En deçà de la réalité.

 

 

Oui, bon, je sais, c'est sordide mais ça m'amène à penser à cette réflexion d'un lecteur des "héros sont tous morts" qui trouvait que l'enchaînement des cadavres et les conditions dans lesquelles ils passaient de vie à trépas étaient quelque peu "inhabituelles"...Sauf que j'ai lu les "faits divers" pendant plusieurs mois avant de me lancer dans cette écriture et qu'à un moment, j'ai arrêté de compiler les documents tellement ça finissait par puer la mort dans mon ordi...​Dans le registre des capacités humaines, on est toujours en deçà du possible...Le cadavre d’une femme a été découvert lundi sur l’Oise, à hauteur de Neuville-sur-Oise (illustration). / © Google Street View (photo juillet 2018).

Le cadavre d’une femme a été découvert lundi sur l’Oise, à hauteur de Neuville-sur-Oise (illustration). / © Google Street View (photo juillet 2018).

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Fin mars, un batelier avait repéré une valise qui flottait dans l'Oise. Dedans, le corps d'une femme. Il s'agit d'une consultante scientifique franco-américaine âgée de 53 ans.

Par MT/AFP

La femme retrouvée morte fin mars dans une valise qui flottait dans l'Oise était une consultante scientifique franco-américaine âgée de 53 ans, selon une source proche de l'enquête, confirmant une information du Parisien.

Le corps de cette femme avait été découvert dans un bon état de conservation le 23 mars, dans une valise repérée par un batelier à hauteur de Neuville-sur-Oise (Val-d'Oise).

La victime était de nationalité franco-américaine et travaillait comme consultante en communication et développement dans le domaine de la "biotechnologie" et des "industries de la beauté", selon son site internet et le site 
Expertes France, qui recense les femmes expertes dans différents secteurs.

Causes de la mort inconnues

Les causes de sa mort ne sont pas connues pour l'heure. "Les investigations médico-légales sont encore en cours", a indiqué à l'AFPle parquet de Pontoise.

Sa disparition avait été signalée à Puteaux (Haut-de-Seine), quelques jours avant que son corps ne soit retrouvé.


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"C’était sûrement de l’argent sale. Qu’est-ce que ce gars faisait là-haut avec une telle fortune ? Il n’avait vraiment pas l’allure d’un truand. Rien ne collait. De quoi avait-il eu peur ? Des tueurs aux trousses du chasseur, il les aurait vus. C’était incompréhensible. S’il cherchait à planquer du pognon, ça n’était pas vraiment une cachette idéale. Et pourquoi trimballer ça dans une mallette en cuir ? Un mec en montagne aurait dû avoir un sac à dos. À moins que… Il venait peut-être de la trouver, elle n’était pas à lui, il a eu peur en étant surpris, il a paniqué. Bon, et bien, si ça n’était pas à lui, à qui appartenait-elle ? Peut-être que des mecs pas nets la cherchaient cette foutue mallette. Il ne fallait pas descendre comme un bourrin. Rester très prudent. En mode « alerte ». Son préféré.

Réfléchir…

Il ne dirait rien à Lucie, elle aurait sûrement peur et c’était le meilleur moyen pour qu’elle dise une connerie. C’était déjà compliqué pour lui. Il ne pouvait pas prendre ce risque.

Il s’aperçut subitement qu’il ne lui était jamais venu à l’idée d’aller poser la mallette au commissariat.

L’idée l’arrêta net, comme un mur intérieur contre lequel il venait de buter.

Il avait décidé d’emblée qu’il garderait tout, sans le moindre doute, sans même y réfléchir, ça s’était imposé à lui, comme s’il n’avait jamais éprouvé la moindre morale. C’était certainement de l’argent sale, il avait tué un gars, il l’avait cramé, et rien, aucune pensée, aucun trouble ne s’étaient immiscés... Il en fut considérablement surpris. Il était devenu lieutenant de police par amour de la loi, pour combattre les voleurs, pour protéger les citoyens, pour être utile et parce qu’il aimait l’adrénaline et les armes. Et là, en l’espace d’une seconde, sans la moindre interrogation, il avait décidé de balayer tout ça comme de la poussière. Et de basculer de l’autre côté. Il avait déjà abattu deux gars dans sa carrière. Légitime défense. Mais c’était dans le cadre de son boulot et il n’avait rien caché. Il n’y avait même pas eu d’enquête. Le témoignage de ses collègues avait suffi. Mais lui, ça l’avait bien brassé. Le deuxième, tout autant que le premier.

Et là. Rien. Absolument rien. Il se foutait totalement de ce gars et ne pensait qu’à la fortune qu’il tenait.

C’était donc ça la folie des truands. L’argent balayait tout.

Il ne se pensait pas aussi faillible. Il était comme eux. À partir de quelle somme basculait-on ? À partir de quel rêve devenions-nous des truands ? La morale ne concernait peut-être que les gens sans espoir, les gens soumis, les gens éteints. Et lui se sentait brûler d'une euphorie diabolique. Et c'était délicieux.

