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Thierry LEDRU
Le 26/04/2013

Une petite silhouette râblée transperce la nuit. Il est à peine 6 heures du matin et les premières lueurs du jour vont bientôt éclairer les pentes du Cerro del Telegrafo, un sommet moyen au pied de la Sierra de Guadarrama, le massif montagneux situé au nord-ouest de Madrid. Un bâton de marche dans chaque main, une lampe sur le front, Carlos Soria avale les derniers hectomètres de cette montée escarpée à un rythme soutenu et régulier, presque mécanique. Il fait un froid polaire en ce 19 mars 2013 quand une pluie épaisse et glaciale se met à tomber brutalement. Emmitouflé dans un anorak bleu azur, la capuche serrée sur la tête, l'alpiniste espagnol avance, le regard braqué devant lui.
Pas question de se laisser distraire par cette petite intempérie. Dans quelques jours, il s'envolera pour Katmandou, au Népal, afin de préparer l'ascension du Kangchenjunga, le « Kangch' ». Perché à 8586 mètres d'altitude, ce sommet est le troisième plus haut du monde après l'Everest et le K2. Vingt-trois ans après avoir gravi le Nanga Parbat, en 1990, son premier 8000, Soria s'attaque à son 12e méga sommet himalayen à l'âge canonique de… 74 ans. Du jamais-vu dans l'histoire de l'alpinisme. « Je ne suis pas le plus grand alpiniste de l'histoire, concède-t-il avec un léger sourire. Je suis juste le plus vieux. »
Pourtant l'Espagnol est bel et bien parti pour être « canonisé » de son vivant. Il a en effet programmé deux autres ascensions dans la foulée de son expédition dans le Kangch', l'Annapurna et le Dhaulagiri. Ce sont les deux seuls autres sommets himalayens de plus de 8000 mètres qui manqueront encore à son tableau de chasse. S'il les accroche, il intégrera le cénacle des alpinistes ayant conquis les quatorze plus hauts sommets du monde. Un Graal que l'Espagnol entend atteindre au plus tard en 2016. Il aurait alors 77 ans ! « C'est un bon âge pour le faire, assure-t-il froidement, sûr de sa force. Ça ne m'inquiète pas plus que ça. » Cela en ferait surtout le plus vieil himalayen de l'histoire. Une légende des cimes.
Ce 19 mars 2013, trois jours avant le grand départ vers les pentes enneigées du Kangchenjunga, Carlos Soria affiche une mine sereine. L'Espagnol a beau être en plein préparatif pour sa nouvelle expédition, ça ne l'empêche pas de nous recevoir pendant cinq heures chez lui. Dans sa maison de Moralzarzal, une bourgade résidentielle à une heure de Madrid, ou sur les pentes du Cerro del Telegrafo, « sa » montagne (1400 m d'altitude). Pour y accéder, il faut d'abord emprunter un grand parc peuplé de lapins et bordé de conifères. Puis mettre le cap sur le sommet où trône un vieux télégraphe édifié dans la première moitié du XIXe siècle pour communiquer avec les provinces du Nord. C'est sur un immense plateau rocheux, à mi-ascension, que Soria souhaite démarrer le reportage. Non loin des raidillons rocailleux qu'il emprunte chaque matin pour faire travailler ses genoux fatigués.

© Hugues Lawson-Body
Les quatorze 8000
cliquez sur les pics du graphique et sur la carte pour voir les photos des sommets
« C'est là, dans ces montagnes, que j'ai commencé à grimper il y a soixante ans », explique-t-il d'emblée, l'index pointé vers les lignes fracturées de la Sierra de Guadarrama. « La montagne, c'est mon élément, j'y suis aussi à l'aise qu'au fond de mon lit, s'enthousiasme Soria. Il y a un an, un journaliste du New York Times m'avait demandé combien de jours j'avais passé dans ma vie, perché dans les cimes. J'ai fait mes comptes depuis cette interview. Et ça se chiffre à plus de cinq années… »
Carlos Soria s'amuse de l'intérêt que son histoire suscite dans la presse internationale. Et c'est avec une certaine jubilation qu'il accueille nos questions sur ses motivations, cette envie irrépressible de défier les lois de la nature à un âge avancé. On sent alors poindre derrière son visage impénétrable un feu ardent, presque juvénile. « Je ne cours après rien de particulier, sinon me faire plaisir, souligne-t-il, le regard perçant. Tant que mes forces me le permettront, je continuerai à gravir des montagnes, chez moi ou à l'autre bout de la planète. Tout le monde veut connaître mon secret… Est-ce la qualité de mes entraînements, de mon hygiène de vie ou est-ce que ce sont tout simplement mes gènes qui me font toujours grimper à 74 ans ? Il y a sûrement un peu de tout ça. Mais, moi, je dis que c'est la retraite la bonne réponse. Ma vie a changé le jour où j'ai arrêté de travailler. La retraite est une bénédiction. »
Par
Thierry LEDRU
Le 25/04/2013
Génétique : quels sont les caractères héréditaires ?
