ruisselants de coulées sanglantes, ces agneaux, ces poulets, ces porcins hurlants sont des êtres vivants qui vomissent leur terreur.

Que dire des régiments d’enfants décimés dans les guerres, parfois en premières lignes, poussés par leurs pères, leurs viscères coulants dans leurs mains impuissantes, leurs jambes arrachées sur des mines anti-personnelles, leurs yeux crevés par des éclats d’obus, et les mères enceintes violées par des armées de monstres avant d’être éventrées et les bébés vivants cuits dans des marmites d’eaux bouillantes, les sexes coupés qu’on enfonce dans les bouches des prisonniers avant la dernière balle, les pendus qu’on lacère pour accompagner leurs derniers instants des rires ignobles des bourreaux qui se déchaînent, les blessés imbibés d’essence et autour desquels les tueurs dansent au rythme des flammes et des hurlements de ceux qui brûlent, il sait tout cela, il en a lu tout ce qu’il est possible de supporter. Le reste n’a jamais été écrit. Les lecteurs vomiraient sur les pages.

Si, sur cette Terre ensanglantée, chaque être vivant qui meurt poussait un cri puissant à l’instant où il succombe, qu’il soit animal, végétal ou humain, ce monde ne serait qu’un atroce hurlement indéfiniment prolongé et nous mutilerions certainement nos oreilles, préférant être sourds. Ce monde, sous l’angle de la chair, n’est que souffrance et notre naissance est le symbole même de ce piédestal sur lequel tout se bâtit car c’est notre mère qui souffre, parfois pendant des heures, pour nous donner vie.

 

Il s’arrête et sort le thermos de thé. Un gobelet. Les yeux fixés sur les mondes intérieurs.

 

Un hasard pourrait expliquer une évolution aussi monstrueuse mais un Dieu ? Se peut-il qu’un Etre créateur instaure volontairement une telle forme de Vie ? Et peut-on dès lors la qualifier de supérieure ? La supériorité par la mort. Voilà donc apparue la putain du Maître. Toujours prête à se donner, à s’ouvrir, indécente, à tout ce qui passe à sa portée. Faire mourir pour vivre, il n’y pas d’autre issue. Et la douleur, comme un soldat fidèle et attentif aux ordres de son Maître, insensible aux cris de pitié, viendrait ajouter à ce goût du massacre l’insupportable plongée dans les délires de l’âme humaine lorsque plus rien ne la maintient à flot et qu’elle s’abandonne à la répugnante délectation du sang. Et Dieu se cacherait là-dedans ? Difficile à admettre.

 

Le sac sur les épaules, reprendre les bâtons, relancer la mécanique des pas.

 

Il reste une dernière solution à laquelle la main mise inconsciente des religions lui avait interdit de penser. Se pourrait-il que Dieu soit un être fondamentalement mauvais qui s’amuse à nos dépends ? Se pourrait-il que cette nature que nous adorons ne soit qu’un terrain de jeu pour un Esprit pervers ? Que la beauté du décor ne soit destinée qu’à apaiser les douleurs que le Maître du jeu s’amuse à infliger à la troupe d’acteurs ? Se pourrait-il que la complexité de l’être humain, son évolution lente et obstinée ne soit pas un progrès mais une déchéance, l’éloignement sans fin du point d’équilibre ? Croyant courir après le bonheur, l’humanité, engagée dans une fausse direction, ne serait-elle pas finalement en train de le perdre de vue, de laisser disparaître dans les horizons lointains, dans une Histoire antédiluvienne, la Vie simple et belle, immuable, sans désirs de conquêtes, juste installée dans la contemplation du lever du soleil ? Dieu n’aurait-il pas choisi de laisser en paix les créatures les plus simples, de l’amibe au ver de terre en passant par la baleine bleue et de condamner l’espèce humaine à l’angoisse du néant, l’obligeant à s’épuiser dans une quête matérialiste totalement stupide mais qui l’amuse au plus haut point ?

 

Ne serions-nous pas ses victimes préférées ?

 

Il débouche au sommet de la pente de neige qu’il avait aperçue la fois précédente. Le col au pied de l’arête des Grands Moulins se dessine devant lui à une heure de marche.

Un thé chaud. En effectuant un tour d’horizon, il devine le col de Claran sous la montagne opposée. Il se retourne et inspecte la pointe du Rognier qui pourrait servir de prochain objectif. Entre les deux sommets, en contrebas, un vaste plateau à l’architecture complexe, coule en pente douce vers les forêts. Il prend la carte et étudie les différents sentiers. Au milieu du plateau, un petit point indique la présence d’un lac. Le lac vert.

La jeune fille. Comme il serait bon, au printemps, de monter avec elle vers les eaux claires.

Elle est là, en lui, et il aimerait tant qu’elle soit également à ses côtés.

 

Il range la gourde et s’empresse de reprendre sa progression.

Retrouver le fil des pensées.

 

La science et la théologie n’auraient jamais dû se dissocier. Même s’il semble qu’il existe un abîme entre la démarche scientifique, fondée sur des expériences rigoureusement prouvées, et la démarche théologique, construite sur une hypothèse injustifiable, elles contenaient peut-être, l’une et l’autre solidaires, respectueuses et attentives, les réponses essentielles. Séparées, elles n’ont aucune chance de parvenir, à travers les millénaires, qu’à l’accroissement de leur égarement respectif, qu’elles continueront fièrement, chacune, à nommer progrès. De multiples progrès, c’est certain. Pour la médecine notamment. Mais pour la compréhension de l’Esprit, il n’en sera rien.

Et l’ensemble de la masse, abandonnée par les chercheurs et les mystiques, qui auraient pu faire office de guides spirituels, continuera à errer dans les affres de cette angoisse existentielle, toujours fiévreusement étouffée, et avec une imagination fertile, sous les artifices de la modernité.

Une pénible nausée. Un tel gâchis.

L’échéance de sa réintégration dans le monde humain l’effraie de plus en plus. Comment réussira-t-il à préserver l’incandescence de ses pensées dans le marasme des jours quotidiens ? Jamais, auparavant, il n’était parvenu aussi loin. Il ne sait si toutes ces idées ont un sens réel mais elles correspondent à la réalité que, lui, il cherche.

Se disant cela, il comprend combien il est facile de basculer dans l’élaboration d’une religion. Il ne sait si ses théories ont une logique scientifique ou si la foi, uniquement, les guide mais il serait prêt à les considérer définitivement acceptables et même peut-être transmissibles. Concevant cela, il s’aperçoit de son orgueil et donc de son appartenance à l’humanité et à ses travers. L’idée lui déplaît fortement mais étrangement elle le convainc qu’il n’a aucune raison de devoir lutter contre les sentiments amoureux. Il s’agit sans doute du même ordre de choses, d’une autre faiblesse. Il n’est qu’un humain.

Et c’est bien peu.

Dieu ne lui est pas accessible. Le Hasard non plus. L’Architecte, quel qu’il soit, n’est pas identifiable. Ni même la Vérité. Pas pour l’espèce humaine, en tout cas.

Il se demande si les animaux n’éprouvent pas davantage la réalité de la Vie que nous. N’ont-ils pas su préserver le Contact ?

L’ultime Compréhension.

Mais alors pourquoi pas nous ? De quoi avons-nous été punis ? Et s’agit-il d’ailleurs d’une punition ou d’une mission à accomplir ? Dieu nous aurait-il envoyé une épreuve afin de juger de l’intérêt de cette espèce particulière ? Si c’est bien le cas, le Créateur doit être effroyablement déçu. Dès lors, cette désillusion consommée, se peut-il qu’il soit parti voir ailleurs, désespéré et n’ayant plus aucune attente ? 

Si Dieu est parti, nous errons dans le Temps à la merci de notre folie qui est sans borne ou du Hasard qui a repris la place laissée vacante.

Et si Dieu est toujours présent et que la mission qu’il nous a envoyée est bien réelle, la tâche à accomplir est d’autant plus immense que nous avons perdu l’objectif de vue, que dans la cacophonie de nos agitations frénétiques, nous n’entendons plus rien. Il n’est dès lors  pas certain que l’humanité soit engagée dans la bonne direction et le progrès qu’elle vénère n’est peut-être en réalité que l’approche de la fange. Si dès lors nous nous éloignons de l’objectif que Dieu nous avait assigné, combien de temps nous faudra-t-il pour nous en apercevoir, expliquer, convaincre la masse non pensante et enfin changer de cap ?

