Je n'écris plus vraiment d'articles personnels ici. Je n'ai pas le temps.
Et de toute façon, quand je lis la qualité de certains articles comme celui-ci, je n'ai aucune raison d'aller écrire autre chose.
J'ai le tome 5 à écrire.
L'autonomie est la clé de notre futur
3 460 MILLIARDS DE DETTE : ET SI DEMAIN IL FALLAIT ÊTRE SOUVERAINS… NOUS SOMMES AUTONOMES EN QUOI, EXACTEMENT ?
Commençons avec Valéry Giscard d’Estaing.
Pourquoi lui ?
Parce que c’est sous sa présidence que commence une remarquable tradition française :
DEPUIS 1975, LA FRANCE N’A PLUS CONNU UN SEUL BUDGET PUBLIC À L’ÉQUILIBRE.
Pas une année. Pas une petite rechute accidentelle. Pas même un mardi après-midi où, par mégarde, les comptes seraient tombés juste.
50 ans.
À ce niveau-là, ce n’est plus un déficit.
C’est du patrimoine culturel immatériel. On devrait demander son classement à l’UNESCO.
La dette publique représentait encore environ 20 % du PIB à la fin des années 1970.
En 1981, lorsque Giscard quitte l’Élysée, elle atteint environ 110 milliards d’euros, soit environ 22 % du PIB.
Puis arrive François Mitterrand.
Il reçoit environ 110 milliards et quitte l’Élysée en 1995 avec 663,5 milliards.
+553 milliards en quatorze ans.
La dette a été multipliée par six en valeur nominale.
Il fallait déjà une certaine application. IL nous a augmenté en mai 1981 les salaires de 10 %; ça faisait du bien aux gens, et il est parti avec une dette supportable, finalement, entre les 35 heures et le reste, il savait à l ‘avance que les robots nous remplaceraient et qu ‘on devait gagner plus en travaillant moins, eh oui, Monsieur Sarko, celui qui a gerbé sur nos votes en 2005 !
Arrive Jacques Chirac : 663,5 milliards à l’entrée → 1 211,6 milliards à la sortie. Soit +548 milliards.
On venait de découvrir le passage du milliard au millier de milliards.
Une sorte de passage à l’euro, mais sans la monnaie dans le portefeuille.
Puis Nicolas Sarkozy récupère les clés du découvert : 1 211,6 milliards à l’entrée → 1 833,8 milliards à la sortie. Soit +622 milliards. Et au passage, il vide les caisses de la CADES, que Jospin mettait en place, en bon père de famille, justement pour les retraites du public à venir… Mais Sarko, rien à foutre des comptes de la France en bon père de famille, mais alors rien.
Avec, évidemment, la gigantesque crise financière de 2008.
Rendons à Lehman Brothers ce qui appartient à Lehman Brothers.
Même si, curieusement, quand la finance attrape une pneumonie, c’est toujours le contribuable qui prend les antibiotiques.
Puis François Hollande : 1 833,8 milliards à l’entrée → 2 258,7 milliards à la sortie. Soit environ +425 milliards.
Encore un petit étage. Il hérite des conneries antérieures, et il paient les intérêts, les gens sont deçus.
À ce stade, la dette française ne ressemblait plus tellement à une dette.
Ça commençait à ressembler à un projet architectural.
Alors là grandiose, Macron, il ne veut pas laisser que des vitraux moches à « Notre dame », non non il veut laisser sa trace, et préparer sa sortie avec ses copains banquiers…
Et arrive Emmanuel Macron : 2 258,7 milliards en 2017 → 3 460,5 milliards fin 2025. Soit environ +1 202 milliards.
Oui.
MILLE DEUX CENT DEUX MILLIARDS SUPPLÉMENTAIRES.
Évidemment, il y a eu le Covid et le fameux « quoi qu’il en coûte ». mais personne ne lui demandait de sauver les grandes entreprises, ni de confier tout le monde, c était un exercice de « soumission »...
Soyons honnêtes : la pandémie a provoqué une explosion exceptionnelle de l’endettement.
Les banquiers se frottent les mains, c ‘est bon petit, celui là...
