Jarwal le lutin (tome 3)

Le lutin est toujours là. Rien n'a changé pour lui. Sa vie n'est pas suspendue, elle ne dépend pas de la reliure de quelques pages. Elle parfume les airs et je la saisis au vol.

 


JARWAL LE LUTIN (tome 3)

 

 

Jarwal se retourna sur sa natte.

Il ne dormait pas. Une idée qui tournait inlassablement dans son esprit en feu, un orage boursouflé, un tonnerre assourdissant. Impossible de le faire taire. S’il rentrait dans sa forêt, s’il quittait ce pays inconnu, il perdrait sans doute tout espoir de retrouver son passé, de retrouver ce lutin qu’il était, il ne resterait de lui que cette enveloppe vide qu’il traînait comme un fardeau. Personne ne pourrait lui venir en aide. C’est ici que se trouvait peut-être la seule issue. Gwendoline avait certainement raison. Et pourtant, cette colère contre ce peuple, cette rancœur contre ces lieux, ces regrets d’être venu ne cessaient de le déchirer, comme une scission irréparable, l’impression d’être habité par deux individus opposés. Et qu’un troisième observait leur conflit interne.

Il devait se donner une dernière chance. Essayer de retrouver ce peuple, ce jeune Kalén, accepter une aide, sortir de cette colère, abandonner cette prétention qui lui avait fait croire subrepticement qu’il pourrait se guérir lui-même.

Une autre pensée qui s’invita soudainement. Cette violence dont il avait été la victime n’avait pas nécessairement détruit en lui cette mémoire indétectable mais elle l’avait couverte d’un voile opaque. Tout était là encore, mais enfouie, contenue, comme une simple mousse sous les frondaisons immenses de la jungle. Une mémoire recroquevillée. C’était d’amour dont elle avait besoin pour éclore. La colère ne ferait que la maintenir dans des ressentis néfastes. Il s’était mal comporté avec Gwendoline, il le savait. Toujours cette colère qui l’aveuglait. Les émotions sont redoutables si on leur lâche la bride, elles filent au galop et entretiennent la folie. Il n’était plus qu’une bête affolée. Le cavalier était tombé au sol. Il devait redevenir le Maître intérieur.

Il écouta respectueusement la respiration régulière de Gwendoline.

Un sourire à l’âme.

 

Il ferma les yeux.

 

 

Le groupe armé avançait comme une marée montante sans reflux, une vague butée, obstinée, déterminée, emplie de colère, nourrie de rage, une soif de vengeance qui brûlait les âmes. Des machettes qui sectionnaient rageusement les branches, les lianes, les herbes hautes, tout ce qui entravait cette marche forcée.   

Gwendoline entendit la rumeur qui gonflait comme une houle. Elle sursauta et réveilla aussitôt Jarwal.

Le lutin comprit immédiatement et courut à l’entrée de la hutte. Une lumière pâle de petit matin. Un ciel couvert, des vaisseaux de brume accrochés aux arbres comme à des récifs. Des bruits de pas, des branches cassées, des voix, mais surtout cette impression affolante d’une masse en marche, un roulement d’orage, un magma bouillonnant qui montait vers eux. La violence d’une armée.

 

Gwendoline s’empara de toutes les mochillas visibles, les remplit de toute la nourriture qui tombait sous sa main, Jarwal l’aida, l’urgence, s’enfuir, les hommes de guerre approchaient.

Ils sortirent par une fenêtre à l’arrière de la hutte et disparurent sous le couvert des arbres, la peur au ventre, la terreur dans leur dos, des regards hagards jetés en arrière, comme un prédateur à leur poursuite, des frissons incontrôlables qui se déversaient dans leurs muscles. Ils s’arrêtèrent lorsque la brûlure dans leurs poitrines en feu les empêcha de respirer. Ils se tapirent sous un parterre de fougères, un lacis épais de verdure.

Aucun bruit d’hommes. Juste les cris des oiseaux.

 

Léontine vint les rejoindre.

« Ce sont des Portugais. L’armée ennemie de Jackmor. Trois soldats les guident, ils savent où est le camp des Kogis dans la montagne. Ils sont décidés à lancer une nouvelle attaque, ils ont eu des renforts. Tout le monde est excité à l’idée de récupérer l’or des Espagnols.

-C’est d’abord l’or des Kogis, rectifia Jarwal.