Peut-être s’agit-il d’ailleurs d’une lutte impossible, que le mal est déjà trop ancré dans chacune des cellules qui animent chacun des individus. Que nous tombons en refusant de le comprendre entraînés par la masse colossale de l’humanité. Nous nous sommes arrachés du corps de la nature et nous dégringolons emportés par notre orgueil et notre obstination à ne rien voir.

Les églises, quels que soient leurs noms, ne peuvent plus aider les hommes. Elles ont perdu l’essence même de la Vérité. Elles ne sont plus des temples où Dieu se présente mais des maisons closes où elles ont souillé Dieu, répandant sur la Beauté du mystère leur fiel prétentieux comme une semence assassine. Toutes les règles religieuses sont essentiellement destinées à créer un ciment, à établir une morale commune et donc à contenir les libertés individuelles, à les soumettre, à les anéantir. Les églises ne favorisent en rien la quête de Dieu. Elles l’ont limitée, lui donnant une direction unique, toujours imposée aux incroyants. On connaît les massacres, passés, présents et certainement futurs, perpétrés au nom de Dieu. Il déteste les églises. Dieu, s’il existe, ne peut pas être en dehors de sa Création. Il est dans le brin d’herbe et l’eau des ruisseaux, le vol agité du papillon et les yeux verts de la jeune fille de ses pensées. Que viennent faire les églises dans ce monde sinon le salir et retirer l’homme du temple divin de la Nature ?

 

Il marche, en lui, sur des pentes inconnues qu’il avait toujours côtoyées sans jamais les parcourir.

Il aimerait mêler à cette avancée étrange la jeune fille de la bibliothèque. Son bonheur alors serait entier.

 

Il est au pied de l’arête terminale des Grands Moulins. La ligne d’ascension n’est pas clairement visible. C’est un enchevêtrement de piliers ruiniformes et de couloirs enneigés, de blocs instables et de pentes lisses sur lesquelles la neige, pour l’instant, s’accroche. Deux ou trois heures, selon les détours nécessaires, lui semblent indispensables pour atteindre le sommet.

Ne pas monter seul. Une emboîture qui lâche et c’est la catastrophe. Personne ne sait où il est. Des heures de descente. Il sort du sac la paire de jumelles. Il inspecte minutieusement chaque zone et dessine une ligne possible dans les successions chaotiques d’arêtes brisées. La neige est un allié indéniable. Elle maintient les pierres instables et permet de remonter sans risque les zones terreuses qu’elle tapisse. Il ne doit pas attendre la fonte de printemps. La boue sous les pieds est un danger permanent. L’objectif devant lui est à la mesure de ses progrès et de ses élans. C’est là qu’il doit éprouver ses forces revenues, la maîtrise de ses pas.

Il fait demi-tour. C’est la guerre qu’il veut gagner et non seulement une bataille. Il n’est pas en situation de monter au front.

 

La jeune fille de la bibliothèque. Il a suffi qu’il redescende vers la vallée pour qu’elle s’invite dans ses pensées.

Il retrouve la voiture sans avoir cessé de penser à elle. Il saisit combien la lumière qu’elle diffuse dans son âme peut entraver ses recherches, que l’intensité de l’éclat peut l’aveugler et estomper tout le reste. Pour l’instant, il imagine la jeune fille face à lui mais dès lors ce n’est pas de l’amour, juste un éblouissement. Tant qu’il ne lui déclarera pas sa flamme, il ne verra rien d’autre que le feu de ses prunelles et ne parviendra pas à marcher à ses côtés. Pour avancer dans une direction commune, il faut fusionner et cesser de s’éclairer l’un l’autre. Il voudrait le lui dire, là, immédiatement. Il imagine la blancheur devant eux, l’extrême limpidité des horizons s’ils parvenaient, ensemble, à progresser vers le haut.

Il roule et ne peut arrêter le flot d’idées qui dévale.

Ces deux âmes confondues dans la même brillance, il les voit comme la communion parfaite, celle que l’être humain et la Terre ont autrefois connue. L’être humain et l’Univers, se corrige-t-il. L’amour entre individus, lorsqu’il est à l’échelle de la fusion des âmes, est une empreinte du paradis perdu. Tout le bonheur est là, toute la paix s’y cache. Rien n’est plus profond et plus révélateur que cet amour sublime. Le chant de l’oiseau parlait de cet amour. Et de communion avec le lever du jour. Le mode de conscience dualiste, aussi longtemps qu’il dominera le monde, maintiendra le gaspillage des ressources, l’emploi irraisonné des techniques, la destruction des environnements, l’intoxication des âmes. Chaque nouvelle loi, chaque direction économique, sera toujours prisonnière de ce champ de pensées étroit et néfaste, totalement opposé à l’idée que l’individu est une partie intégrante de la Nature, qu’il ne peut porter atteinte à un élément de la Vie, aussi infime soit-il, sans se détruire lui-même. Il sait que s’il portait atteinte à la jeune fille de la bibliothèque, il anéantirait l’amour, et lui-même, et sans doute un peu l’Univers.

Scott Peck, (blog "Chez Tom")

Par Le 18/05/2010

Le chemin le moins fréquenté

Livre de Scott PECK - Genre : Psychologie

http://www.cheztom.com/rencontres-le-chemin-le-moins-frequente-scott-peck-article66.html

C’est dans ce livre que j’ai puisé ma définition de l’amour, je vous le recommande donc mais avec du recul pour la dernière partie de l’ouvrage. sentier

L’auteur est psy et alimente son essai de nombreux exemples qui rendent la lecture très vivante. Je suis plutôt d’accord avec lui sur ce que doit être une relation entre un psychothérapeute et son patient, sur le degré d’implication que suppose une telle thérapie. Il témoigne également du nombre de patients qui préfèrent reculer devant les remises en causes familiales, matérielles, affectives... que supposent un vrai questionnement.

A toute personne qui souhaiterait engager une thérapie, je propose ces deux citations :

 

"Ce que tu ne peux pas donner te possèdes"

 

 

"Il faut du courage pour être heureux"

 

Je vous soumets enfin, avec son aimable autorisation, la synthèse du livre réalisée par le Docteur Patrice EON :

 

L’ouvrage de Scott Peck a été écrit en 1978, l’auteur est un psychiatre américain à orientation analytique qui ne fait aucune distinction entre le spirituel et le mental donc aucune distinction entre évoluer spirituellement et évoluer mentalement, pour lui c’est la même chose. Il pense que l’évolution personnelle implique un travail complexe et ardu qui dure toute la vie et considère que la psychothérapie peut être une aide substantielle mais qu’elle n’est pas fondamentale. Il se situe hors tout courant dogmatique, ne se déclare ni Freudien, ni Jungien, ni Adlérien et défend la pluralité des voix vers l’évolution spirituelle.

 

La première partie de son ouvrage est consacrée à la discipline.
Il considère celle-ci comme un outil de base dont nous disposons pour apprendre à affronter les problèmes et à les résoudre avec succès pour s’enrichir et évoluer. C’est grâce à la discipline que l’homme peut se confronter à ses problèmes et à leurs résolutions et grâce aux difficultés de la vie que nous évoluons mentalement et spirituellement. Les gens sages savent, non seulement, ne pas avoir peur de leurs problèmes, mais les acceptent de bon cœur avec la souffrance qu’ils impliquent.

Pour lui, la plupart des hommes ont tendances à contourner les difficultés de la vie plutôt qu’à faire face ; il considère avec Jung que la névrose est toujours un succédané d’une souffrance légitime.

L’objectif de Scott Peck est donc d’élaborer une façon d’aborder la douleur de manière constructive. Il fait pour cela appel à quatre techniques de discipline : retarder la satisfaction, accepter la responsabilité, se consacrer à la vérité, et trouver l’équilibre. Nous reviendrons sur chacun de ces points pour les développer.

