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  • Joëlle Maurel

    Une personnalité importante qui m'a beaucoup apporté à travers ses travaux.

     

    http://www.europsy.org/aft/pg223.html

     

    "S'autoriser à cheminer vers soi" est un livre essentiel à mes yeux (ou mon esprit)...

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  • Tao Te King de Lao Tseu

    Tao To King

    C'est l'ouvrage de base du Taoïsme, qui fait partie des mouvements philosophico-relgieux de Chine, et a fort influencé le bouddhisme, surtout le zen.

    D'une immense richesse et d'une complexité infinie dans sa profondeur. Une vie n'y suffit pas...

     

     

     

    La voie que l'on peut définir
    n'est pas le Tao,
    la Voie éternelle.
    Le nom que l'on peut prononcer
    n'est pas le Nom éternel.
    Ce qui ne porte pas de nom,
    le non-être,
    est l'origine du ciel et de la terre.
    Ce qui porte un nom
    est la mère
    de tout ce que nous percevons,
    choses et êtres.
    Ainsi à celui qui est sans passion
    se révèle l'inconnaissable,
    le mystère sans nom.
    Celui qui est habité
    par le feu de la passion
    a une vision bornée.
    Désir et non désir,
    ces deux états
    procèdent d'une même origine.
    Seuls leurs noms diffèrent.
    Ils sont l'Obscurité
    et le Mystère.
    Mais en vérité c'est
    au plus profond de cette obscurité
    que se trouve la porte.
    La porte de l'absolu
    du merveilleux.
    Le Tao.

     

    DEUX

    Le monde discerne la beauté,
    et, par là
    le laid se révèle.
    Le monde reconnaît le bien
    et, par là
    le mal se révèle.
    Car l'être et le non-être
    s'engendrent sans fin.
    Le difficile et le facile
    s'accomplissent l'un par l'autre.
    Le long et le court
    se complètent.
    Le haut et la bas
    reposent l'un sur l'autre.
    Le son et le silence
    créent l'harmonie.
    L'avant et l'après se suivent.
    Le tout et le rien
    ont le même visage.
    C'est pourquoi
    le Sage s'abstient de toute action.
    Impassible,
    il enseigne par son silence.
    Les hommes,
    autour de lui,
    agissent.
    Il ne leur refuse pas son aide.
    Il crée sans s'approprier
    et
    oeuvre sans rien attendre.
    Il ne s'attache pas
    à ses oeuvres.
    Et, par là,
    il les rend éternelles.

     

    TROIS

    Il ne faut pas exalter
    les hommes de mérite
    afin de ne pas éveiller
    de ressentiments.
    Il ne faut
    ni priser les biens rares,
    car ce serait inciter au vol,
    ni exhiber les choses enviables,
    pour ne pas troubler les coeurs.
    Aussi,
    le Sage,
    dans son gouvernement,
    fait le vide dans le coeur de ses sujets.
    Il détruit en eux
    désir et passion
    qui peuvent les troubler,
    mais veille à bien les nourrir.
    Il doit affaiblir leur volonté
    tout en fortifiant leur corps.
    Il doit obtenir
    que le peuple soit ignorant
    mais satisfait
    et que la classe cultivée
    n'ose agir.
    S'il pratique le non-agir,
    l'harmonie est préservée.
    L'ordre est maintenu.
    L'empire gardé.

     

    QUATRE

    Le Tao est le vide,
    mais le vide
    est inépuisable.
    C'est un abîme vertigineux.
    Insondable.
    De lui
    sont sortis
    tous ceux qui vivent.
    Eternellement,
    il émousse ce qui est aigu,
    dénoue le fil des existences,
    fait jaillir la lumière.
    Du rien, crée toute chose.
    Sa pureté est indicible.
    Il n'a pas de commencement.
    Il est.
    Nul ne l'a engendré.
    Il était déjà là
    quand naquit le maître du ciel.

     

    CINQ

    Le ciel et la terre sont indifférents
    aux passions humaines.
    Pour eux,
    les vivants
    ne sont que chiens de paille.
    Ephémères.
    Le Sage n'a pas d'affection.
    Pour lui aussi,
    les hommes
    ne sont que chiens de paille.
    Entre le ciel et la terre,
    l'espace est
    comme un soufflet de forge.
    Il est vide
    mais pas épuisé.
    Soit qu'il s'enfle,
    soit qu'il s'abaisse,
    il est toujours prêt à servir,
    toujours inépuisable.
    L'homme qui veut saisir l'espace
    n'étreint que le vide.
    Mieux vaut se fondre dans ce vide,
    dans ce vide immense,
    dans ce vide merveilleux.
    C'est le vide sublime,
    c'est le Tao.

     

    SIX

    L'esprit de l'Obscurité
    est immémorial, éternel.
    C'est le principe féminin
    des origines.
    Les racines du ciel et de la terre
    s'élancent de sa porte mystérieuse.
    Toujours renouvelé,
    il se répand dans l'univers.
    Indéfiniment.
    Il ne s'épuise jamais.

     

    SEPT

    Le ciel et la terre sont éternels.
    Ils n'ont pas de vie propre.
    Voilà pourquoi ils sont éternels.
    Ainsi, la première place
    revient au Sage
    qui a su s'effacer.
    En oubliant sa personne,
    il s'impose au monde.
    Sans désirs pour lui-même,
    ce qu'il entreprend est parfait.
    Il s'était assis
    à la dernière place.
    C'est pour cela
    qu'il se retrouve
    à la première.

     

    HUIT

    La grande perfection
    est comme l'eau.
    Comme elle,
    elle dispense ses bienfaits
    aux dix mille êtres
    et ignore les luttes.
    Comme elle,
    elle se détourne des obstacles
    et les évite,
    descend vers la vallée
    et demeure là
    où les hommes
    ne peuvent pas habiter.
    C'est pourquoi
    elle est proche du Tao.
    Dans tout et pour tout,
    la perfection commande l'humilité.
    Elle demande au coeur
    d'être profond comme un puits.
    Dans les rapports avec les autres
    elle réclame des trésors de patience.
    De la parole,
    elle attend la vérité.
    Quand il faut gouverner,
    elle impose la loyauté et l'ordre.
    Quand il faut agir
    elle exige la compétence.
    Elle s'exerce
    au moment opportun
    et ne lutte jamais.
    Ainsi,
    elle ne peut s'égarer.

     

    NEUF

    Peut-on conserver plein
    ce qui veut déborder ?
    Le tranchant aiguisé
    ne peut que s'émousser,
    et aucune salle
    ne peut être gardée
    si elle contient
    or et joyaux.
    Avoir de l'orgueil
    pour sa puissance et sa richesse
    attire l'infortune.
    Si tu fais de grandes oeuvres,
    termine-les
    puis efface-toi.
    Telle est la loi du ciel.

     

    DIX

    Accorder le corps et l'âme
    afin qu'ils voguent à l'unisson
    et ne se séparent pas.
    Concentrer sa force vitale
    et la rendre docile
    comme celle du nouveau-né.
    Au-delà du réel,
    scruter le miroir
    poli par le regard de l'âme
    et se laisser aspirer
    par la lumineuse obscurité.
    Ménager le peuple
    sans intervenir.
    Rester serein,
    comme la femme,
    lorsque s'ouvrent et se referment
    les portes de l'existence.
    Garder son ignorance
    et voir les choses
    dans leur lumière.
    Donner la vie
    et la protéger.
    Produire sans s'approprier.
    Agir sans rien attendre.
    Diriger sans dominer.
    Tel est le chemin
    de la mystérieuse perfection.

     

    ONZE

    Les rayons de la roue
    convergent au milieu.
    Ils convergent vers le vide.
    Et c'est grâce à lui
    que le char avance.
    Un vase est fait d'argile
    mais c'est son vide
    qui le rend propre à sa tâche.
    Une demeure est faite de murs
    percés de portes
    et de fenêtres,
    mais c'est leur vide
    qui la rend habitable.
    Ainsi,
    l'homme construit des objets,
    mais c'est le vide
    qui leur donne sens.
    C'est ce qui manque
    qui donne
    la raison d'être.

