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Un homme en colère
Par
Thierry LEDRU
Le 26/05/2026
Arthur KELLER
Un homme en colère.
En colère parce que ça fait très longtemps qu'il explique les mêmes choses et que rien ne change, fondamentalement.
Je pourrais ajouter d'ailleurs que rien ne changera volontairement, fondamentalement. C'est fini. Il faut arrêter de croire qu'on va guérir la maladie. Nous sommes la maladie et nous n'avons aucunement l'intention de nous guérir parce que cela voudrait dire que nous sommes prêts à changer, radicalement, de mode de vie. Non, ça n'arrivera, pas, pas volontairement mais ça se fera par nécessité et ça ne sera pas agréable.
C'est tout le fond de l'écriture de ma quadrilogie, le tome 4 en cours. Et je n'écris pas ça par goût, par curiosité malsaine, empli d'une tendance morbide, amusé par les descriptions de l'effondrement des civilisations. Non, vraiment pas. Je n'ai aucun plaisir à décrire une humanité dévastée. Et d'ailleurs, parfois, quand j'écris, me vient à l'esprit le visage de nos trois-petits enfants. Et là, j'arrête d'écrire, j'éteins l'ordinateur et je vais lire Krishnamurti, Prajnanpad, Desjardins, Di Mello, Eckart Tolle ou un album de "Martine à la montagne"
vues 26 mai 2026 #Keller #climat #Systémique
Dans cet extrait issu de l'Université Bretagne Sud, Arthur Keller, spécialiste renommé des vulnérabilités systémiques et des stratégies de résilience, livre un diagnostic implacable sur la crise écologique actuelle. Il démontre avec méthode pourquoi la transition énergétique et l'énergie décarbonée restent dérisoires si l'on refuse de traiter la véritable maladie de notre civilisation, à savoir une machine globale qui convertit la nature en déchets. Un décryptage systémique indispensable pour comprendre les limites des solutions médiatiques et faire la distinction cruciale entre les simples symptômes environnementaux et le dérèglement global de notre biosphère.
Départ : 4 heures du matin
Par
Thierry LEDRU
Le 24/05/2026
Cinq jours de rando dans le Vercors, des coins perdus, des sentiers très peu parcourus. On dort dans le fourgon, en forêt.
J'ai des nuits parfois compliquées... Des crampes dans les deux jambes (sténose canalaire lombaire), des fourmillements constants, des douleurs dans les hanches (arthrose), bref, des nuits de m... et quand on est dans le fourgon, Nathalie en subit les conséquences. Alors, cette fois, devant l'impossibilité de dormir, on s'est fait un café et on est parti sur la rando du jour.
4 h du matin.





Montée de nuit avec la frontale, silence, le faisceau limité des lampes et puis quand on levait les yeux, l'apparition lente de la lumière, juste un voile et peu à peu l'envahissement du ciel, le retrait de la nuit, le passage lent vers l'apparition du soleil. On a remonté un long couloir rocheux et on est arrivé au col avant que le soleil n'émerge. On a suivi les crêtes vers le point haut du jour.
Bien évidemment, on était les premiers au sommet et là, trois bouquetins nous regardaient, surpris sans doute, de voir du monde aussi tôt dans la journée; Ils sont partis tranquillement dans les pentes.
Une belle journée.





Yuka dans un roman.
Par
Thierry LEDRU
Le 17/05/2026
Celles et ceux qui lisent ce blog depuis plusieurs années déjà se souviendront de l'épisode douloureux de Yuka, le chien de notre fille. J'avais roulé sur lui avec le fourgon.
Yuka est toujours vivant et toujours empli de la joie de vivre. Je sais tout ce qu'il m'a enseigné. J'avais l'occasion ici d'en faire part, de le raconter dans un roman.
TERRE SANS HOMMES
CHAPITRE 28
« Le Cap Horn, Francis. »
Une immense pointe rocheuse, des falaises gigantesques plongeant dans les flots, un sommet comme un promontoire en bout de terre, découpant le ciel bleu. L’impression d’une île flottante résistant aux courants, juste posée sur la mouvance. Soleil rasant qui effleurait l’immensité et la peignait d’un vert sombre, des vaguelettes couraient dans le sens du voilier comme des animaux jouant avec un inconnu, curieux, amusés ou incrédules. De contempler la terre et les roches, de deviner la végétation rase, d’imaginer les arbustes recroquevillés, ils en humaient les effluves, les parfums mêlés de l’iode et de l’humus, de l’écume et de l’herbe mouillée. Des oiseaux marins les suivaient en bandes, comme des enfants attirés par un spectacle imprévu.
« On passe le Cap Horn comme on ferait une petite balade tranquille, petite risée, vent arrière, pique-nique au soleil. »
Ils avaient enfilé les vestes chaudes davantage par respect pour le lieu que par nécessité.
« Oui, Tim, je sais, ça n’existe pas. Mais en fait, tout ce qui se passe depuis des mois n’était pas censé exister, même si les gens comme toi pensaient en avoir imaginé l’exact déroulement. Finalement, ce beau temps n’est jamais qu’un élément supplémentaire.
-Oui, tu as raison, c’est exactement ça, comme si maintenant, le monde que nous avons connu avait basculé dans une version irrationnelle parce que nous, les humains, nous sommes irrationnels envers la planète depuis des siècles.
-Nous sommes la Terre et la Terre est ce que nous sommes.
-On en revient toujours à ça désormais.
-Et donc, il est impossible de prévoir la suite et tout ce que toi et tes confrères survivalistes avaient anticipé tombe dans le néant. On ne sait rien de ce qui peut arriver.
-Et ça n’est pas pour me rassurer.
-Attends, Tim, tu te rends compte de ce que tu me dis ? Tu es inquiet non pas que le chaos que tu envisageais soit arrivé mais que son extension ne réponde pas à tes anticipations. Mais est-ce que c’était vraiment possible de tout prévoir, d’identifier chaque événement, de cartographier le chaos, est-ce que ça n’est pas une forme de prétention, peut-être même un défaut d’esprit cartésien de se dire que tout peut être planifié, même quand il s’agit d’un basculement planétaire ? »
Tim le fixa quelques instants.
« Là, tu me touches en plein cœur, camarade. Et je t’en remercie. Je t’ai pourri la vie à chaque fois que tu voulais connaître la suite et maintenant, c’est moi qui m’inquiète et tu as raison, c’est uniquement parce que ça ne répond plus du tout à ce que j’envisageais et tu as raison de dire que c’est complètement con de vouloir identifier la suite alors que plus rien ne ressemble à rien. On vogue sur l’inconnu.
- Ah, oui, c’est ça on vogue sur l’inconnu. »
Ils scrutèrent encore le cap, cette terre dont ils n’avaient pas vu la moindre parcelle depuis leur départ, cette terre sur laquelle ils ignoraient tout des événements passés, de ceux en cours et de ceux à venir. Franchir ce cap mythique ne les combla aucunement parce qu’ils n’étaient pas des marins, ils n’étaient pas en course, ils n’étaient pas en voyage, ils étaient deux êtres ignorant tout, n’ayant plus aucun repère, aucune référence, aucune projection fiable, ils n’étaient que deux hommes poussés par le vent, être là ou ailleurs ne changeait rien car où qu’ils puissent être, ils ne pouvaient s’en contenter, ni même s’en réjouir, rien ne serait jamais fini, tout resterait incertain, la seule chose dont ils puissent s’assurer de la réalité, c’était la vie en eux, le souffle de leurs poumons, le battement de leur cœur. Se réjouir du moment, de l’instant unique, rejeter tout le reste, le passé, demain, l’heure suivante. Être là, simplement. Il n’y avait aucune joie, aucune euphorie, aucun enthousiasme, aucune inquiétude, aucune appréhension, aucune peur, rien, juste la sérénité et l’un comme l’autre n’en avait encore jamais exploré à ce point la profondeur.
« C’est dans le chaos que le saisissement intégral de l’instant devient possible. »
Tim regarda intensément Francis, comme s’il avait besoin de temps pour réaliser ce que son compagnon révélait.
« J’ai pensé un certain temps que tu étais un brave gars un peu con. Ben, maintenant, Francis, tu vois, je suis heureux d’entendre tout ce que tu me donnes. Moi aussi, j’ai eu de la chance de tomber sur toi. »
C’est dans l’après-midi que Tim s’aperçut que la ligne qui courait derrière le bateau était agitée de soubresauts. Il sortit un cabillaud, une belle pièce qu’il s’appliqua à tuer sitôt tombée sur le pont.
« Poisson frais pour ce soir avec une boîte de petits-pois.
-Je te laisse le vider, j’en suis incapable.
-Eh bien, tu vas apprendre mon gars, » répliqua Tim.
Il descendit dans la cabine et revint avec une planche à découper, un couteau et une paire de ciseaux.
« Passe moi la barre et suis les consignes. »
Couper les nageoires au ciseau, écailler, entailler depuis l’anus, retirer les intestins, écarter les branchies, sortir les organes, découper au couteau les filets en suivant l’arête centrale.
Francis leva la tête une fois le travail achevé, fier de lui. Tim leva un pouce.
« Maintenant, tu gardes précieusement les abats pour appâter des congénères, tu descends à la cuisine, tu les fais frire et tu m’amènes ça. »
Ils mangèrent en contemplant le coucher du soleil sur les montagnes de la terre de feu.
« Tu sais qu’on est des privilégiés ? Tu en as conscience ?
-Ouais, Tim, ça fait un moment que je le sais. On ne sait rien de l’état du monde humain et on peut juste supposer que c’est un sacré merdier. Et nous, on mange du poisson frais en admirant les lieux, sans aucun risque, peinard, là où beaucoup, avant que tout parte en vrille, auraient pensé qu’on est en danger dans des endroits infréquentables. L’inversion du ressenti est impressionnant. Et d’ailleurs, on peut se dire que si on arrive un jour sur les côtes françaises, ce qu’on va découvrir pourrait nous faire regretter le Cap Horn et les océans.
-C’est possible, effectivement. Et pourtant, c’est toujours ce que je veux faire.
-Tu veux t’arrêter sur une île habitée comme tu m’avais dit ou tu laisses tomber ?
-Non, j’ai laissé tomber l’idée parce qu’on n’a aucune idée de ce qu’on va trouver, ni même si on nous laissera accoster et je n’ai pas envie de prendre de risques. On file vers la France et on verra une fois sur place. C’est là-bas que je veux voir où ça en est. Aux Malouines ou sur d’autres îles, ça ne m‘intéresse pas et on n’a aucune obligation. Pour la bouffe, ça tiendra, le dessalinisateur fonctionne à merveille, on n’a rien cassé sur le bateau. J’ai bossé les cartes et je pense que le mieux, c’est l’île de Ré et de là, si on peut rejoindre le continent, on traverse tout droit jusqu’à la Savoie.
- Et comment ? Tu imagines bien qu’il n’y a pas de bus, pas de train, pas d’avion. Une bagnole, peut-être mais faut de l’essence. Est-ce qu’il y aura de l’essence ?
-Des vélos. Des petites routes, huit cents kilomètres, une douzaine de jours, sur l’île de Ré, on trouvera deux vélos.
-T’es vraiment dingue, toi, j’adore. »
Tim avait pris le premier quart de nuit. À tourner en boucle les paroles de Francis. Est-ce que d’avoir passé un temps infini à anticiper le futur, il en avait oublié de vivre ? Est-ce que d’avoir maudit le drame de son passé, il en avait oublié d’être là ? Il pensa soudainement au chien de Taylor, un ami scientifique. En reculant avec son fourgon, Taylor avait roulé sur son chien. Un accident inexplicable. Le lien entre lui et ce chien était au-delà du vécu habituel, une sorte de couple, une fusion, une proximité de cœur ou d’âme mais en tout cas, Taylor s’en était voulu à un point que personne ne pouvait imaginer. Le chirurgien à la clinique vétérinaire avait dit qu’il fallait piquer l’animal, qu’il ne s’en sortirait pas sans séquelles et Taylor avait refusé, il avait demandé l’opération, ou plutôt les opérations, le bassin à reconstituer, la peau nue, les poils rasés, des cicatrices qu’il fallait surveiller. Le chien avait survécu. Taylor l’emmenait avec lui au travail, il avait fabriqué un chariot, le chien incapable de marcher plus de dix mètres. Un beau chien, puissant, plein de vie et là, il se souvenait d’un animal diminué, éteint, en sursis. Des semaines d’incertitudes puis des semaines de rééducation. Taylor avait peur que son chien lui en veuille. Et le chien l’aimait toujours autant. Il n’était plus aussi agile, une santé plus fragile, des effets secondaires mais le chien l’aimait toujours autant. Et un soir où Taylor l’avait invité chez lui, il lui avait donné l’explication, il avait compris. Le chien était là, présent, dans une totale captation de l’instant, aucunement désespéré des courses devenues impossibles, des jeux avec la balle, des sommets avec son maître. Aucun attachement au passé, aucune projection dans l’avenir. Prendre ce qui est et s’en réjouir. Et lui qui se croyait maître de ses pensées et de ses émotions, maître de ses choix et de ses décisions ne vivait en réalité que dans la rage pour ce passé qui avait emporté Aurore et leur enfant et la rage pour ce futur empoisonné par une humanité dévorante.
Jamais là.
Il avait vu la récupération du chien, son retour progressif à une vie de chien, les balades, les jeux avec la balle, les sorties en montagne avec son maître, le regard pétillant, les yeux brillant d’amour.
Et lui avait vécu avec la tristesse, la détresse, l’abattement et la haine pour les tueurs, il avait renié toute joie, comme un hommage pour Aurore, comme s’il devait avoir honte d’être en vie, comme s’il devait pourrir sur pied contre le corps mort de la femme de sa vie. Il avait souhaité la disparition des vivants parce que lui-même refusait de l’être.
Le chien de Taylor avait saisi chaque pas comme une victoire et s’était nourri de la joie qu’il en retirait. Et lui avait saisi chaque donnée de ses recherches, chaque information sur l’atteinte à la planète pour valider son attachement morbide au passé et son impatience à voir advenir ce futur dévastateur dont il rêvait.
Il regarda les étoiles et la teinte bleutée de la nuit. Des myriades de lumières si lointaines qu’il était impossible d’en réaliser les distances. Des privilégiés, avait dit Francis. Le privilège d’être en vie. Mais il ne suffisait pas d’en avoir conscience, encore fallait-il en user.
Il ajusta le réglage des voiles et finit de boire sa tasse de café. Il repensa à sa maison dans les bois, ce refuge qu’il avait orchestré et qui n’était finalement qu’une tombe à l’image de l’existence dans laquelle il s’était cloisonné. Le chaos était une délivrance, un envol, une renaissance et non une fin.
Lorsque Francis le rejoignit pour prendre son quart, il vit dans le regard ébahi de son compagnon le reflet des étoiles.
La chrysope aux yeux d'or
Par
Thierry LEDRU
Le 16/05/2026
"Au coeur de l'Atlantique tourmentée de mon être, il m'arrive de jubiler dans un calme muet, tandis que les planètes néfastes gravitent sans fin autour de moi sans toucher la place profonde et intime où baigne l'étincelle de ma joie."
Herman MELVILLE "Moby Dick"
Quel est le lien entre cette phrase et un article sur un insecte ?
J'en ai trouvé une ce matin contre la vitre de la véranda, je l'ai regardée longuement puis j'ai ouvert le panneau.
Et l'étincelle de ma joie rayonnait et les planètes néfastes avaient disparu.
Les larves ne vont pas tarder à éclore et les pucerons qui se régalent des fèves du potager vont avoir quelques soucis. Equilibrage naturel du rapport de forces.
La chrysope verte, un insecte auxiliaire à protéger
https://www.detentejardin.com/petite-faune/tous-les-insectes/la-chrysope-verte-un-insecte-auxiliaire-a-proteger-1047000
Très utile au jardin comme dans la véranda pour réguler les pucerons et les cochenilles - © Adobestock
Publié le 11 févr. 2024 par Armelle Robert
La chrysope verte est un petit insecte volant nocturne dont la larve fait parler d'elle dans la lutte biologique contre les parasites du jardin. Vorace, elle dévore jusqu'à 500 pucerons pendant son développement. Adulte, elle joue un rôle important dans la pollinisation.
Portrait de la chrysope verte ou Chrysoperla carnea
La chrysope verte ou Chrysoperla carnea (anciennement Chrysopa carnea) est une espèce d'insecte faisant partie de la famille des Chrysopidae (qui signifie en grec "à œil d'or" ) et de l'ordre des Névroptères. On l'appelle communément tantôt demoiselle aux yeux d'or (ou mouche aux yeux d'or) tantôt lion des pucerons (ou loup des pucerons).
Le mince corps de l'insecte adulte mesure entre 10 et 15 mm tandis que ses ailes translucides, irisées et finement nervurées atteignent 25 mm. La tête de la chrysope se caractérise par des yeux globuleux à reflets dorés, de longues et fines antennes et des fortes mandibules. Nervures et corps sont d'une couleur vert vif qui vire au rose en automne rendant la chrysope plus discrète dans son abri hivernal. Cette couleur verte et la finesse des ailes évoquent une libellule miniature.