Certains caractères physiques, morphologiques ou même moins visibles sont héréditaires, c'est-à-dire qu'ils sont hérités de nos parents, grâce aux gènes qu'ils nous ont transmis. C'est le cas de :
- la couleur des yeux ;
- la couleur des cheveux ;
- la couleur de peau ;
- la forme du nez, du visage, des oreilles... ;
- le groupe sanguin (A, B, AB, O) ;
- les maladies génétiques (hémophilie, diabète de type 1, myopathie…), etc.
Caractères héréditaires influencés par l'environnement
D'autres caractères sont dictés par les gènes, mais sont également plus ou moins influencés par l’environnement :
- la morphologie : si les gènes y sont pour beaucoup, l’alimentation peut affecter la croissance et donc la taille définitive, mais aussi le poids ;
- les maladies : facteurs de risques de cancer (mutation d’un gène dans le cas de cancer du sein), etc.
Caractères non héréditaires
D'autres caractères ne sont pas héréditaires, mais plutôt liés au mode de vie ou à l’environnement. Ils peuvent donc évoluer avec le temps et différer entre deux vrais jumeaux qui ont pourtant les mêmes gènes :
- les empreintes digitales (elles se forment aléatoirement pendant le développement embryonnaire dans le ventre de la mère) et restent constantes tout la vie ;
- les cicatrices, qui apparaissent suite à des blessures ;
- les maladies non héréditaires (par exemple le cancer du poumon lié à la cigarette), etc.
Bon, on peut aussi s'intéresser aux "caractères acquis" et aux "caractères ancestraux", Des milliers de pages à parcourir sur la toile.
Pour ma part, l'interrogation qui me travaille concerne principalement les "caractères ancestraux".
L'impression, et même l'inquiétude, c'est que les enfants naissent avec cette part "historique" en eux et que seule l'éducation pourra leur permettre d'évoluer.
Mais si j'observe l'évolution de l'Humanité et que j'essaie d'extraire des caractères généraux aux humains, à travers cette histoire millénaire, le constat est terrifiant.
Comment je suis arrivé à cogiter là-dessus pendant mon tour de vélo cet après-midi ? Et bien, c'est très simple : ce que je vis dans ma classe cette année me perturbe au plus haut point. Je n'y vois pas des incidents épisodiques mais une "structure mentale" qui remonte à très, très loin. Ceux et celles qui ne sont pas concernés (ils sont très, très peu...) ont eu la chance de recevoir une éducation leur permettant de dépasser ces "caractères ancestraux."
Bon sang, ça me déprime d'écrire ça...
J'y reviendrai demain...Ou plus tard...
Pôle emploi contre le Bon Coin
Par
Thierry LEDRU
Le 25/04/2013
Les arguments des responsables du P.E sont effarants. Ils n'ont vraiment honte de rien. J'en connais un sacré paquet de jeunes qui galèrent et ça fait longtemps qu'ils n'attendent plus rien de cette boutique.
ZOOM - Entreprises et chômeurs se tournent de plus en plus vers ce site de petites annonces.
Le contexte. "À Pôle emploi, ils sont très bons pour recenser les chômeurs, mais pas pour leur trouver du boulot." Les chiffres du chômage sont tombés et ils ne sont pas bons. La France comptait fin mars 3,224 millions de demandeurs d'emploi de catégorie A (sans aucune activité), un record. Et pour Carl des Jamonières, patron de plusieurs agences "Mondial Pare Brise" interrogé par Europe1, Pôle emploi est en partie responsable. Car de l'emploi, assure-t-il, il y en a. Mais les chômeurs n'en sont pas toujours informés.
"Il y a trois millions de chômeurs et Pôle emploi ne peut pas m'en envoyer un. Mon développement est bridé à cause d'un manque de personnel", regrette ce patron qui, du coup, va chercher sa main d'œuvre par d'autres moyens. Mais pas n'importe où.