     

    DOUZE

    Les cinq couleurs
    aveuglent l'homme.
    Les cinq notes
    assourdissent ses oreilles.
    Les cinq saveurs
    rendent sa bouche insensible.
    Les courses et la chasse
    égarent son esprit.
    Les richesses
    l'empêchent de progresser.
    Ainsi
    le Sage tourne
    son regard en lui-même et,
    loin du tumulte et des passions,
    exerce librement son choix.

     

    TREIZE

    Supporte la disgrâce
    D'une cour égale.
    Accepte l'adversité
    comme inséparable
    de la condition humaine.
    Que faut-il comprendre par
    Supporte la disgrâce d'un cour égal ?
    La disgrâce n'est pas pire
    que la faveur.
    Toutes deux engendrent la crainte.
    Ne soit donc affecté
    ni par la perte
    ni par le gain.
    Que faut-il comprendre par
    L'adversité est inséparable
    de la condition humaine ?
    L'homme a un corps,
    c'est pourquoi
    le malheur a prise sur lui.
    S'il n'en possédait point,
    quel événement
    pourrait le frapper ?
    C'est pourquoi,
    à celui qui se soucie des autres
    autant que de lui-même
    on peut confier le monde.
    Seul celui qui aime les autres
    autant que lui-même
    est digne de les gouverner.

     

    QUATORZE

    Mes yeux s'écarquillent,
    et je ne le vois pas :
    il s'appelle l'Invisible.
    Mon ouïe est en alerte,
    et je ne l'entends pas :
    il s'appelle l'Inaudible.
    Mes mains se tendent
    et ne rencontrent rien :
    il s'appelle l'Impalpable.
    Trois aspects indéfinis
    qui font l'unité.
    En haut
    il n'est pas lumineux,
    en bas
    il n'est pas obscur.
    Son éternité défie même le temps.
    Il n'a pas de nom.
    Il vient d'un monde
    où rien de sensible n'existe.
    Car la lumière
    appelle l'obscurité
    et l'obscurité
    existe par la lumière.
    Le Tao
    est une forme sans forme,
    une image sans image.
    Il est l'Indéterminé.
    Si l'on marche devant lui,
    on ne voit pas son principe.
    Si l'on va derrière lui,
    il paraît sans fin.
    En suivant l'antique voie,
    on maîtrise le présent.
    Car le Tao
    est le fil qui guide l'homme
    à travers le temps.

     

    QUINZE

    Les grands sages de l'Antiquité
    étaient si éloignés
    des autres hommes
    par l'étendue de leur connaissance
    et la profondeur de leur pensée
    qu'on ne pouvait
    espérer les comprendre.
    Peut-on les décrire ?
    Ils étaient attentifs
    comme l'homme qui traverse
    l'eau tumultueuse et glacée
    d'un torrent.
    Prudents
    comme le voyageur
    averti d'un danger.
    Réservés
    comme le visiteur
    qui reçoit l'hospitalité.
    Insaisissables
    comme la glace
    qui font.
    Simples
    comme le bois brut
    que l'on vient de débiter.
    Ils étaient emplis d'espace infini
    comme la vallée.
    Insondables
    comme une eau dormante.
    Celui qui suit le Tao peut,
    sans trouble intérieur,
    attendre que l'eau pure
    se décharge des limons.
    Immobile et calme,
    il verra se présenter
    l'heure d'agir.
    Il ne désire
    que l'infini du vide.
    C'est pourquoi
    les hommes peuvent par moment
    le mépriser,
    le croyant loin de la vérité,
    car ils ignorent sa sagesse.

     

    SEIZE

    Ayant atteint le vide parfait,
    je me laisse porter
    par l'aile puissante du silence.
    Je contemple
    l'agitation des hommes.
    Retourner à son origine...
    Retourner à son origine,
    c'est retrouver le repos.
    Le repos,
    c'est le retour
    dans sa demeure véritable.
    C'est renouer avec son destin.
    Ce retour est la loi éternelle.
    Connaître la loi éternelle,
    c'est être éclairé.
    L'ignorer,
    c'est la confusion et, par là,
    c'est le malheur.
    celui qui connaît la loi
    possède le savoir.
    Il se montre, alors, impartial.
    Impartial,
    il agit royalement.
    Royal, il atteint le divin.
    Le divin atteint,
    il est uni au Tao
    et se trouve
    désormais
    au-delà de tout péril.
    Rien ne peut le surprendre.
    Rien ne peut l'émouvoir.
    Rien ne peut le toucher.
    Pas même la mort.

     

    DIX-SEPT

    Des grands souverains d'antan
    le peuple ne connaissait que le nom.
    Ce furent des rois aimés et loués.
    Puis en vinrent d'autres
    qu'il craignit.
    Puis d'autres qu'il méprisa.
    A celui qui n'a pas confiance
    le peuple ne peut faire confiance.
    L'énergie du grand souverain
    ne se dissipe pas en paroles.
    Elle suscite toute vocation
    et toute action.
    Alors le peuple dit :
    C'est nous qui avons fait tout cela.
    Il dit aussi :
    Nous sommes libres.

     

    DIX-HUIT

    Autrefois le Tao régnait.
    L'homme suivait
    l'ordre de la nature.
    Puis il advint une époque
    où le Tao fut oublié et ce fut alors
    l'ère de la justice des hommes.
    Puis ce fut l'époque
    de l'intelligence et de l'habileté.
    et les ambitions
    ne connurent plus de bornes.
    La paix quitta les familles.
    Mais c'est dans l'adversité
    que se révèlent
    les fils respectueux.
    L'Etat sombra dans le désordre.
    Mais c'est pendant l'anarchie
    que surgissent
    les serviteurs loyaux.
    Ainsi le Tao
    est toujours près de l'homme
    pour le secourir.

     

    DIX-NEUF

    Renoncez au savoir,
    ne vous mêlez plus de morale.
    Le peuple
    s'en trouvera cent fois mieux.
    Abandonnez toute justice humaine
    et chassez ses lois.
    Le peuple redécouvrira
    les vertus familiales.
    Renoncez au luxe,
    bannissez le profit.
    Il n'y aura plus de voleurs
    ni de bandits.
    Renoncez à tout cela
    et croyez
    en l'inutilité de l'apparat.
    Soyez simples,
    demeurez fidèles à vous-mêmes.
    Rejetez de vos cours
    l'égoïsme et les désirs.
    La voie s'ouvrira
    devant vous.

     

    VINGT

    Renoncez à l'étude
    et vous connaîtrez la paix.
    Entre oui et non
    la frontière est bien mince.
    Le bien et le mal sont entremêlés.
    La peur qu'éprouve
    le commun des mortels
    ne doit pas effleurer votre cour.
    Les hommes courent
    aux festins de la vie.
    Ils cueillent les fleurs du printemps,
    du printemps qui annonce la vie.
    Mais moi seul reste calme,
    étranger au tumulte,
    comme le nouveau-né
    qui n'a pas encore souri.
    Je suis seul.
    Immobile.
    Je parais démuni de tout,
    je parais ignorant,
    je parais abandonné,
    sans but, sans logis.
    La multitude s'affaire
    à accroître ses biens.
    Moi seul ne possède rien.
    L'homme de la foule
    a des idées sur tout.
    Moi seul hésite.
    L'homme de la foule
    est actif, efficace.
    Seul,
    je reste immobile.
    Je regarde sans voir.
    Mes pensées, égarées,
    m'échappent pour danser,
    dans les nuages et le vent,
    parmi les vagues de l'océan.
    La multitude des hommes s'affaire,
    réalise,
    construit.
    Je demeure absent,
    délaissé,
    inutile.
    Et pourtant,
    mes haillons cachent
    la plus grande des richesses.
    Seul,
    je diffère des autres.
    Je suis l'enfant
    de la Mère universelle.
    L'enfant du Tao.