Il considère que la plupart des gens sont incapables de retarder une satisfaction, en quelque sorte, ils veulent tout et tout de suite ; seul, une minorité est capable de différer la satisfaction d’un désir ce qui serait le témoignage d’une certaine maturité. Il en fait le commencement d’une autodiscipline. Pour que les enfants puissent développer cette capacité à retarder la satisfaction, il est nécessaire qu’ils aient des modèles d’autodiscipline : un sens de leur propre valeur, une confiance en la sécurité de leur existence. Ces trésors sont acquis grâce à l’amour authentique profond et discipliné offerts par les parents ; Scott Peck pense également que la plupart les hommes ont tendance à différer l’approche de leurs problèmes dans l’espoir que ceux-ci disparaissent d’eux-mêmes ; hors bien évidemment, les problèmes ne disparaissent pas, on doit les affronter sinon ils demeurent, restent toujours une barrière pour l’évolution et le développement de l’esprit. Il nous invite donc à choisir de souffrir maintenant en espérant que la satisfaction viendra plus tard, plutôt que de continuer à profiter de la satisfaction présente en espérant que la souffrance future ne sera pas nécessaire.

La deuxième technique, concernant la maîtrise de la souffrance, consiste à accepter la responsabilité. IL faut en effet accepter d’endosser la responsabilité d’un problème avant de pouvoir le résoudre. Pour Scott Peck, beaucoup essaie d’éviter la douleur en en projetant la cause sur leur entourage, se débarrassant de la responsabilité de la résolution de celui-ci sur les autres. Il considère que les névrosés assument trop de responsabilité alors que les gens qui souffrent de troubles du caractère n’en assument pas suffisamment ; Il insiste sur le fait qu’il est plus facile de travailler en psychothérapie avec des névrosés qui s’estiment coupables qu’avec des personnes souffrant de troubles du caractère qui ne se sentent pas responsables de leur situation.

La troisième technique de discipline, c’est le culte de la vérité. Pour lui, la vérité c’est la réalité et notre façon d’appréhender la réalité est subjective ; notre vision du monde est comme une carte sur laquelle nous pouvons déterminer les territoires de notre vie. Nous ne naissons pas avec une carte, il nous faut la dessiner ; ce n’est pas une chose facile et plus nous persistons dans nos efforts pour percevoir la réalité, plus notre carte devient étendue et précise. Scott Peck insiste ensuite sur la nécessité de redessiner cette carte en fonction des circonstances de la vie. Lorsque l’on s’est longuement, courageusement évertué à dessiner une carte adéquate qui paraît utilisable et qu’on est confronté à de nouvelles informations qui l’invalide, on s’aperçoit alors qu’il faut la recommencer. L’effort est douloureux, il peut être accablant et effrayant. Nous dépensons donc souvent beaucoup plus d’énergie à défendre une carte périmée qu’il ne nous en aurait fallu pour la réviser. Il fait ensuite un parallèle entre la situation de transfert et l’image d’une carte périmée. Pour lui, le transfert est un ensemble de perception, une approche du Monde et un comportement développé pendant l ’enfance qui est transféré dans l’âge adulte où il n’est plus utilisable. Il insiste sur le fait qu’il est très difficile de se défaire d’un comportement qui a été efficace. Il pense en effet qu’un trouble névrotique est bien souvent un anachronisme. C’est la reproduction dans le présent de comportements infantiles qui étaient adéquats lorsqu’ils ont été mis en place pour la première fois, qui se sont répétés de façon itérative tout au long de la vie sans jamais être remis en question. Ainsi donc, consacrer sa vie à la vérité consiste en une remise en question permanente et rigoureuse. Consacrer sa vie à la vérité, c’est accepter de la remettre en question ; la seule manière d’être certain que notre carte de la réalité est bonne est de l’exposer à la critique et au défit des autres cartographes. L’entreprise de la psychothérapie est une remise en question délibérée de ses vérités de l’enfance. Scott Peck considère que les patients en thérapie sont, contrairement à l’image stéréotypée, des gens plus forts et plus sains que la moyenne dans la mesure justement où ils acceptent de remettre en question leurs vérités infantiles. Scott Peck considère la psychothérapie comme un raccourci légitime et souvent négligé vers l’évolution spirituelle.

L’équilibre est la quatrième technique de discipline.

L’équilibre est la discipline qui nous donne la souplesse ; une part importante du travail en psychothérapie consiste à aider les patients à rendre leur système de réponse plus souple c’est à dire à trouver le délicat équilibre entre les courants conflictuels tels que les besoins, les buts, les devoirs, les responsabilités, les ordres, etc.... et l’essence de cette discipline d’équilibre est le renoncement. Pour qu’une thérapie soit réussie, il faut pouvoir abandonner une partie de son ancien moi. Pour Scott Peck, la dépression est le sentiment qui est associé au processus de renoncement à quelque chose à aimer. Pour lui, les humains, mentalement sains, doivent évoluer. L’abandon de l’ancien moi fait partie intégrante de l’évolution spirituelle et mentale. La dépression est un phénomène normal et fondamentalement simple. La dépression indique dans ce cas de figure, l’imminence de changement majeur obligatoire pour une adaptation réussie et évolutive. C’est en renonçant à leur moi que les humains peuvent trouver dans la vie la joie la plus durable, la plus solide, et la plus extatique ; c’est la mort qui donne à la vie tout son sens. Le processus de renoncement au moi est pour la plupart une progression dans laquelle on s ’achemine par étape.

Scott Peck pose ensuite la question de savoir s’il n’est jamais possible dans cette vie de se libérer de la douleur émotionnelle. Il répond de façon nuancée, oui parce qu’une fois la souffrance complètement acceptée, elle cesse en quelque sorte d’être douloureuse, oui parce qu’une pratique sans cesse augmentée de la discipline amène à la connaissance approfondie qu’une personne spirituellement évoluée domine la situation dans le sens qu’un adulte domine un enfant. Mais il répond également, non parce qu’il y a un grand manque d’efficacité dans le monde, un vide qui doit être combler. Scott Peck pense qu’une façon, peut être la meilleure, de mesurer la grandeur de quelqu’un c’est de mesurer sa capacité à souffrir et il nous prévient que si notre but est d’éviter la douleur et d’échapper à la souffrance, il ne nous ne conseille pas de chercher à nous élever dans la conscience et à évoluer spirituellement.

J’insisterai sur le point suivant, Scott Peck nous dit qu’il faut déjà avoir quelque chose pour pouvoir y renoncer. Vous ne pouvez pas abandonner quelque chose que vous n’avez pas. Il faut donc se forger une identité avant d’y renoncer. Ceci reprend l’idée que j’avais développée dans mon texte sur la Psychanalyse et la Spiritualité : avant d’entreprendre une démarche spirituelle, il faut avoir construit son identité de façon solide en ayant fait si nécessaire une démarche psychothérapique pour pouvoir ensuite aborder le domaine de la Spiritualité.

Pour l’auteur, les techniques de bases, ci-dessus mentionnées, pratiquées sans cesse et profondément, sont à elles seules suffisantes pour permettre au praticien de la discipline ou disciple d’évoluer spirituellement vers les plus hauts sommets.

La deuxième partie de l’ouvrage de Scott Peck est consacrée à l’amour.
Il considère que l’amour est ce qui motive et dynamise la discipline indispensable à l’évolution spirituelle. Il définit l’amour comme la volonté de se dépasser dans le but de nourrir sa propre évolution spirituelle ou celle de quelqu’un d’autre. Il considère qu’il est impossible de faire évoluer autrui sans évoluer spirituellement soi-même. Le sens du mot volonté dans sa définition de l’amour est celui d’un désir d’une intensité suffisante pour être transformer en action.

Pour l’auteur " tomber amoureux " est une expérience spécifiquement érotique, c’est aussi une expérience inévitablement temporaire car tôt au tard la passion s’éteint ; ce qui ne signifie pas que nous cessions d’aimer mais simplement que le sentiment d’amour extatique finit toujours par s’estomper. Tomber amoureux permet temporairement d’échapper à la souffrance de la solitude et l’effondrement temporaire des frontières du moi vécu par la plupart d’entre nous comme une expérience extatique, nous-même et l’être aimé ne faisons qu’un, la solitude n’existe plus. Mais tôt ou tard en réponse aux problèmes de la vie quotidienne, l’individu va se réaffirmer ; alors chacun de son côté, dans l’intimité de son cœur prend amèrement conscience qu’il ne fait pas un avec l’être aimé.