© Adobestock
Des œufs à l'insecte vert, le cycle de vie de la chrysope verte
Dès le mois de février/mars ou au premier redoux du printemps, les femelles des chrysopes pondent leurs œufs, une vingtaine par jour pendant près d'un mois, sur des feuilles à proximité de proies potentielles qui assureront la nourriture des futures larves. Les œufs de chrysope, d'environ 2 mm, elliptiques et verdâtres, sont curieusement positionnés à l'extrémité d'un pédoncule fin et muqueux sécrété par la femelle, les préservant ainsi des prédateurs et des larves de chrysopes.

© Adobestock
Une à deux semaines plus tard, les œufs devenus bruns à maturité donnent naissance aux larves de chrysope. De 7 à 10 mm de long au 3e et ultime stade larvaire, elles évoquent un crocodile brun-jaune marqué d'une bande centrale crème entourée de deux bandes rouge-brun. Les larves, très voraces, sont pourvues de mandibules acérées et proéminentes permettant d'agripper et de perforer leurs proies pour y injecter du venin et des sucs digestifs. Ces sucs liquéfient l'intérieur de la proie que la larve de chrysope vient ensuite aspirer goulument! Les larves sont bien dissimulées sous des débris végétaux et des proies consommées.

© Adobestock
Après le stade larvaire, vient le stade nymphal qui dure 1 à 2 semaines. La nymphe qui patiente au sein de son cocon soyeux collé sur un rameau ou une feuille jusqu'à ce que l'insecte adulte sorte de ce cocon après lente découpe d'un opercule. Rapidement, les femelles fécondées vont assurer les premières pontes...
Selon la température et la lumière du jour, il faut entre 3 semaines et deux mois pour que la chrysope verte effectue son cycle complet de développement. La vie des dernières chrysopes vertes de la saison est toutefois plus longue car elles passent l'hiver à l'état adulte, tandis que de nombreuses espèces de chrysopes passent l'hiver au stade nymphal. Selon les années, il peut se succéder 2 à 3 générations de chrysopes vertes (jusqu''à 4 en climat doux).
Où vit la chrysope verte ? Le point sur son habitat
L'habitat de la chrysope verte varie selon le moment de l'année. A la belle saison, œufs, larves et adultes apprécient la végétation sèche et exposée aux rayons du soleil : herbes hautes, arbustes, arbres ...Pendant l'hiver, la chrysope cherche des lieux sombres et préservés des précipitations: abris de jardin, tas de bois et de feuilles mortes, greniers, hangars.

© Adobestock
Insecte nocturne, la chrysope échappe à la prédation de nombreux oiseaux et araignées, mais elle est la proie de son ennemi naturel, la chauve-souris, surtout si un lampadaire l'attire dans son halo lumineux. Heureusement pour elle, elle est dotée d'un système émetteur/récepteur d'ultra-sons à la base des ailes lui permettant d'esquiver le plus souvent son attaque.
Est-ce que la demoiselle aux yeux d'or se repère à ses piqûres ?
La chrysope verte est du genre discret. On ne la repère pas à ses piqûres car elle est totalement inoffensive pour l'humain. Si sa larve est carnassière, l'insecte se nourrit de pollen, nectar et miellat. Il est visible de mai à septembre au crépuscule ou la nuit. Son vol est maladroit malgré ses ailes élégantes. Si on touche une chrysope, on peut constater qu'elle diffuse une odeur désagréable grâce à des glandes sécrétrices activées par la menace.
D'autres chrysopes
Il existe de nombreuses espèces de chrysopes qui appartiennent au genre Chrysopa et non Chrysoperla comme notre chrysope verte. Elles s'en distinguent par une apparence légèrement différente selon l'espèce et un régime alimentaire à l'âge adulte composé de proies comme au stade larvaire. Caractéristique qui les rend également intéressantes pour la lutte biologique. La chrysope verte représente dans notre pays plus d'un tiers de la population des chrysopes observées.
Chrysopa perla
Assez rarement observée en France ( < 1% des chrysopes sur le terrain), elle est aussi nommée lion des pucerons comme sa cousine la chrysope verte. Elle s'en distingue par des ailes nervurées de noir et des taches noires sur le corps. Sa larve est brun ocre.

Chrysopa perla © Adobestock
Chrysopa pallens
Plutôt rare également (5% des chrysopes observées), Chrysopa pallens, la chrysope pâle ou chrysope des haies se reconnaît à sa grande taille > 30 mm et sa tête marquée de plusieurs taches noires (après observation minutieuse).

Chrysopa pallens © Adobestock
Quel est le rôle de la chrysope verte au jardin ?
La chrysope verte a un rôle d'auxiliaire du jardinier car sa larve se nourrit de nombreux parasites. Ainsi, elle régule les populations de ravageurs, permettant de se passer de produits phytosanitaires même bio ou des méthodes de grands-mères aux effets pas toujours maîtrisés. A l'âge adulte, la chrysope verte participe à la pollinisation quand elle butine en quête de pollen et de nectar. Elle augmente la production de fruits et de légumes au potager et au verger.
Lutte contre la cochenille, le puceron, la pyrale...
La larve de chrysope verte (et des autres chrysopes) est friande des œufs, des larves et des adultes d'arthropodes, un vaste embranchement comprenant des animaux au corps segmenté, couvert d'une cuticule ou d'une carapace. Elle dévore ainsi pucerons, cochenilles farineuses, chenilles dont celles de la redoutable pyrale, acariens ( araignées rouges), aleurodes, thrips... Elle peut dévorer plusieurs centaines de pucerons au cours de son évolution.

© Adobestock
La chrysope verte est notamment utilisée dans la lutte biologique contre la cochenille noire de l'olivier.
Chrysope ou coccinelle, meilleur auxiliaire ?
La chrysope verte est l'auxiliaire complémentaire de la coccinelle. Même si elle consomme moins de pucerons que la coccinelle qui en consomme sous forme larvaire et adulte, elle démarre son activité plus tôt dans la saison. En effet, les chrysopes supportent mieux la fraîcheur printanière et permettent de limiter les population de ravageurs et ainsi de prévenir leur infestation. Elles ont un beau rôle à jouer dans les cultures maraîchères précoces en champ ou sous abri.
Le trio de choc des auxiliaires indigènes du jardin: coccinelle, chrysope et syrphe ceinturé ( Episyrphus balteatus)
Comment attirer les chrysopes ?
En laissant pousser des herbes folles parsemées de fleurs mellifères et nectarifères choisies aux quatre saisons, pour assurer des sources de nourritures aux adultes qui viendront pondre. La chrysope verte apprécie les ombellifères (carotte sauvage, aneth, fenouil, achillée) mais aussi la bourrache, l'échinacée, le chèvrefeuille, le lierre, le framboisier, le pissenlit.
En plantant une haie mélangée qui assurera un abri au sec en hiver aux adultes et de la nourriture à la belle saison.
Les chrysopes sont sensibles aux produits phytosanitaires même bio, préservez-les en proscrivant leur emploi.
Abri à chrysopes
il en existe des tout prêts dans le commerce mais il est possible d'aménager aux chrysopes adultes un logis pour l'hiver avec une simple boîte en bois bien sec, percé de quelques trous de 15 mm faits à la perceuse. Remplissez-le de paille ou de fins rameaux issus des tailles faites en automne. Suspendez ce nichoir en fin d'été dans un arbre en positionnant les ouvertures plein sud.
Acheter des chrysopes
Les larves de chrysopes vertes ont une action curative sur les premières colonies de parasites. Elles sont commercialisées à leur tout premier stade larvaire (elles sont alors moins voraces). Elles ont été élevées dans des insectariums et nourries avec des œufs de teigne de farine. La période optimale pour un lâcher au jardin est d'avril à juin même si c'est encore possible jusqu'en fin d'été. Cette période s'étend à toute l'année sous serre chauffée, dans la véranda ou la maison.
Comment utiliser les larves de chrysopes ?
Prévoyez 50 larves par m² parasité, un deuxième lâcher 15 jours après en cas de forte infestation et des boîtes de lâcher pour les plantes les plus hautes. La commande est généralement expédiée la semaine suivante. Si vous ne pouvez lâcher les larves tout de suite pour cause de précipitations, placez-les au frigo dans le bac à légumes au maximum 2 jours. N'essayez pas de voir les larves, elles sont camouflés dans de la cosse de sarrasin ou du carton alvéolé. Saupoudrez-les ou placez le carton sur les plantes parasitées mais sans présence de fourmis. Ces dernières les empêcheraient de nuire aux pucerons qui les nourrissent de leur miellat. Attention, si les sources de nourriture manquent, la larve de chrysope passe au mode cannibale.
"Your life is your life"
Par
Thierry LEDRU
Le 15/05/2026
L'autre texte musical que j'écoute de temps en temps. Je sais quand j'en ai besoin.
Pour la musique, la voix, les paroles de Bukowski.
Parfois, quand je me couche le soir et que je ne trouve pas l'interrupteur des pensées, je me récite la première phrase et je m'endors, paisiblement.

Artiste : Charles Bukowski
The Laughing Heart
Your life is your life Ta vie c'est ta vie
don't let it be clubbed into dank submission. Ne la laisse pas se faire matraquer par une froide soumission.
Be on the watch. Sois sur tes gardes.
There are ways out. Il y a des issues.
There is a light somewhere. Il y a une lumière quelque part.
It may not be much light, Peut-être qu'elle éclaire peu
but it beats the darkness. Mais elle bat l'obscurité.
Be on the watch. Sois sur tes gardes.
The gods will offer you chances. Les dieux vont t'offrir une chance.
Know them. Rencontre-les
Take them. Prends-les.
You can't beat death, but Tu ne peux pas battre la mort, mais
you can beat death in life, sometimes. tu peux battre la mort dans ta vie, parfois.
And the more often you learn to do it, Et plus tu apprends à le faire,
the more light there will be. Plus il y aura de la lumière.
Your life is your life. Ta vie c'est ta vie.
Know it while you have it. Sache-le tant que tu es en vie.
You are marvelous. Tu es merveilleux.
The gods wait to delight Les dieux attendent de se délecter
in you. en toi.
Il reste une braise
Par
Thierry LEDRU
Le 14/05/2026
Revenir vers l'intimité, vers le coeur, l'âme, l'intérieur, abandonner les visions qui abîment, méditer, retrouver la braise sous les cendres, souffler dessus et se réjouir de son éternité.
Traduction des paroles de la chanson : Sit Around The Fire -
Jon Hopkins, Ram Dass, East Forest