     

     

     

    VINGT ET UN

    La grande Vertu
    vient du Tao.
    Le Tao est vague,
    imperceptible,
    insaisissable !
    Oh, qu'il est vague,
    imperceptible,
    insaisissable !
    Et pourtant
    en son sein est la vérité.
    Oh, qu'il est insaisissable,
    imperceptible !
    Et pourtant
    en son sein est la forme des choses.
    Il est si sombre,
    si ténébreux !
    Et pourtant
    en lui est l'essence vraie de l'être.
    Cette essence
    est la vérité rayonnante
    et la vérité cachée.
    Depuis l'aube des âges
    son nom nous a été transmis
    et de lui naissent tous les êtres.
    Comment peut-on connaître
    les voies de la création ?
    Par lui.
    Par le Tao.

     

    VINGT-DEUX

    Ce qui est incomplet
    s'accomplira.
    Ce qui est courbé
    deviendra droit.
    Ce qui est vide
    sera rempli.
    Ce qui est usé
    deviendra neuf.
    N'avoir rien
    et se sentir comblé.
    Etre riche,
    et garder sa simplicité.
    Ainsi est le sage.
    Il embrasse l'Unité.
    Il vit caché
    et pourtant tous le voient.
    Il ne s'affirme pas
    et pourtant il s'impose.
    Il ne se vante pas,
    et son mérite éclate.
    Absent à lui-même,
    sa présence s'accroît.
    Etant sans ambition,
    il ne heurte personne.
    Il ne lutte point.
    Ainsi
    nul ne peut l'égaler.
    Ce qui est incomplet
    sera achevé.
    Cette sentence ancienne
    est pleine de vérité
    car seul celui qui plie
    reste intègre.
    Reste humble
    et garde l'esprit ouvert :
    tu recevras le monde.

     

    VINGT-TROIS

    Préserve-toi par le silence.
    L'ouragan ne hurle pas
    toute une matinée.
    L'orage ne dure pas tout un jour.
    Qui produit
    l'ouragan et la pluie ?
    Ce sont
    le ciel et la terre.
    Si ciel et terre
    ne produisent rien d'éternel,
    comment l'homme le pourrait-il ?
    Celui qui suit la loi s'accorde au Tao.
    Sa volonté et ses principes
    sont ceux du Tao.
    Avec lui il agit
    et avec lui il s'abstient.
    Le Sage épris d'absolu
    y trouve la plénitude.
    En suivant la voie
    on trouve la voie.
    En se conformant à la vertu
    on devient la vertu.
    Mais
    si on pense au crime
    on recueille la honte du crime.
    C'est pourquoi l'action
    comme l'inaction
    traduisent l'invisible harmonie
    Ou la foi est totale,
    ou elle n'est pas.

     

    VINGT-QUATRE

    Qui marche sur la pointe des pieds
    perd l'équilibre
    et tombe à terre.
    Qui avance à grand pas
    s'essouffle vite
    et est dépassé.
    Celui qui se met en vue
    reste dans l'ombre
    et personne ne voit son mérite.
    L'homme imbu de lui-même
    perd l'estime d'autrui.
    Qui se glorifie n'est pas considéré.
    Qui se gonfle d'orgueil
    ne peut pas progresser.
    Qui vit ainsi
    est malade de l'âme.
    Ces laideurs ne salissent pas
    celui qui suit la voie.

     

    VINGT-CINQ

    Une puissance
    indéfinissable et confuse
    existait depuis l'éternité.
    Elle était
    avant la naissance
    du ciel et de la terre.
    Perfection indéterminée.
    Energie éternelle.
    Mouvement sans fin.
    Mouvement immuable.
    Force unique.
    Omniprésente.
    Impérissable.
    Sans nom
    mais connue de tous.
    Mère et principe créateur
    de l'univers.
    Nul ne connaît son nom.
    On l'appelle le Tao.
    Il échappe à toute définition.
    Invisible, il est immense.
    Immobile, il se propage à l'infini.
    En fuyant, il revient.
    Ainsi, immense est le Tao.
    Immenses
    le ciel et la terre.
    Immense
    l'être.
    Quatre immensités dans l'univers,
    dont l'être.
    L'homme épouse
    le rythme de la terre,
    la terre s'accorde
    avec le ciel,
    le ciel s'harmonise
    avec le Tao.
    Le Tao est la loi,
    la voie de la nature.
    Et la voie demeure,
    éternelle.

     

    VINGT-SIX

    Le lourd est la racine du léger.
    L'immobilité
    est mère du mouvement.
    C'est pourquoi
    le Sage se déplace
    avec un seul bagage :
    le Tao.
    Partout où il va,
    il reste détaché et serein.
    Spectateur des merveilles.
    Spectateur de la vie.
    Ainsi
    le Maître des milles choses
    doit préférer son peuple
    à lui-même.
    Car
    agir avec légèreté,
    c'est perdre sa racine,
    s'agiter,
    c'est perdre
    la maîtrise de soi.

     

    VINGT-SEPT

    Celui qui sait marcher
    ne laisse pas de traces.
    Celui qui sait parler
    garde ses paroles.
    Celui qui sait compter
    n'a pas de boulier.
    Celui qui sait garder
    n'a que faire de verrous et de clefs.
    Celui qui sait lier
    n'a pas besoin de liens
    et nul ne peut défaire
    les noeuds qu'il a serrés.
    Ainsi
    le Sage
    se dédie au secours des hommes.
    Il n'en rejette aucun.
    Il veille à préserver les êtres,
    sans en excepter aucun.
    Il est dans la lumière.
    Tout plein de soleil.
    Le Sage est le maître
    de celui qui ne l'est pas
    et ce dernier est la matière
    sur laquelle il agit.
    Ainsi,
    ils ont besoin l'un de l'autre.
    Voilà une vérité.
    Une vérité subtile.
    Car tout ce qui
    est essentiel pour l'homme,
    tout ce qui lui est indispensable,
    reste une énigme.
    C'est l'inconnu
    pour lequel
    on lutte et on travaille.
    C'est l'inconnu
    qui nous donne
    la force de vivre,
    la force d'espérer,
    la force de croire.
    Car ce que l'homme
    veut savoir
    lui reste inconnu.
    A jamais.

     

    VINGT-HUIT

    Celui qui est conscient de sa force
    mais garde la douceur de la femme,
    est le creuset de l'univers.
    Etant le creuset de l'univers,
    il fait un avec le Tao
    et redevient pur comme l'enfant.
    Celui qui connaît
    l'étendue de son savoir
    et garde la simplicité dans son coeur,
    est le modèle du monde.
    Etant le modèle du monde,
    il rejoint le Tao
    et son espace infini.
    Celui qui connaît la gloire
    mais garde son humilité
    possède la vertu du monde.
    Etant la vertu du monde,
    il atteint la plénitude du Tao
    et revient à l'unité originelle,
    cette unité d'où provient toute chose.
    Le Sage participe alors
    à l'harmonie universelle.
    Grain de lumière,
    il se répand dans l'univers
    et revient à la grande lumière.
    Et il retrouve
    l'infini.

     

    VINGT-NEUF

    Celui qui veut posséder le monde
    et lui imprimer sa marque
    ne peut y réussir.
    Je le sais.
    Le monde est une entité sacrée.
    La main de l'homme
    ne peut le modeler.
    En voulant le changer
    on le détruit.
    Quand on croit le tenir
    on le perd.
    C'est ainsi
    que l'homme s'éloigne
    du chemin de la vertu.
    Car
    parmi les hommes
    les uns marchent en avant
    et les autres s'attardent.
    Les uns ont un souffle léger,
    les autres une haleine puissante.
    Certains sont forts,
    d'autres faibles.
    Les uns renversent
    ce que d'autres ont bâti.
    Aussi
    le Sage évite l'excès,
    l'incohérence
    et toute extrême.
    Il vit dans la vérité.