>> À lire : ça y est, le record de 1997 est battu
Quand Leboncoin.fr est plus fort que Pôle emploi ? "Alors que mon annonce sur Pôle emploi n'a attiré aucun candidat en un mois et demi, celle du Boncoin m'en a ramené 25 en une semaine", précise Carl des Jamonières. "J'ai même été obligé de supprimer l'annonce, sinon je serai débordé. J'y ai trouvé trois candidats, que j'ai embauchés. Aucun n'avait eu la proposition par Pôle emploi, alors que c'était des mécaniciens, donc des gens parfaitement adaptés à ce que je cherchais", poursuit-il.
Un succès en chiffres. Carl des Jamonières n'est pas le seul dirigeant à se tourner vers le site de petites annonces, qui a connu un essor fulgurant ces dernières années. Leboncoin.fr recense plus de 50.000 offres en ligne, et se hisse donc en tête des sites privés les plus fournis pour la recherche d'emploi (derrière Pôle emploi et ses 160.000 offres). Les employeurs auraient d'ailleurs tort de s'en priver, car les candidats potentiels affluent. Médiamétrie, qui a récemment intégré le site dans son "panel emploi", estime qu’en février dernier, il a accueilli près de 1,9 million de visiteurs uniques, derrière Pôle emploi (6,1 millions), dont les internautes se connectent aussi pour s'inscrire et mettre à jour leur statut, et Indeed (1,99 million), qui rassemble les offres d'autres sites. En un an, le Leboncoin.fr a gagné plus de 400.000 visiteurs, c'est presque autant de perdus pour Pôle emploi.
Les clés du succès. Plusieurs facteurs peuvent expliquer le succès du Boncoin. Côté entreprise, la gratuité séduit les dirigeants, alors que d'autres sites comme Cadreemploi ou Monster demandent des centaines d'euros pour diffuser une annonce. Côté internautes, outre la précision des offres, le critère proximité fait également mouche. "Avant, une personne recherchait un poste. Avec la crise, si le conjoint a un travail, la personne cherchera plutôt un lieu, proche, où gagner de l'argent", décryptait pour Le Monde Laurent Gaignard, animateur du réseau de recruteurs commerce-RH, en septembre dernier.
Ce n'est pas le même métier, répond Pôle emploi. Pour Colette Pronost, secrétaire général SNU, syndicat majoritaire, les employés de l'agence publique "font ce qu'ils peuvent". "Il y a 11% de chômage, l'offre baisse, les entreprises sont plus fragiles qu'avant", souligne-t-elle au micro d'Europe1. D'autant que, selon cette syndicaliste, leur métier n'est pas le même que celui d'un site de petites annonces. "Il faut inscrire les demandeurs, leur fournir des renseignements sur leur indemnisation et ensuite on peut les mettre en relation avec l'offre d'une entreprise. Dès que l'on voit une offre qui correspond au demandeur, elle est proposée. On reste les meilleurs dans la relation entre l'offre et la demande", insiste-t-elle.
Du côté de la direction de Pôle emploi, si l'on se satisfait que les chômeurs trouvent du travail grâce au Boncoin, on met en avant une différence de qualité des offres d'emploi. "Le vrai sujet est la qualité de l'offre. Les entreprises qui passent des annonces sont-elles réelles et sérieuses ?", s'interroge Reynald Chapuis, directeur multicanal de Pôle emploi contacté par Le Monde. Et de poursuivre : Leboncoin.fr "a un positionnement discount. C'est de la petite annonce. Le métier de l'emploi est bien plus complexe". Colette Pronost, de son côté, reconnaît qu'il y a des améliorations à faire dans "la relation entre Pôle emploi et l'entreprise." "On peut faire davantage de prospection, mais pour ça, il nous faut des moyens", conclut-elle.
A l'école de la compassion. (école)
Par
Thierry LEDRU
Le 25/04/2013
http://www.inrees.com/articles/La-compassion-sur-les-bancs-de-l-ecole/
La compassion sur les bancs de l’école
© Mission Rosalie CadronEn mai prochain, l’Ecole des Possibles débarquera également en France. Déjà implantée dans 35 pays, auprès de 25 millions d’enfants de 8 à 13 ans, cette initiative les invite « à observer le monde autour d’eux, y repérer un problème qui les touche, puis imaginer une solution à leur échelle et travailler par petits groupes à sa réalisation », explique Florence Rizzo, cofondatrice de SynLab, structure porteuse du projet.
Objectif : développer chez les écoliers le sens de l’empathie et de l’engagement, au service de leur communauté. « Leur travail est ensuite partagé avec les gens du quartier, afin de propager l’idée que chacun peut être acteur du changement, quel que soit son âge, ses compétences ou son milieu », précise Florence Rizzo. En France, l’Ecole des Possibles sera ainsi lancée en ville, en zone rurale, en ZUP et dans un centre éducatif fermé.
