J'ai lu beaucoup, beaucoup de documents sur les périodes de révolte, insurrection, et guerre civile, en France et dans bien d'autres pays. Il y a un élément récurrent, c'est celui de la folie de la violence, celle des casseurs, celle de ceux qui se réjouissent de ces moments de tension extrême et s'en servent.
On a vu dans cette journée du 17 octobre, des petits commerçants qui ont tout perdu de leurs biens, pharmacie, épicerie, librairie, bar-tabac, petit restaurant, kiosque, magasin de vêtements (et je ne parle pas des boutiques Hermès ou autres), des gens qui triment pour s'en sortir, des gens qui ne font pas partie de la population des "sans soucis" mais des "sans dents" juste du peuple de "base", celui qui bosse pour avoir de quoi vivre décemment et ça n'est même pas le cas pour tous.
Et les casseurs n'ont aucune retenue. Ils pillent, détruisent, saccagent.
Non, pour moi, rien n'est justifiable, explicable, compréhensible. Quel que soit le vécu de ces personnes. Ceux-là ont sombré, ils ne font plus partie de rien, sinon de ce néant qu'ils vénèrent. J'entends des "personnalités" dire que ces casseurs agissent proportionnellement au rejet, aux difficultés, au mal-être qu'ils endurent.
Mais si ces arguments étaient recevables, nous serions déjà en guerre civile car cette population malmenée, elle est considérablement plus nombreuse que les centaines de casseurs qui ont sévi. Non, ça n'est pas recevable, aucun argument de cet ordre ne peut justifier la folie de cette violence. Il y a nécessairement un choix, à un moment, celui de rejoindre le flot des casseurs ou celui de chercher une issue, encore et encore.
S'en prendre à Fatima qui tient une épicerie de quartier à Marseille depuis trente ans et mettre le lieu à sac, tout vider, piétiner, détruire au-delà de l'imaginable, ça n'est pas recevable.
Mais c'est un constat depuis le début des années 2000. Toute insurrection, rébéllion, contestation, manifestation s'accompagnent désormais de la folie de la violence. Je ne cherche pas à en comprendre les causes parce que ça ne peut pas rentrer dans le champ de mon raisonnement. Par contre, tous les documents que j'ai lus, visionnés, toutes les analyses qui en ont été faites montrent un point commun : les forces de l'ordre, malgré les très, très nombreux dérapages, violents, inconsidérés, injustifiables dont elles sont parfois et même désormais trop souvent coupables, ces comportements qui eux aussi relèvent de la folie de la violence, restent la seule et dernière barrière à une folie bien plus vaste encore, une folie qui devient meurtrière, n'a plus de limite, au point que le reste de la population en arrive à l'ultime solution : prendre elle-même les armes ou succomber. Et là, on entre dans la guerre civile. Ce ne sont pas les manifestants portant leurs revendications qui auraient pu stopper la folie des casseurs car ils auraient été mis à terre et piétinés. A moins qu'ils viennent armés et qu'ils s'en servent. Et là, on commence à compter les morts...
En attendant, on a le processus habituel qui s'est enclenché.
Macron 1 er a parlé, pour ne rien dire. On est habitué.
Le gouvernement dit que personne ne mettra la République au sol, et patati et patata. On est habitué.
Le gouvernement accuse LFI, le RN accuse le gouvernement, tout le monde est coupable sauf celui qui blâme les autres. On est habitué.
Les revendications des lycéens et lycéennes ne sont bien évidemment plus entendues, celles des retraités, des artisans, des petits entrepreneurs, des petits salariés, tout cela a disparu. On savait que ça se passerait comme ça. On est habitué.
On appelle ça "Tournez manège".
Mais, il se pourrait qu'un jour, le manège s'arrête, que le mécanisme déraille pour de bon, que les forces de l'ordre soient considérablement débordées, on peut même imaginer qu'elles refuseraient d'obéir. Mais alors, il faudra se souvenir que les casseurs seront là, fidèles au poste, prêts à en découdre et que personne, personne ne sera épargné.
C'est là qu'il est intéressant d'essayer d'imaginer ce qui se produirait en gardant à l'esprit ce qu'écrivait Balzac :
« Toutes les horreurs que les romanciers croient inventer sont toujours au-dessous de la vérité. »
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