     

    TRENTE

    Un souverain
    instruit dans la voie du Tao
    renonce à conquérir le monde
    par la force.
    Car il sait qu'à l'attaque
    succède la riposte.
    Là où sont passées les armées,
    ne restent que des ruines
    et ne poussent que des ronces.
    Les grandes guerres
    amènent des années de disette.
    C'est pourquoi
    l'homme éclairé
    se montre résolu
    sans tomber dans l'excès.
    Il parvient à ses fins
    mais n'en tire aucune gloire.
    Il mène à bien ses entreprises
    sans offenser ni détruire.
    Il agit sans orgueil
    et ne combat que par nécessiter.
    Il ne trouble pas
    la grande harmonie.
    La force use celui qui l'utilise,
    car elle va à l'encontre du Tao.
    Et ce qui va contre le Tao
    va à sa perte.

     

    TRENTE ET UN

    Les armes les plus belles
    ne sont que des engins de mort.
    L'humanité les a en horreur.
    Celui qui suit la voie du Tao
    en détourne ses regards.
    L'homme de bien
    se place à gauche
    du maître de maison.
    L'homme de guerre
    s'installe à sa droite.
    Les armes n'apportent que la mort.
    Le bon souverain
    en détourne le regard.
    Il ne les prend
    que s'il n'a pas d'autre choix.
    Pour lui,
    les trésors suprêmes sont le calme
    et la paix.
    La victoire ne le remplit pas de joie,
    car se réjouir
    serait se glorifier
    d'avoir ordonné la mort.
    Celui qui se glorifie
    de la mort d'autres hommes
    ruine sa destinée
    et ne pourra pas gouverner.
    Dans les jours heureux,
    la place d'honneur
    se trouve à gauche.
    Dans les jours de malheur,
    elle est à droite.
    L'aide de camp
    se place à gauche,
    le chef de guerre
    s'installe à droite.
    Ainsi
    la guerre se conduit
    comme des funérailles.
    Le chef triomphant
    préside au festin de la victoire
    comme s'il assistait
    à l'office funèbre
    de ceux qu'il a fait tuer.
    Car ayant fait tuer beaucoup d'hommes,
    Il doit maintenant en porter le deuil.

     

    TRENTE-DEUX

    Le Tao ne peut être défini.
    Etant insaisissable,
    il échappe à toute emprise.
    Si les souverains
    se conformaient au Tao,
    ils verraient
    les dix mille êtres se remettre
    entre leurs mains.
    L'harmonie du ciel et de la terre
    emplirait l'univers
    et une douce rosée
    descendrait sur les hommes.
    La paix universelle
    ferait la joie de tous les peuples.
    Et puis les hommes
    furent séparés
    par contrées et par nations,
    et distingués
    chacun par un nom.
    Et
    avec le nom surgit la division.
    Par le Tao
    on connaît les limites du danger.
    Car le Tao,
    dans l'univers,
    est comme le fleuve,
    dont le flot,
    depuis toujours,
    va rejoindre la mer.

     

    TRENTE-TROIS

    Celui qui connaît les hommes
    acquiert la sagesse.
    Celui qui se connaît lui-même
    possède la lumière.
    Celui qui conduit les hommes est fort.
    Mais celui qui se maîtrise lui-même
    détient la vraie puissance.
    Celui qui se contente de ce qu'il a
    est le vrai riche.
    Etre sans désir,
    c'est posséder le monde.
    C'est suivre la voie.
    Si celui qui persévère
    fait preuve de volonté,
    celui qui demeure
    dans l'ordre des choses
    est le Sage absolu.
    Celui qui meurt
    mais reste
    dans le souvenir des hommes
    a touché à l'éternité.

     

    TRENTE-QUATRE

    Le Tao se répand comme un flot.
    Sa puissance est sans limite.
    Les dix mille êtres
    naissent et vivent de lui
    sans qu'il en soit l'auteur.
    Il poursuit son oeuvre éternelle
    sans vouloir rien imposer.
    Il commande aux hommes
    sans s'en déclarer le maître.
    Il est sans désir
    et dénué d'ambition.
    On peut le dire petit.
    Quelle erreur :
    il est immense,
    incommensurable.
    Les dix mille êtres
    retournent à lui
    sans qu'il ne demande rien.
    On peut alors le dire immense,
    et nul ne peut le cerner.
    Le sage ignore sa grandeur,
    ainsi
    elle se réalise d'elle-même.
    A l'infini.

     

    TRENTE-CINQ

    Celui qui suit le Tao
    peut parcourir le monde
    en toute quiétude.
    Il trouvera partout
    paix,
    équilibre,
    sécurité.
    Il s'avance,
    impassible,
    dans la sérénité.
    Musique et bonne table
    attirent le passant.
    Mais la bouche qui parle du Tao
    ne le retient pas.
    Car
    ce qu'elle dit est sans saveur :
    on le regarde
    et on ne le voit pas,
    on l'écoute,
    et on ne l'entend pas.
    Pourtant,
    celui qui puise dans le Tao
    a puisé l'inépuisable.

     

    TRENTE-SIX

    On ne peut réduire
    que ce qui est déployé.
    On ne peut affaiblir
    que ce qui est puissant.
    On ne peut abattre
    que ce qui est élevé.
    Ainsi pour recevoir,
    il faut avoir donné.
    C'est la loi de la nature.
    La douceur et la faiblesse
    triomphent de la dureté
    et de la force.
    Que le poisson qui brille
    demeure au sein des profondeurs !
    Les secrets du royaume
    doivent être ainsi
    maintenus cachés
    au regard des hommes.

     

     

    TRENTE-SEPT

    Le Tao n'agit pas
    par lui-même.
    Et pourtant
    il n'est rien qu'il n'accomplisse.
    Si seulement les rois et les princes
    pouvaient s'y tenir,
    les dix mille êtres
    les suivraient dans cette voie.
    Dans la voie du bonheur,
    dans la voie de la perfection.
    Et si
    malgré tout
    ils voulaient encore agir,
    la simplicité suprême du Sans-Nom
    les assagirait.
    Ils deviendraient
    alors
    sans désir,
    en paix,
    et,
    partant,
    l'univers
    se transformerait.
    de lui-même.

     

    TRENTE-HUIT

    L'homme de haute vertu
    est au-dessus de la vertu,
    c'est pourquoi il est vertueux.
    L'homme de moindre vertu,
    se dit vertueux
    c'est pourquoi
    il ne l'est pas.
    L'homme de haute vertu
    la pratique sans y penser.
    L'homme de moindre vertu
    l'utilise pour atteindre un but.
    Et pourtant
    il ne l'atteint pas.
    Le véritable homme de bien
    agit
    sans avoir de raisons de le faire.
    L'homme de justice
    agit
    car il a des raisons de le faire.
    L'homme qui se conforme au rites
    agit
    et veut les imposer par la force.
    Ainsi,
    si l'on oublie le Tao,
    il reste la vertu.
    Si l'on se détourne de la vertu,
    il reste la bonté.
    Lorsque la bonté est perdue,
    il reste la justice.
    Lorsqu'on abandonne la justice,
    on recourt aux rites.
    Or,
    Les rites ne sont que l'apparence
    de la vérité
    et de la sincérité.
    Ils sont
    aussi
    l'amorce de la confusion.
    La connaissance et l'intelligence
    ne sont pour le Tao
    que des fleurs sans parfum.
    Elles sont
    souvent
    la source de l'erreur.
    C'est pourquoi
    le Sage puise au tréfonds des choses
    sans s'arrêter aux apparences.
    Il contemple le fruit
    plutôt que la fleur.
    Il ignore l'une
    et cueille l'autre.