Suffisant pour ancrer une culture de la compassion ? Pour beaucoup, cela passe surtout par l’acquisition d’un réflexe d’ouverture et de questionnement.
Enraciner le questionnement
Pendant des années, l’école primaire de Tursac, en Dordogne, a proposé à ses élèves des ateliers d’apprentissage des valeurs humaines. Qu’est-ce que le bonheur ? Peut-on vivre sans les autres ? A quoi servent les punitions ? Comment vivre avec nos ressemblances et nos différences ? « Pour apprendre aux enfants à mûrir et exprimer leur réflexion personnelle au contact des autres, explique l’un des instituteurs. Un exercice essentiel pour lutter contre l’individualisme et favoriser le vivre ensemble. »
Après une minute de silence – pratiquée après chaque récréation « pour se concentrer et se remettre dans un état d’esprit favorable » – la discussion commence. L’enseignant rappelle les objectifs : argumenter pour construire collectivement un point de vue plus valable. À tour de rôle, les écoliers se lancent, réagissent, avancent timidement un élément nouveau. Les laissant progresser par eux-mêmes, les adultes n’interviennent que pour clarifier, recentrer, inciter chacun à tirer le fil de sa pensée. « Ne vous laissez pas séduire par une idée, ne vous enfermez pas dans un raisonnement absurde, simplement pour avoir raison. Restez au niveau de l’expérience ! »
Efficace ? « Il faut sans cesse se répéter, leur rappeler de prendre conscience de ce qu’ils sont en train de faire, de revenir à l’écoute, à l’attention. Mais un jour, ils feront le lien. »
Expérimenté depuis 1998 en Inde, au Mexique, au Guatemala, en Chine et en Angleterre, le modèle éducatif du CIDEL (centre d’investigation pour un développement éthique) va un cran plus loin. Conçu en priorité pour des enfants de 4 à 6 ans, il vise à ancrer en eux une conscience de l’intersubjectivité et de l’interdépendance. Deux heures par semaine, pendant trois ans.
Rien à voir avec une leçon de morale : l’approche est empirique. « La première étape est d’amener les enfants à expérimenter leur intériorité, via des exercices de concentration et d’observation », explique Isabelle Combes, directrice de l’école Arborescences (seule en France pour l’instant à suivre le programme). Regarder la flamme d’une bougie, suivre le flux de ses pensées, goûter des aliments ou écouter des sons les yeux bandés, exécuter tous ensemble des mouvements de tai-chi…
Une fois acquise cette connexion à eux-mêmes, cap sur la découverte de la subjectivité. « Prenons une tasse. Je la pose, sans la nommer. Je demande aux enfants de la regarder puis je l’enlève. Par le questionnement, je les amène à réaliser que selon leur angle de vue et leur histoire personnelle, tous n’en font pas surgir la même pensée. » Touchant ainsi du doigt « que de tout ce que nous vivons, nous créons un objet mental qui nous est propre, et qu’il est impossible de connaître celui du voisin si on ne lui demande pas ».
Apprentissage suivant : l’interdépendance, « en commençant par interroger les causes et les conditions d’existence d’un phénomène ». Exemple : « qu’a-t-il fallu pour que ce paquet de mouchoirs se trouve sur ma table ? » Quelqu’un pour l’amener, un autre pour l’acheter, le distribuer, le fabriquer… Jusqu’à se rendre compte que tout est lié. « Grosso modo, il a fallu que le soleil brille pour qu’il atterrisse là ! »
Ensuite, les enfants travaillent sur la co-création d’une œuvre, et la perception – via des discussions ou des mises en situation basées sur des cas concrets, « comme une dispute avec un frère ou une sœur » – que leur comportement impacte celui des autres ; qu’auraient-ils pu faire pour que l’histoire se termine autrement ? En dernière année, les écoliers testent même leurs capacités à un niveau plus large, via des simulateurs qui les amènent à réagir face à des problèmes écologiques, sociaux ou idéologiques.
Et ça marche. « Chez les élèves de 5 à 7 ans, ce sens de l’intersubjectivité et de l’éthique devient véritablement un réflexe », se félicite Isabelle Combes.