-Pour les Portugais, comme pour les Espagnols, les Kogis n’existent même pas, répliqua Léontine. Tu sais Jarwal, il me suffit d’écouter leurs pensées et bien souvent les pensées sont bien plus proches de la réalité que les mots qu’on ose dire. Je peux t’assurer que les pensées de ces hommes n’ont aucune considération pour les Kogis. C’est bien plus effroyable encore que tout ce qu’ils racontent. Ils ne rêvent que de massacres et de fortune.

-Tu lis dans les pensées ? demanda Jarwal.

-Oui, mon cher ami et je sais ce que tu ressens ce matin. »

Une gêne dans l’âme du lutin, un regard furtif vers Gwendoline.

« Et j’en suis infiniment heureuse, » ajouta la petite mouche.

 

Jarwal joignit les mains et croisa les doigts nerveusement en regardant le sol. Une bouffée d’émotions, une incertitude, comme si les mots ne pouvaient pas prendre forme, qu’ils ne sauraient jamais exprimer ce qu’il portait.

Gwendoline posa une main sur sa joue.

Le lutin leva les yeux. Tellement d’amour dans les prunelles, tellement de douceur, même pas cette attente qui crée la tension du doute, aucun espoir dans les paroles à venir, juste cette acceptation dans les yeux de Gwendoline, juste cet accompagnement de l’être aimé, la patience et la confiance unifiées, la sérénité pour témoin.

Jarwal ne pouvait pas retenir en lui ce bouillonnement.

 

« Je sais que tu avais raison Gwendoline. Il faut rejoindre les Kogis et voir ce qu’ils peuvent faire pour moi. Je ne dois pas abandonner et partir. C’est comme si je laissais ce Jarwal sur place et ne rentrait qu’avec un fantôme. Mon histoire est ici et c’est ici que je dois la retrouver. »

 

Elle l’embrassa sur le front. Juste un baiser plein de tendresse.   

Léontine bourdonnait de bonheur autour d’eux.

 

C’est là qu’ils virent certaines fougères bouger étrangement. Comme un roulis, une houle de frissons, un frémissement continu. Ils se levèrent et reculèrent de quelques pas. Les sens aux aguets.

Sous leurs yeux ébahis, des formes s’agitèrent, une myriade de petits êtres couverts de feuillages, des fougères qui n’en étaient pas, une apparition stupéfiante. La troupe se plaça devant eux. Des corps envahis de végétation mais pourtant une forme bien identifiable. Pas plus haut que le chapeau pointu de Jarwal. Des branchages pour membres, des tiges garnis de jeunes pousses, des feuilles, des plantes, des mousses, un amalgame hétéroclite, comme un collage anarchique, mais ce visage souriant et ces yeux lumineux, parfaitement visibles dans l’imbroglio végétal, des prunelles luisantes comme des soleils.

 

« Ah ! L’amour, on ne peut y résister, annonça en sautillant un des petits êtres.

-C’est vrai, c’est tellement bouleversant, enchaîna un deuxième.

-Le seul phénomène qui puisse nous pousser à nous montrer, renchérit un troisième. »

 

Des bonds qui accompagnaient chaque parole, une frénésie joyeuse, une danse pétillante.

 

« Qui êtes-vous ? demanda Gwendoline qui ne lâchait pas la main de son lutin hagard.

-Nous sommes la Vie, comme toi ! » lança le plus impétueux.

Des éclats de rires dans l’assemblée, des cabrioles et des roulades, des individus qui se trémoussaient en mêlant leur verdure, des galipettes et des embrassades, une agitation paroxystique. 

« La Vie, nous sommes la Vie, la Vie, nous sommes la Vie, répétaient-ils tous, en chœur.

 

Jarwal, Gwendoline et Léontine n’avaient jamais vu de tels êtres. Ils connaissaient pourtant bon nombre d’individus curieux et magiques, elfes et gnomes, farfadets et korrigans mais des êtres végétaux dansant des sarabandes endiablées, ils ne l’auraient même jamais imaginé.

Léontine se posa sur l’épaule de Gwendoline.

 

« Nous vous regardons depuis longtemps, mais l’amour était parti du cœur de celui-ci ! lança l’un d’eux en désignant Jarwal 

-Non, pas parti, cher ami, mais submergé de tristesse, reprit un voisin.