Date de sortie :11.11.2021
Sit Around The Fire (original)Sit Around The Fire (traduction)
Beyond all polarities / Au-delà de toutes les polarités
I am / Je suis
Let the judgments and opinions of the mind / Laissez les jugements et les opinions de l'esprit
Be judgments and and opinions of the mind / Soyez des jugements et des opinions de l'esprit
And you exist behind that / Et tu existes derrière ça
Ah so / Ah donc
Ah so / Ah donc
It’s really time for you to see through the absurdity of your own predicament / Il est vraiment temps pour vous de voir à travers l'absurdité de votre propre situation
You aren’t who you thought you were / Vous n'êtes pas celui que vous pensiez être
You just aren’t that person / Tu n'es juste pas cette personne
And in this very lifetime / Et dans cette vie même
You can know it / Tu peux le savoir
Right now / Tout de suite
The real work you have to do / Le vrai travail que vous avez à faire
Is in the privacy of your own heart / Est dans l'intimité de votre propre cœur
All of the external forms are lovely / Toutes les formes externes sont ravissantes
But the real work / Mais le vrai travail
Is your inner connectionEst-ce votre connexion intérieure
If you’re quiet when you meditat / Si vous êtes silencieux lorsque vous méditez
If you truly open your heart / Si vous ouvrez vraiment votre cœur
Just quiet your mind / Calme juste ton esprit
Opn your heart / Ouvre ton coeur
Quit the mind, open the heart / Quitte l'esprit, ouvre le coeur
How do you quiet the mind? / Comment apaiser l'esprit ?
You meditate / Vous méditez
How do you open the heart? / Comment ouvrez-vous le cœur ?
You start to love that which you can love / Vous commencez à aimer ce que vous pouvez aimer
And just keep expanding it / Et continuez simplement à l'étendre
You love a tree / Vous aimez un arbre
You love a river / Vous aimez une rivière
You love a leaf / Vous aimez une feuille
You love a flower / Vous aimez une fleur
You love a cat / Vous aimez un chat
You love a human / Vous aimez un humain
But go deeper and deeper / Mais allez de plus en plus profondément
Into that love / Dans cet amour
Til you love that / Jusqu'à ce que tu aimes ça
Which is the source of the light behind all of it / Quelle est la source de la lumière derrière tout cela
Behind all of it / Derrière tout ça
You don’t worship the gate / Vous n'adorez pas la porte
You go into the inner temple / Tu vas dans le temple intérieur
Everything in you / Tout en toi
That you don’t need / Dont tu n'as pas besoin
You can let go of / Vous pouvez lâcher prise
You don’t need loneliness / Tu n'as pas besoin de solitude
For you couldn’t possibly be alone / Car tu ne peux pas être seul
You don’t need greed / Vous n'avez pas besoin de cupidité
Because you already have it all / Parce que vous avez déjà tout
You don’t need doubt / Vous n'avez pas besoin de douter
Because you already know / Parce que tu sais déjà
The confusion is saying / La confusion dit
«I don’t know»" / Je ne sais pas"
But the minute you are quiet / Mais à la minute où tu es calme
You find out that in truth / Vous découvrez qu'en vérité
You do know / Vous savez
For in you / Car en toi
You know / Tu sais
Plane after plane will open to you / Avion après avion s'ouvrira à vous
I want to know who I really am / Je veux savoir qui je suis vraiment
As if in each of us / Comme si en chacun de nous
There once was a fire / Il était une fois un incendie
And for some of us / Et pour certains d'entre nous
There seem as if there are only ashes now / Il semble qu'il n'y ait que des cendres maintenant
But when we dig in the ashes / Mais quand nous creusons dans les cendres
We find one ember / Nous trouvons une braise
And very gently we fan that ember / Et très doucement nous attisons cette braise
… blow on it… / souffler dessus
… it gets brighter… / elle devient plus lumineuse
And from that ember we rebuild the fire / Et à partir de cette braise, nous reconstruisons le feu
Only thing that’s important is that ember / La seule chose qui compte, c'est cette braise
That’s what you and I are here to celebrate / C'est ce que vous et moi sommes ici pour célébrer
That though we’ve lived our life totally involved in the world / Que même si nous avons vécu notre vie totalement impliqué dans le monde
We know / Nous savons
We know that we’re of the spirit / Nous savons que nous sommes de l'esprit
The ember gets stronger /La braise devient plus forte
Flame starts to flicker a bit / La flamme commence à vaciller un peu
And pretty soon you realize that all we’re going to do for eternity / Et très vite tu réalises que tout ce que nous allons faire pour l'éternité
Is sit around the fire / C'est s'asseoir autour du feu.
La nuit.
Par
Thierry LEDRU
Le 12/05/2026
Voilà ce dont nous rêvions comme lieu de vie.
Un très grand terrain, isolé.
La nuit noire, l'absence de lumières artificielles, le silence et le chant des oiseaux.
L'enfer en mer
Par
Thierry LEDRU
Le 10/05/2026
Plus le vivant se raréfie, plus "l'intelligence" de l'homme lui donne des idées pour piller encore davantage. C'est une fuite en avant et c'est "légal". Si les gouvernements et l'union européenne laissent faire, c'est bien que l'argent est plus puissant que tout. Car il ne s'agit bien que de ça.
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Dans l'actu
112 mètres de long et 400 tonnes de poissons pêchées par jour : un nouveau «navire de l’enfer» mis à l’eau en mer du Nord
https://vert.eco/articles/112-metres-de-long-et-400-tonnes-de-poissons-pechees-par-jour-un-nouveau-navire-de-lenfer-mis-a-leau-en-mer-du-nord
Chalute des classes. Inauguré ce vendredi à IJmuiden (Pays-Bas) par le géant de la pêche Parlevliet & van der Plas, l'Annie Hillina risque d'aggraver la surpêche dans les eaux européennes. L'association de défense de l'océan Bloom a prévu une manifestation sur place.
08/05/2026
Par Esteban Grépinet
Sur la côte d’Opale, dans le nord de la France, un bateau de pêche artisanale remonte en moyenne 30 à 40 tonnes par an. Bientôt, ces petites embarcations pourraient voir arriver un nouveau mastodonte dans leurs eaux : l’Annie Hillina, capable de capturer 400 tonnes… en l’espace d’une journée. «Ils vont faire en un jour ce que nous débarquons sur dix ans», déplore Stéphane Pinto, ancien fileyeur et vice-président du Comité régional des pêches des Hauts-de-France.