Une à une, petit à petit ou brutalement, les frontières du moi se remettent en place ; la passion s’éteint. A nouveau, les amoureux sont des individus séparés et c’est à ce moment là qu’ils vont soit dissoudre les liens qui les unissaient, soit commencer le travail du véritable amour. En affirmant que c’est lorsque la passion disparaît que les partenaires peuvent commencer à s’aimer vraiment, l’auteur affirme que le véritable amour ne trouve pas ses racines dans le sentiment d’être amoureux. Tomber amoureux n’est pas un acte de volonté. Ceci n’implique pas le dépassement de ses propres limites ou de ses frontières, c’est simplement leur effondrement partiel et temporaire. L’amour véritable est pour l’auteur une expérience d’enrichissement durable contrairement à la passion.

Tomber amoureux suppose donc l’effondrement des frontières du moi et c’est une réponse stéréotypée des humains à un ensemble de pulsions internes et stimuli externes qui sont sexuels et qui servent à accroître la probabilité de l’accouplement afin d’assurer la survie de l’espèce.

Le mythe de l’amour romantique apparaît à l’auteur comme un affreux mensonge. La véritable acceptation de l’individualité de chacun, en l’occurrence de la sienne propre et de celle de l’autre est la seule base sur laquelle un mariage mûr peut être construit et le véritable amour peut se développer.

L’auteur considère la passion comme très proche du véritable amour qui implique le dépassement des limites des frontières du moi. Il appelle cathexis le processus d’attirance d’investissement et d’engagement qui pousse le futur amoureux hors de ses frontières personnelles. Ceci aboutit à une extension progressive de notre moi à une incorporation du monde extérieur et à un développement, à un attirement et à amincissement des frontières du moi. Lorsque au lieu de nous être unis temporairement et de manière irréelle avec un seul objet aimé, nous nous sommes fondus réellement et plus durablement avec une grande partie du Monde alors une union mystique avec ce dernier peut alors être établie.

C’est la différence entre l’expérience des sommets, lorsqu’on tombe amoureux, et ce que Abraham Maslow appelle l’expérience du plateau. La cime n’est pas aperçue furtivement, puis perdue de vue, elle est atteinte pour toujours. Il fait de l’orgasme une expérience d’effondrement temporaire des frontières du moi, qui est alors perdu dans le temps dans l’espace, hors de soi, transporté ne faisant qu’un avec l’univers mais seulement pendant quelques secondes.

L’auteur décrit l’unité durable avec l’univers comme étant associé à l’amour véritable et il la compare à l’unité momentanée ressentie au moment de l’orgasme à l’état amoureux. Il définit le mysticisme comme une croyance en la réalité qui est un tout, une unité. La réalité ne peut être connue que par l’expérience de l’unité, vécue au prix d’un renoncement aux frontières du moi.

Les Indous et les Bouddhistes considèrent que l’enfant, avant le développement des frontières du moi, connaît la réalité tandis que l’adulte ne la connaît pas. Ils précisent toutefois que les frontières du moi doivent être durcies avant d’être assouplies. Une identité doit être établie avant d’être transcendée. On doit se trouver soi-même avant de pouvoir se perdre.

Le Nirvana ou la véritable évolution spirituelle ne peuvent être atteints que par la pratique continuelle de l’amour véritable. Deux personnes ne s’aiment vraiment que lorsqu’elles sont capables de vivre l’une sans l’autre et choisissent de vivre ensemble. L’auteur considère que si notre but dans la vie est de nous faire aimer, nous échouerons. La seule façon de s’assurer l’amour c’est d’être digne d’amour. Et ce but ne peut pas être atteint lorsque l’objectif de notre existence est d’être aimé passivement. Suit, une longue description des couples passifs-dépendant vivant par étayage réciproque et qui ne peuvent développer un véritable amour.

Il considère que la dépendance passive prend sa source dans le manque d’amour, en particulier au niveau de l’enfance. Les passifs dépendants ont une mentalité de drogués et ils pompent l’énergie de leur interlocuteur. Cette dépendance qui peut apparaître comme de l’amour, est en fait une forme d’anti-amour qui prend sa source dans manque d’amour parental et perpétue celui-ci. L’amour implique un changement de l’individu mais le sens d’un dépassement plutôt que celui d’un sacrifice. L’amour élargit le moi et le remplit plutôt qu’il ne le vide.

L’amour est en même temps égoïste et généreux. Dans le cas de l’amour véritable, le but est le but est toujours l’évolution spirituelle. Pour l’auteur, l’amour n’est pas un sentiment c’est une action. Lorsque nous affirmons que l’amour est un sentiment, nous confondons cathexis et amour ; un individu dépendant redoute en général l’évolution spirituelle de l’époux cathecté. L’amour véritable en revanche implique l’engagement et la sagesse lorsque nous nous soucions de l’évolution spirituelle de l’être aimé, nous sommes conscients que notre engagement vis à vis de lui est nécessaire pour lui témoigner activement notre intérêt et que son absence peut être néfaste.

L’amour est donc une forme de travail ou bien une forme de courage. C’est le courage ou le travail ayant pour but l’évolution spirituelle. Si une action n’est ni du travail ni du courage, ce n’est pas un acte d’amour. L’un des principaux aspects que peut prendre l’acte d’amour est l’attention. L’amour est un phénomène à double sens par lequel le receveur donne et le donneur reçoit ; être attentif à l’autre à son écoute est une façon d’aimer l’autre, il faut pour cela mettre entre parenthèses de façon temporaire ses préjugés, ses références, ses désirs pour comprendre de l’intérieur le monde de son interlocuteur ; puisque la véritable écoute est un acte d’amour, elle ne peut être plus appropriée que dans la vie à deux. L’auteur met sur le compte de l’écoute l’amélioration considérable qui peut se manifester en début de thérapie sur le compte de l’écoute, les patients étant le plus souvent véritablement écoutés pour la première fois. La qualité de l’attention est proportionnelle à l’intensité de la concentration pendant ce laps de temps. L’acte d’amour demande de réagir contre la paresse par le travail ou contre la peur par le courage ; le courage n’est pas l’absence de peur mais l’action malgré la peur la réaction contre la résistance qu’engendre la peur de l’inconnu. Pour l’auteur, la plupart des patients en psychothérapie ont des difficultés à affronter carrément et librement la réalité de la mort. La mort peut devenir, comme pour Don Juan de Carlos Castaneda, notre alliée toujours redoutable mais source intarissable de sages conseils. Lorsque nous refusons la mort c’est la nature changeante des choses que nous refusons et nous nous détournons alors inévitablement de la vie.

C’est seulement à partir du moment où on a franchi le fossé vers l’inconnu de l’authenticité du moi de l’indépendance psychologique et de l’individualité que l’on est libre d’avancer vers les chemins plus élevés de l’évolution spirituelle, libre de manifester son amour au plus haut niveau. Les formes les plus élevées de l’amour sont inévitablement de libres choix et nos des actes de conformisme. C’est notre sens de responsabilité qui après le mariage nous permet de réussir la transition entre l’amour fou et l’amour véritable. Les enfants ne peuvent évoluer vers une maturité psychologique dans une atmosphère où l’imprévisible domine et où ils sont hantés par la peur d’être abandonnés. Les couples ne peuvent pas résoudre sainement les problèmes universels du mariage sans avoir la sécurité de savoir que l’affrontement de ces problèmes ne les détruira pas. L’auteur parle ensuite de la nécessité pour le psychothérapeute de s’engager de façon durable et stable dans la relation thérapeutique et il fait du moment où le patient commence à manifester son engagement dans la thérapie comme le tournant de celle-ci.