Repenser la relation
Enthousiasmant… Mais possible uniquement si l’adulte, lui aussi, bouscule ses pratiques. « J’ai la chance de compter sur des instituteurs qui se disent que si les élèves bloquent, c’est qu’ils n’ont pas la bonne méthode, témoigne Isabelle Combes. La bienveillance induit cette capacité à se remettre constamment en question. »
Et à s’impliquer dans la relation. « Amener un enfant à retrouver son lien à lui et aux autres est une connaissance, non un savoir, indique Anne Bordage, thérapeute spécialisée. Tout éducateur, au sens le plus large, devrait se demander s’il réalise en lui-même, et dans sa vie, ce qu’il enseigne. » Quel être est-on ? De quelle intelligence de vie rayonne-t-on ? La compassion commence là, dans cette connexion de personne à personne, cette considération positive qui s’émancipe des postures et des préjugés pour porter une écoute attentive à l’enfant et à ses besoins profonds (pas juste ses envies de consommation) – sans perdre sa place d’adulte référent, chargé de fournir le cadre, la sécurité et l’accompagnement nécessaires pour qu’il puisse mobiliser ses ressources, se construire et s’épanouir.
Dans les ateliers qu’elles mènent à Beauvais avec des enfants de 6 à 11 ans souffrant de difficultés relationnelles, Anne Bordage et Michèle Bannay (psychologue scolaire) incarnent cette justesse de positionnement. « Le premier matin, nous passons du temps sur les prénoms, car ils ne se donnent pas souvent la peine de les retenir, alors que c’est le premier signe de reconnaissance de l’autre », racontent-elles.
Puis, d’exercices à exercices, elles donnent du sens, observent, expliquent, participent, adaptent le contenu de l’atelier au gré des attentes identifiées. Présentes à 100%, elles profitent de toutes les occasions pour inciter les enfants à se relier, à eux-mêmes et aux autres.
Tirer le fil
Ouvrir les enfants à la compassion n’est donc pas juste une histoire de contenu, mais de manière de faire.
« Si la pratique des arts ou des langues est un moyen d’ouvrir l’enfant à d’autres dimensions, les savoirs classiques, eux aussi, peuvent être porteurs de valeurs. Tout dépend comment on les considère : simples devoirs scolaires ou outils qui nous relient au monde ? interroge Michèle Bannay. C’est tout ce sens qu’il faut retrouver et valoriser. »
En prenant aussi conscience que les méthodes classiques ne sont pas toujours adaptées. « Les enfants ne constituent pas un bloc monolithique sur lesquels il suffit de déverser un savoir », souligne François Muller, membre du Département Recherche-Développement, Innovation et Expérimentation du ministère de l’Education nationale, mais des individualités dont il faut trouver la clé, et face auxquelles il faut savoir parfois activer d’autres vecteurs d’apprentissage – heuristiques, kinesthésiques…
C’est ainsi qu’un professeur de lycée hôtelier, confronté à la difficulté de ses élèves à apprendre par cœur de longues listes de vins et de fromages, a eu l’idée de leur faire écrire et jouer en petits groupes des saynètes mettant en scène le contenu de ces listes. L’activité est ludique, créative, elle fait appel à une façon d’apprendre plus vivante, coopérative et visuelle. Bingo : les lycéens se prennent au jeu, retiennent les noms, cartonnent à leurs examens, sont recrutés dans les plus grands établissements.
« L’empathie dont a fait preuve cet enseignant à l’égard de ses élèves montre l’importance de cette notion dans l’éducation », poursuit François Muller. Dans cette perspective, tout compte : le cadre de travail, la manière dont le professeur se place dans la salle, la posture qu’il adopte pour regarder, écouter et échanger avec ses élèves…
Autre facteur clé : favoriser la coopération plutôt que la compétition. « Celle-ci a un intérêt, mais pas tant que l’enfant n’est pas construit », estime Isabelle Combes. De plus en plus d’enseignants favorisent donc le travail en petits groupes et la co-évaluation. « On apprend avec, par et pour les autres, explique François Muller. Plus la relation dans le collectif sera riche est variée, plus le résultat sera bon. »
Jusqu’à s’engager vers une nouvelle définition de la réussite, « non plus basée sur la comparaison par rapport aux autres, mais sur le principe de faire toujours du mieux qu’on peut, au profit du plus de bien possible », souligne Bill Drayton, fondateur de l’association internationale Ashoka, qui œuvre pour que l’empathie soit reconnue comme l’une des compétences fondamentales à acquérir à l’école.
