Une étrange distance.

Toujours cette étrange distanciation avec le monde qui m'entoure, comme si je vivais dans une bulle qui filtrerait les éléments essentiels. Je peux user de ma raison quand c'est nécessaire mais dès que je n'ai plus aucune intervention à avoir, aucune action à mener, je me sens partir dans une dimension de silence que j'aime de plus en plus. C'est davantage qu'un silence extérieur bien entendu. C'est l'absence de pensées, une certaine "lobotomie," une plongée incontrôlée dans une dimension intemporelle, dé-mentalisée, un abandon complet. Je vois un entonnoir en moi et le tourbillon des pensées insoumises qui disparaît, je n'ai aucune volonté, (ça reviendrait à créer un ancrage), si ça n'aboutit pas je ne m'en fais pas, c'est juste que je n'étais pas prêt, ça ne dépend pas de moi, c'est comme un besoin interne, la raison n'a rien à y faire, comme une évaporation, je ne connais pas la source de la chaleur, elle est là, c'est tout.
Lorsqu'il n'y a plus rien, je sens (mais les cinq sens sont étrangers à tout ça) une certaine félicité, une sérénité qui ne m'est pas accessible dans la dimension raisonnée. Il n'y a plus rien et étrangement l'impression que "tout" est là. Une présence dans le vide.

Je réalise que cette "évaporation" survient de plus en plus souvent. Même en présence d'autres personnes. Je peux m'extraire de l'instant dès lors que rien ne m'est demandé, que je n'ai rien à faire. Je ne connaissais cet état que dans la solitude et je le vis maintenant dans mes relations quotidiennes. Je n'entends plus rien, ni les discussions, ni les bruits divers, je suis "ailleurs". Comme si ce vide s'étendait autour de moi et qu'il créait un espace étanche, imperméable, élastique, il s'étend, il s'étend, les éléments disparaissent, comme si je n'étais plus inséré dans le fatras des conditions de vie mais que je maintenais pourtant un lien insécable avec ce monde extérieur, je peux le réintégrer en une fraction de seconde, dès lors que c'est nécessaire, dès lors que la raison doit être enclenchée pour une action précise. Je sais pour autant que le vide est toujours là, qu'il ne s'efface plus, il existe, rien ne peut l'éliminer, il suffira que je cesse de penser pour entrer de nouveau dans cette dimension personnelle. J'en suis heureux. Je n'ai pas besoin de me raisonner en me disant que je dois cesser de penser, je sais de toute façon que la méthode est absurde. Le vide est là, il suffit que je me "déplace", que je quitte les structures mentalisées et il m'accueille.

Je ne sais pas ce que c'est.

Et d'ailleurs à quoi me servirait-il de le savoir ? Si j'essaie d'y mettre un nom, je l'identifie et dès lors je le limite. Et il n'a pas de limite, comme il n'a pas de nom.

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