Inauguré le 8 mai aux Pays-Bas, l’Annie Hillina peut remonter 400 tonnes de poissons par jour. © DR
Ce gigantesque chalutier est inauguré ce vendredi à IJmuiden (Pays-Bas, à une quarantaine de kilomètres d’Amsterdam) par le groupe Parlevliet & van der Plas, l’un des cinq géants néerlandais qui dominent la pêche industrielle en Europe (notre article). Avec 111,5 mètres de long et 21 mètres de large, ce navire-usine fait frémir depuis plusieurs jours pêcheur·ses et organisations de protection de l’environnement.
«Fuite en avant technologique»
Prévu pour remonter 60 000 tonnes de poissons à l’année, l’Annie Hillina égale un autre géant des mers, jusque là connu comme le plus grand chalutier au monde : l’Annelies Ilena. En service depuis les années 2000, ce dernier est lui-aussi possédé par la société Parlevliet & van der Plas.
Le tout nouveau bateau de l’entreprise néerlandaise «incarne une fuite en avant technologique mise au service de la destruction de l’océan et de la pêche artisanale», dénonce l’association de défense de l’océan Bloom. Ce «navire de l’enfer», comme le surnomme l’ONG, «s’est déjà vu octroyer des autorisations de pêche pour toute une batterie d’espèces déjà surexploitées».
L’Annie Hillina doit pêcher des poissons fourrages, ces petites espèces en bas de la chaîne alimentaire marine : maquereau, sardine, hareng, chinchard, ou encore merlan bleu. Plusieurs de ces animaux sont pourtant surpêchés dans les eaux européennes (notre article). Les scientifiques appellent par exemple à diviser par quatre les prises de maquereaux dans l’Atlantique nord – une recommandation que n’a finalement pas suivi l’Union européenne, qui a acté en mars dernier une baisse de seulement 48% des captures.
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«Il y a quelque chose qui m’échappe» dans la stratégie de Parlevliet & van der Plas, témoigne Laëtitia Bisiaux, responsable de la campagne pêche industrielle à Bloom. Je ne comprends pas comment ils peuvent investir 80 millions d’euros dans un système contraint par des quotas en baisse avec l’effondrement des poissons, et avec des prix du carburant qui explosent.»
La militante n’hésite pas à soupçonner le groupe de «fraudes», rappelant par exemple que l’un des chalutiers géants dont il a la gestion avait été condamné en 2012 à 595 000 euros d’amende en France pour avoir pêché illégalement plus d’un millier de tonnes de poissons.
Bientôt dans les eaux françaises ?
Bien que sous pavillon des Pays-Bas, l’Annie Hillina dispose de droits pour pêcher dans les eaux françaises, au large de la Normandie et des Hauts-de-France. «En novembre-décembre, ces chalutiers aspirent la zone et mettent à blanc toute la zone côtière, c’est un vraie concurrence déloyale pour les petits pêcheurs», dénonce Laëtitia Bisiaux. «Il y a une répercussion sur la ressource, mais aussi sur la cohabitation entre les métiers, complète Stéphane Pinto. Nous subissons aussi les interdictions de pêche dans les zones anglaises, et on réduit l’espace maritime tout en augmentant la pression sur la ressource avec des navires de plus en plus gros.»
L’annonce de la mise à l’eau de ce nouveau chalutier géant est accueillie froidement par le monde de la pêche française. «N’importe quel pêcheur ne veut plus de ces bateaux usines qui pêchent beaucoup trop, a par exemple réagi Olivier Leprêtre, président du Comité régional des pêches des Hauts-de-France, dans Ouest France. La pêche artisanale fait vivre beaucoup de monde à terre, ces chalutiers épuisent la mer.»
Le groupe néerlandais doit cependant respecter des quotas de pêche, fixés par l’Union européenne pour chaque État membre, et répartis ensuite entre les pêcheur·ses dans chaque pays. Il dispose d’accords pour pêcher dans d’autres régions du monde, comme en Amérique du Sud ou le long des côtes africaines.
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Pour Bloom, «un tel navire n’a sa place nulle part. Ni dans la bande côtière française en conflit avec les artisans, ni au large de l’Écosse à affamer les fous de Bassan [des oiseaux marins, NDLR], ni en Afrique de l’Ouest à piller les communautés côtières parmi les plus vulnérables au monde.»
L’association organise une manifestation avec citoyen·nes et pêcheur·ses ce vendredi en début d’après-midi sur le port d’IJmuiden pour dénoncer l’inauguration de ce «navire de l’enfer». Plus globalement, elle appelle à l’interdiction des navires de plus de 25 mètres dans les eaux territoriales françaises (soit les 22 premiers kilomètres depuis la côte), ou encore à un «plan de démantèlement des navires-usines».
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Féminicides
Par
Thierry LEDRU
Le 10/05/2026
Tous les jours, toutes les nuits, des milliers de femmes, partout dans le monde. Dans ce monde de mâles. Jusqu'aux enfants. Qu'on ne me dise pas que cette espèce, ce genre humain, ne porte pas en lui une folie meurtrière.
Un homme soit-disant de raison, conscient, lucide, aimant, protecteur, doté d'une intelligence inégalée dans l'ensemble du Vivant. Qu'on m'explique alors...
Aucun animal ne m'a jamais suscité de dégoût.
Un policier municipal soupçonné d'avoir tué par balles son ex-compagne et leurs deux enfants, dans le Val-d'Oise, avant de se suicider
L'enquête a été confiée à la brigade de recherches de Pontoise et à la section de recherches de Versailles.
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Article rédigé par franceinfo avec AFP
France Télévisions
Publié le 10/05/2026 11:59 Mis à jour le 10/05/2026 12:20
Temps de lecture : 1min /2026/05/10/6a0056d1628e7288838904.jpg)
Photo d'illustration d'une voiture de police à Paris le 1er mai 2026. (BASTIEN OHIER / AFP)
Un homme est soupçonné d'avoir tué par balles son ex-compagne et leurs deux enfants, samedi 9 mai à Villers-en-Arthies (Val-d'Oise), avant de retourner l'arme contre lui, a-t-on appris dimanche auprès du parquet de Pontoise, confirmant une information du Parisien(Nouvelle fenêtre).
Une enquête en flagrance des chefs de "meurtres précédés ou suivi de meurtres" a été ouverte après la découverte des quatre corps, a précisé le parquet. Elle a été confiée à la brigade de recherches de Pontoise et à la section de recherches de Versailles.
La disparition signalée par le nouveau compagnon de la mère
Selon le parquet, c'est le nouveau compagnon de la femme qui a signalé, samedi après-midi, que cette dernière ne répondait plus à ses appels, alors qu'ils devaient partir en week-end. Selon lui, sa compagne, avec qui il est en couple depuis un peu plus d'un mois, s'était rendue la veille au domicile de son ex-concubin, un policier municipal qui travaillait de nuit, pour garder leurs enfants.
Arrivés sur place, les gendarmes ont remarqué la présence du véhicule de la compagne devant le domicile, dont la porte était verrouillée et les volets baissés. Un impact de balle était également visible. Une fois entrés à l'intérieur, les gendarmes ont trouvé les corps sans vie de la femme, de l'ex-conjoint et de leurs deux enfants, âgés de 9 et 13 ans. Une arme de poing a également été découverte dans le domicile.
Selon les premiers éléments de l'enquête, ce policier municipal des Hauts-de-Seine, âgé d'une quarantaine d'années, aurait conservé son arme de service. Il est suspecté d'être l'auteur des coups de feu mortels et de s'être ensuite donné la mort. Le parquet précise qu'il "n'existe aucun antécédent judiciaire de violences conjugales entre les ex-époux". Des autopsies seront réalisées, a ajouté le parquet, et les investigations se poursuivent pour confirmer les premiers éléments relevés ainsi que pour déterminer les raisons de ce triple homicide.
Hier soir, j'avais écrit ça pour la quadrilogie en cours.
TERRE SANS HOMMES
"Il faut que je te raconte quelque chose, mon amour, quelque chose qui t’aidera à comprendre que ce monde est une horreur, pour moi, depuis longtemps, le monde humain et plus particulièrement le monde des hommes, celui des mâles. On pourrait dire aussi celui du mal, lui-même. »
Une voix sombre, mesurée.
Il resserra son étreinte autour de Laure, comme s’il voulait la prévenir et la protéger.
« C’était ma deuxième année à Grenoble, j’habitais dans un immeuble au dernier étage, juste un studio. Je vivais seul. Sur le même palier, il y avait un couple avec un enfant, un jeune enfant, quatre ans, un petit garçon. Je rentrais du boulot et j’ai entendu des cris, des bruits sourds, comme des objets lourds qui tombaient, puis encore des cris, une femme, des hurlements plutôt, une dispute, sévère, celle qui peut faire des dégâts, j’avais déjà vu cette femme et son enfant, elle avait trente ans, une personne aimable, toujours souriante, un petit bonhomme, lumineux, je n’oublierai jamais son visage. »
Il s’arrête, il inspire longuement.
« J’ai frappé à la porte et c’est là que j’ai entendu ce cri, un cri qui s’est arrêté, net. Je n’avais aucun doute, j’ai sorti mon arme, j’ai défoncé la porte, je suis entré, un couloir, j’ai avancé pour arriver dans un salon, il y avait un homme avec un poignard à la main et au sol, la femme, égorgée et le petit garçon, lui aussi, dans une mare de sang. »
Laure s’appuie contre lui comme on le ferait contre un pilier, pour ne pas tomber, un vertige, l’horreur qui la submerge. Le crane enserré dans un étau.
« Il m’a regardé, les yeux exorbités, il avait du sang sur le visage, il a levé le poignard en hurlant et m'a foncé dessus, j’ai tiré, pleine poitrine. »
Silence.
« Il y a eu une enquête, la hiérarchie m’a laissé entendre que j’aurais pu éviter de l’abattre. Ils ont jugé que la légitime défense s’imposait mais qu’il aurait été préférable pour l’image de la police que je le blesse, qu’il y ait un procès, que la justice fasse son job. Mais, moi, Laure quand j’ai vu cette femme et ce petit garçon, égorgés, tous les deux, il n’était pas question que je le laisse en vie. Je l’ai tué, consciemment, volontairement, sans aucune hésitation. Et je n’ai jamais eu le moindre problème de conscience. Depuis trois ans que j’étais sur le poste, j’étais intervenu sur huit féminicides et sur cinq affaires d’inceste. Des enfants violés, des femmes battues, violées elles aussi, l’une d’entre elles a été défigurée avec de l’acide, défenestrées, poignardées, tabassées à mort, étranglées. Cette femme-là et ce petit garçon, je les connaissais, j’avais parlé avec eux, ils existaient dans ma vie, ils n’étaient pas que des identités, des numéros de dossiers, des affaires en plus. »
Silence.
« Je n’ai jamais voulu voir ce monde, toutes ces horreurs, ce sont des actualités que j’ai toujours rejetées.
-Des actualités, Laure, c’est bien ça le problème, ce ne sont pas des cas isolés, des événements exceptionnels, ce sont des faits quotidiens, tu m’entends, des faits quotidiens. Les informations n’en relatent que quelques-uns, il en manque des centaines.»
Elle devine la colère, la souffrance qui s’impose.
« Comment fais-tu pour supporter tout ça ?
-Je ne le supporte pas, je le combats et je savais qu’un jour, ça s’arrêterait, non pas que j’irais faire autre chose mais que le chaos s’en chargerait, que je n’aurais pas d’autre choix que de venir ici. Et en attendant, je faisais le job. Ce que j’ai appris dans ce drame, c’est que je pouvais tuer, que j’en avais la capacité et que je n’étais pas fou."
Jean-Marc GANCILLE : "Carnage"
Par
Thierry LEDRU
Le 10/05/2026
Nous sommes en situation de guerre totale envers le Vivant. Nous sommes une espèce invasive, sans aucune limite, un virus dévastateur. Coupables et complices.
Jean-Marc Gancille
Paul Watson (Autre)
9782374252421
208 pages
17/09/2020
Rue de l'échiquier / DIAGONALES
Résumé :
« L'espèce humaine tue consciemment, volontairement, chaque minute dans le monde, plus de 2 millions d'animaux. Autrement dit, elle massacre en une semaine 50 fois plus d'animaux que l'ensemble des victimes humaines de toutes les guerres de l'histoire de l'humanité. »
Dans ce nouvel essai, Jean-Marc Gancille expose un tableau sans concession de la relation que l'être humain a nouée avec le monde animal, fondée sur la domination et l'exploitation, et ce dès avant la naissance de l'agriculture.
Sacrifices religieux, collections et commerce d'animaux sauvages, domestication, utilisation des animaux à des fins militaires ou pour des expériences de laboratoires, captivité forcée dans les zoos et aquariums, chasse et pêche récréatives, élevage intensif ou surpêche… On n'en finit pas d'établir la liste des formes qu'adopte l'anthropocentrisme.
L'auteur n'en reste pas à ce triste bilan. Il démontre que ce carnage n'est pas seulement un éternel enfer pour les animaux mais aussi une tragédie pour l'espèce humaine en raison de la destruction des écosystèmes, une négation immorale de la sensibilité des animaux et une supercherie de l'industrie agroalimentaire, qui entretient auprès du public l'idée selon laquelle il serait nécessaire de consommer des protéines animales. Enfin, il dessine une voie d'action pour « en finir avec l'anthropocentrisme » sur le plan juridique, alimentaire, agricole… et décrit les méthodes pour mener cette lutte.
02 mars 2021
Il est petit, sa peau est fragile, il n'est pas très fort, pas très rapide.
Il a des fusils, des filets, des buldozers.
Il a une forme d'intelligence.
Il invente, fabrique, achète, jette.
Il communique sur la toile, jusqu'aux étoiles.
Il ne sait plus qui il est, à quoi il sert. Il s'illusionne.
Il se propage, presque aussi vite qu'un virus.
Il tue, brûle, pollue, fore, écrase, gaspille.
Il mange, devient obèse, anorexique, déprimé, puéril.
Il affame, assoiffe, fait l'autruche.
Il est poète, philosophe, tractoriste, actionnaire, rêveur, briseur.
Il rit, il pleure. Il oublie. Recommence.
Il parque les lions, les girafes. Pour leur survie. Il paie pour les abattre entre les barbelés, se sent puissant, fait une photo le sourire en gâchette.
Il admire les dauphins, les requins, les méduses, dans leurs prisons de verre.Trop étroites, un goût de béton, aucun horizon aquatique. Il les soigne, les protège de l'océan ratissé jusqu'au corail par les grands chalutiers. Il est humain.
Il apprend aux enfants comment vivent ses cousins les chimpanzés, et aussi les éléphants, les tigres..., toute la belle faune sauvage, si loin de chez elle. Il singe la réalité. Il la soigne, la protège des chasseurs de trophées, de la sécheresse, de la déforestation.
Il multiplie cochons, moutons, veaux, poules. Et même les visons, juste pour la douceur de leur fourrure. Les abattoirs, c'est pas comme les aquariums, ils n'ont pas de vitres.
Plus de 7 milliards d'êtres humains à nourrir. Ils vont pas brouter de l'herbe, c'est pas des moutons. "La viande et le poisson c'est bon, quand-même ?"
On pourrait penser autrement la vie, notre rapport à ce qui nous entoure, tous les êtres, les plantes, les fleuves, la terre. On pourrait manger autrement, partager, préserver. On pourrait.
Juste après cet essai, j'ai lu le roman de Jørn Riel : le jour avant le lendemain.
Le peuple des Inuits savait vivre en harmonie avec les autres espèces. On ne pourrait plus vivre comme le faisaient ces tribus indigènes, ou comme le font encore quelques tribus isolées, notre culture est trop éloignée de la leur. Mais on peut réapprendre à écouter le monde, à ne plus piétiner, asphyxier, essorer la planète jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de vers de terre, d'abeilles, de krill. Peut-être bien qu'on vivrait plus heureux. Qui sait ?
Je remercie Les Éditions Rue de l'Échiquier et Babelio pour cet essai percutant. Un portrait sans concession de l'homme, ce sauvage qui ravage tout sur son passage. Un vrai carnage.
Des cimes de noirceurs
Par
Thierry LEDRU
Le 09/05/2026
J'écris les noirceurs que ce monde humain insère en moi. C'est un exutoire mais qui ne se vide jamais, un entonnoir dans lequel, jour après jour, les hommes déversent des immondices et c'est mon âme qui se remplit. Je plonge dans l'abîme et l'abîme plonge en moi.
"Noirceur des cimes" racontait la survie en haute altitude.
Des cimes de noirceurs, voilà l'image qui me vient quand je pense au monde à venir, celui des générations qui se demanderont comment nous avons pu laisser faire ça.
TERRE SANS HOMMES
"Ils avaient laissé la journée s’écouler, sans aucune activité, ils avaient dormi, dans le canapé, l’un contre l’autre, Théo avait cuisiné et le soir, ils s’étaient couchés en sachant que le sommeil risquait de les chercher longtemps.
Milieu de nuit. Ils ne dormaient pas. Laure s’était réveillée la première et elle était venue chercher le réconfort de Théo, son corps, sa chaleur, son odeur. Elle avait posé une main sur son dos et elle s’était approchée jusqu’à se coller contre lui.
« Théo, j’ai besoin de toi », avait-elle murmuré.
La voix lui était parvenue comme infiltrée jusque dans ses rêves, il avait vu Laure pleurer, au sommet d’un immense amas de pierres, si haut et si large qu’il en voilait l’horizon et Laure s’obstinait à monter encore et encore de nouvelles pierres. Elle s’était retournée vers lui et il avait entendu.
« Théo, j’ai besoin de toi. »
Il avait ouvert les yeux en sursaut.
Il l’avait enlacée, nuit noire et pourtant il devinait ses yeux, grands ouverts.
« Je suis là, mon amour, je te protégerai, toujours, personne ne te fera de mal, plus jamais. Je veillerai sur toi.
-Je le sais,Théo, je sais aussi que je ne voudrais pas vivre sans toi, que je préférerais mourir la première.Toi, tu pourras me survivre, moi, je n’y arriverai pas. »
Il ne répondit rien. Conscient que cette idée serait effectivement la moins douloureuse, pour elle, comme pour lui car s’il venait à mourir en premier, il ne serait plus là pour la protéger et que, même mort, il ne le supporterait pas.
« J’ai repensé à ce que tu m’as raconté tout à l’heure et une idée m’est venue. »
Il s’en voulut d’avoir inséré en elle des images affreuses, des violences insoutenables.
« Théo…
Il devinait la douleur, comme si les mots eux-mêmes refusaient de se dire.
-Théo…
-Oui, mon amour, parle-moi, laisse aller, je suis là, je t’écoute, je t’écouterai toujours.
- Si des hommes, des mâles, sont capables de tuer des femmes et même des enfants, -une voix si triste qu’il eut peur qu’elle s’effondre, -alors ils sont capables de tuer la Terre, de la martyriser sans jamais éprouver le moindre état d’âme. La planète est une entité féminine, Gaïa, notre mère à tous, celle qui donne la vie. On ne peut rien espérer pour la Terre tant que des femmes succomberont sous les coups des hommes, des mâles, du mal. »
Silence.
« Je n’en peux plus de toutes ces noirceurs qui sont en moi. »
Aristophane : Lysistrata
Par
Thierry LEDRU
Le 07/05/2026
Lysistrata est l’héroïne d’une pièce de théâtre écrite par Aristophane vers 411 avant J.-C.
La Grèce est en guerre (Athènes contre Sparte.)
Lysistrata réunit les femmes des différentes cités. Elle leur propose une idée radicale : refuser toute relation sexuelle avec leurs maris tant que la guerre continue. Les femmes prêtent serment… et tiennent bon. Les hommes, frustrés et à bout, finissent par négocier la paix. Ce texte est une critique de la guerre dans lequel sont mises en exergue l'intelligence politique féminine et l'inversion des rapports de pouvoir. C'est une “grève du sexe”.
Il y a dans ce texte une idée presque intemporelle : ramener l’homme à ce qui le rend humain pour l’éloigner de ce qui le rend destructeur.
Ce qu’on appelle aujourd’hui une “grève du sexe” (ou Lysistratic action) existe vraiment : c’est une forme de protestation où l’on refuse toute relation intime pour faire pression politique. Des situations similaires ont eu lieu : au Libéria, au Kenya, en Colombie, au Togo, pour celles que je connais.
Qu’est-ce qui pourrait réellement arrêter les hommes quand ils veulent la guerre ? Est-ce qu'aujourd'hui, on pourrait concevoir un tel mouvement ?
Pour moi, la réponse est négative, assurément.
Il suffit de prendre en compte le nombre effrayant de féminicides en France et d'y ajouter les plaintes pour violences sexuelles, physiques, psychologiques et d'y ajouter toutes les femmes qui ne peuvent prendre le risque d'aller se plaindre et d'ajouter le fait que les gendarmes ne sont pas toujours dans une écoute sincère et bienveillante... La double peine...
Le mâle ou le Mal a les pleins pouvoirs. Et il ne faut pas espérer voir une logique de domination basculer dans une logique du respect du vivant. Ni envers les femmes, ni mêmes envers les enfants, ( 21 000 enfants tués à Gaza... Arrondir ce chiffre terrifiant est une abomination...) ni envers les humains en général, ni envers la nature. Car c'est bien là que je veux en venir : le rapport de l'humanité à la nature est la continuité de ce mal ancré chez les mâles.
Les femmes et les enfants sont des êtres de nature et dès lors que les mâles s'autorisent à les maltraiter, jusqu'à les tuer, que peut-on attendre d'eux au regard de la nature ? On pourra me rétorquer que les femmes aussi ne sont pas toujours respectueuses de la nature. Oui, c'est un fait. Et ça me désole. Mais il n'en reste pas moins que les guerres sont majoritairement déclenchées par des hommes et que cette violence en eux reste une caractéristique qui remonte à la préhistoire.
Cet après-midi, un homme, alcoolisé, a défénestré sa compagne. Elle est morte. Hier, un jeune homme de 21 ans a poignardé à mort une jeune fille de 14 ans. Je peux continuer comme ça pendant des milliers de lignes. Peut-être que ça semblera incomprénhensible mais je suis convaincu que cette violence masculine ne laisse aucun espoir à la planète.
Il y a en nous, les mâles, une part de violence. La Terre, dans son imagerie maternelle et donc féminine, est victime de cette violence. Soit volontaire, soit par indifférence.
Aujourd'hui, si une femme charismatique, une "personnalité médiatique" avait dans l'idée de lancer une "grève du sexe", je n'ose imaginer la réaction des mâles.
Juste un rappel, celui des propos de Michel Onfray sur l'intervention à la COP 21 de Greta Thunberg et son engagement pour la protection du vivant : « Cette jeune fille arbore un visage de cyborg qui ignore l’émotion – ni sourire ni rire, ni étonnement ni stupéfaction, ni peine ni joie. Elle a le visage, l’âge, le sexe et le corps d’un cyborg du troisième millénaire. »
Je vous laisse imaginer si Greta thunberg avait fait référence à Lysistrata.
"Tant que des hommes, mâles, saccageront la planète, nous, femmes, refuserons toutes relations sexuelles avec eux."
Personnellement, je pense que le retrait est la meilleure des solutions (non, je ne parle pas de contraception ^^)
« Quand tu regardes longtemps dans un abîme, l’abîme regarde aussi en toi. » Nietzsche
Cette phrase est pour moi essentielle. Elle ne l'était pas quand j'étais jeune. Plogoff, des cailloux contre les grenades lacrymogènes et les matraques, le tribunal de Quimper et le combat contre les CRS, les manifestations d'enseignants (j'ai quand même pulvérisé la vitre arrière de la voiture de madame Alliot-Marie et après j'ai couru très vite ^^). Oui, j'ai connu la révolte (voir le roman JUSQU'AU BOUT)
Je n'en suis plus là. J'ai vieilli et je suis désabusé. On pourra me dire que ça ne risque pas de servir toutes les causes qui ont besoin de soutien. Oui, c'est exact, je plaide coupable. Je me protège et j'agis à ma mesure. Je plante des arbres.
La violence ne tient que parce qu’on la nourrit, les uns contre les autres. Et donc la vraie rupture n’est pas dans l’affrontement mais dans le retrait. Ne pas disperser son énergie dans une lutte perdue d'avance mais s'en servir pour construire un système qui répond à ses propres valeurs. Oui, ça ne sera jamais une réussite totale. Mais d'un point de vue moral, d'un point de vue de la conscience, d'un point de vue de l'estime de soi, je suis heureux de voir grandir les arbres que j'ai sauvés d'une mort certaine. Qu'est-ce que je peux faire contre la folie des hommes de guerre ? Rien. Qu'est-ce que peux faire contre les féminicides ? Rien. Contre les infanticides ? Rien. Contre les coupes-rases partout en France ? Rien. Contre l'extermination de milliers d'espèces animales à travers le monde ? Rien. Contre la mort des coraux ? Rien. Mais je peux planter des arbres alors, je plante, je cherche tous ceux qui sont condamnés parce qu'ils poussent au bord des routes et que la DDE va les couper, sur les pistes forestières où les camions de bois vont les écraser, sur des murs de pierres, les murs des anciens où ils sont à l'étroit, tous ceux qui sont partis sur un mauvais karma, je les déterre et je les installe sur notre terrain, je les arrose, je les bichonne, je leur parle, je les aime.
Je me suis retiré et il faudrait que je le fasse encore plus parce que ce monde des mâles me fait un mal de chien.
JUSQU'AU BOUT
Pierre, le personnage central, a rencontré deux jeunes Hollandaises sur une plage naturiste.
"Tu cherches, tu cherches, c’est difficile et pourtant un jour, ça y est tout arrive et tout devient clair. Et si tu comprends bien, les gens avec toi ils vont comprendre mieux aussi. Des choses différentes mais ça sera mieux pour eux. Tu vas leur faire du bien.
- C’est ce que vous faites avec moi. Vous ne pouvez pas imaginer tout ce que je comprends depuis que je vous ai rencontrées. Et parfois ce sont des choses dont on n’a pas parlé mais qui se sont quand même révélées. Ca aussi c’est étrange. C’est comme si tout mon esprit s’ouvrait parce que vous avez poussé une porte. »
Elles se regardèrent en souriant.
« Ça nous fait très plaisir ça, tu sais, c’est très important pour nous. On veut essayer aussi d’aider le monde. C’est notre participation à cet univers qui est en nous, à cette lumière de tout le monde.
- Mais qu’est-ce que c’est que cette lumière ? Qu’est-ce que c’est exactement ?
- Impossible de répondre. Il y a beaucoup trop de réponses. Chaque peuple a sa réponse. C’est Dieu peut-être. Pour moi Dieu, c’est une sensation pour tous les êtres vivants, une espèce… de complicité ! Tu as dit ça aussi. Le dauphin il saute, l’oiseau il chante, l’enfant il rit, c’est Dieu aussi en eux, tu vois une sorte de bonheur, c’est tout le monde vivant il sent ça parfois. Nous, c’est devant un beau paysage, une jolie personne, une belle musique. C’est la lumière de Dieu, elle brille en nous et elle nous réunit avec toutes les espèces vivantes. Mais les hommes, ils appellent ça Dieu, c’est dommage, ça fait trop penser à une personne humaine. C’est pas une personne bien sûr, c’est pas une forme, c’est juste une sensation, un bonheur sans nom, c’est trop important pour lui donner un nom, il faut laisser la liberté à chacun. C’est le nom tu veux lui donner le bon. C’est tout. Mais Dieu, c’est la rencontre dans toi de toutes les lumières qui sont dehors, alors c’est le grand bonheur. Ta lumière brille plus fort et tu es heureux. Très fort. Ta lumière, elle rencontre les autres lumières de l’océan, du vent, du soleil, des étoiles, de la pluie, de la neige, d’un animal, d’une plante, d’un être humain, d’une musique, d’un paysage, d’un grain de sable. La main d’un enfant dans la tienne, c’est les deux lumières ensemble, alors elles brillent plus fortes. Elles s’ajoutent l’une à l’autre et pourtant elles restent à l’intérieur des deux. C’est formidable. Mais c’est la joie pour faire briller les lumières, pas le malheur. C’est pour ça, on dit toujours le malheur c’est noir. C’est les gens sans la lumière intérieure. C’est pas juste une image, c’est la réalité. Et c’est la vie elle cache la lumière aux gens. Alors, il faut faire un effort pour la retrouver. C’est grave pour les enfants s’ils entendent jamais ça. Nos parents avec le naturisme, c’était aussi pour nous aider à trouver. Souvent, ils nous ont parlé de ça. C’est pour ça les parents, c’est important. C’est pour envoyer les enfants sur le chemin de la lumière. Si tu passes du temps à lutter contre le mal, tu t’occupes du mal et tu lui sacrifies ton énergie. Mais ça ne fait pas remonter la quantité de bien. Il restera pareil. Tu peux même finir par tomber du côté du mal. Mais si tu t’occupes du bien, tu le développes, tu élèves un mur de plus en plus important devant le mal. Et un jour c’est le mal qui se retrouve en position inférieure. Avec les enfants, c’est pareil. Il faut les mettre toujours sur le chemin de la lumière. C’est ça ils cherchent dans leurs vies. Ici beaucoup d’hommes cherchent à obtenir tout le contraire de la lumière. La honte d’avoir gâché la vie les envoie vers le mal. Il faudra beaucoup de gens illuminés pour renverser cette direction. »
Il comprit enfin le dégoût qu’il avait si souvent éprouvé. Lutter contre le mal et devenir le mal…Il s’était laissé piéger."
J'écris ce que je suis
Par
Thierry LEDRU
Le 06/05/2026
J'écris ce que je suis ou l'inverse.
Ce que je suis nourrit mes écrits.
De "Vertiges" à la quadrilogie, je sais que j'ai changé et mes écrits m'accompagnent.
"Là-Haut" et à "A coeur ouvert", c'est l'amour de la vie.
"Jusqu'au bout", c'est la révolte mais la nature apaise et l'amour réjouit.
"Kundalini", c'est l'amour dans son entièreté. Physique, existentiel, émotionnel, intellectuel et au-delà de la raison.
"Les héros sont tous morts", c'est la violence des hommes.
Et maintenant, les trois tomes qui suivent, c'est la violence de l'humanité toute entière. Et l'histoire des quelques individus qui résistent à cette folie.
Je sais que mes lectures ou les vidéos que je visionne contribuent à renforcer cette conscience que nous tous, humains, sommes devenus des prédateurs, fondamentalement des prédateurs. D'exister suffit à porter atteinte à la vie, à divers degrés bien entendu, mais c'est inévitable.
Je n'aime pas l'humanité, non pas a priori mais par vieillesse. Ce qui exlique pourquoi je vois aussi peu de monde. Je ne veux pas venir nourrir ce désamour par des rencontres néfastes.
« Quand tu regardes longtemps dans un abîme, l’abîme regarde aussi en toi. » Nietzsche.
La profondeur de cet abîme, on ne l'imagine pas en fait. On s'y habitue, au fil des ans et puis, un jour, on réalise que cette impression était fausse. C'était du dégoût qu'on ne voulait pas laisser remonter.
Et donc, j'écris le tome 4, tout s'est effondré, l'humanité est en lambeaux et la nature embellit jour après jour.
Chercher l'essentiel
Par
Thierry LEDRU
Le 03/05/2026
La Nausée est un roman fondateur de l’existentialisme, dans lequel Jean-Paul Sartre met en scène Antoine Roquentin, un homme confronté à l’absurdité de l’existence. À travers son journal intime, Roquentin décrit un malaise profond face au monde qui l’entoure.
"C'est venu à la façon d'une maladie, pas comme une certitude ordinaire, pas comme une évidence. Ça s'est installé sournoiseusement, peu à peu."
C'est étrange de voir à quel point nos lectures peuvent être le reflet de ce que nous sommes.
Je ne cesse de tomber sur des phrases qui s'allument comme des panneaux d'affichage, des écrans gigantesques qui ferment tous les horizons, des phrases que je ne peux éviter, qui sont comme des phares sur l'océan, des alertes sur les dangers.
"L'essentiel est sans cesse menacé par l'insignifiant." René CHAR
Voilà la raison de ma nausée.
Je n'ai pourtant pas cherché ses phrases, je lisais le livre de Sorj Chalendon " Le livre de Kells".
"Ce n’est pas seulement son récit personnel qu’il retrace ; c’est celui d’une jeunesse en quête d’idéaux, opposée aux injustices, et d’une époque qui pourrait paraître surannée désormais, où l’on rêvait encore de révolution et d’égalité sociale. Et comme ses titres précédents, c’est le genre de livre qui ébranle et qu’on n’oublie pas."
Lire la critique sur le site : LaPresse
Révolution et égalité sociale, des thèmes récurrents dans les années 1970. Est-ce que ces mouvements de contestation, parfois violents, ont abouti ? Non, rien, le néant. Que celui ou celle qui pense qu'aujourd'hui, l'égalité est plus profonde qu'il y a trente, quarante ou cinquante ans vienne m'en donner les raisons.
Cette révolte, aujourd'hui, quelle forme devrait-elle prendre ? Pour quelle cause ? Celle de la planète, celle du Vivant. Mais les 17 000 jeunes qui se sont regroupés dans le Cher pour une rave party, pour danser, fumer, boire, être dans l'absence, dans la fuite ont-ils une idée de l'absurdité de leurs actes, sont-ils si égarés que la nausée les a totalement submergés et que le nihilisme soit devenu leur ligne de conduite ?
Ici, dans la commune, pendant le week end, les jeunes passent dans les rues en gueulant dans un mégaphone et en demandant une pièce pour financer leur prochaine soirée, c'est comme ça une fois par an. Ils ne sont pas venus jusque chez moi, trop loin des routes principales, trop isolé. Je savais pourtant bien ce que j'allais leur dire.
Quel est le sens de vos actes ?
Quelle reconnaissance espérez-vous ?
Quelle image acceptez-vous de donner de vous-mêmes ?
"Si vous ne savez pas quoi faire, si vous n'avez aucune idée de ce qui pourrait avoir du sens, je vous emmène dans les gorges de la Daronne pour reconstruire le gué qui a été emporté par les crues de l'automne dernier et qui coupe le chemin de randonnée et oblige les randonneurs à se déchausser pour traverser le cours d'eau. Et puis ensuite, vous venez avec des machettes et on va débroussailler le chemin de Maurins qui disparaît sous la végétation, tronçonner les arbres qui sont tombés en travers, refaire le balisage, rénover les panneaux et puis ensuite on ira désherber le terrain de boules du hameau et poncer et repeindre les tables et les bancs et on organisera un tournoi avec les Anciens et puis ensuite, on ira nettoyer les abords du cimetière où des abrutis ont pris l'habitude de venir jeter leurs déchets et on mettra un panneau pour prévenir les connards que le premier qui nous tombe sous la main, on videra tous les sacs poubelle dans sa bagnole et puis ensuite on organisera une journée parcours d'orientation pour les enfants de l'école primaire et puis ensuite on demandera à la mairie de faire passer le message que si des Anciens ont besoin d'un coup de main pour leur potager ou débroussailler leur terrain, on est volontaires.
Et là, quand vous verrez le regard reconnaissant des gens, vous n'aurez plus la nausée et vous arrêterez de vous perdre dans l'insignifiant."
L'essentiel n'est pas illusoire, il n'est pas insaisissable, il n'est pas réservé à des élites pensantes, il est dans les actes qui ont du sens.
Nous voyons ce que nous sommes
Par
Thierry LEDRU
Le 02/05/2026
"Nous ne voyons jamais les choses telles qu'elles sont; nous les voyons telles que nous sommes." Anaïs NIN
Une évidence pour moi.
Les individus qui se désintéressent totalement de l'état de la planète sont-ils fondamentalement des gens insousciants ?
Les individus, comme moi, qui ne s'intéressent quasiment plus qu'à ça sont-ils fondamentalement des gens angoisssés ?
Pour ma part, je répondrais que je n'éprouve aucune angoisse au regard de l'avenir mais essentiellement de la tristesse. La conscience d'un épouvantable gâchis.
Je rappelle juste un fait :
Comparatif de la biomasse : humains, animaux d’élevage et animaux sauvages
Répartition globale de la biomasse des mammifères terrestres
Humains32 % : L’être humain représente un tiers de la masse totale des mammifères.
Animaux d’élevage 65 % : Les bovins, chevaux, porcs, poulets, etc. constituent la majorité de la biomasse animale.
Animaux sauvages 3 % : La biomasse des mammifères non domestiques ne représente qu’une petite fraction.
Les humains et les animaux d’élevage combinés représentent 97 % de la biomasse totale des mammifères, tandis que les animaux sauvages ne représentent que 3 %
.
Tendances historiques (2 derniers siècles)
La biomasse du bétail a augmenté de 400 % depuis 1850, reflétant l’expansion de l’élevage industriel.
La biomasse des mammifères sauvages a diminution de 70 % sur la même période, indiquant une perte massive de la faune sauvage.
Cette évolution montre que la domination humaine sur la nature s’est traduite par une augmentation massive de la biomasse domestique au détriment de la biomasse sauvage
.
Implications
La supériorité numérique de la biomasse domestique (humains + élevage) sur la biomasse sauvage souligne l’impact profond de l’activité humaine sur les écosystèmes.
La forte croissance de la biomasse du bétail, combinée à la diminution de la biomasse sauvage, accentue les pressions sur les habitats naturels et la biodiversité.
Les chiffres montrent que la plupart de la masse animale sur Terre est désormais liée à l’élevage et à l’activité humaine, tandis que la faune sauvage constitue une fraction marginale.
En résumé, les humains et les animaux d’élevage dominent la biomasse des mammifères terrestres, représentant ensemble 97 % de la masse totale, alors que les animaux sauvages ne représentent que 3 %. La biomasse du bétail a explosé de 400 % tandis que celle des mammifères sauvages a chuté de 70 % au cours des deux derniers siècles.
L'humanité a fait de cette planète un garde-manger.
Ce qui n'empêche pas une partie de la population mondiale de souffrir de faim, ce qui rend le constat encore plus effrayant.
Cette réalité que je constate, j'en prends note parce qu'elle atteint ce que je suis.
Si les individus qui en connaissent la réalité ne changent rien à leur mode de vie et continuent à participer à cet état de fait, sans qu'aucun problème de conscience ne vienne les questionner, c'est que "l'égo encapsulé" a davantage d'importance que tout le reste.
Quant à ceux ou celles qui viendraient évoquer le fait "qu'ils ne savaient pas que c'était si grave", je dirais juste que c'est désolant.
Quant à ceux et celles qui argumenteraient leur indifférence en arguant que "de toute façon, c'est trop tard", je leur dirais juste de s'imaginer expliquer aux espèces en voie d'extinction, faune et flore, à chaque individu, qu'on ne peut plus rien pour eux.
Personnellement, quand je pense aux vanneaux qui ont disparu, j'ai juste envie de pleurer. Et si je me mets à penser à la liste des espèces intégralement disparues, j'ai juste envie de me saouler.
Menaces - protection
♂ adulte plum. nuptial
Quasi
menacé
Le Vanneau huppé a souffert par le passé de l'intensification de la pression humaine sur les espaces sauvages "améliorables" et du drainage des terres humides. Cette pression reste un problème de nos jours, particulièrement le retournement des prairies au profit de la culture, l'élevage étant moins rentable. L'amélioration des prairies restantes par roulage, drainage, application d'engrais inorganiques est un autre problème.
Aurore Stephant : décroissance
Par
Thierry LEDRU
Le 01/05/2026
Aurore Stephant : les ressources minières
Aurore Stephant, Jean-Marc Jancovici, Arthur Keller, Olivier Hamant et d'autres, ce sont des gens compétents, des pointures, ils savent de quoi ils parlent, tout est argumenté, clair, chiffré, objectif. Tant qu'on n'a pas écouté, lu, écouté, relu, écouté encore, entrecoupé avec d'autres intervenants, d'autres données, on ne peut pas penser connaître ne serait-ce que le début du problème. Quand on y a passé dix, quinze ou vingt ans, on peut s'autoriser à dire qu'on commence à avoir une vue d'ensemble. J'en suis là. Et je sais pourquoi ça me pèse autant alors je n'imagine même pas la douleur que les scientifiques et tous les spécialistes de cet ordre doivent ressentir devant l'accroissement continu du désastre, la négation totale de toutes leurs alertes, de toutes leurs analyses, de tous leurs travaux. Ils savent et rien ne change. Quand j'écoute et que je regarde Aurore Stephant, je ressens cette détresse. Elle est la même chez tous ces confrères.
Le recyclage est une solution évidente.
Pour ceux et celles qui aiment le vélo, musculaire ou à assistance électrique, je donne une piste. La société "UPWAY" ( https://upway.fr) reconditionne des vélos, de tous types, à des prix bien plus abordables que le prix du neuf et par conséquent avec une empreinte carbone bien plus acceptable.
Le silence intérieur.
Par
Thierry LEDRU
Le 01/05/2026
Toute la problématique du monde humain : le bruit. Non pas seulement le bruit dans son aspect auditif mais le bruit qu'il génère intérieurement au regard de toutes les folies qui nous assaillent quotidiennement.
J'ai beau vieillir, je n'y parviens pas.
A COEUR OUVERT
Les jours suivants, Diane confia l’épicerie à Madame Boulard et à son mari.
Elle emmena Paul visiter tous les horizons qu’elle aimait. Toujours cette solitude adorée et ce silence des hauts lieux.
Col de la Chaumoune. Ils avaient laissé la voiture au début de la piste et ils avaient marché deux heures avant d’atteindre la crête.
« Plénitude de l’unité », ton livre, tu en as un exemplaire ?
- Oui, bien sûr et « Le voyage intérieur » aussi mais je ne les mets pas dans ma bibliothèque. Je n’arrive pas à les ranger près de Krishnamurti, Prajnanpad ou Harding. Rien de comparable. Je ne suis qu’une béotienne qui tente d’éclaircir ce qu’elle porte. Ces gens-là éclairent le monde entier.
- De quoi parlent tes deux autres livres ?
- C’est toujours la démarche spirituelle. « Plénitude de l’unité » est une tentative d’identification de tout ce qui nous perturbe et qui pourtant nous appartient, tout ce qui vient entraver le bien être intérieur et qui demanderait une haute vigilance pour s’en libérer. Beaucoup de gens se plaignent de la difficulté de leur existence mais ils oublient d’observer les prisons qu’ils se fabriquent. « Le voyage intérieur » parle de l’exploration du soi lorsque les prisons sont identifiées et que l’individu s’en est extrait, pas nécessairement dans les faits mais au moins par l’entremise de la conscience. Là encore, beaucoup de gens refusent cet état de plénitude parce que ça leur semble totalement vide. Personne ne nous a enseigné à avancer dans ces horizons gigantesques. Ne serait-ce que le silence intérieur, lorsque les pensées se taisent et qu’il reste à découvrir la présence de l’énergie vitale. La clameur matérielle est un étouffoir du silence existentiel. Et ce monde moderne adore le bruit.
Les pesticides dans l'air
Par
Thierry LEDRU
Le 30/04/2026
https://reporterre.net/Il-y-en-a-partout-meme-sur-les-balancoires-des-enfants-ce-pesticide-contamine-champs-et
« Il y en a partout, même sur les balançoires des enfants » : ce pesticide contamine champs et jardins des voisins

