
Indéfinissable parce qu'à la première écoute, elle ne ressemble à rien.
Quelqu'un qui avancerait le curseur par étapes et écouterait des bribes passerait immédiatement à autre chose.
On dirait du "bruit", rien ne ressort, aucune mélodie, rien d'identifiable ou qui puisse être gardé en mémoire, c'est une lente montée vers on ne sait où, une accumulation de sons, c'est lent, comme une marée montante, on voit l'eau, les flux obstinés, l'eau qui monte et couvre le sable et les reflux, lentement, lentement, on peut voir aussi le chemin qui serpente vers le sommet, les longues diagonales dans la pente, le regard attentif aux pierres, la poussée des jambes, le souffle régulier, on monte, on monte et là, on réalise qu'on a été happé par cette musique qui ne ressemble à rien, qui semble ne mener nulle part, on s'élève, on s'absente, on absorbe, la musique s'installe, à l'intérieur de soi, et puis la puissance arrive, par paliers, comme le corps du marcheur qui a trouvé son rythme, le sommet n'est plus un objectif, il n'est qu'une étape, c'est dedans que le chemin se trace, la musique monte en puissance, encore et encore et on est surpris à chaque palier, comme si on ne pouvait pas imaginer la suite, comme s'il n'était pas possible de savoir où elle nous mène, des accalmies faites de longues vagues guident les pas, on monte en altitude.
Le crescendo prend de l'ampleur, plus rien ne l'arrêtera.
Et il est toujours impossible de trouver la moindre mélodie dans cet ensemble et c'est le plus fascinant pour moi.
La fin est un sommet, quand l'horizon est ouvert, que plus rien ne pousse le corps vers le haut, quand on est assis et qu'on contemple, que le souffle s'est posé, que le corps s'apaise, l'effort est fini et c'est parce que le corps est "vidé" que la beauté l'emplit.
Il m'arrive en journée de retrouver cette ambiance sans pouvoir retrouver le fil de cette musique, c'est juste une ambiance, un état, une façon d'être soi.
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