J'écris les noirceurs que ce monde humain insère en moi. C'est un exutoire mais qui ne se vide jamais, un entonnoir dans lequel, jour après jour, les hommes déversent des immondices et c'est mon âme qui se remplit. Je plonge dans l'abîme et l'abîme plonge en moi.
"Noirceur des cimes" racontait la survie en haute altitude.
Des cimes de noirceurs, voilà l'image qui me vient quand je pense au monde à venir, celui des générations qui se demanderont comment nous avons pu laisser faire ça.
TERRE SANS HOMMES
"Ils avaient laissé la journée s’écouler, sans aucune activité, ils avaient dormi, dans le canapé, l’un contre l’autre, Théo avait cuisiné et le soir, ils s’étaient couchés en sachant que le sommeil risquait de les chercher longtemps.
Milieu de nuit. Ils ne dormaient pas. Laure s’était réveillée la première et elle était venue chercher le réconfort de Théo, son corps, sa chaleur, son odeur. Elle avait posé une main sur son dos et elle s’était approchée jusqu’à se coller contre lui.
« Théo, j’ai besoin de toi », avait-elle murmuré.
La voix lui était parvenue comme infiltrée jusque dans ses rêves, il avait vu Laure pleurer, au sommet d’un immense amas de pierres, si haut et si large qu’il en voilait l’horizon et Laure s’obstinait à monter encore et encore de nouvelles pierres. Elle s’était retournée vers lui et il avait entendu.
« Théo, j’ai besoin de toi. »
Il avait ouvert les yeux en sursaut.
Il l’avait enlacée, nuit noire et pourtant il devinait ses yeux, grands ouverts.
« Je suis là, mon amour, je te protégerai, toujours, personne ne te fera de mal, plus jamais. Je veillerai sur toi.
-Je le sais,Théo, je sais aussi que je ne voudrais pas vivre sans toi, que je préférerais mourir la première.Toi, tu pourras me survivre, moi, je n’y arriverai pas. »
Il ne répondit rien. Conscient que cette idée serait effectivement la moins douloureuse, pour elle, comme pour lui car s’il venait à mourir en premier, il ne serait plus là pour la protéger et que, même mort, il ne le supporterait pas.
« J’ai repensé à ce que tu m’as raconté tout à l’heure et une idée m’est venue. »
Il s’en voulut d’avoir inséré en elle des images affreuses, des violences insoutenables.
« Théo…
Il devinait la douleur, comme si les mots eux-mêmes refusaient de se dire.
-Théo…
-Oui, mon amour, parle-moi, laisse aller, je suis là, je t’écoute, je t’écouterai toujours.
- Si des hommes, des mâles, sont capables de tuer des femmes et même des enfants, -une voix si triste qu’il eut peur qu’elle s’effondre, -alors ils sont capables de tuer la Terre, de la martyriser sans jamais éprouver le moindre état d’âme. La planète est une entité féminine, Gaïa, notre mère à tous, celle qui donne la vie. On ne peut rien espérer pour la Terre tant que des femmes succomberont sous les coups des hommes, des mâles, du mal. »
Silence.
« Je n’en peux plus de toutes ces noirceurs qui sont en moi. »
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