Ce que je vais écrire est affreux : c'est parce qu'il existe des moyens de se ressourcer que malgré les multiples alertes données par les scientifiques, les sociétés matérialistes perdurent et que perdurent avec elles toutes les dégradations, dévastations, et les canicules et sécheresses et dans quelque temps, les inondations et les tempêtes du siècle" (qui ne sont en fait que celles de l'année en attendant l'année suivante.)
Nous avons mis en place des méthodes pour tenir. Ces méthodes n'étant que le prolongement de ce qui aurait dû cesser. Les centres de "bien-être", les "soignants" de toutes sortes, les vacances, la consommation, la course au pouvoir d'achat, les vols en avion pour cinquante euros, les fêtes, et même les arts, tout est bon pour se ressourcer. Il ne s'agit pas de s'interroger sur les raisons qui mènent à un besoin de ressourcement mais uniquement de quoi se reconstruire, respirer, se refaire une santé.
J'en ai fait tout autant jusqu'à penser et c'est le comble au regard de ce que je dis aujourd'hui, qu'il serait utile, juste et bon que je m'installe comme sophrologue. J'ai suivi une formation, obtenu une certification mais je ne suis pas allé jusqu'à l'ouverture d'un cabinet. L'éducation nationale m'avait refusé la prime de départ volontaire, nécessaire financièrement mais j'avais de toute façon dans un coin de ma tête ronde un doute existentiel quant à la justesse de cette voie.
Cette crise estivale génère un stress important, en tout cas, chez les gens conscients que nous ne sommes qu'à l'orée du désert.
Je plains ceux et celles qui ont perdu leurs maisons et leurs souvenirs.
Je pleure les forêts calcinées et les centaines de milliers d'animaux morts.
Je pleure pour les pompiers morts.
L'automne finira par arriver et cette crise estivale disparaîtra sous le flot permanent de l'actualité. Et dès le mois de mai 2027, dès les premières chaleurs, on recommencera à s'inquiéter. Car rien n'aura changé. Le processus de réchauffement est enclenché depuis longtemps déjà. On ne peut que tenter d'en réduire les effets, freiner des quatre fers pour éviter de faire grimper encore plus le thermomètre planétaire.
Alors, se ressourcer pour tenir dans les difficultés de la vie quotidienne devient peu à peu un sujet secondaire. Car il ne s'agira pas de tenir dans son travail, dans les difficultés de la vie de couple, dans les tourments associés aux enfants, dans le coût de la vie, dans l'inflation, dans les emmerdes en tous genres mais de tenir dans le registre de la survie. Et je sais, en utilisant le terme de survie, que beaucoup penseront que j'exagère. Et je l'espère.
Pourquoi se ressourcer ?
Série : Anti-manuel de philosophie
Mardi 23 juin 2020
5 min
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Provenant du podcast
Par Géraldine Mosna-Savoye
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Il y a un paradoxe dans l'injonction à se ressourcer : pourquoi vouloir reprendre des forces, puiser de l’énergie, si c’est, au final, pour reprendre la course telle quelle, pour continuer, pour tenir coûte que coûte ? Pourquoi ne pas réfléchir sur le pourquoi du besoin de se ressourcer ?
Prendre du recul, faire le plein d’énergie, revenir à l’essentiel, ce sont les quelques expressions que l’on entend et qu’on lit un peu tout le temps, sur les couvertures des magazines, sur les plateaux télé et parfois radio, et que même des amis ou nos parents peuvent nous dire quand on se dit fatigué ou inquiet. Elles culminent à l’approche de l’été et se condensent souvent en cette injonction : se ressourcer.
Les moyens et la fin
Se ressourcer est vraiment un très joli mot. On y entend le bruit d’une source d’eau, on y distingue le calme d’un lieu champêtre, à l’abri de la rumeur citadine. On y perçoit aussi les origines, un retour aux sources salvateur et authentique. En un peu moins poétique, c’est aussi l’argent, les ressources humaines, le mental : tout ce qui nous donne l’énergie d’agir, de continuer, de tenir.