Le prosulfocarbe, deuxième pesticide le plus utilisé en France après le glyphosate, est si volatil que son usage souille les champs et les potagers alentour. Dans l’Ain, un agriculteur bio a ainsi vu sa récolte être contaminée par l’épandage d’un voisin.
Saint-Didier-d’Aussiat (Ain), reportage
D’un côté, un champ de blé désherbé mécaniquement et de l’autre, à l’aide d’un puissant herbicide. Au jeu des sept différences, difficile de savoir lequel est lequel à Saint-Didier-d’Aussiat (Ain), commune de moins de 900 habitants. Pourtant, l’un est bichonné par un agriculteur bio, Benoît Merlo, qui tient à ce que ses terres soient bien tenues. L’autre appartient à son voisin, qui vante les mérites du deuxième pesticide le plus utilisé en France juste derrière le glyphosate, le prosulfocarbe.
Lire aussi : Sarrasin bio, quinoa, pommes... Un herbicide méconnu s’infiltre partout
À l’automne 2025, Benoît Merlo a mis du cœur à l’ouvrage pour récolter 8 tonnes de sorgho, cette céréale dépourvue de gluten et adaptée aux fortes chaleurs. La sentence est tombée avec les analyses du laboratoire. Le taux de prosulfocarbe est trop élevé, son sorgho est impropre à la consommation humaine. Lui qui s’évertue à respecter les exigeantes normes de l’Agriculture biologique et même du label Bio cohérence se retrouve avec une récolte polluée par un herbicide, le comble.
Il n’arrive pas à jeter les milliers de graines dorées qui dorment depuis dans une gigantesque benne, à côté de ses vaches Aubrac et de ses tracteurs. Elles auraient dû lui rapporter autour de 3 000 euros.