Il entendit des sirènes monter de la vallée. Droit vers lui. Plusieurs véhicules. Gendarmerie. Puis un véhicule de pompiers. Il pensa que le chalet en feu avait dû se voir depuis la ville. Il continua à descendre sous le couvert des arbres. À l’écart du sentier. Un coureur en montagne avec une mallette en cuir, le moindre promeneur s’en souviendrait immanquablement. Personne ne devait le voir.

À cent mètres du parking. Des portes qui claquent, des appels de voix, des moteurs. Il chercha un angle de vue sous le couvert des arbres, juste de quoi se faire une idée.

Non, ça n’était pas le chalet en feu qui avait déclenché un tel raffut. Une certitude. Les pompiers ne seraient pas montés dans cette impasse. Aucun moyen d’accéder aux pentes supérieures. Il vit les deux véhicules arrêtés, les bandes de rubalise encadrant la scène, les gendarmes délimitant la zone, des photographes en action, toute la procédure enclenchée.

Scène de crime.

Le chasseur.

Putain, dans quel bordel il avait mis les pieds ! Toutes les suppositions déboulèrent dans son crâne, toutes les décisions à prendre, toutes les précautions à établir.

Il vit des draps blancs sur des corps. Le chasseur les aurait butés, il aurait pris la mallette, il serait monté se planquer là-haut ? Mais pourquoi ? Quel intérêt ?

Deux collègues en service qui discutaient. Fabien et Mathieu. Deux bons. Demain, il aurait un compte-rendu détaillé. Ce soir, peut-être. Ils souhaiteraient certainement lui parler de l’affaire.

Il devait rentrer. Planquer la mallette. Et reprendre une vie normale, participer à l’enquête. Il comprendrait peut-être l’énigme. Est-ce que le chasseur avait tué ces gars ? Il ne parvenait pas à distinguer toute la scène. Combien y avait-il de morts ? Pourquoi ensuite serait-il monté là-haut ? C’était n’importe quoi. Si c’était pour se planquer, l’idée était pourrie. Vu la merguez carbonisée que ça devait être maintenant, le chasseur ne le contredirait pas. Peut-être un idiot, le crétin du village, un ivrogne, un viandard qui tire sur tout ce qui bouge, un amoureux de cette cabane, un refuge habituel. Peut-être aussi que tout ce pognon l’avait rendu dingue.

Il quitta sa planque, remonta pendant cent mètres et traversa en diagonale pour s’éloigner des lieux. Il croisa le chemin des muletiers et entama une descente hors sentier. La cheville le lançait, il devrait trouver une excuse s’il ne pouvait s’empêcher de boiter devant les collègues. Surtout pas une course dans le coin. Raconter une sortie dans le Vercors, par exemple. Loin de la vallée. Ses collègues savaient de toute façon qu’il avait l’habitude de partir seul. Il n’aurait pas eu de témoin et ça ne surprendrait personne.

Rejoindre la voiture par les bois, ne jamais sortir à découvert, attendre que les deux amoureux béats s’en aillent, foncer jusqu’au break, les clés dans la main, ouvrir et cacher la mallette sous sa veste de montagne. Il s’accorda cinq minutes de pause. Les yeux fermés. Il se félicita de n’être pas parti de la maison en courant. Il ne s’était pas vraiment expliqué cette inhabituelle entame. Les deux kilomètres de plat représentaient pourtant un bon échauffement. Encore une étrange intuition, comme si en lui, tout était déjà prévu, comme si les événements à venir coulaient déjà dans ses pensées. Il se surprit à sourire et se sentit invincible.

Il démarra et quitta le parking. Il roula avec une attention accrue. Vraiment pas le moment d’avoir un accrochage. Il réalisa que la pression interne ne le lâchait plus et il comprit soudainement la tension inhérente aux actes illégaux. Cette nervosité chronique qu’il avait souvent ressentie chez les malfrats inexpérimentés… Un qui-vive permanent. La main sur le flingue pour calmer les angoisses. Il se souvenait de ce gars qui baisait uniquement avec son holster, un dingue qui avait déballé toute sa vie de taré pendant la garde à vue. Finalement, c’était tout à fait compréhensible.

Il se gara devant la maison, une allée empierrée, il descendit et ferma les vantaux en bois du portail. Il prit la mallette, l’enveloppa dans la veste et entra par le garage. Porte d’accès à la partie habitable. Il traversa la cuisine en direction du salon. Il voulait se servir un scotch avant de prendre une douche. Réfléchir encore.

Lucie.

Elle était assise dans le canapé. Il s’arrêta. Un coup au ventre, une décharge courut en lui, comme s’il venait de toucher une clôture électrique.

Il posa la mallette sur la table et la couvrit rapidement avec la veste.

« Qu’est-ce que tu fais là ? »

Il se reprocha la dureté de sa voix. Il n’avait rien deviné et ne le supportait pas.

