Amour et séduction. (spiritualité)

L’amour ne peut être qu'illusoire s’il n'est pas établi en toute lucidité. L’amour n’est qu’un affect, un concept, une idée qui se charge d’émotions mais la cause de cette émotion si elle est teintée d’illusions peut conduire au malheur. Tout le problème est là. Ca n’est pas l’amour en lui-même qui est responsable- il serait ridicule d’accuser une idée ou l’émotion qui s’en dégage- mais le manque de lucidité de la personne.

Si je me laisse emporter par l’émotion et que je créé l’amour sur le coup de mon imagination, je ne fais qu’aimer l’illusion. Ce que j’aime, c’est le bonheur de cette émotion. J’attribue à l’autre une valeur qu’il n’a pas mais que je souhaite initier sans avoir conscience de mon erreur. C’est le désir qui génère cette errance et ce désir est issu du manque qui me pèse. J’entre dans l’amour par la mauvaise porte, celle de mon incomplétude, de mon absence de vigilance. Pour Platon « le désir est manque » et pour Spinoza « il est puissance. » Par mon attitude, j’initie l’amour sous le coup de mon manque et je donne à mon illusion sa pleine puissance.

Immanquablement, le retour de flamme va carboniser tout ça et il ne restera que cendres.

Bien souvent on peut trouver la séduction à la source de cet égarement. Dans la séduction, l’initiateur s’accorde un pouvoir sous la forme de charmes édulcorés. C’est lui-même qu’il cherche à aimer à travers son pouvoir. L’autre n’est que « l’objet » dont il a besoin pour mener ou renforcer à terme son identification. Le narcissisme est encore plus dévastateur. Le Narcisse ne s’aime même pas car il ne se connaît pas, il ne reconnaît que son image et c’est elle qu’il aime. Il n’y a même pas d’individu dans le narcissisme mais juste une apparence. La chirurgie esthétique vit très bien grâce à eux. Leur quête est sans fin et elle se dégrade naturellement. Le filon absolu !

Le séducteur aime bien entendu son apparence mais il aime tout autant la puissance de son charme. Son charisme, sa verve, son humour, sa culture, son argent, sa position sociale, son histoire personnelle, tout en lui le ravit. On pourrait juger tout cela intéressant si ça n’était construit que sur des fondations mouvantes. Car le séducteur est capable également de s’adapter à l’autre pour parvenir à son auto satisfaction. Un paramètre peut très bien s’effacer au profit d’un autre. Ce qui importe n’est pas de se révéler au grand jour mais de dévoiler ce qui va servir à la conquête. C’est là que le séducteur prive l’amour de tout espoir de germe. Un jour ou l’autre la face cachée passe au soleil. Et là...Ca se complique…

Toute forme de séduction est forcément à double tranchant. Si les deux partenaires établissent le même fonctionnement, les dégâts collatéraux peuvent être redoutables car l’amour imaginaire est évidemment un obstacle à l’amour réel mais il créé aussi le terreau favorable à l’auto destruction. La répétition inconsciente de ce fonctionnement finit par entamer l’individu lui-même. Le désamour de soi n’est pas loin.

 

Le bonheur d’aimer existe mais il réclame que l’amour de soi ne « soit » pas fondé sur une auto séduction mais sur une connaissance pleine et entière de ce soi, un être lucide et épuré. Lorsqu’on s’aime soi-même tel qu’on est, en toute connaissance de cause, ses traumatismes, ses errances, ses conditionnements, son histoire, ses manques, que les fonctionnements inconscients ont été mis à jour et éludés, lorsque la quête de l’amour n’est pas la recherche d’une complétude intérieure mais une simple recherche de partage, on peut aimer les autres sans leur faire courir le risque d’être « séduit. » Il ne s’agit pas d’une image ou d’un individu multiple mais bien d’une entité stable, durable, sans fard ni enluminure. Lorsqu’on est séduit, le charme existe bien mais la joie s’accompagne d’une peur sourde, une inquiétude qu’on ne parvient pas à identifier parce qu’il y a en nous une intuition innomée. Il existera nécessairement un jour ou l’autre un évènement révélateur.

L’amour se doit d’être aimé et dès lors la rencontre ne doit pas être faussée. L’établissement d’une relation a une importance considérable et trop souvent la peur de l’échec pousse l’individu à occulter la part sombre…Alors que l’amour a justement la force de tout transformer. Il ne s’agit pas nécessairement d’avoir déjà établi en soi une connaissance parfaite ni d’être un « sage » J mais d’oser assumer ce que l’on est. Il ne doit pas y avoir tromperie sur la marchandise. Il ne faut pas se tromper d’objectif : l’idée de conquête ou de séduction est associée à une forme de pouvoir et on sait que c’est une soif qui conduit à boire n’importe quoi…

L’amour est une mise à nu avant même de se glisser sous la couette. C’est là l’essentiel. Et lorsque cet amour est réel, il est bien plus émouvant de sentir chez l’autre la confiance indispensable à cette mise à nu que d’être trompé par des costumes de paillettes. 

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