De manière générale, qu’on puise dans un cours d’eau, en nous, ou dans notre compte bancaire, se ressourcer, a, malgré ses allures bucoliques, un aspect intéressé.
On ne se ressource pas comme ça, de manière gratuite, pour le plaisir, mais en vue d’une fin qui dépasse largement ces moyens et ce moment.
La ressource, quoiqu’on en dise, quoi qu’on y voie, est la petite musique typique du développement personnel dont la finalité n’est bizarrement jamais la personne mais le développement en tant que tel.
Et c’est une des choses qui m’a toujours frappée dans cette littérature. Pourquoi vouloir se développer ? Et pourquoi vouloir se ressourcer pour se développer ?
Le paradoxe est là : pourquoi vouloir arrêter sa course, reprendre des forces, puiser de l’énergie si c’est, au final, pour reprendre la course telle quelle, pour continuer, pour tenir coûte que coûte ?
Là est le problème posé par le fait de se ressourcer : tient-il aux ressources disponibles pour se développer ou dans le développement en tant que tel ? Faut-il ainsi s’interroger sur les moyens (de la ressource) ou sur la fin (de la ressource) ?
Avoir de la ressource ou revenir aux sources
La critique est classique : le développement personnel, en prônant des règles pour s’extraire de la course existentielle, fournit au final tous les remèdes pour s’y remettre de plus bel. Autrement dit, alors qu’on pense trouver les outils spirituels pour contrer la fameuse “société de la performance” (dont je me demande encore en quoi elle consiste), ces outils-là, et il y en a plein (de l’art d’être zen au retour à l’essentiel), ne font qu’entériner cette efficacité de tous bords.
“Se ressourcer”, à cet égard, l’idée de se ressourcer, me semble paradigmatique de cette bizarrerie. Pourquoi se ressourcer si c’est juste pour continuer à faire la même chose mais en plus fort, en plus armé, en plus performant ? Là est le problème de ce terme de “ressources”, il est hypocrite, car il n’est qu’un moyen de plus pour persévérer sans s’interroger sur ce dans quoi et pour quoi on persévère. Mais pourquoi court-on ? Pourquoi faudrait-il être efficace, énergique, avoir de la ressource ?
Cette question-là aussi est classique, elle est même existentielle, traitée et surtraitée par les philosophes : qu’est-ce qui nous anime ? quel est le but d’une vie ? à quoi bon la vivre ? Et sans tomber dans la dépression ou le nihilisme, ce simple terme, cette injonction bête et méchante de “se ressourcer” nous révèle cette quête insensée et absurde. Mais quand on y pense, et c’est là l’ironie, l’idée de “se ressourcer” porte pourtant bien son nom : il s’agit de revenir aux sources, et la source, s’il y en a une, c’est celle-ci : se demander “à quoi bon ?”.
Du comment au pourquoi
Si je récapitule, voici donc le problème : on prend au mot l’idée de se ressourcer comme de reprendre de l’énergie, en soi ou ailleurs, sans pourtant revenir à la source même de la ressource, de ce pourquoi on a à se ressourcer, de ce pourquoi on devrait à tout prix avoir de l’énergie pour agir, exister, pour vivre.
À l’injonction “il faut se ressourcer”, on trouve moult conseils : méditer, faire du sport, voir ses amis, prendre du temps pour soi… comme si on avait besoin de le voir écrit noir sur blanc pour le savoir. On trouve, quoiqu’il en soit, moult déclinaisons pour répondre à la question du “comment se ressourcer”.
Mais pourquoi ne jamais poser la question du pourquoi : pourquoi se ressourcer ? vers quoi, en vue de quoi, pour obtenir quoi, se développer pour quoi ?
Il y aurait beaucoup à dire sur cette fameuse société de la performance que beaucoup fustige tout en la réactivant avec des mantras comme se ressourcer, mais je suis pourtant d’accord : oui, il faut se ressourcer, oui, il faut revenir à la source et se demander sans cesse pourquoi on veut tant tenir.
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