L’auteur parle ensuite des confrontations incontournables dans les couples. Il définit deux façons de se confronter à un être humain, la première est celle de l’arrogance : j’ai raison et tu as tort, la deuxième est celle de l’humilité. Des époux qui s’aiment doivent pouvoir s’affronter pour l’évolution spirituelle des deux partenaires. La confrontation provoquée avec amour fait partie intégrante de toutes les relations humaines réussies et importantes. Exercer son pouvoir avec amour demande un énorme travail. Par quelle autorité supérieure suis-je habilité à décider ce qui est mieux pour mon enfant, mon époux, mon pays ? Qui suis-je pour oser me prendre pour le bon Dieu ? L’auteur affirme que lorsque nous exerçons notre pouvoir, nous jouons à être Dieu. C’est seulement avec l’humilité de l’amour que les humains peuvent oser l’être ; toutes relations d’amour véritable doivent être disciplinées et parmi les sentiments qu’il faut discipliner, il y a tout d’abord la cathexis, ce sentiment apporte une énergie créatrice mais s’il veut devenir le maître le résultat ne sera pas l’amour véritable mais la confusion et l’improductivité. L’auteur pense qu’il faut choisir qui on veut aimer véritablement, la capacité du récepteur potentiel de cet amour à répondre par l’évolution spirituelle est un élément de ce choix. L’une des caractéristiques principales du véritable amour consiste à maintenir et encourager la distinction entre nous-même et l’autre. Les grandes unions ne peuvent être construites entre des êtres terrifiés par la solitude et qui cherchent à se fondre dans le mariage. L’évolution personnelle et l’évolution de la société sont interdépendantes mais elles sont toujours et inévitablement liées aux efforts évolutifs individuels. L’auteur fait de l’amour un des principaux ingrédients nécessaires à la réussite psychothérapique. C’est l’engagement humain et la lutte, c’est la volonté qu’a le thérapeute de se dépasser dans le but d’alimenter l’évolution spirituelle de son patient. La littérature psychiatrique fait la différence entre les thérapeutes qui réussissent et ceux qui ne réussissent pas. La qualité de ceux qui réussissent est la chaleur humaine et leur capacité à communiquer. Si un psychiatre ou un psychanalyste ne peuvent pas aimer véritablement leur patient, la guérison profonde n’aura pas lieue. L’auteur précise que c’est par amour pour leur patient que les thérapeutes ne s’autorisent pas à tomber amoureux d’eux. Pour l’auteur, toute relation de véritable amour est une relation de psychothérapie mutuelle.

Docteur Patrice EON

Avancée spirituelle/ avancée technologique.

Par Le 16/05/2010

Si je vais naviguer sur le net, je m'aperçois que les thèmes reviennent en boucle et si je prends des ouvrages, parfois très anciens, je retrouve les mêmes interrogations, les mêmes cheminements. La non-dualité par exemple...Depuis combien de temps est-ce un sujet ressassé ?  Et j'essaie à mon tour de m'y retrouver et d'autres esprits dans leur coin. Bon, c'est très bien, je ne vais pas m'en plaindre mais là où je m'interroge, c'est au regard de ce temps passé et de cette relative fixité et parallèlement de l'évolution exponentielle de la technologie.

Il faut bien pourtant que l'homme use de son intelligence dans les deux domaines : une intelligence scientifique, mathématique, technique, informatique etc... et une intelligence philosophique, une capacité à raisonner. La spiritualité a besoin d'une approche, d'une méthode, d'un travail philosophique pour progresser et ne pas sombrer dans certains travers du "new age."  

Bon, alors, d'où vient cet écart, d'où vient cette stagnation, ces infinies répétitions, ces messages qui tournent en boucle ?

Pourquoi est-ce que la technologie n'est pas confrontée à cet immobilisme et profite au contraire d'un phénoménal élan ?

 

Les échanges tout simplement.

L'argent ensuite.

La technologie se vend, elle représente un moteur économique extrêmement puissant, elle a donc une valeur marchande qu'aucun état ne peut délaisser.

La spiritualité n'apporte rien économiquement parlant. Elle ne profite pas dès lors de l'enthousiasme, de la recherche, de la curiosité, de l'expérimentation, du partage des connaissances (ou de son pillage...)

La spiritualité n'a aucun avenir marchand.

J'ai beau tourner le problème dans tous les sens, j'en reviens toujours à cette valeur commerciale. Et c'est effroyable.

 

L'évolution spirituelle de cette humanité est figée parce qu'il n'y a pas assez d'échanges, de recherches, de développements communs, de passerelles. Rien ne se vend sufisamment cher.

C'est triste à pleurer.  

 

Etienne de la Boétie.

Par Le 16/05/2010

"Discours de la servitude volontaire"

http://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire

Pauvres gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres à votre mal et aveugles à votre bien ! Vous vous laissez enlever sous vos yeux le plus beau et le plus clair de votre revenu, vous laissez piller vos champs, voler et dépouiller vos maisons des vieux meubles de vos ancêtres ! Vous vivez de telle sorte que rien n’est plus à vous. Il semble que vous regardiez désormais comme un grand bonheur qu’on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tous ces dégâts, ces malheurs, cette ruine, ne vous viennent pas des ennemis, mais certes bien de l’ennemi, de celui-là même que vous avez fait ce qu’il est, de celui pour qui vous allez si courageusement à la guerre, et pour la grandeur duquel vous ne refusez pas de vous offrir vous-mêmes à la mort. Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n’étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ? Vous semez vos champs pour qu’il les dévaste, vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir ses pilleries, vous élevez vos filles afin qu’il puisse assouvir sa luxure, vous nourrissez vos enfants pour qu’il en fasse des soldats dans le meilleur des cas, pour qu’il les mène à la guerre, à la boucherie, qu’il les rende ministres de ses convoitises et exécuteurs de ses vengeances. Vous vous usez à la peine afin qu’il puisse se mignarder dans ses délices et se vautrer dans ses sales plaisirs. Vous vous affaiblissez afin qu’il soit plus fort, et qu’il vous tienne plus rudement la bride plus courte. Et de tant d’indignités que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elles les sentaient, vous pourriez vous délivrer si vous essayiez, même pas de vous délivrer, seulement de le vouloir.

Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre."

Il avait 18 ans.



La valeur n'attend pas le nombre des années, par contre les années passent et la valeur de certains hommes reste lettre morte.



Télé réalité

Par Le 16/05/2010

"Ce n’est pas un hasard si les émissions de télé-réalité passionnent des millions de spectateurs dans toute l’Europe ! Que nous apprennent-elles ? Que chacun est toujours seul face à tous, que la société est un jeu pour les durs. Ce qui est mis en scène, c’est la jetabilité, l’interchangeabilité et l’exclusion. Il est inutile de s’allier pour vaincre, puisque tout autre, au bout du compte, ne peut être qu’un adversaire à éliminer. Les participants sont mis dans un jeu à sommes nulles, le vainqueur gagne ce que les autres perdent. Quelle métaphore de la société ! Et elle fonctionne sur une structure de casino, de jeux de hasard : il est implicite qu’on recommence toujours à zéro, qu’il n’y a pas de leçons à tirer du passé, que toute l’expérience acquise ne sert à rien. " le sociologue Zygmunt Bauman -

La télé réalité n'est que le reflet de la réalité que les hommes ont choisie.

Tecumseh

Par Le 14/05/2010

"Quand tu te lèves le matin,

remercie pour la lumière du jour,

pour ta vie et ta force

remercie pour la nourriture

et le bonheur de vivre.

 

Si tu ne vois pas de raison de remercier, la faute repose en toi-même."

Tecumseh, chef Shawnee 1768-1813.

Croyance et foi.

Par Le 14/05/2010

Suite à un échange sur "forum métaphysique" (voir liens).

Merci à "Gereve" et "Jo", intervenants des plus précieux.

 

Croyance et foi

« Le savoir diffère de la croyance en ce qu’il est ouvert, la réponse à une question fait surgir mille autres questions. La croyance est fermée, le croyant interdit qu’on mette le dogme en questions et à la limite, c’est lui qui vous soumet à la question (allez voir sous l’inquisition). S’il accepte, parce qu’il est bon bougre, il a réponse à tout. Poussé dans ses retranchements, il invoque le mystère.
Le croyant est psychologiquement fragile, il a besoin d’être conforté dans sa croyance en faisant des adeptes. Il est fermé à l’épreuve du réel et l’interprète à sa façon. Il a peur et en quelque sorte il est ligoté par sa peur. A l’opposé, le non croyant est ouvert à l’épreuve du réel, mais de ce fait c’est aussi un croyant : il croît au réel. Lui aussi a peur, longtemps il s’est accroché à l’idée que les atomes sont les particules ultimes de la matière. Ça rassure de croire que quelque chose de solide existe de toute éternité. On sait ce qu’il en est de cette solidité. Maintenant on s’accroche à la notion de réalité. Mais même dans les milieux scientifiques cette notion de réel est très controversée. Bernard d’Espagnat a écrit un livre intitulé “à la recherche du réel. » La seule chose que je sache, c’est qu’il existe entre mes perceptions, des relations pourvues d’une certaine cohérence et d’une certaine durée. De là, j’infère qu’une réalité les sous-tend, mais ce n’est en aucune façon une certitude, c’est un credo. Et ce credo me rassure, il répond à un besoin psychologique. Je n’ai en aucune façon une nécessité logique. Je crois au réel parce que j’ai peur d’être seul. En ce sens, la croyance diffère de la foi.
La croyance est le refuge de ceux qui n’ont pas la foi.