Reste à soutenir et diffuser ces initiatives : épauler les professeurs, leur permettre de s’exprimer et de se former, sensibiliser et impliquer les cadres de l’Education, intégrer ces nouvelles approches dans le référentiel national, en tenir compte dans les critères d’évaluation des enseignants, intégrer au cursus des futurs maîtres des cours de pédagogie empathique…
Et après ? « Je fais confiance aux enfants, conclut Isabelle Combes. La graine plantée dans leur esprit fera son chemin. Je crois sincèrement qu’un être capable de se mettre à la place de l’autre saura se sortir de situations délicates » et agir dans le bon sens, pour lui et pour le monde.
SynLab (Ecole des Possibles)
Enfants d’aujourd’hui (Anne Bordage et Michèle Bannay)
CIDEL
Arborescences
Catalogue d’expérimentation de l’Education nationale
Par
Thierry LEDRU
Le 20/04/2013
"L'éducation est une chose admirable mais il faudrait parfois se rappeler que rien de ce qui vaut la peine d'être connu ne peut s'enseigner. " Oscar WILDE
Et bien, l'état des lieux après trente dans l'enseignement est sans appel pour ma part.
Je m'imagine en Don Quichotte mais les moulins sont des citadelles indestructibles. Et je m'épuise pour rien.
Vols, mensonges, insultes, coups, menaces, intimidations, incitations à la violence et au rejet par des groupes envers un enfant et ce même enfant qui intègre plus tard le même groupe pour se retourner contre un autre, compétition, humiliation, racisme, rejet...etc...etc...
Le monde adulte a un impact considérablement destructeur sur les enfants et je n'y peux plus rien. Ou je ne ne sais pas m'y prendre. Mais le résultat est le même.
Huit mois à répéter les mêmes paroles, à tenter de constituer un groupe qui fonctionne de façon respectueuse, solidaire, bienveillante.
Et c'est un échec.
Des années que ça dure, des années que je lutte contre ça mais je n'imaginais pas que ça puisse atteindre cette ampleur.
Rien de ce qui vaut la peine d'être connu ne peut s'enseigner. Il va bien falloir que je finisse par l'admettre.
Question : Qu'est-ce que je peux faire d'autre que d'enseigner à des enfants ?
Il est temps que j'y réfléchisse sérieusement...
J'ai demandé un poste d'instituteur pour adultes en milieu carcéral mais il faut un diplôme supplémentaire. Ma candidature sera sans doute rejetée. Bon, et quoi d'autre ?
Directeur de publication chez un éditeur dans le registre "Romans à visées philosophiques".
Ca existe au Pôle Emploi des annonces comme celle-là ?...
Par
Thierry LEDRU
Le 17/04/2013
La connaissance de soi consiste à se libérer du connu, comme le disait Krishnamurti. Le mental est cet espace connu dans lequel nous errons sans y connaître autre chose que les données extérieures qui s’y sont incrustées. Si le regard ne se tourne pas vers le contenant- l’humain-, il ne s’agit que d’un contenu, périssable, superficiel mais terriblement carcéral.
Je vois dans le cheminement intérieur la nécessité d'affronter "notre pulsion de mort. » Celle-ci consiste à errer dans les conditionnements auxquels nous nous sommes identifiés. Mais celui-là est "mort" qui n'existe que dans l'hébétude de ses certitudes. « La pulsion de mort » cimente l’individu dans un caveau de choses connues, rapportées, enseignées, infligées. Car le regard intérieur n’est pas la finalité. Il s’agit juste d’absorber.
"La pulsion de vie" impose au contraire de s'extraire de cette routine érigée en réussite parce qu'elle annihile, en les analysant, les inquiétudes et les tourments. Bien entendu, on ne voit souvent l'étreinte consciente des traumatismes que comme une auto-flagellation, un goût pervers pour la souffrance, une exacerbation narcissique de l'égo qui se complait dans le malheur ressassé. S'il ne s'agit effectivement que d'une exploitation malsaine du statut de victime afin d'amener vers soi la compassion, la plainte et l'identification à ce rôle adoré, il n'y a dans cette dérive qu'un enfoncement néfaste dans le bourbier des douleurs irrésolues. Il s’agit également d’un inconscient collectif extrêmement puissant qui rejette l’individu qui explore parce qu’il pose devant tous l’image de l’inertie. Le rebelle devient donc un marginal et un exclu. Protection du groupe humain contre les intrusions dérangeantes. « La pulsion de mort » est un tombeau encombré d’esprits reliés par des chaînes séculaires, génération après génération.
