La stagflation

 

On se souvient tous de l'inflation déclenchée par la guerre en Ukraine.

Certains économistes commencent à parler d'une éventuelle stagflation au regard de l'enlisement éventuel du conflit USA-Israël-Iran.

On sait tous que le pétrole est une denrée indispensable à nos économies.

Un pétrole cher ajouté à un ralentissement du commerce mondial en raison du blocus sur le détroit d'Ormuz, à l'extension du conflit sur des pays considérés jusqu'ici comme des zones privilégiées (Dubaï, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis, Koweit, etc ...), c'est le mélange détonnant pour que se mette en place une stagflation généralisée et par conséquent, ici, en France.

 

Fiche thématique

Qu'est-ce que la stagflation ?

Dernière modification : 10 mai 2023

Temps de lecture  3 minutes

L’essentiel

La stagflation décrit une situation dans laquelle l'économie souffre simultanément d'une forte inflation et d'une croissance faible, voire nulle.

La stagflation est un phénomène rare. Stricto sensu, elle s'est produite seulement une fois, dans l'histoire économique récente, durant les années 1970, à la suite du premier choc pétrolier. 
 

En détail

Le terme de "stagflation" est né de la contraction des mots stagnation et inflation : l'économie souffre simultanément d'une forte inflation et d'une croissance faible, voire nulle. La stagflation s'accompagne souvent d'un taux de chômage élevé. Si le taux de croissance devient négatif, c'est-à-dire qu'il y a une chute du produit intérieur brut (PIB), on parle de "déclinflation" (ou slumflation).

La notion a été utilisée la première fois au milieu des années 1960 pour décrire la situation économique du Royaume-Uni. Elle a gagné de popularité au cours des années 1970, à la suite du premier choc pétrolier de 1973. Les prix du pétrole et d'autres matières premières montent en flèche, entraînant une forte accélération de l'inflation et un fort ralentissement de la croissance. Le "nouveau" phénomène économique se généralise à l'ensemble des pays industrialisés. Avec un taux de croissance à -1% en 1975 en France, le spectre de "déclinflation" a plané brièvement sur l'économie.

La stagflation est un phénomène très rare. Contrairement au boum et à la récession qui interviennent régulièrement lors de la succession des cycles économiques, elle reste exceptionnelle.

En 2023, avec la réapparition d'une forte inflation à la suite de la hausse des prix de l'énergie, le risque de stagflation est réapparu.

Le phénomène de stagflation est difficile à expliquer par la théorie économique car, en principe, les taux de croissance et d'inflation évoluent dans la même direction : en période de forte croissance, les prix augmentent et vice versa.

La stagflation pose également un problème à la théorie keynésienne classique qui suppose un arbitrage entre inflation et chômage (courbe de Philipps : l'augmentation de l'un provoque la baisse de l'autre).

La lutte contre la stagflation s'avère délicate. Relancer la croissance risque de stimuler encore plus l'inflation. Dans le même temps, lutter contre l'inflation via des politiques monétaire et budgétaire restrictives risque d'aggraver la chute de l'activité et augmenter le chômage. 

La stagflation des années 1970 a ainsi contribué au basculement des politiques économiques dominées par un soutien à la demande vers des politiques de l'offre, des politiques expansionnistes vers des politiques de rigueur.

 

Dernières analyses du front...

 

"Donald Trump s'est retrouvé pris à son propre piège" : au Moyen-Orient, les Etats-Unis face au spectre d'une guerre sans fin contre l'Iran

 

Les objectifs du président américain ont plusieurs fois changé depuis le lancement de l'attaque contre la République islamique, le 28 février. Les experts interrogés par franceinfo imaginent un enlisement durable du conflit, avec de possibles conséquences délétères.

