Nous savons qu'ils mentent.
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/01/2026
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« Ils savent que nous savons qu’ils mentent. Nous savons qu’ils savent que nous savons qu’ils mentent.
Et pourtant, ils continuent de mentir. »
– Alexandre Soljenitsyne, dissident russe pendant l’époque soviétique.
Je pense que personne n'aura de difficultés à identifier les personnes concernées. Et d'ailleurs, si l'idée me venait d'en marquer les noms, un par un, je ne suis pas certain que j'aurais encore assez de temps de vie pour y parvenir. D'autant que la liste s'allonge sans cesse. Il existe des livres, des documentaires, des films, des séries.
Deux séries nous ont plu, beaucoup, pour leur scénario, l'analyse des personnages, les interprétations, les dénonciations, les prises de position. On voit d'ailleurs que les problèmes sont planétaires. La fiction apporte un effet "adoucissant" quant à la gravité des faits tout en apportant des connaissances utiles pour qui voudra approfondir.
RAVAGES (Arte)
Arte diffuse les premiers épisodes de "Ravages", une série canadienne qui suit une avocate qui va se retrouver prise dans un engrenage mêlant crime, pollution minière et corruption.
Ce jeudi 22 janvier, Arte diffuse les premiers épisodes de Ravages, un thriller venu tout droit du Canada dans lequel se mêlent enjeux industriels et écologiques.
Écrite par Sophie Deraspe et Frédéric Ouellet, cette série en 6 épisodes nous transporte à Montréal. Alors qu’elle réside temporairement dans l’appartement de sa mère, qui est à l’hôpital pour soigner son cancer, Sarah Deléan, jouée par Caroline Dhavernas, se réveille un matin le torse couvert de sang.
Passé le premier moment de terreur, elle se rend compte que le sang provient de son plafond. Elle prend son courage à deux mains et se rend aussitôt chez Mercedes Casares, la voisine du dessus et amie de sa mère.
Elle découvre alors qu’elle a été sauvagement assassinée. Sentant que toute cette histoire est beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît, la jeune avocate décide de mener sa propre enquête et se trouve entraînée, du Québec au Mexique, dans les réseaux tentaculaires d’activités minières dévastatrices.
Sortie : 2025-08-28
Série : Ravages
Un thriller environnemental complexe
C’est en 2010, sur le tournage d'un documentaire sur l’appel à la préservation de la biodiversité où elle était directrice de la photographie, que Sophie Deraspe a eu l’idée de la série Rivages.
“On a tourné partout dans le monde, et en Floride, on s’est retrouvés dans un lieu écologiquement désastreux avec une dame qui travaillait tout de même sur des solutions pour assainir l’eau là-bas. C’est à ce moment, avec la productrice Marie-Dominique Michaud, qu’on s’est dit qu’il fallait faire une fiction”, a-t-elle confié au site Le Devoir.
En écrivant un thriller, elle avait l’espoir de pouvoir toucher plus de monde et de sensibiliser les gens à ce sujet. “Ravages montre l’ouverture et l’éveil du personnage principal qui veut avoir des réponses et va mener sa propre enquête en parallèle de celle du policier Émile Lebeau”, a ainsi ajouté Frédéric Ouellet, le coauteur de la série.
Avec Ravages, les deux auteurs n’avaient cependant pas pour but de faire une fiction moralisatrice. “On a quand même une perspective pro-environnementale avec le cheminement de la protagoniste, mais on présente également les arguments des mines qui sont aussi valables d’une certaine façon, afin qu’il y ait un débat”, a expliqué le scénariste.
Ils avaient également à cœur de ne pas tomber dans les clichés du genre et de proposer une histoire la plus neutre possible. “Il a fallu faire beaucoup de recherches des deux côtés, bien s’informer sur comment ça fonctionne, parce qu’on voulait que la bataille entre les minières et les environnementalistes soit réaliste”, a confié Frédéric Ouellet.
Et Sophie Deraspe d’ajouter : “Il fallait être crédibles et en même temps repousser un peu plus les limites, parce que la réalité est parfois invraisemblable et que tout n’est pas noir ou blanc.” En résulte une série complexe aux multiples ramifications qui devrait passionner les téléspectateurs.
JEUX D'INFLUENCE (Arte)
Arte entame la diffusion dès ce jeudi 13 juin de la série "Jeux d'influence" signée Jean-Xavier De Lestrade, un expert du documentaire, qui raconte cette fois dans un format fictionnel l'influence des lobbys sur le monde politique... Saisissant !

What's up Films
De quoi ça parle ?
Le directeur marketing d’une grande entrerpise de l’agrochimie est découvert noyé dans la Seine. Un député et son assistant parlementaire bataillent pour l’interdiction d’un pesticide toxique. Un agriculteur porte plainte contre la multinationale qu’il accuse d’être à l’origine de la terrible maladie qui le frappe… "Jeux d’influence" tisse une toile de destins individuels en prise avec les lobbys.
Ecrite et réalisée par Jean-Xavier de Lestrade (3x Manon, The Staircase, Un coupable idéal). 6x 52 minutes.
Tous les jeudis soirs sur ARTE et disponible en replay, à partir du 13 juin. Bande-annonce :
Pourquoi il ne faut pas rater cette série engagée
Avec 3x Manon et sa suite Manon 20 ans, déjà pour Arte, le réalisateur Jean-Xavier De Lestrade avait frappé fort en racontant les tourments d'une adolescente rongée par la colère et la détresse face à un système éducatif inadapté et une cellule familiale explosée. Une fiction hautement politique et remuante, en tout point remarquable. Pour sa nouvelle création, le pro du documentaire -The Staircase, c'était lui- propose une oeuvre au moins aussi percutante, encore plus frontalement politique et toujours ancrée dans le réel.
L'affaire Monsanto, l'affaire du glyphosate... vous en avez forcément entendu parler dans l'actualité sans forcément en comprendre les tenants et les aboutissants. C'est le pari ambitieux de Jeux d'influence, qui détonne dans un paysage audiovisuel français qui a tendance à fuir tout ce qui pourrait paraître trop engagé ou polémique. Portée par une Alix Poisson ambigüe qui n'est jamais aussi bonne que quand elle s'éloigne de la comédie pure, cette mini-série en 6 épisodes tient ses promesses pédagogiques sans jamais tomber dans la facilité et le manichéisme.
Le récit, dense, est extrêmement bien construit et multiplie les points de vue de manière à traiter ce sujet complexe des lobbies et leur influence sur le monde politique et la vie de chacun de la façon la plus complète possible quitte, parfois, à sacrifier le romanesque... et l'émotion. Et c'est là peut-être son seul défaut : elle nous éclaire sans tout à fait nous emporter. Ne vous laissez toutefois pas impressionner par la raideur qui se dégage du premier épisode. Elle perdure, mais elle s'apprivoise.
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