Mais le Covid est parti. Les attestations sont parties. Les masques obligatoires sont partis.
Les files d’attente devant les pharmacies sont parties. Les milliards, eux, ont demandé l’asile politique. Ils sont restés.
Maintenant, imaginons une famille gérée de la même façon.
Appelons le père Gérard. Au hasard ce prénom, hein, vous me connaissez…
Gérard gagne 3 000 € par mois. C ‘est déjà pas un smicard !
Gérard en dépense 3 500.
Depuis cinquante ans.
Tous les ans, il réunit solennellement Christine et ses trois enfants dans la cuisine :
— Cette année, nous allons réduire le déficit familial.
Christine regarde le relevé bancaire.
— Gérard, tu as encore emprunté, pour faire trop de courses, mets toi au régime un peu !
— Oui, mais moins vite que prévu dans notre trajectoire pluriannuelle.
— Gérard, nous sommes à découvert.
— Non Christine . Nous traversons une tension temporaire de trésorerie.
— Gérard, le banquier vient de saisir la voiture. Pas grave, la France me paiera un chauffeur (toute ressemblance n est pas forfuite)
— C’est une restructuration de nos actifs de mobilité.
— Gérard, il reste trois coquillettes dans le placard.
— Nous conduisons une politique ambitieuse de sobriété alimentaire.
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Au bout d’un moment, dans une famille normale, Christine ne demande plus un audit.
Elle planque la carte bleue.
Le banquier, lui, reste étonnamment calme.
Pourquoi ?
Parce que Gérard paie les intérêts.
Et c’est là que notre petite histoire familiale devient franchement intéressante.
La charge des intérêts de la dette de l’État représente environ 51 milliards d’euros en 2025 et devrait approcher 59 milliards en 2026.
59 milliards= 59 000 000 000 € oui je sais, on ne sait pas compter avec autant de zéro.
PAR AN.
Attention : contrairement au raccourci facile, ces milliards ne vont pas uniquement aux banques françaises. Les créanciers sont multiples : banques, assurances, fonds d’investissement, fonds de pension, institutions financières, investisseurs français et étrangers.
Mais ils partagent une charmante particularité :
ILS NE NOUS PRÊTENT PAS PAR PHILANTHROPIE.
Personne n’achète de la dette française parce qu’il trouve notre drapeau particulièrement joli.
Il attend une rémunération. Et nous la payons. Tous les ans.
Avec une ponctualité qui ferait pleurer d’émotion n’importe quel fournisseur attendant le règlement d’une administration française.
Mais le véritable problème n’est même pas là.
Parce que s’endetter peut être parfaitement intelligent.
Un père de famille emprunte pour acheter sa maison.Un agriculteur emprunte pour acheter une terre ou un tracteur. Une entreprise emprunte pour construire une usine. Et un État peut emprunter pour construire des barrages, des centrales électriques, des chemins de fer, des hôpitaux, des réseaux d’eau, des infrastructures, des usines, une défense, des réserves stratégiques et des capacités agricoles.
Bref :
DES CHOSES QUI RESTENT QUAND LE CRÉDIT EST DÉPENSÉ.
Alors prenons maintenant notre magnifique ardoise de :
3 460 500 000 000 €
et promenons-nous dans la maison. Pour ce prix-là, normalement, on devrait avoir la cuisine équipée. Alors faisons l’inventaire. Sommes-nous souverains en énergie ? Sommes-nous souverains en médicaments ? Sommes-nous souverains en engrais ? Sommes-nous souverains en composants électroniques ? Avons-nous constitué d’immenses réserves stratégiques ? Nos réseaux d’eau sont-ils impeccables ? Nos infrastructures sont-elles entretenues comme des bijoux ?Nos industries essentielles sont-elles toutes chez nous ? Et surtout :
SOMMES-NOUS ENCORE CERTAINS DE POUVOIR NOURRIR LA FRANCE PAR NOUS-MÊMES EN CAS DE CRISE MAJEURE ?
Parce que là, voyez-vous, Gérard commence à m’inquiéter. Il a emprunté pendant cinquante ans.
