La Nausée est un roman fondateur de l’existentialisme, dans lequel Jean-Paul Sartre met en scène Antoine Roquentin, un homme confronté à l’absurdité de l’existence. À travers son journal intime, Roquentin décrit un malaise profond face au monde qui l’entoure.
"C'est venu à la façon d'une maladie, pas comme une certitude ordinaire, pas comme une évidence. Ça s'est installé sournoiseusement, peu à peu."
C'est étrange de voir à quel point nos lectures peuvent être le reflet de ce que nous sommes.
Je ne cesse de tomber sur des phrases qui s'allument comme des panneaux d'affichage, des écrans gigantesques qui ferment tous les horizons, des phrases que je ne peux éviter, qui sont comme des phares sur l'océan, des alertes sur les dangers.
"L'essentiel est sans cesse menacé par l'insignifiant." René CHAR
Voilà la raison de ma nausée.
Je n'ai pourtant pas cherché ses phrases, je lisais le livre de Sorj Chalendon " Le livre de Kells".
"Ce n’est pas seulement son récit personnel qu’il retrace ; c’est celui d’une jeunesse en quête d’idéaux, opposée aux injustices, et d’une époque qui pourrait paraître surannée désormais, où l’on rêvait encore de révolution et d’égalité sociale. Et comme ses titres précédents, c’est le genre de livre qui ébranle et qu’on n’oublie pas."
Lire la critique sur le site : LaPresse
Révolution et égalité sociale, des thèmes récurrents dans les années 1970. Est-ce que ces mouvements de contestation, parfois violents, ont abouti ? Non, rien, le néant. Que celui ou celle qui pense qu'aujourd'hui, l'égalité est plus profonde qu'il y a trente, quarante ou cinquante ans vienne m'en donner les raisons.
Cette révolte, aujourd'hui, quelle forme devrait-elle prendre ? Pour quelle cause ? Celle de la planète, celle du Vivant. Mais les 17 000 jeunes qui se sont regroupés dans le Cher pour une rave party, pour danser, fumer, boire, être dans l'absence, dans la fuite ont-ils une idée de l'absurdité de leurs actes, sont-ils si égarés que la nausée les a totalement submergés et que le nihilisme soit devenu leur ligne de conduite ?
Ici, dans la commune, pendant le week end, les jeunes passent dans les rues en gueulant dans un mégaphone et en demandant une pièce pour financer leur prochaine soirée, c'est comme ça une fois par an. Ils ne sont pas venus jusque chez moi, trop loin des routes principales, trop isolé. Je savais pourtant bien ce que j'allais leur dire.
Quel est le sens de vos actes ?
Quelle reconnaissance espérez-vous ?
Quelle image acceptez-vous de donner de vous-mêmes ?
"Si vous ne savez pas quoi faire, si vous n'avez aucune idée de ce qui pourrait avoir du sens, je vous emmène dans les gorges de la Daronne pour reconstruire le gué qui a été emporté par les crues de l'automne dernier et qui coupe le chemin de randonnée et oblige les randonneurs à se déchausser pour traverser le cours d'eau. Et puis ensuite, vous venez avec des machettes et on va débroussailler le chemin de Maurins qui disparaît sous la végétation, tronçonner les arbres qui sont tombés en travers, refaire le balisage, rénover les panneaux et puis ensuite on ira désherber le terrain de boules du hameau et poncer et repeindre les tables et les bancs et on organisera un tournoi avec les Anciens et puis ensuite, on ira nettoyer les abords du cimetière où des abrutis ont pris l'habitude de venir jeter leurs déchets et on mettra un panneau pour prévenir les connards que le premier qui nous tombe sous la main, on videra tous les sacs poubelle dans sa bagnole et puis ensuite on organisera une journée parcours d'orientation pour les enfants de l'école primaire et puis ensuite on demandera à la mairie de faire passer le message que si des Anciens ont besoin d'un coup de main pour leur potager ou débroussailler leur terrain, on est volontaires.
Et là, quand vous verrez le regard reconnaissant des gens, vous n'aurez plus la nausée et vous arrêterez de vous perdre dans l'insignifiant."
L'essentiel n'est pas illusoire, il n'est pas insaisissable, il n'est pas réservé à des élites pensantes, il est dans les actes qui ont du sens.
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