Consulter le Dossier : Tout comprendre à la guerre au Moyen-Orient

Article rédigé par Fabien Jannic-Cherbonnel

France Télévisions

Publié le 12/03/2026 05:48

Temps de lecture : 8min Un incendie touchant un dépôt de pétrole après une frappe, à Téhéran (Iran) le 7 mars 2026. (NEGAR / MIDDLE EAST IMAGES / AFP)

Un incendie touchant un dépôt de pétrole après une frappe, à Téhéran (Iran) le 7 mars 2026. (NEGAR / MIDDLE EAST IMAGES / AFP)

Combien de temps durera encore la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran ? Washington semble bien en peine de répondre à la question. Interrogé, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, s'est ainsi refusé mardi 10 mars à toute précision : "Ce n'est pas à moi de dire si c'est le début, le milieu ou la fin." La veille, Donald Trump avait affirmé que la guerre était "quasiment" terminée. Quelques jours plus tôt, le président américain parlait pourtant d'une guerre de "quatre semaines". "Nous ne voulons pas partir avant l'heure, n'est-ce pas ? Nous devons finir le boulot, non ?", a-t-il encore lancé, mercredi, pendant un meeting à Hebron, dans le Kentucky.

Les objectifs mouvants des Etats-Unis n'aident pas à y voir plus clair. Donald Trump a multiplié les déclarations contradictoires, assurant tour à tour vouloir mettre fin au programme nucléaire iranien, éradiquer les capacités balistiques du pays, aboutir à un changement de régime, ou encore contrer une menace imminente. "Les choses semblent échapper à Donald Trump, qui a voulu dupliquer le modèle de la guerre des douze jours contre l'Iran [en juin 2025], sans avoir les mêmes cartes en main", analyse auprès de franceinfo Sylvain Gaillaud, chercheur en histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Le spécialiste de l'Iran estime le chef d'Etat américain "y est allé à l'instinct", pensant "que le régime iranien, affaibli, allait s'effondrer" après la mort du guide suprême, Ali Khomeini, et plusieurs dirigeants iraniens dès le premier jour du conflit, le 28 février. Or la République islamiste résiste, et a déjà désigné Mojtaba Khamenei comme nouveau leader.

La Maison Blanche et les fantômes du passé

"Il y a un manque total de préparation de l'administration américaine, on a pu l'observer avec le rapatriement des ressortissants, qui n'avait pas été anticipé", estime également Tara Varma, directrice du programme de prospective stratégique du German Marshall Fund of the United States. Washington fait face "à un risque d'enlisement" en Iran, qui a touché "de nombreux présidents américains" au Moyen-Orient, ajoute l'experte. La guerre en Irak, décidée par George W. Bush en 2003, a ainsi duré près de huit ans et a déstabilisé la région pour deux décennies, causant la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes. La décision américaine d'intervenir en Afghanistan pour chasser les talibans, après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, a finalement mené à leur retour au pouvoir, par la force, en 2021. Bien conscient de cet historique, Donald Trump avait promis de "ne pas démarrer de guerre" lors de la dernière campagne pour la présidentielle.

Entre-temps, "Donald Trump s'est retrouvé pris à son propre piège, avec une surenchère rhétorique sur les négociations, pour finir par s'aligner sur les objectifs d'Israël, qui sont la fin du régime iranien", souligne Sylvain Gaillaud. Mardi, le Premier ministre de l'Etat hébreu, Benyamin Nétanyahou, a ainsi affirmé ne pas "pas encore terminé" avec son ennemi. En face, "l'Iran ne cherche pas de victoire militaire immédiate" mais veut "garder la face le plus longtemps possible", notamment en élargissant la guerre au Liban ou aux pays du Golfe, expliquait le 2 mars à France Culture(Nouvelle fenêtre) Julia Tomasso, spécialiste de la région à l'Institut de relations internationales et stratégiques. L'objectif : installer une guerre d'usure.