Benoît Merlo devant la benne de sorgho contaminé. © Mathieu Génon / Reporterre
La situation ne le surprend pas tant. Il sait que le prosulfocarbe est massivement utilisé par ses voisins agriculteurs, à l’automne, pour un désherbage express des champs de céréales d’hiver comme le blé, l’orge, l’avoine ou le seigle, ou encore de pommes de terre. Au point de saturer l’air de nos campagnes à l’époque où les arbres se dénudent de leurs feuilles. Il est si volatil qu’il peut contaminer les cultures à proximité, même si Benoît Merlo, lui, s’acharne avec ses grosses machines de désherbage mécanique pour protéger ses récoltes.
Son cas n’est pas isolé. La Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) a dénombré des pertes estimées à 550 000 euros entre 2020 et 2022 uniquement sur la culture de sarrasin, également ramassé à l’automne, après la période de pulvérisation du prosulfocarbe. Un chiffre qui sous-estime largement l’ampleur de la catastrophe : encore faut-il que les agriculteurs dépités l’aient déclaré.

Les deux parcelles agricoles sont très proches. © Mathieu Génon / Reporterre
Au-delà du manque à gagner, ces pollutions menacent la santé publique. Le prosulfocarbe n’est pas considéré comme une substance cancérogène, mutagène ou reprotoxique (CMR) ou un perturbateur endocrinien, mais les organisations environnementales estiment que les évaluations sont trop anciennes pour écarter les risques pour la santé humaine. Ces pollutions n’épargnent pas non plus les potagers cultivés avec amour et sans produit chimique, non contrôlés.
Dans l’optique de lever le voile sur ces contaminations chez les particuliers, l’association Générations futures, la Fnab et le Groupement des agriculteurs biologiques du Loir-et-Cher ont mené des analyses aux résultats alarmants, publiés en janvier. Dans ce département, du prosulfocarbe a été retrouvé dans 10 des 15 fruits et légumes testés, avec des limites maximales en résidus bien souvent dépassées. De quoi saborder un approvisionnement biologique hypra local.
« J’ai décidé de pulvériser mes champs quand même »
Conscient du potentiel de nuisance du prosulfocarbe, quand Benoît Merlo a vu les machines de pulvérisation de son voisin, Baptiste Buatier, prêtes à se déployer et à cracher leur herbicide, il l’a appelé pour lui exprimer ses craintes. Seuls quelques arbres, sur une centaine de mètres, séparent sa fameuse parcelle de sorgho des 100 hectares de cultures de céréales intensives.
« J’ai décidé de pulvériser mes champs quand même, compte tenu de la météo, il était temps que je le fasse, je ne pouvais pas attendre une dizaine de jours que Benoît récolte son sorgho, mais je ne pensais pas contaminer ses cultures », avoue l’agriculteur âgé de 32 ans, adepte de ce pesticide. Il a accepté de recevoir Reporterre, malgré la sensibilité du sujet pour les paysans qui utilisent des substances chimiques.

Baptiste Buatier, agriculteur qui utilise du prosulfocarbe. © Mathieu Génon / Reporterre
Benoît Merlo, 37 ans, n’exprime aucune colère. Il veut avant tout comprendre, que sa triste expérience serve à faire évoluer les choses. Une fois le couperet de la contamination tombé, son voisin fait preuve de bonne foi. Il explique s’être reposé sur l’outil numérique Quali’cible qui l’y avait autorisé sur la partie limitrophe du terrain de Benoît Merlo.
Il le lui montre via le site internet… mis à disposition par Syngenta — comme le révèle Reporterre, le producteur du prosulfocarbe, leader du marché des pesticides en France. Or il est censé avertir en cas de cultures susceptibles de ne pas être encore récoltées à l’automne à moins de 500 mètres ou de 1 km — selon les circonstances —, pour préserver la zone de la pulvérisation, comme le veut la réglementation.

Pour pulvériser le prosulfocarbe, Baptiste Buatier s’est basé sur les données de Quali’cible. © Mathieu Génon / Reporterre
Jusque sur les balançoires des enfants
Baptiste Buatier, agriculteur technophile, lunettes de soleil et casquette vissées sur la tête, passe la moitié de son temps de travail sur son smartphone ou derrière son ordinateur. Les touches du clavier s’illuminent en rouge quand il programme les moissons et mesure le moment idéal de pulvérisation de pesticides. Son but : en utiliser le moins possible. « Ça coûte tellement cher », lance-t-il dans sa cuisine.
Pas question de se passer de l’herbicide. La veille, des étudiants du lycée agricole où Baptiste Buatier donne des cours voulaient réviser les différentes mauvaises herbes en visitant sa parcelle… Ils n’en ont pas trouvées.
« Quand on est en précarité financière, je comprends que les agriculteurs veuillent gagner du temps avec les pulvérisateurs. Si demain, ils étaient mieux rémunérés en échange de diminuer leur usage des pesticides, ce serait bénéfique pour tout le monde, jusqu’aux consommateurs », soutient Benoît Merlo.
« Le prosulfocarbe est tellement volatil qu’il y en a partout »
Le paysan bio pointe de sa mâchoire carrée les jeux en extérieur de ses deux marmots repartis à l’école après la pause déjeuner. Il y fixe son regard droit et lâche : « Le prosulfocarbe est tellement volatil qu’il y en a partout, sur les balançoires de nos enfants, il contamine nos cultures bio comme les potagers, c’est un gros problème de santé publique. »
Il pousse pour l’intégration du sorgho et autres céréales bio dans la restauration scolaire et plus largement collective, histoire de tenter de changer l’environnement, qu’il devienne davantage favorable aux agriculteurs qui se donnent la peine de ne pas utiliser de pesticides.

