La solitude et l'isolement.

L'isolement est un état involontaire et une souffrance. Une personne âgée qui vit seule dans un quartier animé et qui meurt sans que personne ne le sache...On l'a déjà vu, on le reverra. Bien souvent, c'est l'épicier qui s'étonne de l'absence et qui prévient la police. Le commerçant comme dernier lien avec le monde. Toujours mieux que rien...L'isolement du prisonnier, l'isolement de l'expatrié, l'isolement du SDF...Il y a toujours une souffrance, une exclusion, un rejet, un abandon, une indifférence ou même une sanction.

 

La solitude est un état volontaire. Je suis seul parce que je souhaite me retrouver, explorer le monde intérieur en me retirant du monde agité. Ca n'est pas une souffrance parce que je l'assume. C'est un besoin. Ce retrait ponctuel, parfois durable, me permet d'analyser ce que je vis, sans les distorsions occasionnées par les interférences sociales. Je suis seul à m'observer et je n'ai pas besoin du regard des autres. Ca ne signifie pas que cette altérité est nécessairement néfaste ou intrusive. Il s'agit d'opérer une double vue : la mienne du fond de ma solitude et celle des autres quand je me mêle à eux.

 

L'isolement est une condamnation et la solitude une opportunité.

Entre l'isolement forcé et désespérant du SDF au milieu d'une métropole et la solitude de l'aventurier au Pôle Nord, je n'hésite pas un seul instant. 

 

Qu'en est-il alors de la personne qui se sent "seule" et sans amour. Plutôt que de solitude, ne devrait-elle pas parler plutôt d'isolement ? Est-ce juste une nuance de dialectique ? D'où vient cette souffrance ?

A mon sens, il s'agit essentiellement d'un déni de soi en tant qu'entité individuelle. L'individu n'existe que dans le rapport à l'autre et s'il en est privé cette solitude le plonge dans les affres de l'isolement. Il ne peut même pas se rencontrer étant donné qu'il ne peut exister qu'à travers le sentiment amoureux, en tout cas, cette fusion existentielle qu'il envisage à travers l'amour. "J'aime être avec les autres. "

Lorsque je suis seul, je ne le suis pas. Parce que je suis avec moi et que je me suffis à moi-même. Je n'attends pas de l'être aimé qu'il vienne combler le vide qui me ronge, apaiser la douleur de l'isolement. L'autre que j'aime, je ne l'aime pas pour ce qu'il m'apporte mais pour ce qu'il me laisse lui offrir. Bien sûr qu'il m'est doux et agréable qu'il se sente bien à mes côtés mais je ne lui demande pas d'être là pour exister. Ce que j'aime en l'autre que j'aime, c'est sa façon de s'aimer et par là d'aimer la vie en lui. Ce qu'il me donne, je ne peux le recevoir qu'à partir du moment où le vide existentiel en moi je l'ai déjà comblé au coeur de ma solitude. Nulle prétention à travers cette auto-suffisance mais bien au contraire un cheminement long et ardu qui m'a vu partir de très bas et accepter les douleurs qui me torturaient afin de les appréhender clairement au lieu de les combattre. Il a fallu que je m'abandonne, sans résistance et que je plonge dans le puits du délabrement, que je délaisse ma prétention et l'image rutilante de mon égo. La solitude m'a enseigné l'humilité et le respect de l'autre.

Je ne peux pas être isolé car je vis dans ma solitude. Et dès lors je peux aimer.

Commentaires (8)

Thierry
  • 1. Thierry | 15/07/2017
Bonsoir Philippe
Je devine dans votre message une situation inquiétante. Je suis sincèrement désolé mais je n'ai pas eu d'autres messages que celui qui est posté et je ne peux donc vous aider dans votre recherche. Je vous souhaite de trouver une autre solution. Bien cordialement. Thierry
Philippe
  • 2. Philippe | 15/07/2017
Bonjour

S'il vous plait je sais que cela date de très longtemps mais je recherche ma Grand mère Madame Narboni Valérie qui avait posté un commentaire sur ce site depuis le 24/12/2011.

Si vous avez de ses nouvelles ou avez une adresse d'elle je vous prie de me l'indiquer .