Les prix de l'énergie scrutés

Cette perspective inquiète le reste du monde, notamment sur le plan économique. Le prix du baril de pétrole a frôlé les 120 dollars en début de semaine, avant de redescendre. Mais le blocage du détroit d'Ormuz, contrôlé de facto par le pouvoir iranien et par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié, fait craindre une flambée durable du coût de l'énergie. La Commission européenne a mis en garde(Nouvelle fenêtre) lundi contre un "choc stagflationniste majeur", soit une forte inflation combinée à une absence de croissance, capable d'ébranler l'économie mondiale.

Les Etats-Unis ont laissé entendre qu'ils pourraient escorter les pétroliers transitant dans le détroit. Mais la promesse est jugée irréaliste par les spécialistes, alors que Téhéran laisse entendre qu'il pourrait miner le passage. Mercredi, plusieurs navires se trouvant dans la zone ont été touchés par des "projectiles inconnus", provoquant un incendie à bord de l'un d'eux, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO. Dans le même temps, la production d'hydrocarbures par les pays du Golfe tourne au ralenti. La raffinerie de Ruwais aux Emirats arabes unis, l'une des plus grandes au monde, a ainsi suspendu son activité mardi après une attaque de drone.

"Aucune unité nationale" pour Donald Trump

Plus largement, le conflit risque de déstabiliser un peu plus le Moyen-Orient. "Les pays du Golfe voient d'un très mauvais œil ce conflit, analyse Sylvain Gaillaud. La disparition du régime iranien ne suscitera la détresse de personne, mais la question est de savoir ce qu'il y a après, de trouver un substitut qui donne de la stabilité régionale." Un enlisement du conflit poserait aussi la question "de la crédibilité et validité des garanties de sécurité américaine" pour les Etats de la région, dont certains sont des alliés de Washington, comme un écho aux questionnements européens après l'épisode groenlandais.

"Les pays du Golfe se sont construits comme des îlots de stabilité et de richesse. S'ils ne sont plus correctement protégés, cela deviendra très compliqué pour eux."

Tara Varma, directrice du programme de prospective stratégique du German Marshall Fund of the United States

à franceinfo

Du côté des Etats-Unis, se pose par ailleurs la question de l'opinion publique, alors que plusieurs soldats américains ont perdu leur vie depuis le début du conflit. Seuls 29% des Américains approuvent l'opération en Iran, selon un sondage Ipsos(Nouvelle fenêtre) publié lundi. "L'unité nationale sur ce sujet n'existe pas aux Etats-Unis, contrairement à ce qu'il se passe en Israël", souligne Tara Varma. La guerre pourrait réduire les chances des candidats républicains aux élections de mi-mandat, prévues en novembre, déjà traditionnellement défavorables au pouvoir en place. "Une victoire des démocrates à la Chambre des représentants et au Sénat redonnerait au Congrès son rôle de contre-pouvoir", rappelle la spécialiste.

Mais arrêter la guerre pourrait s'avérer compliqué. "Le problème est que les deux parties sont actuellement déterminées à ne pas céder en premier", estime sur X(Nouvelle fenêtre) la chercheuse Kelly Grieco, spécialiste de la politique étrangère américaine au centre Stimson, basé à Washington. "Un camp augmente le coût [d'une possible fin] du conflit, puis l'autre en fait de même à son tour. Trouver une porte de sortie devient alors à chaque fois de plus en plus difficile. C'est ça le danger", ajoute-t-elle.

"Il est difficile de trouver un scénario dans lequel Donald Trump pourra dire : 'J'ai obtenu ce que je souhaitais", résume Sylvain Gaillaud. La suite du conflit dépendra aussi de l'attitude du gouvernement israélien et de sa stratégie jusqu'au-boutiste. Donald Trump parviendra-t-il à imposer une fin des hostilités à son allié ? "Il est en tout cas tout à fait possible qu'il décide de se désengager de manière abrupte de cette guerre", estime Tara Varma, tant les décisions du chef d'Etat américain sont imprévisibles. Mais même si la guerre s'arrêtait demain, elle laisserait "d'importants dégâts et une situation très instable dans la région", prévient l'experte.

 

 

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