La foi est en effet pour moi, affaire de confiance, profonde, totale en la vie. La croyance a toujours un objet, la foi n’en a pas, elle vient de l’intérieur. Vous me direz que la croyance aussi vient de l’intérieur. Oui, mais elle a un objet qui vient de l’inconscient. Dieu, par exemple, est le substitut du père, c’est une réponse à l’angoisse de la solitude, du vide laissé par le père disparu (réellement ou symboliquement). La croyance vient pour combler un vide, un attachement à l’enfance. La foi par contre accepte la solitude, mais elle émane d’une grande puissance de vie et elle emplit la solitude. C’est en quelque sorte, le plein dans le vide. Là où il y a foi, il y a absence de peur.

Le réel est ce qui reste quand on a laissé derrière soi toute croyance.
La croyance et la foi diffèrent, l’une est une réponse à la peur, l’autre une curiosité insatiable, un appétit de vivre. Mais paradoxalement, elles diffèrent et pourtant elles sont de même nature. La foi est aussi une croyance mais une croyance à l’état pur, une croyance sans objet. La croyance serait en quelque sorte un point qui se déplace entre la superstition et la foi. La croyance et la foi diffèrent en ce qu’elles sont séparées comme deux points, qui sont de même nature, mais qui diffèrent parce qu’ils sont distants l’un de l’autre. Comme un point sur une droite, la foi serait une croyance à l’infini c’est-à-dire une croyance en rien ou une croyance en tout, comme on voudra, selon qu’on est pessimiste ou optimiste.

Pour prendre une autre image, les croyances sont comme des îles. Je suis libre de passer d’une île à une autre encore faut-il que je sache nager et que je sois assez résistant pour tenir la distance. Si c’est le cas, je concrétiserai ma liberté, sinon je resterai sur l’île. Nous sommes le plus souvent plusieurs sur une île. Un jour l’un d’entre nous s’exclame: “et s’il y avait d’autres îles par-delà l’horizon?” Beaucoup répondront “mais non, il n’y a qu’une île, la notre!” parce qu’ils sont peureux ou paresseux. D’autres diront “peut-être” et partiront. Ceux qui sont partis, à force d’aller d’île en île, prendront des forces, de la technique, de la confiance et un jour, ils n’auront plus envie d’une île, ils prendront leur plaisir à nager, ils seront libres, comme des dauphins. Ceci dit, ceux qui restent sur l’île peuvent l’embellir, (les cathédrales, les livres, les symphonies, les peintures d’inspiration religieuse) et peut-être sans le vouloir, en inciter d’autres à chercher de nouvelles îles. »

Gereve.

 

 

« Foi et confiance ont la même racine, je crois. Voilà: pour moi, la foi c'est la confiance. On renonce à raisonner et même à comprendre : on "se fie".
Dans la croyance, on est persuadé d'avoir compris et trouvé LA vérité. »

Jo.

 

 

Je pense Gereve et Jo que l'intellect entretient les croyances, qu'elles soient religieuses, scientifiques, philosophiques. Ce sont des idées auxquelles on tient, sur lesquelles on cherche à avancer, elles nourrissent notre égo, sans que ça soit péjoratif ou négatif, ce sont des signes d'appartenance, de reconnaissance, d'union. A mon sens, elles restent dans la dimension des "croyances", même si nous leur trouvons d'indéniables justifications parce qu'elles sont justement de l'ordre de l'intellect...Il suffit pour s'en convaincre de juger des changements de ces "croyances", des discussions infinies sur les religions elles-mêmes... Elles sont fluctuantes parce qu'elles n'existent que par notre intellect. Il est normal qu'elles évoluent dans cet espace mentalisé, sinon il s'agirait de fanatisme...Mais elles ne peuvent dès lors permettre à l'individu de nager en eaux libres, elles n'offriront que des traversées incessantes comme tu l'as très bien écrit.
La foi n'est pas dans cet espace parce qu'elle ne trouve pas sa source dans l'intellect. Elle est de l'ordre du ressenti, mais un ressenti qui n'est pas identifié, maîtrisable, reproductible. Les cinq sens eux-mêmes s'y affolent et dès lors qu'une tentative de contrôle est envisagée tout se perd. L'abandon du moi est à la source du Soi. La foi est son combustible. Rien à faire. Peut-être même que seul l'abandon de l'intellect, momentané, involontaire ou pas, reste le point de départ. Ne pas chercher revient à découvrir que c'est déjà là, comme si l'effort était un paravent au lieu du cheminement qu'on imagine. Les voies de l'intellect sont impénétrables...La foi, elle, n'est même pas une voie puisque cela laisse entendre qu'il y a un horizon à conquérir. Ce n'est pas une voie sur la montagne, c'est la montagne. La croyance est une voie.

 

Dans mon cheminement, je dirais que la foi est la certitude que je n'ai pas à chercher une réponse. Alors que la croyance m'inviterait à absorber celles qui me seraient proposées. Il me serait facile de « croire » après avoir été envahi d'auras bleues qui me parlaient, d'avoir recommencé à marcher, d'être devenu une "énigme" médicale...Les Eglises m'invitaient. Mais je n'ai pas de croyance. J'ai une certitude. Celle qu'il est inutile et présomptueux de vouloir obtenir une réponse autre que celle de la Vie en moi. Il n'est pas question pourtant de laxisme ou de lâcheté ou de fatalisme. Juste une bénédiction totale et constante devant cette certitude qu'il existe ce que je ne peux pas saisir mais qui pourtant vibre en moi. Mon cerveau est un organe inerte dans le courant de ce flux, un obstacle qui me prive du bonheur de l'eau qui tourbillonne. Il me suffit de m'asseoir et de laisser monter les larmes. La foi en moi, ce sont ces frissons qui m'enflamment. Dieu ? L'Energie, l'Architecte ? Quelle importance ? La croyance voudrait le nommer, le reconnaître, l'identifier, lui donner une histoire, un projet, nous transmettre des Textes, la croyance voudrait souder les âmes perdues, leur donner une direction...Ca ne m'intéresse pas. Le chemin est en moi. C'est ma foi. Une certitude.

Thierry.

 

 

Etre libre.

Par Le 10/05/2010

Être Libre par Krishnamurti

 

Revue 3ème Millénaire

http://www.revue3emillenaire.com/blog/?p=3476

07/05/2010

Cet article, préparé et traduit de l’anglais par Robert Linssen, constitue une synthèse de conférences de Krishnamurti entre 1928 et 1935. A cette époque, on pouvait encore entendre  Krishnamurti dire des choses comme « il y a une Réalité éternelle et vivante, appelez-la Dieu, immortalité, éternité… » ;  par la suite il continua à affiner son langage pour le restant de sa longue vie, s’éloignant de plus en plus des affirmations qui pour nombreux de ses auditeurs n’étaient que croyances…

(Revue Être Libre. No 1. Janvier 1936)

Je ne désire pas ajouter aux nombreux systèmes existants de nouvelles théories, de nouvelles formules, ou de savantes explications.

Toutes les formules « toutes faites », les « explications », les « théories » ne sont que des moyens habiles pour vous évader de vos propres conflits.

La plupart des esprits désirent imiter, suivre, copier parce qu’ils ne savent plus penser fondamentalement par eux-mêmes.

Pour la plupart la douleur, le conflit est si intense, qu’ils préfèrent plutôt s’évader dans les religions, les systèmes, les théories, ces cristallisations de la pensée humaine.

Pour moi, la solution réelle de vos problèmes, se trouve dans la profondeur de votre Intelligence, qui doit fonctionner simplement, librement, spontanément.

Par cette Intelligence, je n’entends pas la capacité de spéculations ni de ruses intellectuelles.

L’Intelligence Véritable n’est pas non plus la connaissance livresque.

Vous pouvez avoir beaucoup étudié, et encore restes stupide.

Vous pouvez lire de nombreuses philosophies, et ne pas connaître encore l’Extase, la béatitude de la pensée créatrice, qui ne peuvent exister seulement que lorsque l’esprit et le cœur, se libèrent eux-mêmes à travers le conflit, par une constante lucidité, de toutes les stupidités du passé.

L’expression de l’Intelligence véritable dans l’Action est l’Immortalité, c’est l’apothéose du bonheur, la béatitude de vivre complètement dans l’Éternel Présent.