-Oui, la tristesse est un étouffoir de l’Amour mais l’Amour n’est jamais triste. C’est juste des feuilles mortes qui le couvrent. Laisse passer l’hiver et tu verras la pourriture des feuilles nourrir la Vie.»

 

Des  éclats de rire encore, Cristallins. Des carillons de notes aigües. Les feuilles agitées de leurs corps sautillants.

 

« Vous voulez dire que vous ne vouliez pas vous montrer à cause de moi ? demanda Jarwal.

-Pas à cause de toi, répliqua un petit être ébouriffé comme un buisson juvénile. Tu n’es pas ce que tu penses. Ne te trompe pas. Ce que tu penses n’est qu’une dérive de l’Amour de la Vie.

-Nous attendions que la pourriture des feuilles soit consommée, ajouta son compagnon. Et que l’Amour remonte à la surface.

-Vous n’apparaissez qu’aux êtres qui s’aiment alors, c’est ça ? interrogea Gwendoline.

-Tous les êtres sont dans l’Amour. L’Amour, c’est la Vie, mais les pensées de votre tête vous font aimer le désordre de vos pensées. Rien à voir avec l’Amour de votre âme. Vous parvenez même parfois à aimer ce qui vous enferme. Ce sont vos pensées. Et votre tête finit par aimer ce qui la ronge. C’est incroyable ça. L’Amour de la Vie n’est pas un guerrier. Il aime la sérénité. Alors, il se retire et il attend que vous arrêtiez de vous mentir. »

 

Des réflexions secrètes, silencieuses, une analyse minutieuse.

 

« Et voilà, vous vous remettez à penser ! lança joyeusement une boule de feuilles agitée. Vous êtes tout de même incorrigibles ! Laissez donc rayonner votre Amour de la Vie.

-Nous avons un grave problème, annonça Gwendoline.

-Mais non, il n’y a pas de graves problèmes, il n’y a que ce que ce vous en pensez. Sinon, cela voudrait dire que la Vie est un grave problème et quand vous pensez cela, la Vie se retire dans son coin et vous laisse exister à travers vos pensées. La Vie ne lutte pas, elle aime la sérénité, je vous l’ai dit.

-Et bien, chers amis, intervint Jarwal, je pense que mes pensées sont un grave problème. Je pense sans cesse à ma mémoire qui a disparu.

-Mais non, elle n’a pas disparu. Elle s’est retirée dans un coin. Et comme tu étais en colère, elle avait peur. On ne réconforte pas un petit animal traumatisé avec de la colère ou de la peur.  

-Tu veux dire que je peux retrouver ma mémoire ?

-Tu ne vas pas la retrouver, c’est elle qui reviendra. Vous êtes vraiment prétentieux, vous autres, à croire que tout dépend de vos pensées et de votre volonté. C’est comme si vous étiez en Vie parce que vous l’avez voulu ! Ridicule. La Vie n’a pas eu besoin que vous pensiez à elle pour s’installer. Et vous, vous pensez que vous pouvez imposer votre volonté à la Vie. C’est incroyable ça !

-Regardez ces grands arbres ! proposa un petit arbrisseau. Vous croyez que c’est la volonté de la graine qui a donné ce superbe ouvrage ? Et la Vie alors ? Elle se serait installée une fois que la volonté aurait pris forme ? Ridicule. Vous observez tout à l’envers. »

 

Des leçons proclamées par une troupe de joyeux lurons.

Gwendoline les observait avec fascination. Une multitude de visages dans une diversité hétéroclite. Des bouilles rondelettes ou triangulaires, des faces plates comme des assiettes, un mélange inexplicable de feuilles assemblées mais toujours ce pétillement dans leurs prunelles, deux soleils ardents qui irradiaient de bonheur.

 

« Vous voulez dire que nos pensées sont des œillères à la réalité de la Vie ? demanda Jarwal.

-La réalité ? Mais qu’est-ce que c’est cette réalité ? Ce que vous voyez ?  Ridicule. »

 

L’ensemble de la troupe, dans un synchronisme parfait, s’évapora. Une multitude d’oiseaux colorés s’égailla au-dessus de leurs têtes, une nuée de piaillements dans des arabesques maîtrisées, des zébrures de corps fuselés, comme des flèches jouant un ballet de plumes. Et toujours ces yeux aussi brillants que des astres naissants, une énergie condensée, une concentration d’univers.