     

    TRENTE-NEUF

    Voici ce qui,
    depuis les origines,
    a atteint l'unité :
    Le ciel
    parce qu'il est pur.
    La terre
    parce qu'elle est stable.
    Les esprits
    parce qu'ils sont transcendants.
    Les vallées
    parce qu'elles sont riches en eau.
    L'humanité
    parce qu'elle se reproduit.
    Les souverains et les gouvernants
    parce qu'ils donnent l'exemple.
    C'est l'unité qui les rend parfaits.
    Si le ciel n'était plus pur,
    certainement
    il s'effondrerait.
    Si la terre n'était plus stable,
    elle s'écroulerait.
    Si les esprits n'étaient plus
    transcendants,
    ils s'évanouiraient.
    Si les vallées n'étaient plus humides,
    elles deviendraient des déserts.
    Si les dix mille êtres
    cessaient de se reproduire,
    ils disparaîtraient.
    Si les souverains et les gouvernants
    renonçaient au pouvoir,
    leurs pays tomberaient dans le chaos.
    La noblesse repose sur l'humilité.
    Ce qui est grand
    prend appui sur ce qui est infime.
    Ainsi
    les souverains et les gouvernants
    se nomment-ils eux-mêmes
    orphelins,
    hommes sans valeur
    et
    de peu de mérite.
    Ils montrent par là
    leur compréhension
    de l'ordre profond des choses.
    L'honneur suprême
    est en dehors de l'honneur.
    Car le Sage ne cherche
    ni a briller
    comme le jade,
    ni a être rejeté
    comme un caillou.
    Il vit au-dessus
    de l'estime
    et du mépris.

     

    QUARANTE

    L'immobilité
    est le mouvement du Tao.
    Dans sa faiblesse
    réside sa puissance.
    Tous les êtres de ce monde
    sont nés du visible.
    Le visible procède de l'invisible.
    Car
    tout est
    et
    n'est rien.

     

    QUARANTE ET UN

    Lorsqu'un esprit sage
    entend parler du Tao,
    il s'applique à le suivre.
    Lorsqu'un esprit moyen
    entend parler du Tao,
    tantôt il y pense,
    tantôt il l'oublie.
    Lorsqu'un esprit superficiel
    entend parler du Tao,
    il éclate de rire.
    Mais,
    s'il n'en était pas ainsi,
    Le Tao ne serait pas le Tao.
    C'est pourquoi
    la sagesse nous enseigne que
    la voie étincelante paraît sombre.
    La voie qui progresse semble reculer.
    La voie juste semble pleine d'embûches.
    La vertu parfaite semble semble vide de sens.
    La vertu généreuse semble inutile.
    La vertu la plus ferme semble fragile.
    La vérité bien ancrée a l'air de vaciller.
    Un très grand carré
    nous empêche de voir ses points extrêmes.
    Le trop grand vase est impossible à modeler.
    La musique céleste est au-delà des sons.
    Le Tao est caché.
    Il n'a pas de nom
    Il est
    et
    il n'est pas.
    Mais c'est lui
    qui maintient le monde.
    Il en est le sens.

     

    QUARANTE-DEUX

    Le Tao engendra UN.
    Un engendra Deux.
    Deux engendra Trois.
    Trois engendra les dix mille êtres
    et
    tout ce qui est vivant.
    Les dix mille êtres
    portent l'obscurité
    sur leurs épaules
    mais serrent
    dans leurs bras
    la lumière.
    Chacun d'eux a été engendré
    par ce souffle divin
    que l'on nomme harmonie.
    Les hommes redoutent
    d'être pauvres,
    délaissés,
    sans valeur
    ou sans mérite.
    Et pourtant,
    les souverains et les princes sages
    se nomment eux-mêmes ainsi :
    sans valeur,
    sans mérite.
    C'est pourquoi,
    parmi les êtres,
    celui qui s'élève
    se diminue,
    et
    celui qui se diminue
    s'élève.
    Et le violent qui veut s'imposer
    par la violence
    mourra par la violence.
    Ceci est un des fondements
    de l'enseignement.
    Une des vérités
    du Tao.

     

    QUARANTE-TROIS

    Dans l'univers,
    le plus faible
    vient à bout du plus fort.
    Seul ce qui est sans substance
    peut pénétrer un espace plein.
    Par là
    le Sage reconnaît
    la vertu du non-agir.
    Enseigner
    sans la parole,
    entreprendre
    sans agir.
    Voilà la vertu.
    Cela est difficile à comprendre
    pour la plupart des hommes.
    Là pourtant
    se trouve la vérité.
    Car le plus souple
    gagnera le plus fort
    et rien
    ne saurait égaler
    la puissance
    du non-dire
    et
    du non-faire.

     

    QUARANTE-QUATRE

    De la gloire ou de la santé,
    quel est le plus important ?
    De la santé ou de la richesse,
    quel est le plus précieux ?
    Du gain ou de la perte,
    quel est le plus honteux ?
    L'homme trop passionné s'expose à la souffrance.
    L'avare qui prévoit et amasse subit de lourdes pertes.
    Celui qui se contente de ce qu'il a
    reste serein.
    Celui qui sait se réfréner tient à distance le danger.
    Par là
    son existence sera préservée.
    Car qui aura trop aimé
    sera frustré.
    Et qui aura trop amassé
    ne possèdera rien.

     

    QUARANTE-CINQ

    La perfection achevée
    semble imparfaite.
    Et pourtant
    elle rayonne sans fin.
    La plénitude parfaite
    paraît vide.
    Et pourtant
    elle est intarissable.
    Elle donne sans jamais s'épuiser.
    Une franchise extrême semble fausse.
    Une habileté extrême entrave le geste.
    Une éloquence extrême ne persuade personne.
    le mouvement triomphe du froid,
    et c'est l'immobilité
    qui triomphe
    de l'ardeur.
    C'est dans le calme
    et la sérénité que
    réside le bonheur,
    car la quiétude et l'immobilité
    règlent le monde.
    Ainsi est-il.

     

    QUARANTE-SIX

    Quand un peuple suit le Tao,
    les chevaux de guerre
    restent à la ferme
    et labourent les champs.
    Quand un peuple a perdu le Tao,
    les chevaux de guerre
    sont aux portes de la ville
    prêts à la bataille
    et les champs restent incultes.
    Il n'est pas de plus grave erreur
    que d'écouter ses désirs.
    Il n'est pas de plus grande misère
    que de ne savoir se contenter.
    Il n'est pas de pire fléau
    que l'envie de posséder.
    C'est pourquoi
    celui qui limite ses désirs
    ne saurait manquer de rien.
    Ses granges seront pleines,
    ses champs cultivés
    et son coeur
    comblé de joie.
    ainsi veut la loi.

     

    QUARANTE-SEPT

    Sans franchir sa porte,
    connaître le monde entier.
    Sans regarder par la fenêtre,
    entrevoir le chemin du ciel...
    Plus on voyage,
    plus la connaissance s'éloigne.
    C'est pourquoi
    le Sage connaît sans se mouvoir,
    comprend sans examiner
    et
    accomplit sans agir.

     

    QUARANTE-HUIT

    En s'adonnant à l'étude,
    on s'accroît chaque jour.
    En se consacrant à la voie,
    on diminue chaque jour.
    Et l'on continue de diminuer
    jusqu'au jour où l'on cesse d'agir.
    N'agissant plus,
    il n'est rien,
    désormais,
    qu'on ne puisse accomplir.
    La conduite du royaume
    revient
    à qui demeure au-dessus de l'action.
    Celui qui lutte
    pour gagner le royaume
    ne l'obtient jamais.

     

    QUARANTE-NEUF

    Le Sage
    n'a pas de conscience propre,
    il est la conscience de l'univers.
    Il est bon avec le juste,
    mais bon aussi
    avec celui qui ne l'est pas,
    car la plus grande vertu
    est la bonté.
    Il est loyal avec le fidèle,
    loyal aussi
    avec celui qui ne l'est pas,
    car la plus grande vertu
    est la loyauté.
    Le Sage est humble et modeste
    aux yeux du plus grand nombre.
    Il paraît faible et désarmé.
    Mais le peuple retient son souffle
    et
    se fait attentif
    devant cet homme
    semblable à un petit enfant.
    Car son coeur
    peut contenir
    le monde entier.