Vous avez d’innombrables idées concernant la plénitude de la Vie, et l’immortalité.

Mais pour moi, cette Immortalité, cette grande richesse de la Vie, ne peut être comprise et vécue, que lorsque l’esprit est pleinement libéré de toutes ses limitations, des stupidités du passé, du milieu actuel, des anomalies acquises ou héritées. Dans cette flamme d’intense lucidité, surgira l’extase de la Vie, dans cette conscience suprême est la Vérité.

Je vous en prie, tout ceci n’est pas une nouvelle théorie, je ne suis pas un théoricien. Je ne m’impose à personne, je n’essaye de convaincre personne de mon message, mais parce que les hommes sont enfermés dans la prison de la misère, dans les cages de la souffrance, je voudrais éveiller en eux, le désir de détruire eux-mêmes ces cages.

Je veux créer en chaque être, une attitude nouvelle d’esprit. Je ne désire pas de disciples, parce que la signification totale de ce que je dis est contraire à toutes ces choses.

Ce n’est que lorsque l’esprit est dépouillé de toutes les illusions de l’ignorance, et de toutes disciplines intérieures ou extérieures, qu’il est capable de discerner le Présent Infini.

La Plénitude de la Vie est en toutes choses, il ne faut rien acquérir, tout est là, ELLE EST.

Mais si vous voulez comprendre ce que j’ai à dire, ne me traduisez pas je vous en prie en termes de parti, de secte, de groupe, de disciple, de partisan de religion.

L’Éternel Présent est une chose que l’on ne peut pas expliquer. Vous ne pouvez pas raisonner un tel sujet. Cela doit être expérimenté, Cela doit être vécu. Cela requiert une grande persistance et un éveil constant.

Mais nos vies sont si superficielles, avec les inanités de la « civilisation » moderne, nos vies sont si chaotiques, déraisonnables, pleines de souffrances, et les hommes ne sont plus que des machines à imiter.

Je dis que lorsqu’il y a discernement véritable, point n’est besoin de disciplines intérieures ou extérieures. Vous êtes la plupart emprisonnés dans l’habitude de la discipline.

Tout d’abord vous conservez une image mentale de ce qui est bien, de ce qui est vrai, et de ce que votre caractère devrait être. Vous essayez de faire concorder vos actions avec cette image mentale.

Vous agissez simplement en vous conformant à une image mentale que vous possédez. Tant que vous avez une idée préconçue de ce qui est vrai vous agirez conformément à cette idée. La plupart d’entre vous êtes inconscients du fait que vous agissez conformément à un modèle.

Mais lorsque vous devenez conscients du fait que vous agissez d’une telle façon, vous n’essayez plus de copier ou d’imiter, mais c’est votre propre action qui vous révèle ce qui est vrai.

Notre entraînement physique, notre éducation morale et religieuse tendent à nous mouler conformément à un modèle.

Être libéré de la discipline est extrêmement difficile, du fait que dès l’enfance nous avons été l’esclave de la discipline et de la domination.

Depuis l’enfance, la plupart d’entre nous, avons été entraînés à nous adapter à un modèle social, religieux ou économique, et la plupart de nous sommes inconscients de ce fait.

La discipline est devenue une habitude, et vous êtes inconscients de cette habitude.

Lorsque vous verrez que vous êtes en train de vous discipliner conformément à un modèle, votre action sera engendrée par le discernement.

Si en agissant ainsi vous êtes conscients de l’imitation, votre action sera spontanée.

J’aimerais donc vous expliquer que la Vérité, la plénitude et la richesse de la Vie, ne peut être réalisée par personne au moyen de l’imitation, ou d’une forme quelconque de l’autorité.

La plupart d’entre nous sentons occasionnellement qu’il existe une vraie vie, un Éternel quelque chose, mais les moments où nous sentons cela sont si rares, que cet Éternel quelque chose recule de plus en plus vers l’arrière-plan, et nous apparaît de moins en moins réel.

Or pour moi, il y a une Réalité éternelle et vivante, appelez-la Dieu, immortalité, éternité ou autrement si vous le voulez.

Je tiens qu’il y a une Vie éternelle qui est la Source et le But, le commencement et la fin, encore qu’elle n’ait ni commencement ni fin, ni But, ni Apogée.

Cette Vie éternelle ne cherche pas dans son expression un résultat, un accomplissement. Elle n’a ni apogée ni but, car Elle est éternellement en Mouvement.

La Vérité réside dans le processus, et non dans la réalisation.

Il y a quelque chose d’intensément vivant, de créateur qui ne peut être décrit, parce que la Réalité échappe à toutes descriptions.

Vous ne pouvez pas connaître l’Amour Véritable par la description d’un autre, pour connaître l’Amour Réel, il faut que vous l’ayez éprouvé vous-même.

L’Amour a perdu son extase créatrice.

Il ne devient plus qu’une série de conflits qui visent la possession.

La grande tendresse de l’Amour, sa grande profondeur, sa qualité d’Éternité, sa sublimité, son extase immense et profonde sont détruites par le désir de posséder, d’obtenir.

Sans cet Amour, l’homme ressemble à un désert de sable sec, à une rivière en été, lorsqu’elle n’a plus d’eau pour abreuver ses rives.

Et pourtant peu savent aimer véritablement, car pour aimer réellement, vous devez être au-dessus de la corruption de l’Amour.

Mais nul ne peut vous décrire la Plénitude, méfiez-vous de l’homme qui essaye de décrire cette Réalité vivante.

Cette réalisation de la Vérité, de l’Éternel, n’est pas dans le mouvement du temps, lequel n’est qu’une habitude de l’esprit.

Mais si l’esprit comprend cette Plénitude de la Vie, et s’il est libre de la division du temps en passé, présent et futur, alors survient la réalisation de cette Réalité Vivante, Éternellement Présente.

Et encore, parce que nous avons divisé l’action en passé, présent et futur, parce que pour nous l’Action n’est pas complète en elle-même, mais est plutôt quelque chose qui est mis en mouvement par des mobiles, par la peur, par des guides, par la récompense et la punition, nos esprits sont incapables de comprendre la totalité dans sa continuité.

Ainsi on s’évade continuellement de l’Éternel Présent.

Ce n’est que lorsque l’esprit et le cœur sont libres de la division du Temps que l’Action véritable peut surgir.

Quand l’Action est engendrée par la Plénitude et non par la division du temps, elle est harmonieuse et est libérée des entraves de la société, des classes, des races, des religions et du désir d’acquérir.

Pour exposer la chose différemment, l’Action doit devenir vraiment individuelle.

Par action individuelle, j’entends l’action qui est engendrée par la compréhension complète, par la compréhension de l’individu, et non pas celle qui est imposée par d’autres.

L’Immortalité ne peut être comprise que dans la plénitude de notre Action individuelle, et non comme fragment d’une structure, non comme partie d’une machine sociale, politique et religieuse.

Vous devez donc éprouver l’individualité véritable avant de pouvoir comprendre Ce qui est vrai.

Tant que vous n’agissez pas de cette Source Éternelle, il doit y avoir conflit, il doit y avoir divisions et des luttes continuelles.

Chacun de nous connaît la lutte, la douleur, le conflit et le manque d’harmonie.

Ce sont là des éléments qui en grande partie constituent notre vie, et consciemment ou inconsciemment, nous essayons de leur échapper.

Peu de personnes sont conscientes de la cause profonde de leur souffrance, alors elles éprouvent le désir de fuir cette souffrance, et ce désir de fuite a créé et vitalisé nos systèmes moraux, sociaux et religieux.

Parce que nous ne sommes pas « véritablement » responsables de nos propres actes, nous créons des systèmes et des autorités pour qu’ils nous donnent des réconforts et des abris.

Cette incapacité d’affronter l’expérience dans sa plénitude crée le conflit et le désir que l’on a de s’évader.

DE LA SÉCURITÉ

Si vous considérez intelligemment vos pensées et les actes qui en découlent, vous verrez que là où se trouve le désir de fuite, il doit y avoir la recherche de la sécurité; et toutes vos actions soft basées sur le désir de sécurité.

Graduellement, cette demande de la sécurité détruit l’Intelligence véritable.

L’esprit à travers l’expérience accumule diverses sortes de systèmes d’autoprotections du « Je », de sécurités de « Je », et ces choses sont de nature à empêcher totalement l’esprit dans son processus de réajustement constant à l’Éternel Mouvement de la Vie.