Le ballet cessa d’un coup, les oiseaux disparurent et un champ de pierres inertes s’étendit à leurs pieds. Des roches lisses et immobiles, éparpillées devant les trois amis. Au même instant, sur chaque caillou, des paires d’yeux s’ouvrirent et les observèrent, des prunelles étincelantes d’où jaillissaient des rires de lumières. Des battements de paupières aussi stupéfiants que des naissances d’étoiles.

Puis, avec la même célérité, dans une simultanéité parfaite, un florilège de papillons les entoura, plus de pierres sur le sol mais une farandole radieuse, des élucubrations étourdissantes, des figures imprévisibles, toute la magie délicieuse des vols de papillons. Et sur les corps délicats rayonnaient d’une intensité éblouissante des yeux aussi perçants que des fusions de soleils.

 

Comme un souffle tonitruant balayant tout sur son passage, la nuée de papillons s’évanouit. Rien d’autre n’apparut.

Les trois amis restèrent statufiés.

« Où êtes-vous ?  demanda Jarwal.

 -Chut, coupa Léontine. Les hommes. »

 

Des bruits dans la forêt, des voix qui portaient par-delà les arbres. La troupe des Portugais avait quitté le camp des Kogis et reprenait sa progression.  

 

Jarwal se coucha sous le parterre de fougères en se demandant s’il ne manquait pas d’écraser un de leurs étranges visiteurs. Gwendoline s’allongea à ses côtés.

 

« Ils ne peuvent pas nous voir. Ne bouge pas, » murmura-t-il, en posant délicatement une main sur son bras.

Gwendoline frissonna de bonheur à cette parole protectrice, à cette attention inespérée. Jarwal veillait sur elle. Jarwal reprenait vie.

 

Ils n’aperçurent même pas les soldats à travers l’épaisseur végétale. Ils suivirent attentivement l’extinction des voix et se relevèrent prudemment. Ils regardèrent minutieusement autour d’eux. Des plantes, des oiseaux, des papillons, des pierres…Quelles formes avaient-ils pris ? Où pouvaient-ils bien être ?

La réalité n’était pas ce qu’ils voyaient…

 

Au pied d’un tronc colossal, ils virent un tapis de mousse s’agiter, des ondulations de nuages, des formes timides qui tentaient une croissance, des pousses opiniâtres qui se dressaient, des silhouettes redessinant l’esquisse des corps puis enfin tout un petit peuple de bonhommes moussus, habillés de feuilles disparates. Enfin, les yeux flamboyants s’ouvrirent dans un seul mouvement et la troupe reconstituée, s’avança précautionneusement et les rejoignit.

 

« Bouh, toute cette méchanceté chez ces individus, c’est insupportable. Il nous est impossible de rester visibles dans cette ambiance morbide. Même les plantes en subissent les effets polluants mais moins tout de même que les autres formes vivantes. Chez elles, les pensées sombres s’évaporent rapidement. C’est l’Amour de la lumière qui permet ce nettoyage. Chez les humains, tout reste enfermé.

-Vous n’avez donc aucune forme définitive ? interrogea Gwendoline.

-Une forme ? Mais pour quoi faire ? C’est absurde, se moqua un individu hirsute.

-Tout aussi absurde que cette idée que nous devons avoir un nom, enchaîna son voisin. Vous avez vraiment une idée bien curieuse de la réalité. Vous pensez que parce que vous vous êtes identifiés à votre forme et que vous vous reconnaissez à travers votre nom, vous avez fait le tour de la Vie ? Mais c’est consternant tout ça ! Vous avez conscience de l’insignifiance de votre développement ? »

 

Un ton nullement arrogant, juste un total ébahissement.

Les trois amis sentaient que dans les paroles de ces petits êtres, il n’y avait aucune moquerie. Mais une absolue incompréhension.

 

« Un jour, vous allez mourir, vous allez perdre ce nom et cette forme. Vous aurez quitté la Vie mais la Vie, elle, n’aura rien quitté du tout. Elle n’aura pas disparu, vous comprenez ? C’est vous qui partez, c’est vous qui sortez du flux vital. La Vie continuera sa tâche créatrice, votre tour est passé. C’est ridicule dès lors de s’attacher de la sorte à cette image que la Vie vous a procurée. Il serait bien plus judicieux de saisir cette conscience de la Vie et non d’entretenir la conscience de votre forme. Cette forme n’est rien d’autre qu’une enveloppe. C’est comme si vous décidiez de vénérer votre outre et de délaisser l’eau qu’elle contient. C’est absurde.