     

    CINQUANTE

    Où s'arrête la vie,

  • L'enfant et la mort

    Dans ma classe de CM2, nous avons souvent des discussions qui pourraient passer pour "étranges" à un visiteur...

    La conscience, l'âme, l'esprit, le mental, l'amour, la vie, la mort, l'égo, l'identification, la personnalité, l'attachement, le temps, l'espoir, la réalité...

    Entre le début de l'année et aujourd'hui, le cheminement est immense. L'écoute et la participation, le sérieux et l'engagement, le désir de partager, les pudeurs oubliées, cette envie d'avancer, il est parfois difficile de passer à autre chose tant ils ont de choses à exprimer... Je réalise à quel point ils vivent dans des carcans de non-dits parce qu'ils ne sont pas assez écoutés et à quel point la classe peut leur offrir l'opportunité de se dévoiler, de se révéler, à eux-mêmes, aux autres, ce bonheur dans leurs yeux, nos rires parfois, cette évolution dans la maîtrise da la langue, dans l'expression fine de leurs pensées...

    De grands et beaux moments...

    Aujourd'hui, Mina nous a lu un texte qu'elle avait écrit dans le cadre d'un travail d'expression écrite.

    Sujet libre mais avec cinq "phrases obligées" qu'il faut insérer dans l'histoire.

    Mina  nous a raconté que pour elle la Mort est malheureuse de la tâche qui lui incombe. Elle ne l'a pas choisie. C'est la Vie qui l'a créée et elle est à son service. C'est la Vie qui décide de l'existence ou de la fin de l'existence. la Mort n'est que l'ouvrier de cette fin que la Vie a décidée. Ce n'est donc pas la Mort qui surgit mais la Vie qui décide de se retirer. Et cette mission est si douloureuse pour la Mort que toutes les larmes qu'elle a versées depuis l'apparition de la vie et le début de sa mission ont fini par former les océans et la montée des eaux sur la planète n'est que la conséquence des larmes que la Mort verse infiniment...

    Cet autre regard, cette imagination fertile, de quel droit les adultes se permettent-ils de les contenir, de les formater, de les rediriger ?

    Les grandes découvertes scientifiques ont d'ailleurs parfois été générées par des esprits imaginatifs. Alfred Wegener et la tectonique des plaques en est un exemple parfait.

    Mina a peut-être raison. Et d'ailleurs, si je parviens à me libérer moi-même de cette "raison" cartésienne qui nous isole de notre imaginaire, quelle est l'importance de savoir si elle a raison ou pas ? Ca n'en a aucune. Dans son esprit, la Mort est soumis à la Vie et elle aimerait bien un peu moins de travail. On peut imaginer à notre tour cette Mort devant emporter un enfant malade. Un ordre insupportable pour elle. Pourquoi la Vie le délaisse-t-il ? On pourrait imaginer que la Mort dans une rencontre avec la Vie essayerait de la convaincre d'être moins dure... Après tout.

    Pourquoi notre vision de cette Mort impitoyable ne serait-elle pas une erreur ? Parce que historiquement, les hommes ont toujours vu la Faucheuse comme un ennemi impitoyable. Inconscient collectif auquel un esprit d'enfant n'appartient pas encore. Une liberté en sursis.

    Ca n'est pas à moi d'aller resserrer les anneaux de la chaîne. Même si je suis un fonctionnaire enseignant.

    J'aimerais tant que Mina reste libre. Et tous les autres.

     

  • Une illusion organisée.

    "Le monde mental

    ment

    monumentalement."

    Jacques Prévert.


     

     

    "En vérité, ce que tu vois cache ce que tu dois voir et ce que tu entends brouille ce que tu dois entendre."

    Jaffar le Berbère.


     

     

    C'est  assez effrayant le nombre de textes, de citations de poésies qui dénoncent cette illusion dans laquelle nous évoluons...

    S'agit-il d'une tournure d'esprit, d'un jeu dialectique, existe-t-il réellement une voie de lucidité ?

    Si cet état hallucinatoire est prouvé, d'où vient-il ? Pourquoi sommes-nous ainsi fermés à la réalité ?

     

    Depuis plusieurs jours, je cherche à établir ce qui pourrait condenser cet état hallucinatoire, comme un résumé de nos errances. Mais systématiquement j'en reviens toujours à cette capacité à analyser la situation et à ne pas entrer tête baissée dans une impasse. Mais s'il n'y a pas cette lucidité, cette observation constante, qu'en est-il ?

    L'impression qu'une bonne partie de l'humanité court après des enluminures pour cacher les murs de la geôle.

    Education formatée par l'Histoire. Nos parents vivant dans les conditionnements générés par leurs parents, eux-mêmes conditionnés par leur environnement immédiat, l'inconscient collectif, leurs traumatismes transmis ou transférés sous d'autres formes dans leur progéniture et ainsi de suite en remontant à l'envers dans le temps. Nous ne sommes jamais libres au départ. Nous naissons en accrochant sur nos dos fragiles les fardeaux de nos aïeux. Parfois même à un niveau plus vaste encore que notre famille immédiate : Rwandais, Cambodgiens, Vietnamiens, Algériens, Amérindiens, Tibétains, Tziganes, Inuits, Sames, Aborigènes, Papous, Wayanas, Alakalufs... Une liste effroyablement longue.

     

    Education formatée par les états et les idées directionnelles. Sans aller jusqu'au Stalinisme ou au Nazisme, nous vivons dans un environnement construit par quelques individus. Les médias par exemple, j'en ai déjà parlé. L'enseignement. Les modes commerciales. J'entends depuis quelques jours des élèves de ma classe parler de l'ipad d'Apple et penser déjà qu'à Noël ils vont en demander un...Les autres veulent savoir ce que c'est et se mettent à rêver de la même chose...Des enfants de dix, onze ans...  Le consumiérisme à outrance, créer un besoin par un martelage médiatique, les médias s'enrichissant eux-mêmes par les budgets publicitaires.

    Ecoeurement.

     

    Cette humanité vit dans le poids de son passé en se projetant sans cesse dans un avenir à acheter. Sans s'apercevoir que ce fonctionnement détruit l'instant, le présent, la vie réelle. Conditionnement. Jusqu'à détruire même la planète qui l'accueille. Tout est à vendre, il faut pouvoir acheter. Travaillons, travaillons...Dépensons, dépensons...Travaillons, travaillons...

     

    "Pourvu que mes enfants aient un bon salaire."

     

    Effectivement je pense sans le moindre doute que ce que nous voyons n'est pas ce que nous devons voir, que ce que nous entendons n'est pas ce que nous devons entendre. Pas besoin de m'interroger longtemps.  

     

    Mais alors, que devons-nous voir, que devons-nous entendre ? Et d'ailleurs s'agit-il d'un "devoir" ? Ou d'une chance à saisir ? Dans le mot "devoir" il y a une obligation générée par une instance supérieure. Comme une obligation nourrie par une morale ambiante. Mais justement il n'y a aucune instance dirigeante qui s'en préoccupe. Sinon, celle que nous possédons nous-mêmes. Notre propre morale que je préfère imaginer sous la forme d'une conscience.

    Conscience du phénomène vivant, conscience que je ne suis que la forme en évolution d'un projet qui me dépasse. Que sera l'homme dans dix mille ans si jamais il n'a pas fait disparaître ce phénomène vivant ? La vie est une intelligence dont la dimension ne m'est pas accessible. Même si je comprends accessoirement les "comment", je n'aurais sans doute jamais accès aux "pourquoi." La finalité de l'ensemble m'échappera toujours. Quel est le projet du phénomène vivant ? Je ne peux que tenter de répondre au phénomène qui est en moi en donnant à cette énergie une direction verticale,comme une ascension spirituelle. Sans comprendre pour autant la raison fondamentale de cette énergie en moi. Je peux lui donner une direction sans pour autant accéder à la compréhension totale de sa présence. Un hasard ? Ce mot n'est jamais que l'étiquette apaisante de mon incompréhension.

