Là-Haut

C'était pourtant écrit.

Thierry LEDRU Par Le 19/08/2026 0

Un article sur un livre oublié. Un de ceux qui n'auraient jamais dû disparaître.

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Patrick Maurieres

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Comment avons-nous pu passer totalement à côté ?

En cette période caniculaire, j’ai trouvé dans une boîte à livres un ouvrage de René Dumont que j’ai lu avec cette question comme fil conducteur.

Je parle de ma génération, celle qui a été, pour reprendre une formule, « biberonnée au marxisme ».

L’ouvrage date de 32 ans.

Et pourtant, à sa lecture, une question s’impose : comment ai-je pu à ce point, passer à côté de ce que René Dumont nous disait déjà ?

Que développe-t-il ?

Que les risques écologiques sont dramatiquement sous-estimés et que l’avenir de l’humanité est menacé.

Le propos est précis, documenté, affûté. Et, à mes yeux d’aujourd’hui, d’une actualité saisissante.

On lit ainsi, page 53 :

« Un système économique âpre et défaillant aboutit à dilapider un patrimoine essentiel : celui des ressources rares non renouvelables. D’abord les combustibles fossiles et les minerais que les formations géologiques ont accumulés dans le sous-sol et que l’on devrait traiter comme le patrimoine de l’humanité. »

Et page 107 :

« Pour la première fois nous sommes en train de démolir systématiquement — dans l’indifférence générale — les climats de la planète. »

René Dumont ne déclame pas, jamais. Il démontre.

Il détaille l’effet de serre et la détérioration des climats avec des chiffres et des faits. Il parle de biodiversité, de déforestation, de l’eau qui, prévient-il, « va manquer presque partout — même en Bretagne ».

Et ma génération, celle qui se voulait critique du capitalisme, a largement ignoré, occulté ou, plus simplement, pas pris au sérieux ces avertissements.

Dumont dénonce également « l’inacceptable droit d’embargo », dont Cuba crève littéralement en ce moment, et analyse la guerre du Golfe comme une guerre du pétrole.

Il écrit :

« Les complexes militaro-industriels, pour prospérer, ont besoin de guerre donc d’ennemis. »

Difficile, aujourd’hui, de ne pas penser aux profits colossaux engendrés par une industrie qui fabrique et vend les engins de mort utilisés par les protagonistes des conflits actuels.

Il perçoit également, alors que le fascisme national n’est pas encore la menace qu’il deviendra, que le Front national pourra surfer sur les problèmes de la misère et de l’immigration.

Il voit l’agonie du monde paysan et, dans le même temps, les gros céréaliers protégés par l’Europe.

Son discours anticapitaliste ferait aujourd’hui pâlir bien des écologistes autoproclamés.

René Dumont, qui votera non au référendum sur la ratification du traité de Maastricht, développe également une réflexion sur la dette qui résonne singulièrement avec le débat politique actuel : il milite pour l’annulation des dettes, « le temps de respirer » écrit-il

Et surtout, l’ensemble s’articule comme un véritable programme politique qui, 32 ans plus tard, fait toujours sens :

« Réhabiliter le chemin de fer. »

Développer l’énergie géothermique.

Refuser la politique du tout-autoroutier.

Je ne peux évidemment pas m’empêcher de penser à l’A69, voulue par Mme Delga, dans ma région. Il est fort à parier que René Dumont aurait été aux côtés des « écureuils » pour tenter de préserver les arbres.

Il développe aussi toute une série de propositions en direction de « la femme, grande oubliée des droits de l’homme ».

Il cherche « où trouver l’espoir », dénonce déjà les renoncements socialistes et combat évidemment la droite.

Bref, sans vouloir refaire l’histoire, je me demande vraiment comment ma génération, « biberonnée au marxisme », a pu passer à ce point à côté de ses réflexions.

Pourquoi, à quelques exceptions près, n’avons-nous ni écouté ni entendu René Dumont ?

Et je terminerai avec cet extrait, page 170 :

« Cherchons à regrouper les associations, et les personnes qui s’inquiètent des menaces écologistes ; les pacifistes qui refusent de tuer, les groupes qui œuvrent contre la misère… et tous les bénévoles qui s’efforcent d’aider les chômeurs, les exclus, les sans-logis ; les organisations qui défendent les prisonniers politiques… et enfin l’ensemble des tiers-mondistes qui n’acceptent pas que les 15 % de privilégiés du globe continuent à accaparer et dilapider 80 % de ses ressources limitées. »

Lui qui se définissait comme un héritier« des communes organisées au Moyen Âge, de 1789, de 1871 », concluait :

« Il nous faut accorder le premier rang au social, à l’écologie, aux droits des humains (de tous les humains) à ne plus être dominés et écrasés-piétinés… »

Cette phrase résonne particulièrement en moi, à l’aube d’un combat décisif dans quelques mois.

Nous avions sous les yeux, il y a 32 ans, une partie des réponses aux questions que nous nous posons aujourd’hui.

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