-Les deux sont indispensables, intervint Jarwal.

-Bien entendu. Une outre vide ne sert à rien et de l’eau sans outre est intransportable. Mais par contre, elle a déjà une existence cette eau, vous n’êtes pas obligés de devoir la transporter, vous pouvez déjà en profiter. L’outre est secondaire si vous décidez de rester là où se trouve l’eau. Dans votre cas, c’est l’enveloppe qui compte avant ce qu’elle contient. Vous observez à l’envers.

-Vous voulez dire que vous pouvez changer de formes parce que vous êtes reliés à la Vie avant de l’être à votre forme ?

-Oui, c’est cela, magnifique, tu apprends vite cher lutin ! »

 

Une danse spontanée qui agita toute la troupe, des cris de joie et des cabrioles.

 

Gwendoline aperçut un sourire sur le visage de son aimé.  

 

« Quand vous êtes identifiés à votre image, vous êtes attachés aussi à la diffuser à l’extérieur, vous voulez qu’elle vous représente et vous en venez même à chercher des solutions à vos problèmes dans votre environnement et vos relations, vous pensez que le monde est responsable de votre état intérieur. Vous mélangez les conditions de vie et la Vie en vous. Mais la seule réalité qui vous concerne, elle est en vous et nulle part ailleurs. Quand vous vous acharnez à faire, vous en oubliez d’être.»

 

L’urgence de la situation qui s’impose à Jarwal, comme un coup au cœur qui le sort de ce bonheur de l’échange. Les conditions de vie qui reprennent le dessus…

 

« Est-ce que vous savez où se trouvent les Kogis ? Il faut absolument que je les retrouve.

-Les Kogis sont dans la montagne. Des hommes mauvais les retiennent. Et les hommes mauvais qui viennent de passer cherchent les hommes mauvais qui ont capturé les Kogis. Les Kogis sont des êtres humains très bons. Ils nous appellent les Maruamaquas.

-J’ai déjà entendu ce nom, murmura Jarwal. Quelqu’un m’a parlé de vous. Je ne sais pas qui c’était.

-Il ne sera pas difficile de trouver les Kogis, il vous suffira de suivre les hommes mauvais qui viennent de passer.

-Nous devons arriver avant eux.

-Et bien alors, nous allons vous guider, aucun problème. Nous aimons bien les voyages. »

 

Des cabrioles et des rires, des accolades et des embrassades.

 

« Merci infiniment, chers Maruamaquas. Une dernière question. Vous nous observiez depuis longtemps ?

-Longtemps ? Qu’est-ce que ça veut dire ce mot encore ? Toujours une identification de votre forme qui s’ajoute à un espace qui n’existe pas. Vous êtes ici et maintenant et c’est tout. Tous ces mots que vous utilisez ne sont que des commentaires sur vos conditions de vie. Vous ne pouvez pas être ailleurs que maintenant et dès lors le temps ne peut pas être long. Il n’existe pas. Vous faites durer les choses dans vos pensées mais les choses n’ont pas de durée. Elles sont. A chaque instant, nous étions là, tout près de vous. Nous avons observé les évènements et nous n’avons jamais pensé que c’était bien long. C’était ce que ça devait être. Les pensées ne servent à rien quand elles se mettent à commenter les évènements en leur donnant une autre forme que la réalité de la Vie. Ce Temps que vous imaginez, vous lui avez donné une mesure qui vous correspond parce que tout cela renforce votre identification. Le Temps de votre vie, le Temps de vos ancêtres, le Temps de votre avenir. Demande à un arbre ce qu’il a fait hier et tu l’entendras rire.

-Et si je n’avais pas retrouvé le chemin de la lucidité, si je n’avais pas décidé de rechercher les Kogis, vous ne vous seriez pas montrés ?

-Tout ça n’a aucune importance. La seule chose qui comptait à nos yeux, c’était que tu laisses l’Amour s’étendre au lieu de le repousser. »

 

Une bouffée de chaleur dans le corps de Gwendoline, un bonheur immense. Les Maruamaquas percevaient ce que Jarwal portait et il s’agissait d’amour.

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