« Je t’attendais. J’ai quelque chose d’important à te dire.

-Tu veux baiser ? lança-t-il sur un ton rieur. Il voulait se reprendre, cacher son inquiétude, ne pas laisser transparaître sa nervosité.

-Non, vraiment pas. Ni ce soir, ni plus jamais. Je te quitte. »

Elle s’était levée, elle avait pris son sac.

Elle posa distinctement les clés sur la table.

Il n’avait rien pressenti. Comme avec Chloé. Les femmes s’obstinaient à l’humilier. Une colère immense, une brûlure qui l’envahit et réveilla la douleur de son front. Comme si la colère était allée se nicher dans un antre fragilisé.

« Qu’est-ce que c’est que ce délire ? C’est parce que je suis allé courir que tu me fais une crise ? J’ai besoin de décompresser, tu le sais bien pourtant !

-Rien à voir. Je sais bien que ton boulot est stressant et que tu lui accordes une place immense. C’est bien ça le problème d’ailleurs. Moi, je ne suis rien qu’un substitut, un produit de remplacement quand tu n’as pas le temps d’aller te vider là-haut. Alors, tu me baises et tu te vides. J’en ai marre de ça, c’est sans espoir. Je ne compte pas pour toi. J’en ai marre que tout soit sali, j’ai besoin d’amour, un véritable amour. »

Il n’avait rien pressenti et c’était insupportable. Bien pire que tout. Comme si les femmes détenaient un pouvoir plus puissant que le sien, comme si, à tout jamais, il ne serait que le dindon de la farce, celui qui ne voit rien venir, qui ne comprend rien, qui ne serait qu’un jouet dans leurs mains. La brûlure dans son crâne s’amplifia. Il savait comment l’éteindre.

Elle n’aimait pas son silence, elle devinait des crispations redoutables. Elle n’avait plus rien à dire. Elle voulut quitter la maison, s’éloigner, ne plus le voir, l’oublier.

Elle ne vit pas le coup venir. Une claque monumentale. Elle tomba au sol et il se rua sur elle.

« T’es qu’une salope, comme toutes les autres, toujours à m’humilier, c’est ça qui te fait jouir, hein, c’est ça ? »

Elle chercha à se redresser mais un coup de pied dans le ventre lui coupa le souffle.

Il hurlait.

« Tu t’es foutue de ma gueule hein, t’en as bien profité, t’as bien caché ton petit manège. Et maintenant, tu me jettes comme une merde. Tu m’as manipulé pour que je ne devine rien.

-Arrête, lâcha-t-elle en se glissant sous la table.

-Sors de là, salope, je vais te montrer ce que ça coûte de te foutre de moi. »

Elle se releva en saisissant la mallette posée à l’extrémité de la table, elle la jeta au sol en courant vers la cuisine. Porte d’entrée inaccessible, il lui barrait la voie.

« Putain, touche pas à ça! »

Il ramassa la mallette avec délicatesse, comme un animal blessé, un objet précieux, une marque de tendresse, un amour absolu. Il la reposa sur la table, respectueusement, et se tourna vers Lucie. Une rage totale. Des affronts qu’il fallait laver.

Elle espérait sortir par la baie vitrée de la cuisine. Il était dans son dos.

Elle saisit le couteau à pain posé sur le buffet américain et le serra contre son ventre.

« Cette fois, tu vas t’en souvenir un bon moment ! » hurla-t-il en se précipitant dans la pièce.

La porte était fermée à clé. Elle n’aurait pas le temps. Son cœur battait à la rendre sourde. Elle devinait les coups à venir. Et elle n’en voulait plus. Elle se retourna brusquement au moment où il arrivait sur elle, la main levée.

Il s’empala sur le couteau. Milieu du ventre. Il ouvrit la bouche mais rien ne sortit. Elle se dégagea sur le côté, incapable de soutenir ce regard de fou. Et le rictus de sa bouche.

Il serrait le manche du couteau, incrédule.

Il n’avait rien pressenti et c’était pire que tout.

Il tomba en avant, sur le ventre. La lame le traversa de part en part.

Elle tituba jusqu’au salon, assommée par la vision, anéantie par le drame.

Elle se dirigeait vers la porte d’entrée lorsque le téléphone sonna. Elle s’arrêta, comme figée par une présence, comme si l’appareil transférait les images, comme si le meurtre était déjà diffusé sur les ondes. Une terreur en elle, un flot d’images chaotiques, l’arrestation, la prison, un tribunal, meurtre d’un policier, condamnation à perpétuité, trouver des témoignages, des soutiens, une femme battue, il était fou de colère, elle s’était défendue.

La sonnerie perdurait. Un électrochoc. Un lien salvateur qui la protégeait de la crise de nerfs.

Réfléchir…

Thomas.

Elle s’appuya contre le mur du hall, terrifiée à l’idée de voir Lucas surgir, comme un diable immortel.

Téléphone portable. Joindre Thomas. Le seul qui pouvait la sauver."

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