Les engrais verts

Sur l'intégralité de notre terrain, potager et verger, on place des "negrais verts", les fixateurs d'azote et bien évidemment, on récupère également notre urine pour "nourrir" le sol en plus du compost, du broyat, de la paille et du foin. Un sol doit toujours être "couvert". Rien ne se perd, tout se transforme. Des choses simples, efficaces, naturelles. 

 

Flambée du prix des engrais : “Je ne suis pas du tout impacté par le contexte international”, nous explique cet agriculteur

Vincent Marrand est un producteur de céréales installé à Gerzat, près de Clermont-Ferrand.

Vincent Marrand est un producteur de céréales installé à Gerzat, près de Clermont-Ferrand. • © Vincent Marrand

Écrit par Catherine Lopes

Publié le11/03/2026 à 06h00

Temps de lecture : 6 min

Auvergne-Rhône-Alpes

Le blocage du détroit d’Ormuz engendre des perturbations sur le marché des engrais. En France, la hausse des prix des intrants inquiète les agriculteurs. Pour le moment, les agriculteurs bio ne sont pas touchés par ces fluctuations. Ils n’utilisent pas d’engrais azotés. Un céréalier du Puy-de-Dôme s’estime privilégié. 

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Depuis les premières frappes israéliennes et américaines sur l’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, on a beaucoup parlé des conséquences sur le commerce du pétrole et du gaz. Un peu moins du marché des engrais. Le secteur agricole est aussi inquiet. Le marché des engrais, lié aux fournitures d’urée et d’ammoniac, est lui aussi touché par le contexte international. En effet, 33 % du commerce mondial transite par le détroit d’Ormuz. La majorité des engrais utilisés dans l’agriculture actuelle sont faits à base d’urée. Pour cela, il faut de l’ammoniac et pour l’obtenir, du méthane est nécessaire.

La production d’engrais se fait majoritairement dans le golfe persique, où l’accès au gaz naturel est moins cher. C’est pourquoi beaucoup d’usines de transformation du gaz se sont implantées dans la zone. Dès les premiers bombardements en Iran, l'urée, principal fertilisant utilisé, est passée de 505 à 580 euros la tonne. En France, les dirigeants de la FNSEA ont fait part de leurs craintes face à l’inflation des prix des engrais.

Pas d'engrais chimiques

Vincent Marrand, agriculteur bio à Gerzat, près de Clermont-Ferrand, au domaine de Villevaud, semble serein. Il produit du blé, de l'orge, du maïs, du tournesol, du soja, des féveroles, du lin, de la cameline, des pois chiches, des lentilles et du petit épeautre. Son exploitation fait 200 hectares. Il est passé au bio en 2020. Il raconte : “Je ne suis pas du tout impacté par le contexte international et le cours des engrais azotés, car je n’en utilise pas. J'ai fait le choix de passer en bio, pas pour cette raison, mais j'arrive à faire pousser mes céréales sans engrais chimiques”.

Il utilise la rotation des cultures comme moyen de substitution. L’agriculteur détaille comment il fonctionne : “Je place des légumineuses dans mes cultures, comme la féverole, le pois chiche, la lentille et la luzerne. Ce sont des plantes qui rejettent naturellement de l’azote dans le sol par leurs racines”.

Des économies réalisées

Vincent apporte également du fumier, qu’il échange contre de la paille de blé auprès d’un agriculteur de Sauxillanges. Il ajoute : “Je réalise aussi des économies par rapport à l’époque où j’étais en agriculture conventionnelle et où j’utilisais des engrais. Mais je n'ai pas le même modèle économique qu'un conventionnel qui ferait du blé avec de l'engrais. Je le fais en bio et je ne vise pas les mêmes rendements”. Vincent savoure les conséquences du choix de l’agriculture biologique : “Aujourd'hui, je n'ai pas le stress de savoir si j'ai acheté mon engrais au bon moment, si c'était le bon prix. Je ne suis pas embêté avec ça”.

Des conséquences en cascade

Bio 63 est une association de développement de l’agriculture biologique qui regroupe des producteurs, des personnes morales, des transformateurs, des magasins bio et des citoyens. Nathanaël Jacquart en est le coprésident. Il explique pourquoi son secteur est protégé de ces fluctuations internationales : “L’agriculture bio est un peu à l’abri. On est très peu dépendants de l’azote minéral, qui est l’azote issu du pétrole. L’azote minéral est interdit en agriculture biologique, dans le cahier des charges”.

Mais l’agriculture bio n’est pas totalement épargnée : “Toutes les autres sources d’azote sont liées à ces cours de l’azote minéral mondial. La demande initiale sur l’azote en agriculture conventionnelle peut se reporter sur les autres sources d’azote et peut faire mécaniquement monter les prix”. Le cours du fumier pourrait ainsi augmenter. “Il n'y a pas d'augmentation réelle pour l'instant, mais en tout cas, c'est le risque”, prévient Nathanaël Jacquart.

Le rôle des engrais verts

En agriculture biologique, les agriculteurs peuvent acheter du fumier à un voisin ou à d’autres producteurs proches. Par exemple, dans la plaine de la Limagne, il existe un système d’échanges. Les agriculteurs peuvent aussi utiliser du fumier déshydraté, acheté en sacs. D’après le coprésident de Bio63, le fumier épandu est à environ 16 euros la tonne. L’agriculture biologique dispose d’un autre levier, les engrais verts. Nathanaël Jacquart détaille comment cela fonctionne : “On sème de l'engrais vert, par exemple, en septembre. Ce sont différentes sortes de plantes, soit en mélange, soit pur : cela peut être une légumineuse ou des céréales, par exemple, mais qui ne vont pas être récoltées, mais qui vont être broyées, et réincorporées au sol”. Cela constitue une source de carbone, quand il s’agit de céréales. Quand il s’agit de légumineuses, ces dernières captent l’azote de l’air. Les agriculteurs bio misent beaucoup sur les rotations d’engrais verts positionnés entre deux cultures. Nathanaël Jacquart rappelle : “Avec cela, on est beaucoup plus indépendants de tous ces cours mondiaux. C’est une vraie force de l’agriculture biologique”.

Un argument de poids

Cette relative indépendance vis-à-vis des cours mondiaux peut constituer un argument qui permet de convertir des agriculteurs de passer à l’agriculture biologique. Nathanaël Jacquart insiste : “Cela pourrait être un élément déclencheur. Certains vont peut-être se dire que c’est le moment de sauter le pas”. En revanche, sur la question du GNR, gazole non routier, les agriculteurs bio ne sont pas épargnés. Le prix a quasiment doublé en quelques jours, passant de 800 euros les 1000 litres à 1400 euros. Dans un avenir proche, Vincent Marrand, agriculteur à Gerzat, se dit plus préoccupé par l’envolée du prix du GNR : “C'est vraiment le poste le plus inquiétant. Pour le moment, je le stocke dans des citernes mais d’après ce que j’ai compris, cela va augmenter”. Avec l’arrivée du printemps et le redémarrage des travaux des champs, cette hausse du prix du GNR va être ressentie encore plus durement.

 

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