     

    Bon. Et alors ? Faut-il donc s'extirper de cette mélasse humaine ?

    Oui, sans doute.

    C'est effroyable mais je n'ai pas d'autre solution. Soit je plonge dans le courant et je me laisse emporter, bercé dillusions et soutenu par mes compatriotes de misère, soit j'envisage la lévitation. Une lévitation spirituelle. Je participe, mentalement à ce maëlstrom mais je tente par un effort constant de garder la tête hors de l'eau. Il ne me suffit pas de prendre quelques bouffées d'air pour survivre. Ma survie, je veux en être le seul responsable. Je sais aujourd'hui que ce goût de l'altitude, de mon engagement physique et moral au coeur des montagnes n'était que le symbolisme vécu de cette démarche.

     

    Mais qu'il est douloureux parfois de supporter le dégoût...  

     

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  • Les quatre accords toltèques

    source wikipédia.

    Miguel Ángel Ruiz (ou Don Miguel Ruiz) (né en 1952) est un auteur mexicain, chamane et enseignant. Son ouvrage, les quatre accords toltèques est un best-seller de la littérature New Age.

    Né d'une mère curandera (guérisseuse) et d'un grand-père nagual (chaman toltèque), il fait des études de médecine et devient chirurgien. Sa vie bascule lors d'une expérience de mort imminente qui l'aurait inspiré à chercher des réponses aux questions de l'existence dans la tradition toltèque.

    Son livre s'est vendu à plus de 4 millions d'exemplaires. Il a été reçu par l'animatrice de télévision américaine Oprah Winfrey dans son émission à ce sujet.

    En 2002, il subit une crise cardiaque à laquelle il a survécu.

    Les quatre accords

    Les quatre accords en question se résument à :

    • Que votre parole soit impeccable.

    Parlez avec intégrité, ne dites que ce que vous pensez. N'utilisez pas la parole contre vous-même, ni pour médire autrui.

    • Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle.

    Ce que les autres disent et font n'est qu'une projection de leur propre réalité, de leur rêve. Lorsque vous êtes immunisé contre cela, vous n'êtes plus victime de souffrances inutiles.

    • Ne faites pas de suppositions.

    Ayez le courage de poser des questions et d'exprimer vos vrais désirs. Communiquez clairement avec les autres pour éviter tristesse, malentendus et drames.

    • Faites toujours de votre mieux.

    Votre "mieux" change d'instant en instant. Quelles que soient les circonstances faites simplement de votre mieux et vous éviterez de vous juger, de vous culpabiliser et d'avoir des regrets.

    Le cinquième accord Toltèque

    • Soyez sceptique, mais apprenez à écouter

    Ne vous croyez pas vous même, ni personne d'autre. Utilisez la force du doute pour remettre en question tout ce que vous entendez : est ce vraiment la vérité ? Ecoutez l'intention qui sous-tend les mots et vous comprendrez le véritable message.

     

    Sans pour autant minimiser les quatre premiers accords, pour ma part, le cinquième accord revêt une importance particulière. Il correspond à une attitude qui n'est pas très fréquente. Ne pas considérer que les évènements, les connaissances, les avancées, les enseignements puissent à un moment se figer et ne plus changer. La "vérité" intérieure n'existe que dans le changement. Considérer que l'individu ait pu atteindre un niveau ultime d'évolution et être uniquement nourri de vérité est un mensonge. Cela voudrait dire qu'il n'y aurait plus besoin d'observation, de vigilance, que les acquis n'ont plus de raison d'être modifiés. Etre sceptique ne signifie pas être angoissé et s'interroger constamment sur la fragilité des pensées, des idées, des raisonnements mais de toujours se tenir à une certaine distance de ces phénomènes internes, en position d'observateur critique. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas une implication totale mais qu'il s'agit de préserver en soi la sérénité d'un observateur indépendant, une entité de la conscience qui ne participe pas à ce travail intérieur. C'est le maître intérieur.

    Il faut toujours lui laisser une place, l'inviter, l'accueillir. Il ne s'impose jamais. S'il n'est pas désiré, il ne se révèle pas. Le maître intérieur ne vit que dans l'amour qu'on lui accorde. Etre sceptique, c'est montrer que l'on a besoin de lui, de sa lucidité, que l'on ne se laisse pas emporter par les conditions de vie mais qu'on a besoin d'un observateur attentionné et impartial.

     

    Ce qui me semble le plus extraordinaire aujourd'hui, c'est d'éprouver l'aspect universel de ce maître intérieur. Il n'est pas identifié, il n'a pas de nom, aucune appartenance, il n'a pas besoin de moi pour exister, il n'est pas en ma possession, il n'attend rien. Ce qui explique d'ailleurs qu'on rencontre si peu de personnes vivant pleinement dans cette osmose. Très souvent, il peut apparaître dans une situation particulière mais il ne sera pas perçu dans sa réalité mais comme une réussite personnelle de l'individu qui va s'en glorifier.

    L'essentiel n'aura pas été saisi :

    Le détachement envers l'évènement (ce n'est pas une affaire personnelle mais un évènement qui ne porte pas atteinte à ce que je suis, le Soi, c'est le Moi qui peut être blessé)

    Je me suis parfaitement exprimé, sans insérer dans mes propos des sous-entendus pernicieux, des non-dits criants.

    Je n'ai fait aucune supposition envers mon interlocuteur ou envers l'évènement lui-même, je suis resté impliqué dans l'instant sans me détacher de ce que je dois y faire.

    J'ai vraiment fait de mon mieux sans jamais me laisser emporter par un enthousiasme hallucinatoire, une colère insoumise, un regret inutile, tout ce qui émotionnellement vient perturber l'acte lui-même.

     

    Lorsque cette analyse est faite, lorsque cette observation a été maintenue, il reste enfin à garder en soi un certain scepticisme, non pas comme une atteinte à la beauté de cet instant, à la satisfaction d'avoir mené au mieux ce travail intérieur mais juste pour ne pas s'égarer dans les dérives de la suffisance... Rien n'est jamais acquis, cela signifie qu'il est toujours possible d'aller voir plus loin, l'horizon recule quand on avance, ce qui compte c'est de continuer à marcher. Cette conscience, c'est le maître intérieur qui en dispose. Et c'est là que j'y perçois une entité étrange, comme un parfum subtil, une source inconnue, cette impression merveilleuse d'être envahi par des particules extérieures, cette idée que la Nature dispose elle-même de cette beauté intérieure et qu'elle l'offre comme un parfum... Les champs morphogénétiques de Ruppert Sheldrake...Nous sommes des calices dès lors que nous avons vidé de nous les eaux troubles. Les sages orientaux disent qu'il s'agit de maintenir la paix afin que les salissures restent au fond. Ce qu'il faut aimer c'est l'immobilité du lac.

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  • Le maître intérieur.

    "En chacun de nous vit quelque chose, une promesse, une connaissance essentielle, une mission qui dépasse l'horizon de l'homme ordinaire : c'est le maître intérieur."

    Karkfried Graf Dürckheim.

    Je me souviens avoir lu ce texte au lycée. Des jours entiers à y penser. J'avais déjà connu une première "cassure" à travers les épreuves vécues par mon frère.

    J'avais seize ans.

    J'étais sorti du déroulement linéaire de l'existence. Il y avait un "avant" et un "après."

    Entre les deux il y avait l'hôpital. La souffrance, la mort de Roger, mon ami de classe, la survie inexpliquée de mon frère. Ce monde parallèle de la souffrance, de la destruction de l'individu. Et puis parfois de sa renaissance. A moins même que ça soit une naissance réelle, pas l'accession à la lumière du jour mais à la lumière intérieure.