L’ardent désir de sécurité, se manifeste entre autres, par la volonté d’avoir un compte substantiel en banque, une bonne position, par le désir d’être considéré comme « quelqu’un » dans la ville que l’on habite, par la lutte que l’on affronte pour obtenir des titres, des grades, et tant d’autres stupidités qui n’ont aucun sens Réel.

Ensuite, quelques-uns d’entre vous, ne sont plus satisfaits par la sécurité physique, et cherchent une sécurité d’une forme plus subtile.

C’est encore de la sécurité, mais simplement un peu moins évidente, et vous l’appelez spiritualité.

Mais je ne vois pas de différence entre les deux.

Lorsque vous êtes rassasiés de sécurité physique, ou lorsque vous ne pouvez pas l’obtenir, vous vous tournez vers la sécurité spirituelle.

Et lorsque vous vous tournez vers cette sécurité, vous vitalisez ces choses que vous appelez « religions » et « croyances spirituelles » organisées.

Parce que vous cherchez la sécurité, née de votre propre insuffisance, de votre propre vide, vous établissez une forme de religion, un système de pensée philosophique dans lequel vous êtes pris, et dont vous devenez l’esclave.

Notre inertie, notre manque de compréhension nous remettent désarmés dans les mains de « spécialistes » et de « profiteurs ».

Notre désir de sécurité, notre désir de perpétuation, d’immortalité personnelle, nous incite à rechercher des autorités qui puissent nous « promettre » cette « immortalité », et ainsi ont surgi les structures religieuse, les croyances organisées, les dogmes, le sacerdoce.

Ainsi les prêtres à travers le monde, se sont transformés peu à peu en exploiteurs.

Je dis que lorsqu’un homme est « emprisonné » dans une croyance quelconque, il ne peut connaître la Plénitude de la Vie.

Un homme qui vit pleinement, agit de cette Source dans laquelle il n’y a pas de réactions, mais seulement l’Action ; mais l’homme qui est à la recherche de la sécurité, de l’évasion, doit s’accrocher à une croyance parce que c’est d’elle, qu’il tirera son support continuel et l’encouragement à son manque de compréhension.

Mais vous n’aborderez jamais la Vie, tant que vous serez retenus dans un moule.

La Vie passera à côté de vous parce que vous avez déjà limité votre esprit par votre propre choix.

Ce n’est que lorsque vous aborderez les expériences sans barrières, que vous trouverez une joie continuelle.

Si vous avez l’Intelligence véritable, et l’intensité qu’il faut pour détruire les barrières qui vous enchaînent, vous connaîtrez par vous-même l’accomplissement de la Vie.

Mais la plupart des individus essayent de s’enfuir, ils se sont transformés en machines à habitudes.

Afin d’éviter le conflit vous créez des croyances religieuses, vous adorez une image d’une imitation que vous appelez Dieu, ou vous essayez d’oublier votre inaptitude à affronter la lutte en vous perdant vous-mêmes dans le travail, ou dans les marais d’une activité superficielle.

De cette pauvreté intérieure surgit le désir de sécurité, et pour avoir la sécurité, il doit exister une personne, une idée, une croyance, une tradition pour vous donner l’assurance de la sécurité.

Ainsi dans notre tentative de trouver la sécurité, nous érigeons une autorité…

DE L’AUTORITÉ…

Nous sommes esclaves de l’autorité que nous avons nous-mêmes créés.

Nous cherchons la sécurité au moyen de guides spirituels ou de prêtres, ou encore, nous cherchons l’autorité dans la puissance de la tradition sociale, économique ou politique.

C’est nous-mêmes, individuellement, qui avons établi ces autorités, elles n’ont pas surgi à la Vie spontanément.

Pendant des siècles, nous n’avons cessé de les établir, et nos esprits ont été mutilés, pervertis par leur influence.

Ce culte de l’autorité est pour moi la racine suprême de l’exploitation.

L’esprit est tenu en esclavage par le milieu qu’il a lui-même créé par son insatiable désir, il en résulte une peur incessante.

Partout où existe cette peur, on trouve la discipline, la contrainte exercée par des hommes sur d’autres hommes, la domination et la recherche du pouvoir que l’esprit glorifie comme une vertu divine.

Si vous réfléchissez réellement à tout cela, vous verrez que là où il y a Intelligence Véritable, il ne peut y avoir poursuite du pouvoir.

Toute vie est modelée par une peur incessante, inconsciente et par des conflits, donc par la coercition, par l’imposition de décrets et de liens que certains considèrent comme vertueux et précieux, et d’autres nocifs et funestes.

Ce sont là les freins que vous avez institués dans votre désir de vous perpétuer ; vous avez créé des autorités, et votre vie est modelée, par des obligations, de formes et de degrés divers.

L’individu qui est perpétuellement conditionné par le milieu, modelé par des règles, des lois, des principes de morale, devient de moins en moins intelligent au plus on l’écrase.

Ces freins imposés à l’individu, et qu’il appelle son milieu environnant ont pour promoteurs les charlatans et les exploiteurs de la religion, de la morale publique, de la vie politique et économique.

L’exploiteur est l’individu qui, consciemment ou inconsciemment, se sert de vous, et vous lui cédez, consciemment ou non, parce que vous ne comprenez pas vous devenez l’exploité économiquement, socialement, politiquement, religieusement — et il devient votre exploiteur.

De cette manière la vie devient une école, un cadre, un moule en acier dans lequel l’individu est battu jusqu’à en épouser la forme.

L’individu devient une simple machine, un rouage sans pensée, rigidement limité.

La vie devient une lutte, une série .de combats continuels.

Aussi a-t-on inventé cette idée fausse que la Vie est une série de leçons à apprendre, d’expériences à acquérir pour se prémunir, à l’effet de mieux pouvoir aborder la vie du lendemain — mais, avec des idées préconçues.

La vie devient une simple école, et non quelque chose dont on doit jouir, et que l’on doit vivre extatiquement, pleinement, sans peur.

Le milieu extérieur étreint l’individu, le broie dans un cadre d’objets en série, d’idées religieuses, et comme il se sent écrasé par l’extérieur il cherche à s’échapper dans un monde qu’il appelle le monde intérieur.

Naturellement quand l’esprit est dévié, perverti, moulé par le milieu extérieur, et qu’il se livre au dehors à des luttes incessantes, il espère en une tranquillité, en un bonheur, en un monde différent, et il se construit alors un romantique havre d’évasion dans lequel il cherche une compensation aux échecs et aux souffrances de l’extérieur.

Si vous devenez réellement conscient de tout ce qui précède, vous commencerez à comprendre la vraie signification du monde extérieur et du monde intérieur.

A ce moment-là existe une perception immédiate, spontanée, la Vie se trouve libérée, et l’esprit devient Intelligence véritable, il peut fonctionner d’une façon créatrice, naturelle, sans cette constante bataille.

Ainsi, l’Intelligence reconnaît les obstacles, il n’y a pas d’adaptation, seule surgit la compréhension spontanée, qui est un mode de vie naturel, simple, extatique.

L’Intelligence Véritable ne dépend ni de l’extérieur, ni de l’intérieur.

Dans cette lucidité, il n’y a pas de désir, mais la perception claire, simple, spontanée de Ce qui est vrai.

Alors surgit la Plénitude, cette richesse infinie, cette réalisation de l’Éternité qui est Dieu.

C’est une réalité, une Vérité immense et vivante, et pour la comprendre il faut une complète simplicité, une grande clarté de pensée.

Ce qui est simple est infiniment subtil. Ce qui est simple est extrêmement délicat.

Il y a une grande subtilité, une délicatesse infinie, un équilibre délicat qui n’est ni le contentement de soi, ni cet incessant effort engendré par le désir de réussir, d’accomplir.

Dans cet équilibre délicat réside la simplicité, qui n’est pas une simplicité qui consiste à n’avoir que peu de vêtements ou de possessions.

Ce n’est pas de cette simplicité là que je parle — qui n’est qu’un aspect grossier de la Vraie Simplicité — mais de celle qui est engendrée par cette délicatesse de pensée dans laquelle n’existe ni satisfaction, ni stagnation, mais simplement l’extase suprême de vivre pleinement le Présent Infini.

Dans cette extase se trouve le mouvement vivant de la vérité, qui est une Vie sans cesse créatrice.

J. KRISHNAMURTI