Le pesticide, très volatil, est également retrouvé sur les balançoires. © Mathieu Génon / Reporterre
Tournesol, lentilles, pois chiches, blé, seigle, sarrasin… Ses champs s’étalent sur 170 hectares et déploient une large palette de couleurs qui varient au fil des saisons. Il cultive quinze espèces végétales pour diversifier l’usage des terres et ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier quand l’une des récoltes est contaminée.
Calmement, Benoît Merlo a écrit au ministère de l’Agriculture le 16 février. Il a exposé sa situation de façon posée, a exprimé sa surprise de découvrir les failles de l’outil Quali’cible. Constructif dans sa prose, il propose plusieurs solutions. La première, sans trop y croire, interdire le prosulfocarbe. L’association Générations futures et la Fnab le réclament aussi, pour éviter la « pollution généralisée » provoquée.
« Il y en a marre d’entendre que les agriculteurs conventionnels sont dans l’impasse, les agriculteurs bio le sont toute l’année. Les leviers d’actions agronomiques doivent être systémiques et dans l’anticipation, car se passer des produits phytosanitaires, c’est d’abord la diversification des assolements et en dernier recours, le désherbage mécanique si on parle des mauvaises herbes », appuie le paysan, fils d’un gendarme et d’une aide-soignante.

Benoît Merlo, qui n’exprime aucune colère, veut avant tout comprendre. © Mathieu Génon / Reporterre
Malgré tout lucide, en deuxième option, « dans l’éventualité où le point 1 ne serait pas adopté », il suggère la création d’un fonds d’indemnisation pour les agriculteurs affectés. Preuve de l’explosivité de la question, Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, lui envoie un courrier en retour un mois plus tard… Pour lui rappeler avoir lancé, fin 2025, « une mission interinspections sur l’indemnisation des agriculteurs bio en cas de contamination ». Le ministère n’a pas non plus répondu aux demandes de précisions de Reporterre, notamment sur l’état d’avancée de cette réflexion.

Le Moulin Marion moud et commercialise des produits locaux issus de l’agriculture biologique à 15 km de l’exploitation de Benoît Merlo. © Mathieu Génon / Reporterre
L’an prochain, en espérant que le prosulfocarbe porté par la brise de la Bresse n’aura pas, encore une fois, gâché la récolte, Benoît Merlo l’a promise au Moulin Marion. Celui-ci moud et commercialise des produits locaux issus de l’agriculture biologique à 15 km de son exploitation, à travers une route départementale bordée de champs de colza en ce début de printemps. Auparavant, les produits des différents petits producteurs du coin étaient mélangés pour remplir le silo réservé aux produits sans gluten du moulin, haut d’une dizaine de mètres.
Sauf qu’il suffisait d’une récolte contaminée au prosulfocarbe pour que l’ensemble soit bon à jeter. À présent, les équipes de la meunerie demandent les résultats des analyses en amont, souvent porteuses de mauvaises nouvelles. « Le prosulfocarbe ruine toute une filière locale de sorgho et de sarrasin que nous essayons pourtant de faire travailler. La France importe ensuite des produits de Chine ou d’ailleurs », déplore Paul Getti, responsable filières du moulin.
Comme les deux voisins, il a étudié au sein de la même école d’ingénieurs agronomes lyonnaise. Une formation commune pour des destins bien différents : un produit les réunit malgré eux, miracle pour l’un, fléau pour les deux autres.
Les pesticides et l'Etat
Par
Thierry LEDRU
Le 30/04/2026
En fait, je pense que ce qui m'interpelle le plus, c'est de voir la confiance que les gens ont encore envers le gouvernement, de quelque bord qu'il soit.
Ce sont les financiers qui gouvernent, c'est à dire les lobbies qui distribuent des sommes considérables pour atteindre leur but. Et ces buts ne sont pas en notre faveur, ni celle des agriculteurs, ni celle des consommateurs, ni celle de la nature. Alors, oui, je conçois que les articles qui se succèdent n'ont rien de réjouissant mais de quoi pourrais je bien parler alors que ça occupe l'essentiel de mes pensées, de mes lectures, de mes recherches.
J'en suis même arrivé à avoir mis de côté l'écriture du tome 4 de la quadrilogie.
Autant je trouve les guerres effroyables, autant celle au Moyen Orient, si elle pouvait avoir un impact majeur sur l'économie mondiale, je pense que j'en arriverais à me réjouir, malgré toutes les difficultés que ça engendrerait dans la population. De savoir que les avionneurs ont déjà commencé à réduire leur nombre de vols en raison des limites de kérosène disponible est pour moi une excellente nouvelle. Que le marché des engrais et des pesticides commence à être tendu a le même effet. Que les pénuries en hélium ralentissent la fabrication de ces millions de smartphones, ordinateurs et autres hightech, j'espère juste que ça incitera les gens à arrêter de changer de matériel tous les ans juste pour avoir un gadget de plus àç leur disposition. Personnellement, mon ordi a plus de dix ans (acheté d'occasion) et mon smartphone est un appareil reconditionné. Pas de télévision, une voiture qui n'a quasiment aucune électronique, un MP3 qui doit dater des années 2010...
Quant au sujet même de cet article de "Reporterre", il m'amène juste a penser qu'en habitant dans une zone où les vergers pulullent, il est probable que notre potager ne soit pas vraiment bio et c'est affreux.
https://reporterre.net/Pulverisation-des-pesticides-l-Etat-promeut-un-outil-defaillant-concu-par-un-geant-du
Pulvérisation des pesticides : l’État promeut un outil défaillant… conçu par un géant du secteur

Les pouvoirs publics mettent en avant un outil numérique « d’aide à la décision » de pulvérisation de pesticides, élaboré par une multinationale du secteur. Censé servir à respecter la réglementation, il présente un manque de fiabilité flagrant.
Benoît Merlo s’acharne jusqu’à ce que la nuit tombe à désherber mécaniquement ses champs à Saint-Didier-d’Aussiat (Ain) pour cultiver les meilleurs produits bio. Sauf qu’en 2025, il n’a pas pu vendre sa récolte de sorgho, une céréale sans gluten, victime collatérale de la pulvérisation par son voisin d’un herbicide, comme Reporterre l’a dévoilé. Le nom du coupable ? Le prosulfocarbe, vendu par Syngenta.
Son complice ? L’outil numérique d’« aide à la décision » Quali’Cible, mis à disposition par… Syngenta. L’application web a donné le feu vert à son voisin pour arroser sa parcelle de ce produit chimique alors que la réglementation ne le permet pas. Celle-ci exige de ne pas utiliser cet herbicide extrêmement volatil à moins de 500 mètres ou 1 kilomètre — selon les circonstances — des cultures non ramassées à l’automne, période de pulvérisation massive des exploitants intensifs de céréales et de pommes de terre, notamment. Sauf que le champ de Benoît Merlo se situe seulement à une centaine de mètres de celui de son voisin.
Quali’Cible aurait dû le prendre en compte et afficher un avertissement en rouge, et donc mettre un stop à la pulvérisation pour limiter le risque de contamination : l’outil propose un code couleur aussi simple qu’un feu de circulation pour conseiller sur l’usage particulièrement complexe, du fait de la pollution environnante qu’il provoque, du deuxième pesticide le plus utilisé en France juste derrière le glyphosate.
« Le fabricant ne devrait pas être à la fois juge et partie »
En février 2026, Quali’Cible ne prenait toujours pas en compte sa parcelle, Benoît Merlo l’a vérifié sur la page internet dédiée. Alors il s’est ému de la problématique auprès d’Annie Genevard, par courrier. Dans sa réponse datée du 19 mars 2026, la ministre de l’Agriculture reconnaît le manque de fiabilité apparent de Quali’Cible puisqu’elle écrit avoir demandé à « la firme qui gère cet outil » de « procéder sans délai à une actualisation de ses données parcellaires » à l’occasion d’un rendez-vous qui aurait eu lieu la veille, comme elle l’indique.
La société Syngenta s’y est-elle attelée ? Le numéro 1 de l’agrochimie en France n’a pas répondu aux questions de Reporterre. Mais surtout, comment ces géants ont-ils réussi à s’imposer auprès des pouvoirs publics comme acteurs de référence du bon usage de leurs propres produits chimiques et contrôler ainsi tous les maillons de la chaîne, de la fabrication aux recommandations d’utilisation ?
Dans tous les cas, l’État n’a pas à se défausser, selon Julien Jansen, agriculteur bio à Civray (Cher). Avec regret, il a arrêté la culture de sorgho, « trop risquée », après avoir subi une contamination au prosulfocarbe deux années d’affilée, en 2024 et en 2025.
« Le problème, c’est de déléguer au privé la surveillance de l’utilisation dans les clous des pesticides. Le fabricant ne devrait pas être à la fois juge et partie », déplore le paysan bio.
Un service mis à disposition gratuitement et promu par l’État
Quali’Cible est même mis en avant par l’État sur ses plaquettes d’informations à destination des agriculteurs dans le cadre du plan gouvernemental de réduction de l’usage des pesticides Ecophyto.
« Syngenta s’est chargé de la rédaction des parties sur les conditions d’utilisation de Quali’Cible, puis nous avons tout relu. Cet outil numérique est bien utile même si c’est le privé qui l’a conçu. En plus, il est gratuit », assume Adeline Chastrusse, cheffe du service agronomie Ecophyto à la chambre d’agriculture des Pays-de-la-Loire qui a élaboré la fiche technique sur le prosulfocarbe.
Dans le document, le site de la firme apparaît, de même que son numéro payant « conseils pro ». Concernant ce coup de publicité offert par l’État à un géant des pesticides, « il s’agit juste d’un petit encadré », minore-t-elle.

Dans la plaquette Ecophyto fournie par les services publics, l’outil développé par Syngenta.
« Les producteurs de pesticides n’ont aucune obligation de fabriquer des outils de conseil à la pulvérisation et l’État n’a pas considéré que ça relevait de ses fonctions d’aider au respect de la règle. Il y en a une mais la limite, c’est clairement que l’État ne se donne pas les moyens d’aider à ce qu’elle soit bien appliquée ni de le vérifier », dénonce Xavier Reboud, chercheur en agroécologie au sein de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.
Interrogée sur les garanties de sûreté de Quali’Cible présenté comme « un outil pour aider au respect de la réglementation » alors qu’il peut visiblement inciter à pulvériser à mauvais escient, Adeline Chastrusse renvoie vers Syngenta. Dans sa réponse à Benoît Merlo, la ministre de l’Agriculture indique : « J’ai demandé que, pour 2026, mes services ciblent particulièrement — et ce, à l’échelle nationale — l’utilisation du prosulfocarbe dans le cadre des contrôles effectués en France sur les conditions d’utilisation des produits phytopharmaceutiques. » Questionné par Reporterre sur ses objectifs et le nombre de contrôles réalisés en 2025, le ministère n’a pas répondu.
Des centaines de milliers d’euros en lobbying
Syngenta n’est pas la seule entreprise à proposer ce type d’outil. Les deux autres leaders du marché des pesticides, Bayer et BASF, proposent aussi les leurs, à grands renforts de lobbying. Les trois principaux producteurs dans l’Hexagone dépensent tous les ans, chacun, entre 100 000 et 500 000 euros pour faire pression sur les décideurs publics, selon le registre de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.
Reporterre l’a épluché et a étudié leurs actions d’influence déclarées, comme demander de « prendre en compte les nouvelles techniques d’application de précision dans les processus d’évaluation des produits phytopharmaceutiques et soutenir leur mise en œuvre par les agriculteurs », s’agissant de Syngenta.

La page d’accueil de l’outil de Syngenta. © Mathieu Génon / Reporterre
Des éléments de langage censés faire passer la pilule de la poursuite de l’usage des pesticides, qui serait « raisonné », repris par le ministère de l’Agriculture. En réalité, l’agriculture dite « de précision » n’empêche pas de contaminer ni les champs des agriculteurs voisins, ni même nos potagers.
La firme signale avoir également œuvré à « présenter les activités et les solutions de Syngenta pour accompagner la transition agro-écologique et renforcer la maîtrise des risques ». « Ces outils numériques comme Quali’cible sont mis en avant comme instruments pour maîtriser les risques et contribuent à la stratégie des vendeurs de pesticides de se présenter comme acteurs responsables pour blanchir leur image, afin de rester au cœur des prises de décisions et d’éviter les interdictions de leurs produits », traduit François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures.
Vous êtes témoin de faits ou d’agissements qui méritent l’attention du grand public ? Contactez Reporterre de manière sécurisée.
Les autres fabricants labourent aussi le terrain depuis longtemps. BASF, qui a refusé de répondre à nos questions, a signifié à la HATVP avoir présenté les avantages de son « nouveau système de pulvérisation intelligente pour une utilisation réduite des herbicides » dès 2023.
En 2021, le deuxième plus gros vendeur de pesticides en France, Bayer, a mentionné sur le registre « sensibiliser les pouvoirs publics sur la nécessité de soutenir l’innovation pour développer des alternatives pouvant contribuer à la réduction d’utilisation des produits phytosanitaires ».
« Les fournisseurs de produits phytosanitaires ne sont pas fous, ils savent qu’ils doivent inciter à en réduire l’usage et développer des outils pour éviter les problèmes et ainsi, que leur substance active ne soit interdite », analyse Baptiste Buatier, le voisin de Benoît Merlo, le paysan bio à la récolte de sorgho souillée. L’agriculteur a accepté de recevoir Reporterre dans sa ferme, qu’il a reprise cinq ans auparavant.