La pulsion de vie n'est pas cela. Elle demande à explorer l'inconnu en nous, cet inconnu qui nous terrorise et que nous ne voulons pas affronter parce qu'il porte tous les stigmates des coups reçus, les souffrances enkystées, les malheurs fossilisés. En nous accrochant désespérément à nos habitudes, à nos croyances, à nos chimères, nos sempiternelles répétitions, en vissant nos yeux aux veilleuses qui repoussent les noirceurs, nous restons figés dans la pulsion de mort. Rien n'est possible et nous irons ainsi jusqu'à la mort réelle. Hallucinés de certitudes et de mensonges maintenus. Bien sûr que l'existence nous aura paru aussi douce que possible, tant que nous serons parvenus à résister aux assauts de l'inconscient. Encore faudra-t-il que notre enveloppe corporelle parvienne à échapper aux somatisations de toutes sortes...Ça n'est pas gagné...Cette pulsion de mort n'est par conséquent qu'une errance enluminée. Il n'y a aucun éveil mais un cinéma hollywoodien. C'est le mental le metteur en scène et l’inconscient collectif le producteur. Il défend ses possessions jusqu’à déposséder les individus de leur conscience.
Mais c'est le chaos des étoiles qui créé la splendeur de l'Univers. La pulsion de vie qui détruit les dogmes personnifiés nous pousse vers le chaos en nous-mêmes. C'est un chemin de clarté et une épreuve. Il ne s'agit pas de dolorisme mais une quête de lucidité. Rien n'empêchera d'admirer le cosmos dans les nuits calmes.
Refuser la pulsion de mort, celle qui maintient l'individu dans le carcan de ses traumatismes, par peur, par déni, par accoutumance, c'est se nourrir de l'élan vital qui veut que la vie soit une évolution verticale et non l'extension horizontale de l'individu.
De toute façon, il suffit de regarder autour de nous, nos proches, quelques connaissances, pour réaliser que si ce travail n'est pas entamé, consciemment, maintenu, préservé, encouragé, les dégâts collatéraux finissent la plupart du temps par jaillir comme si l'âme étouffée gangrénait l'enveloppe qui la porte. Je l'ai vécu. J'en suis sorti. La médecine ne l'explique pas. Nous sommes nombreux dans ce cas.
La connaissance de soi peut se présenter comme une tentative de l'individu à ramener l'inconscient à la conscience ou à ouvrir le conscient à l'inconscient. De nombreuses pratiques sont envisageables. L'écriture m'a servi de support. La Nature est un écrin fidèle.
Je suis sorti en vélo ce matin. Soixante-dix kilomètres à fond et toujours ce bonheur immense de la désintégration des forces, cette certitude que le corps va finir par lâcher et pourtant cette insistance à appuyer sur les pédales qui ne se dément pas, ce goût de la force qui ruisselle. Cette énergie inconnue que les scientifiques attribuent à notre organisme, elle est bien au-delà de l’exploitation des glucides et de ce mécanisme fabuleux du corps en action. Il faut déchirer ce rideau. Il faut quitter les connaissances apprises pour accéder au Sacré. La pulsion de vie s’y trouve cachée.
Alors, j’ai appuyé, appuyé, j’ai refusé d’écouter les brûlures des cuisses et je me suis concentré, comme à chaque fois, sur ce ruissellement qui survient, immanquablement, quand la chair n’en peut plus.
« Crève, charogne », me suis-je dit en souriant.
Un final très montant. Une bosse de six kilomètres que j'ai tenté de franchir sans jamais relâcher la pression, la bave aux lèvres, les tympans saturés par la force de mes souffles, la brûlure constante des cuisses. Je savais, avec l'expérience, qu'il ne fallait pas lever la tête, ne jamais regarder en avant, ne jamais subir cette vision destructrice de la pente, rester appliqué sur la poussée des jambes, juste le mètre en cours, le ruban de goudron qui défile sous mes yeux, inséré dans l'instant, ne pas espérer la fin de la montée au risque de voir fondre l’énergie, comme avalée par cet espoir néfaste. J'ai franchi le sommet et j'ai basculé aussitôt dans la pente, grand plateau, cinquante kilomètres à l'heure, l'enchaînement des virages, une euphorie bienheureuse, aucune envie de récupérer mais bien au contraire de continuer à puiser dans le creuset bouillant. Un long faux plat montant et puis une nouvelle bosse de trois kilomètres.
Toujours à fond.
C'est là que j'ai senti qu'il n'y avait plus rien, plus aucune pensée, plus aucune attention forcée, aucune concentration sur le geste mais pour le ressentir, il a fallu que je prenne conscience de mon absence. Un retour éphémère de la pensée et puis son effacement quasi immédiat, comme si cette pensée n'avait plus de raison d'être, qu'elle n'était qu'une intruse inutile, totalement déplacée, une excroissance qui s'était vidée de toute son énergie. Je voyais ruisseler devant moi des filets de sueur, je sentais autour de moi cette odeur particulière du corps, ce parfum âcre, entêtant, lorsque l'effort impose d'aller chercher dans les abysses les forces disponibles, comme si ces forces agglutinées dans les tréfonds possédaient une odeur de cave. Je sais quand cette odeur survient que je ne suis pas loin du point de rupture et que le chant du cygne va survenir.