    Mais dans mon cas, ça n'avait été que des flashs épisodiques, éphémères. Je les avais éteints par mon ignorance, mon incapacité à saisir ce qu'ils pouvaient m'apprendre. Je restais accroché à ma vie linéaire. Mes études, mes histoires d'adolescent, la quête de l'amour, le sport, la lecture, une petite vie parfaitement normale alors que ce que j'avais vécu n'avait rien de normal.

    Tout est resté en moi. Et je l'ignorais. Et parce que j'avais refusé de "naître", la vie s'est chargée de briser encore une fois le placenta dans lequel j'étais enfermé.

    Encore une fois.

    A vingt-cinq ans.

    Insuffisant.

    Alors une autre fois.

    A trente-sept ans.

    Insuffisant.

    Tant pis, une fois de plus.

    A quarante-deux ans.

    OK. C'est bon. 

    Quarante deux ans... C'est long tout de même. La vie est patiente.

    J'ai compris.

    Je ne sais rien, je n'ai rien appris,rien saisi,rien découvert, je suis chargé de matériaux qui ne me bâtissent pas mais m'alourdissent, ce ne sont pas mes fondations mais les sables mouvants d'une conscience commune, fluctuante, je ne suis rien.

    Mais, là, il y a un maître intérieur qui attend que je l'écoute.  

    Ca n'est pas moi. Je ne suis pas un maître, sinon celui de ma classe et de mes élèves. Etrange symbolique d'ailleurs. Un maître de classe qui ne sait rien de lui-même. Il fallait bien que ça s'arrête. Il y avait en moi une promesse, une mission.

    Ecouter le maître.

    Qui parle ainsi ? Qui est là ? Qui vient frapper à la porte close de notre mental ?

    La conscience bien entendu.

    Mais ça n'est pas une entité individuelle à mon sens, ça n'est pas une excroissance interne de notre cerveau.

    C'est un "maître" extérieur qui vient nous visiter. Comme quelque chose d'inneffable flottant dans l'Univers. Je n'ai rien construit de ce que je suis. Tout ça m'a été donné. Les milliers de pages lues, j'aurais aussi bien pu toutes les oublier, elles auraient pu toutes s'effacer, les milliers de pages écrites, elles sont toujours nées d'une osmose, un état de connexion, pas d'une simple réflexion mais d'un embrasement intérieur que je ne produisais pas moi-même mais qui tombait en moi comme dans un puits ouvert. C'est toujours ainsi que j'écris d'ailleurs. Il faut que cette flamme vienne me nourrir.

    Mais je ne parviens pas à imaginer que ce maître m'appartient, encore moins que je le suis. J'ai trop de défauts pour ça, trop d'errances, de dérives, de fluctuations. Je les accepte. Elles sont ce que je suis.

    Mais il y a toujours cette promesse : le maître est là. Dans un coin, il veille, il sait choisir le bon moment, il ne faut pas avoir peur, s'abandonner, s'ouvrir, tout oublier pour apprendre.  

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  • Diversité et unité.

    "Il n'y a en réalité ni vérité, ni erreur, ni oui, ni non, ni autre distinction quelconque, tout étant un, jusqu'aux contraires. Il n'y a que des aspects divers, lesquels dépendent du point de vue. Moi et autrui sont deux positions différentes qui font juger et parler différemment ce qui est un."

    Tchouang-Tseu.

     

    Cette diversité, au lieu d'être vécue comme l'opportunité d'un enrichissement global, est perçue comme la nécessité d'une lutte entre les égos. Le mental, façonné par des éducations fondées sur la reconnaissance, ne cesse de lutter à travers des jugements pour défendre son "territoire", son image, ses certitudes. Les pensées deviennent des outils de guerre, les convictions sont des étendards. Tout n'est que lutte même dans le dialogue. Il faut absolument se faire entendre, avoir le dernier mot si possible et si ça n'est pas le cas tourner le dos dédaigneusement. L'autre n'est pas l'opportunité d'un échange mais la possibilité de mettre en avant son propre discours. On veut bien l'écouter pourvu qu'on puisse asséner ses propres vérités. Ecouter mais pas entendre. De l'autre il ne restera rien. C'est l'esprit de compétition instauré depuis l'école maternelle :il faut être le meilleur, avoir une image, un bon carnet de notes, répondre ce que l'adulte attend. A ces âges là, il ne s'agit pas de développer ses idées mais d'adhérer à celles de la masse tout en parvenant à être le plus fidèle possible à la connaissance diffusée, quelle soit insignifiante n'a aucune importance, ce qui compte c'est la reconnaissance.

    Et puis avec l'âge, on apprend à se démarquer un peu sans réaliser qu'on continue à oeuvrer pour des idées générales auxquelles on reste soumis. La diversité reste une illusion mais le paravent de l'ego continue à s'épaissir. On rentre dans des clubs, des partis, des religions, des castes, des groupes de toutes sortes, on y trouve les échos identiques aux cris que l'on jette à tue-tête, c'est réconfortant, les "équipiers" deviennent des renforts, les autres restent des adversaires. Diversité de surface, embrigadement permanent.

    On a subi les années de formation scolaire, personne n'a jamais parlé de conscience de soi, ni d'unité... Ce sont des données inconnues, ésotériques, tout juste bonnes à être placardées sur les portes des temples bouddhistes, moqueries, railleries, il n'est pas possible de sortir de la meute, c'est politiquement incorrect, comme un rejet global de tout ce qui nous a construit. Ou dé-construit. 

     

    Et puis il y a les "autres"...

    Bien souvent, ils ont été détruits à un moment de leur vie. Un drame, une cassure, un choc dont l'écho perdurera indéfiniment. Parfois, "ça" leur est tombé dessus, sans aucun signe précurseur, une incompréhensible révélation, une illumination totale, durable,inexplicable. L'unité. Une réalité intangible. Un autre regard, une perception inversée. L'individu n'a pas d'existence, il est une image matérialisée, un jeu du phénomène vital. Imaginons que la nature se soit développée sous une seule forme. Ce serait un cauchemar. Le drame vient du fait que les images sont magnifiées au détriment de la source. La Nature ne l'avait pas prévu semble-t-il... Les voies de l'humain sont impénétrables...

     

    Qu'en est-il de la diversité dès lors ? Comment est-elle vécue ?

    Pour ma part, j'ai quasi totalement tiré un trait sur les relations humaines. Je vis dans une solitude adorée. La femme que j'aime, mes enfants. ce sont les seules personnes que je vois tous les jours, que j'aime, avec lesquels j'échange. Je ne vois jamais les enseignants de mon école en dehors des jours de classe. Chose étrange, je m'entends bien avec certains d'entre eux mais je ne cherche pourtant pas à les retrouver. Je peux passer une semaine de classe sans aller discuter une seule fois avec eux pendant les récréations. Et parfois, j'aurai du plaisir à aller discuter. Mais je sais que ça n'est pas un besoin, une nécessité, juste l'opportunité d'un moment de détente. En dehors de ces gens là, il n'y a personne d'autre. Absolument personne.

     

    Et pourtant j'ai un contact facile, on ne me fuit pas. Et surtout, le plus surprenant, c'est cette impression très forte parfois, dans certaines circonstances, d'être connecté avec l'autre, une osmose, un immense bonheur dans le partage... Un sentiment très puissant d'unité. Cette envie irrépressible de me livrer totalement, d'échanger sur des données fondamentales, de partager nos expériences, il m'est arrivé d'avoir envie de pleurer parfois, comme une marée montante, c'était si puissant ce bonheur...

    C'est sans doute cette émotivité qui m'a amené à cet isolement. Bien plus que l'énervement occassionnel devant la superficialité de certains échanges. Je me suis protégé...

    Et ce blog est devenu peu à peu une autre "ouverture". Tout comme le sont mes romans. Une tentative d'unité.  

  • Thalassa

    Pour ceux qui auraient manqué cette émission sur les pieuvres.

    Fascinant.

    http://www.thalassa.france3.fr/

     

    L'évolution d'une espèce.

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