« Les fournisseurs de produits phytosanitaires ne sont pas fous, ils savent qu’ils doivent inciter à en réduire l’usage », dit Baptiste Buatier. © Mathieu Génon / Reporterre
Le trentenaire connaît particulièrement bien les méthodes et outils numériques des géants des pesticides pour avoir travaillé chez Bayer en apprentissage pendant près de trois ans. Interrogé sur ce mélange des genres entre son rôle de fabricant et de conseiller en agrochimie, le puissant groupe allemand se dérobe en indiquant que l’un de ses outils utilisé dans les vignes, Movida GrapeVision, « ne formule pas directement de recommandation d’intervention, mais apporte des éléments de pilotage clés permettant aux viticulteurs d’ajuster leur stratégie de protection ».
Ce type de solutions numériques est utilisé comme référence en coopérative, où Baptiste Buatier a également exercé avant de s’installer. Il s’agit d’une courroie de transmission essentielle sur le terrain : elle joue à la fois le rôle direct de prescriptrice et celui de vendeuse de pesticides aux agriculteurs.
« La coopérative relaie les arguments des fabricants, qui missionnent des équipes commerciales pouvant s’apparenter à celles des visiteurs médicaux », dénonce François Veillerette. D’ailleurs, Bayer reconnaît bien auprès de Reporterre « former les distributeurs à l’utilisation et au fonctionnement des outils digitaux ». Pour le leader de l’industrie agrochimique mais aussi pharmaceutique, une même stratégie d’influence payante.
Le deuil écologique
Par
Thierry LEDRU
Le 26/04/2026
Deuil écologique : les cinq étapes à connaître
12 février 2026 par Alice
https://alice-ecologie.fr/deuil-ecologique-etapes/
Nous sommes en 2026, et le constat est sans appel : voilà plus de trois décennies que la communauté scientifique s’époumone à nous alerter sur les conséquences dévastatrices de notre modèle de surconsommation. L’origine humaine de l’accélération du changement climatique ne fait plus débat, les rapports s’empilent et les records de température tombent les uns après les autres. Pourtant, collectivement, nous nous retrouvons dans une situation paradoxale, presque absurde : installés confortablement au volant d’une voiture lancée à pleine vitesse, nous voyons le mur se rapprocher inexorablement. Mais au lieu de freiner ou de donner un coup de volant salvateur, nous détournons le regard, augmentons le volume de la radio et appuyons sur l’accélérateur. Cette inertie ne relève pas de la bêtise, mais de mécanismes psychologiques profonds et complexes. Comprendre pourquoi nous ne réagissons pas rationnellement face au danger est la première clé pour déverrouiller l’action climatique.
La nuance d’Alice — Le « deuil écologique » n’est pas un diagnostic médical, mais un cadre de lecture psychologique utile pour décrire des réactions observées face à la crise climatique. La littérature sur le climat montre surtout que le déni et la dissonance cognitive servent à réduire l’inconfort, pas à nier les données elles-mêmes.
En bref
Le paradoxe de l’inaction : Malgré les preuves scientifiques accablantes accumulées depuis 30 ans, nos comportements peinent à changer radicalement.
Le déni comme bouclier : Ignorer la réalité est un mécanisme de défense psychologique pour se protéger d’une vérité trop douloureuse, comparable à l’annonce de sa propre finitude.
La dissonance cognitive : Cette tension interne nous pousse à justifier nos actions polluantes (comme prendre l’avion) par des excuses irrationnelles pour préserver notre confort mental.
Les étapes du deuil écologique : Inspiré du modèle de Kübler-Ross, le processus traverse le déni, la colère, le marchandage et la dépression avant d’atteindre l’acceptation.
La colère, moteur ou frein ? : Le sentiment de trahison envers les générations précédentes ou les décideurs est une étape violente mais nécessaire vers la résilience.
Le déni face à l’urgence climatique : pourquoi nous préférons ignorer le mur
Lorsque Valérie Masson-Delmotte, climatologue émérite, affirmait qu’il fallait impérativement questionner nos choix de consommation pour contenir le réchauffement, la logique aurait voulu que nous changions tout, tout de suite. Pourtant, la réponse collective ressemble davantage à un gigantesque « Oui, mais… ». Ce phénomène de déni est fascinant par sa puissance. Il ne s’agit pas simplement d’un manque d’information, mais d’un refus inconscient d’intégrer une vérité qui remet en cause les fondements mêmes de notre existence et de notre confort.
Le chercheur Clive Hamilton, dans son ouvrage Why We Resist the Truth about Climate Change, a brillamment décortiqué ce mécanisme. Au-delà des lobbys industriels et des inerties politiques, il pointe du doigt une barrière psychologique individuelle : une vérité qui dérange est souvent trop lourde à porter. Accepter la réalité de la crise climatique en 2026, c’est accepter la fin d’un monde, celui de l’abondance illimitée et de l’insouciance. Hamilton dresse un parallèle saisissant avec notre propre mortalité. Nous savons tous intellectuellement que nous allons mourir un jour, mais nous vivons au quotidien comme si nous étions éternels. Ce n’est que lorsque l’échéance devient imminente et inévitable que la prise de conscience opère réellement. Pour le climat, c’est identique : tant que le mur n’a pas été percuté, nous préférons regarder le paysage.
Les excuses que nous inventons pour maintenir ce déni sont légion et souvent créatives. Qui n’a jamais entendu — ou pensé — « De toute façon, si je change et que les Chinois ne font rien, ça ne sert à rien » ou encore « La technologie va nous sauver, inutile de paniquer » ? Ces phrases ne sont pas des arguments rationnels, mais des pare-feux mentaux. Elles servent à repousser l’angoisse et à maintenir le statu quo. C’est une protection contre la souffrance émotionnelle qu’engendrerait la pleine réalisation de la catastrophe en cours. Pour aller plus loin dans la compréhension de ces mécanismes à travers la culture, je vous invite à consulter notre sélection sur les œuvres cinématographiques majeures sur l’environnement, qui illustrent souvent ces conflits intérieurs avec brio.
La dissonance cognitive ou l’art de se mentir pour ne pas souffrir
Si le déni est le bouclier, la dissonance cognitive est la gymnastique mentale qui nous permet de le tenir à bout de bras. En psychologie sociale, ce concept désigne la tension interne insupportable que nous ressentons lorsque nos actes sont en contradiction flagrante avec nos valeurs ou nos connaissances. Dans le contexte actuel, c’est ce malaise diffus qui nous saisit lorsque nous nous considérons comme des « amoureux de la nature » tout en réservant un week-end à l’autre bout de l’Europe en avion low-cost.
Prenons un exemple concret et d’actualité : l’employé d’une grande compagnie aérienne ou d’une multinationale pétrolière. Cet individu a besoin de son salaire pour nourrir sa famille ; son travail lui donne un statut social et une identité. Comment réagit-il lorsqu’un reportage expose, preuves à l’appui, que son activité contribue directement à rendre la planète invivable pour ses propres enfants ? La violence de cette information crée une dissonance cognitive aiguë. Pour réduire cette tension, il a deux options : changer ses actes (démissionner, changer de vie) ou changer ses opinions (minimiser le problème).
L’être humain étant naturellement averse à la perte et au changement radical, la seconde option est majoritairement choisie. C’est ainsi que l’on construit des narratifs rassurants : « Oui, je travaille pour TotalÉnergies, mais regardez, nous investissons dans des projets solaires et nous avons aidé une école au Gabon en 2006 ». Ce processus de rationalisation permet de préserver l’estime de soi et de continuer à fonctionner au quotidien sans s’effondrer sous le poids de la culpabilité. C’est le même mécanisme qui s’active chez le consommateur qui refuse d’envisager la fin des voyages en avion comme une nécessité, préférant croire aux promesses lointaines de l’avion à hydrogène ou à la compensation carbone, dont on connaît pourtant les limites.
Le modèle de Kübler-Ross revisité : cartographie de nos émotions climatiques
Pour naviguer dans ces eaux troubles de la psychologie et climat, le modèle des cinq étapes du deuil, théorisé par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross en 1969 dans son livre On Death and Dying, offre une grille de lecture pertinente, bien qu’il faille l’adapter. Initialement conçu pour décrire le cheminement des patients apprenant leur propre maladie incurable, il est aujourd’hui largement utilisé pour décrypter le deuil écologique. Ce terme désigne la douleur ressentie face à la perte des écosystèmes, des espèces et de la certitude d’un avenir stable.
Il est crucial de noter que, contrairement à une maladie incurable, le changement climatique n’est pas une fatalité absolue dont l’issue est binaire (la mort). Nous avons encore une marge de manœuvre, ce qui rend le deuil d’autant plus complexe : c’est un deuil actif. Cependant, les étapes émotionnelles traversées sont similaires. Nous passons du choc initial au déni, puis traversons des phases de colère, de marchandage, de dépression, pour espérer atteindre l’acceptation et l’action. Ce cheminement n’est pas linéaire ; nous pouvons faire des allers-retours entre ces états selon les nouvelles du jour ou notre fatigue mentale.
INTERACTIF
Duel Psychologique
Explorez les nuances entre le deuil intime et la douleur liée à la crise climatique. Cliquez sur les dimensions ci-dessous.
Deuil Classique
Perte personnelle irréversible (décès, rupture).
Focalisation : Passé
Deuil Écologique
Perte environnementale (biodiversité, lieux) et incertitude radicale face au futur.
Focalisation : Futur & Collectif
VS
Analyse Rapide
Alors que le deuil classique regarde en arrière vers ce qui est fini, le deuil écologique regarde anxieusement vers l'avant.
Voici comment ces étapes se manifestent spécifiquement dans le contexte de la crise environnementale :
Le Déni : « Le climat a toujours changé », « Ce n’est pas si grave ». C’est le refus de voir la réalité.
La Colère : « Pourquoi personne ne fait rien ? », « Ils nous ont menti ! ». Recherche de coupables.
Le Marchandage : « Je vais trier mes déchets, mais je garde mon SUV », « La fusion nucléaire nous sauvera ». Tentative de négocier avec la réalité pour ne pas trop perdre.
La Dépression : « C’est foutu », « À quoi bon ? ». Sentiment d’impuissance et éco-anxiété profonde.
L’Acceptation : « La situation est grave, mais je fais ma part », « Je construis de la résilience ». Lucidité et action constructive.
De la sidération à la colère : l’explosion émotionnelle nécessaire
Une fois la carapace du déni fissurée, c’est souvent la colère qui jaillit, telle une éruption volcanique. Cette étape est particulièrement visible chez les jeunes générations ou chez ceux qui viennent de « se réveiller » face aux données climatiques. La violence du changement demandé est telle qu’il est impossible de rester placide. Cette colère se dirige tous azimuts : contre les gouvernements inactifs, contre les multinationales prédatrices, mais aussi, de manière plus intime et douloureuse, contre ses propres proches.
Le conflit intergénérationnel est ici central. Comment ne pas ressentir de l’amertume en réalisant que nos parents ou grands-parents savaient, ou auraient pu savoir, et n’ont rien fait ? La question « Pourquoi n’avez-vous pas agi ? » résonne lors des repas de famille, créant des fractures parfois profondes. De l’autre côté, les jeunes parents d’aujourd’hui sont confrontés à une culpabilité dévorante : comment expliquer à son enfant, dans 20 ans, que l’on a continué à vivre « comme avant » alors que les voyants étaient au rouge ? Cette colère est le symptôme d’un sentiment de trahison et d’abandon, une réaction saine face à une menace existentielle ignorée par ceux qui étaient censés nous protéger.
Cependant, rester bloqué dans cette colère peut être destructeur et mener au burnout militant. Il est essentiel de reconnaître cette émotion, de la valider, mais aussi d’apprendre à la canaliser pour qu’elle devienne un moteur de revendication plutôt qu’un poison mental. Si vous ressentez ces émotions de manière envahissante, sachez qu’il existe des solutions pour apaiser l’éco-anxiété et transformer cette rage en énergie créatrice.
Trois gestes concrets pour traverser le deuil écologique
Le deuil écologique éclaire une réalité simple : la prise de conscience ne suffit pas toujours à produire un changement durable. Dans les faits, l’enjeu se joue à la fois dans l’acceptation psychologique et dans la sobriété des usages, car l’empreinte carbone dépend aussi des infrastructures, des choix de conception et de la durée de vie des objets. Les gestes individuels restent utiles lorsqu’ils sont mesurables et reliés à des leviers plus larges, notamment côté écoconception et consommation réelle.
Nommer la réaction dominante — Dans les modèles de deuil, 5 phases reviennent souvent ; les repérer aide à sortir du flou émotionnel et à réduire la dissonance cognitive.
Réduire l’exposition aux contenus anxiogènes — Une étude de l’ADEME rappelle qu’un email avec pièce jointe de 1 Mo émet environ 19 g de CO2 ; alléger les flux numériques limite une partie du bruit informationnel.
Allonger la durée de vie des appareils — Selon l’IEA, prolonger l’usage d’un smartphone de 1 an peut éviter environ 25 % d’émissions liées à son cycle de vie, en moyenne.
Le travail psychologique compte, mais l’impact climatique ne se joue pas seulement dans la sphère intime. En réalité, les plus gros leviers restent la production d’énergie, l’organisation des mobilités, l’écoconception des services et la durée de vie des équipements. Les gestes personnels peuvent diminuer l’empreinte à la marge et rendre l’action plus cohérente, sans masquer le poids des systèmes. Pour un repère sur les ordres de grandeur du numérique, un point d’entrée utile reste le bilan environnemental publié par l’ADEME.
Le marchandage et l’illusion de la solution technologique
Avant de sombrer dans la tristesse ou d’atteindre la sérénité de l’action, nous passons presque inévitablement par la phase de marchandage. C’est l’étape de la négociation avec nous-mêmes et avec les lois de la physique. Nous tentons de trouver des compromis pour retarder l’échéance du changement radical. C’est le règne des « petits pas » isolés utilisés comme justification pour ne pas faire les « grands sauts ».
Le marchandage s’exprime par des phrases types : « Je ne prends plus l’avion qu’une fois par an, c’est déjà bien, non ? » ou « Ma banque a promis de réduire ses investissements fossiles de 10%, donc mon épargne est verte ». C’est une tentative désespérée de garder le contrôle, de se dire que l’on peut conserver notre mode de vie actuel moyennant quelques ajustements mineurs à la marge. C’est aussi à ce stade que le technosolutionnisme bat son plein : on veut croire aveuglément que la capture de carbone ou la géo-ingénierie nous dispensera de la sobriété.
Ce stade est humain, mais il est dangereux s’il dure trop longtemps, car il nous maintient dans l’illusion que l’on peut négocier avec le climat comme on négocie un contrat. Or, l’atmosphère ne fait pas de politique et ne signe pas de compromis. Passer cette étape demande du courage : celui d’admettre que les demi-mesures ne suffiront pas et que la technologie, bien qu’utile, ne sera pas le deus ex machina qui nous sauvera de nous-mêmes. C’est souvent l’échec de ce marchandage face à la réalité des chiffres qui précipite ensuite vers la phase de dépression — ou « solastalgie » — que nous aborderons plus en détail dans la seconde partie de ce dossier, avant d’explorer les chemins lumineux de l’acceptation et de la reconstruction.
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