Je ne savais pas où j'étais dans la montée, je n'avais plus de lien réel avec le monde environnant. Et les frissons sont apparus, comme une bourrasque, des cascades caloriques déboulant du crâne jusqu'aux orteils, rebondissant dans les recoins, saturant de jouissance chaque cellule. J'ai éclaté de rire et mon rire m'a surpris.
J'ai vu sur le compteur que la vitesse augmentait et j'ai appuyé encore plus fort, j'ai laissé couler de ma gorge les râles et la mélodie des souffles, un leitmotiv calé sur le mouvement de mes jambes. Rien, aucune douleur, aucune brûlure, une montée verticale dans les gouffres intérieurs. Des flashs de pensées zébrant l'euphorie comme des éclairs disparates, incontrôlés et ne laissant aucun souvenir.
Je suis arrivé au sommet de la bosse. Et tout s'est effondré.
Il restait trois kilomètres. Je les ai parcourus comme un moribond. Comme un voyageur revenant d'un séjour étrange, une terre inconnue et redécouvrant, misérablement, sa condition humaine.
Mais l'écho du rire est toujours là. Et les frissons. Rien ne meurt quand la pensée n'est plus là.
Le Sacré est tapi dans le silence intérieur.
Par
Thierry LEDRU
Le 12/04/2013
"Incarne ce que tu enseignes".
Je ne conçois pas ce métier autrement. Comment pourrais-je me présenter devant des enfants de dix ans sans être moi-même intégralement, viscéralement, existentiellement incarné dans ce partage, cette vie commune, ce cheminement qu'ils doivent tracer et sur lequel ils ont besoin de balises ? Il s'agit de respect. Pour eux, parce qu'ils attendent de moi le meilleur, le bonheur, le rire et la connaissance, ils attendent que je les propulse un peu plus haut. De respect pour moi parce que je n'ai jamais conçu une autre voie, je n'ai jamais vraiment imaginé qu'autre chose serait possible. Ne pas rester pleinement investi reviendrait à me trahir. Et donc à porter atteinte aux enfants puisque je ne serai plus le même, puisque j'aurai perdu l'enthousiasme et la joie d'être avec eux. Ils me nourissent et je sème en eux, autant que possible, les graines qui germent en moi à leurs contacts.
"N'enseigne que ce que tu incarnes".
Qu'est-ce que j'incarne ? Pas les programmes officiels de l'éducation nationale en tout cas. Ils ne sont qu'un support et ne représentent en rien une finalité. Juste un moyen. Celui de tendre vers un individu qui explore son potentiel et cherche à en user au mieux. Je pense que c'est ça la source de mon engagement. J'ai toujours cherché à aller au bout du bout. Jusqu'à découvrir les horizons dont j'ignorais même l'existence.
Tout apprentissage théorique ou pratique met en avant le fait qu'un savoir n'est pas un système clos et fini mais juste une opportunité de développement et que la "crise" que cet apprentissage génère est une exploration intérieure à mener. L'acquisition de ce savoir s'il doit être prolongé dans le temps ne contient aucune sanction, aucune pénitence, aucun jugement. Ce cheminement chaotique est une expérience en lui-même, non pas le savoir contenu mais ce que le contenant va apprendre de lui.
Je ne veux incarner que ce regard intérieur et le monde extérieur, comme une masse rocheuse inexpugnable, ne sert qu'à me renvoyer l'écho de mes peurs, de mes craintes, de mes illusions, de mes espoirs, de mes errances, de mes détresses, jusqu'à ce que cette réception volontaire et l'observation qui en résulte me propulse au-dessus de la masse rocheuse.
Je ne souhaite rien d'autre aux enfants que je côtoie et je veux leur montrer de moi cet individu qui apprend de lui-même ce qu'il est à travers les savoirs, les expériences, les confrontations, les rencontres, les amours, les contemplations et ce bonheur constant d'être projeté vers "là-haut."
"L'expérience, ce n'est pas ce qui arrive à un homme, c'est ce qu'un homme fait avec ce qui lui arrive. " Aldous HUXLEY
C'est dans ce travail intérieur que se trouve "l'incarnation".
