L'Amour et le juste milieu. (spiritualité)

Une distinction entre le juste milieu et l'expression "le cul entre deux chaises."

A mon sens "le cul entre deux sièges" est l'état d'une personne n'ayant pas réussi à faire un choix. Elle reste donc torturée par son indécision, hésitant constamment à prendre une direction définie et souffrant de son incapacité à le faire. A peine partie dans un sens elle regrette déjà son élan et s'arrête, souffrant aussitôt d'être revenue au point de départ, là où pour elle il n'y a que le chaudron bouillant dans lequel elle cuit sans comprendre que les flammes sont attisées par sa propre errance.

 

Le juste milieu représente à mon sens, non pas la capacité à rester au centre du carrefour sans prendre de décision mais la capacité à ne pas s'identifier à la décision qui a été prise. Le juste milieu est l'endroit duquel l'individu peut observer ses actes sans être lui-même les actes. C'est un état d'observation qui fait que l'on peut entretenir la lucidité nécessaire à l'analyse de ce qui est entrepris. Je ne suis pas ce que je fais. Je ne suis pas ce que j'ai décidé de faire. Je le gère mais sans être emporté dans le flot d'émotions, de ressentis, que cela génère.

 

Pour ne pas couler au milieu de l'océan, il ne sert à rien de nager, il faut faire la planche et observer, saisir chaque instant en se libérant de l'activité. Le nageur aura systématiquement le cul entre deux chaises en décidant de prendre une direction puisqu'il ne sait pas vers où il va. Il va dépenser une énergie considérable à nager et dès lors il ne peut pas s'observer. Le "planchiste" se laisse porter en mesurant ses efforts et en restant réceptif à tout ce qui l'entoure. Les courants l'entraînent mais ça n'a aucune importance étant donné qu'il ne sait pas vers où il faut aller. Il est donc inutile d'y penser. Agir dans le non-agir revient donc à être inscrit dans le juste milieu.

 

 

Il ne s'agit nullement de rester inerte au carrefour d'une décision à prendre. Le juste milieu consiste à ne pas devenir la décision...Chaque fois qu'une préoccupation trop vive nous saisit et que celle-ci implique une décision à prendre nous restons bien nous-mêmes évidemment mais nous ne sommes plus avec nous-mêmes. Nous nous perdons de vue dans les évènements extérieurs. Comme si les actes nous engloutissaient. Ca peut devenir de la colère, des regrets, de la rancoeur, de la jalousie ou du bonheur mas quelques soient les effets, si nous nous perdons de vue, il n'y a plus d'observateur, nous sommes devenus ce que nous faisons. Le juste milieu consiste à ne pas nous identifier à cette décision. Il s'agit donc de continuer à analyser les évènements, avec lucidité et si une autre direction s'impose, il n'y a aucun regret à avoir, il serait inutile de continuer à se fourvoyer, par prétention ou entêtement. Le juste milieu est à la source de la lucidité. Il ne s'agit pas de rester indécis et de refuser l'engagement. Il faut s'engager. Mais celui qui s'engage dans une voie ne devient pas la voie. Il reste une entité homogène. Le juste milieu est une observation de ce que nous faisons. Comme si nous prenions de la hauteur en fait, que nous installions une vision macroscopique de nos actes au lieu de nous étourdir de ces actes eux-mêmes.

 

Un ancien texte qui m'est revenu à l'esprit et qui semble convenir en fait à la souffrance et à la douleur. Le juste milieu consiste là aussi à percevoir la douleur ou la souffrance, à en identifier la cause,  à continuer à l'observer, si nécessaire, sans pour autant devenir cette douleur. Je ne suis pas ce "mal de dos", je ne suis pas cette "tristesse", ce sont des états que j'observe, qui ne sont pas ancrés en moi autrement qu'à travers l'identification que je crée.

 

Une interrogation pourtant. Qu'en est-il de l'Amour ? Evidemment que je peux chercher par cette pratique à me détacher d'un phénomène néfaste mais pour l'Amour, est-ce que le même travail est justifié ? La personne que j'aime m'appartient-elle ? Non, bien entendu. Cet amour que j'éprouve m'appartient-il ? Est-il ancré en moi ? Non. Je ne suis pas cet Amour, c'est l'Amour qui est en moi.  Il tient à moi qu'il reste là mais c'est par l'attention que je lui porte qu'il peut trouver en  moi un abîme accueillant. Si je salis sa présence par une prétention égotique, je risque de le décevoir, de l'entacher, de le polluer par des idées mentalisées. La jalousie, la peur, l'irrespect, la domination sont des atteintes à cet Amour et le meilleur moyen pour qu'il s'efface parce que l'abîme deviendrait une fange sans fond.  Cette attention n'est pas une volonté car la volonté a une intention et l'Amour n'en a pas. L'Amour est un don. Il est là, dans l'instant et n'a pas d'objectif. C'est à l'individu de le saisir et d'apprendre à rester présent.

L'attitude qui consiste à rester dans le juste milieu a donc tout lieu d'être. Je ne suis pas la douleur en moi, je ne suis pas la tristesse en moi, je ne suis pas l'Amour en moi. Mais si j'aime et que je respecte cet Amour, sans le tourmenter par des pensées disparates, il est possible qu'il se sente bien en moi et y reste.  

A travers cette vision unifiée, il ne s'agit pas d'uniformiser mais de créer un lien spirituel.


 

"- Il est très important de comprendre que notre conscience n’est pas notre conscience individuelle. Identifier cette conscience comme étant la mienne et la vôtre, est une erreur totale, car notre conscience est la conscience de l’humanité. C’est une réalité psychologique patente, mais la plupart d’entre nous répugnent à la voir, tant nous nous identifions à notre conscience spécifique, à notre chagrin spécifique, à notre félicité spécifique."

Krishnamurti.


 

 

Etablir la voie du "juste milieu", c'est donner une portée universelle à cette conscience.

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