Je vous remercie d'avance de tout mon cœur .
Thierry
  • 3. Thierry | 25/12/2011
Bonjour Valérie
Quel est le point de départ d'une situation d'isolement ? Y a-t-il un facteur déclenchant ou l'accumulation de plusieurs paramètres ? Est-ce que je veux en sortir ou est-ce que ça me convient ? Est-ce que les inconvénients sont supportables au regard de ce que j'y trouve de positif ? La liste de questions est bien plus longue encore certainement. L'exigence dont il faut faire preuve pour parvenir à répondre représente un défi de taille. Je vous souhaite sincèrement de trouver vos réponses.
narboni    valerie
  • 4. narboni valerie | 24/12/2011
je suis une femme 70 ans fort bien conservée comme les boites du même nom - je suis exclue de la société parce que justement j' ai oublié de vieilir.....et ....je suis misanthrope!!!!!!!!!!!!parce que exclue:::::::solitude engendre l'isolement d'exclusion
Thierry
  • 5. Thierry | 17/05/2011
Bonsoir.
Une grande tristesse dans ce message et une évidence pour moi : ce monde est d'une individualité effrayante. Cet isolement est très représentatif de l'image que nous avons de l'autre. Dès lors qu'il n'a plus "d'utilité", il est abandonné. La situation des personnes isolées est une caractéristique de nos sociétés dites "modernes". Cet abandon est une lâcheté envers celui ou celle qui au regard de son parcours de vie peut un jour se retrouver sans proches,sans famille, sans amis. Pas nécessairement un choix mais parfois des accidents de parcours. Il conviendrait à mes yeux de maintenir cette présence telle que cela se passe dans les sociétés dites "primitives". Les "Anciens" accompagnent les adultes et les enfants, ils ne sont jamais mis de côté, quelques soient leur particularité, dès lors que ce choix de préserver une vie sociale existe. On n'a pas nécessairement "choisi" d'être dans cet isolement. Il peut aussi avoir été généré par des évènements extérieurs. Ou une difficulté à aller vers l'autre, par pudeur, par honte, par peur...Nous ne sommes pas éveillés durant notre vie à ce maintien de l'existence sociale et lorque cet isolement s'installe, sournoisement parfois,nous sommes démunis...Si tout cela s'accompagne d'une colère envers soi, les choses peuvent vite empirer.
Il existe malgré tout un travail à faire sur soi afin de ne pas rajouter à la peine. Il est inutile de rajouter à cette difficulté de vie un rejet de soi. Il est indispensable d'aller vers l'apaisement. C'est en tout cas ainsi que j'imagine la vieillesse. Je ne peux que vous le souhaiter. Bien cordialement. Thierry
  • 6. | 17/05/2011
je ne te lis qu'aujourd'hui suite àun message FB auquel je n'ai pas accès de réponse. Solitude? Isolement? Il y a des moments où l'on même pas envie de cogiter sur la différence entre ces deux mots. Désir amoureux et bien non,même pas, disons même plus! Responsabilité, oui, très certainement mais, même avec effort on ne trouve pas toujours la réponse salvatrice. Et quand la solitude, ou l'isolement fait vraiment mal... comme "le vieux" le dit, moi "la vieille", je dis dis comme lui, il y a trois jours j'ai eu un malaise important, une évidence: je pouvais crever seule! Oui, ça fait mal et dans ce cas là, on constate sans penser, c'est comme ça mais ça fait mal un peu quand même. Il y a des tas de choses que je lis, très belles et je les approuvent... sauf que ceux qui les écrivent, oui, ils savent ne pas dépendre de l'autre à côté mais pourtant cet autre à côté change tout... ca on le sait quand plus personne ne viendra à sa table, dans sa ballade, dans son lit, où simplement juste un peu plus loin mais là. Je sais que j'ai tord mais voilà ce que me donne envie de dire la douleur de la solitude que j'ai peut-être choisi mais je me moque de ça ce soir, j'ai juste mal et... j'ai juste mal pire encore si me dis que j'ai choisi. Pardon!
Thierry
  • 7. Thierry | 11/02/2011
Bonjour "le Vieux". Très émouvant ton commentaire et perturbant...Ca m'est toujours douloureux d'être mis face à la détresse. Et cette vision de ton existence est dure...Cet isolement est bien pire qu'une souffrance. Je ne peux qu'espérer pour toi une "ouverture", une issue vers les autres.Mais encore faut-il le vouloir. Il est parfois très difficile de sortir d'un fonctionnement ancien, d'extraire de ses conditions de vie ce qui les a construites telles qu'elles sont. Que la route à venir te soit douce, c'est tout ce que je peux te souhaiter.
Le Vieux
  • 8. Le Vieux | 11/02/2011
Bonjour, ton texte est émouvant par moment, mais plein d'un espoir que je ne ressens plus. Peu à peu, je deviens "Le vieux" de la chanson de François Béranger (à écouter sur You Tube), mais je pense tellement au début de ton texte, que quand je ferme ma porte à clé, je retire celle-ci, afin que la seule personne de confiance du quartier puisse ouvrir aux pompiers, car je sais que (sauf accident), je mourrais vieux et tout seul . . . Même si je dois trouver la force de grimper sur un meuble, le noeud est déjà fait, mais j'en frémis!

Merci à toi et ta belle façon d'écrire les choses.

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