Et maintenant qu’on ouvre son garage…
le tracteur est parti, l’usine a déménagé, les médicaments viennent d’ailleurs et le maraîcher du village remplit des formulaires pour expliquer pourquoi ses salades ne sont pas administrativement assez heureuses et calibrées.
Mais nous avons 3 460 milliards de dette.
Quelque part, forcément, nous devons posséder un magnifique rond-point.
Et voilà que l’Europe reparle sérieusement de guerre. De réarmement. De stocks. De résilience. De sécurité. Formidable. Après avoir passé des décennies à considérer l’autonomie comme un truc de vieux paysan légèrement suspect qui conserve des bocaux dans sa cave…
on redécouvre soudain qu’avoir de quoi manger, boire, se loger, produire et se chauffer pourrait présenter un léger intérêt stratégique.
Quelle découverte. Encore deux réunions à Bruxelles et quelqu’un va peut-être inventer la pomme de terre.
C’est précisément pour cela que je parle sans arrêt d’AUTONOMIE. Pour une personne. Pour une famille. Pour un village. Mais aussi pour une nation.
Produire une partie de ce dont nous avons besoin. Protéger nos terres agricoles. Garder nos paysans. Conserver nos semences. Préserver notre eau. Produire notre énergie. Maintenir nos industries essentielles. Constituer des stocks. Former les gens. Réparer. Cultiver. Transformer. Conserver.
Au lieu de ça, on laisse les lobyistes se balader dans les couloirs de l ‘Europe, pour faire passer leurs daubes, au détriment de toutes les nations européennes.
Et arrêter de considérer qu’il suffira éternellement de sortir le chéquier pour acheter à l’autre bout de la planète ce que nous avons décidé de ne plus savoir fabriquer chez nous.
Parce qu’en temps de paix : la dépendance est pratique. En temps de crise : elle devient chère.
Et en temps de guerre : ELLE DEVIENT DANGEREUSE.
Nos grands-parents avaient pourtant développé une doctrine économique extrêmement sophistiquée.
Elle tenait en quelques lignes : Ne dépense pas continuellement plus que tu ne gagnes.
Entretiens ce que tu possèdes. Ne jette pas ce qui peut servir. Garde des réserves.
Produis autant que possible ce dont tu as besoin. Et ne dépends jamais entièrement de quelqu’un qui peut décider demain de ne plus te vendre.
À l’époque, on appelait cela :
GÉRER EN BON PÈRE DE FAMILLE.
Aujourd’hui, on organiserait probablement un colloque de trois jours pour lui trouver un nom anglais avec Mc Kinsey et sa facture hors de prix.
Resilience Sustainable Sovereignty Management.
Avec buffet. Financé à crédit.
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Pourtant, appliqué à un pays, ce vieux principe porte un nom français parfaitement convenable :
LA SOUVERAINETÉ NATIONALE.
Car la véritable souveraineté n’est pas seulement un drapeau, un hymne et un siège à l’ONU, ni un parti politique, surtout pas !
C’est aussi pouvoir dire : nous pouvons nourrir notre population et pas que ces messieurs de Paris, avec une certaine brigade qui sillonne la France, pour réperer les greniers à bouffe.
Nous avons de l’eau. Nous avons de l’énergie. Nous pouvons soigner. Nous pouvons produire. Nous pouvons réparer. Nous avons des réserves.
Et surtout :
NOUS POUVONS TENIR SI LES AUTRES NE NOUS VENDENT PLUS RIEN.
Voilà ce que signifie réellement être autonome.
Et après cinquante ans de déficit et 3 460 milliards de dette, peut-être serait-il enfin temps de poser la seule question qui vaille :
TOUT CET ARGENT EMPRUNTÉ NOUS A-T-IL RENDUS PLUS SOUVERAINS…
…OU SIMPLEMENT PLUS ENDETTÉS ET PLUS DÉPENDANTS ?
Parce qu’une nation peut parfaitement avoir une carte bleue Gold.
Si elle ne sait plus produire son dîner, ce n’est pas de la souveraineté.
C’est juste Gérard avec un drapeau.
et un fauteuil hors de prix et à crédit sur notre dos.
Martine Montvernay
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