Le désir puis le manque.

Nous avons repris la réflexion en classe aujourd'hui.

Une élève avait une chaufferette et la montrait à ses amis. Tout le monde voulait la prendre et sentir la chaleur.

"Est-ce que tu avais besoin de cette chaufferette Alexia ?

- Ben oui, pour avoir chaud aux mains.

-Mais tu as des gants non ?

-Oui mais ça c'est bien aussi.

-Ah, je ne dis pas le contraire mais est-ce que ça te manquait étant donné que tu avais des gants ?

-Ben, non, ça ne me manquait pas et je ne savais même pas que ça existait. C'est ma mère qui me l'a achetée.

-Et si maintenant, tu l'as perdais, est-ce que ça te manquerait ?

-Ah, oui, c'est sûr, c'est trop bien !

-Donc, tu désirerais en avoir une autre?

-Oui, c'est sûr !

-Et pourtant, avant que tu connaisses cette chaufferette, elle ne te manquait pas.

-Ben, non, j'avais des gants.

-Par conséquent on peut dire que tu ne désirais pas en avoir une mais maintenant que tu sais que ça existe, si tu la perdais, elle te manquerait.

-Oui, c'est ça.

-Ce désir que tu aurais viendrait d'un manque qui n'existait pas mais qui existerait maintenant.

-Oui. Parce que je sais que ça existe.

-Et tu ne pourrais plus t'en passer ?

-Oh, ben si, je mettrais mes gants mais ça c'est mieux !

-Prenons un autre exemple si tu veux bien. Un bébé qui a faim manque de nourriture, il a mal au ventre et désire le sein de sa mère. Il sait que ça existe et que ça lui fait du bien. C'est un manque qui est naturel et son désir l'est tout autant. Il désire combler ce manque. Mais c'est le manque qui est apparu en premier. Son désir n'a fait que suivre. Est-ce que c'est pareil pour la chaufferette ?

-Euh...Non, parce que ça ne me manquait pas, je ne savais même pas que ça existait.

-C'est donc un désir qui est apparu alors qu'il n'y avait pas de manque.

-Mais, là, je ne la désire plus puisque je l'aie.

-Oui, c'est vrai mais si elle venait à disparaître le désir réapparaîtrait aussitôt. Alors qu'il n'avait aucune raison d'exister."

Intervention d'une autre élève. 

"Et moi aussi maintenant je désire en avoir une !

-Alors que ça ne te manquait pas jusque là ?

-Oui, mais maintenant, je sais que ça existe alors ça me manque.

-Ce qui te manque, ça n'est pas l'objet mais le plaisir que tu aurais à en posséder une. Il n'y a aucune raison valable d'avoir cette chaufferette mais ça te ferait plaisir d'en avoir une. Ce qui te manque, c'est la satisfaction d'en avoir une.

-...

-Ce désir a été créé artificiellement parce qu'en réalité, il n'y avait pas de manque. Ce qui fait plaisir, c'est de posséder quelque chose que les autres n'ont pas. Et ce qui te fait désirer cet objet, c'est une certaine jalousie. Sans aucune méchanceté bien entendu mais n'empêche que l'envie de posséder cet objet devient très fort. Il peut très bien être remplacé par une paire de gants mais ça n'a pas le même impact, ça n'a pas la même force, ça n'est pas aussi chouette à montrer aux autres. Vous finissez donc par exister quelque peu parce que vous possédez cet objet qui ne vous manquait pas mais qui vous donne une certain pouvoir sur les autres. Le bébé manque du sein de sa mère et c'est vital pour lui. Son désir est justifié et c'est pour ça qu'il crie aussi fort :))

La chaufferette n'a rien de vital. Mais elle vous donne du pouvoir sur les autres, elle agit comme un aimant et attire tout le monde, vous vous sentez puissant parce que la chaufferette est puissante. Vous dépendez donc d'elle et si elle venait à disparaître, ce qui vous manquerait, c'est ce pouvoir sur les autres, cette fascination, cet intérêt pour cet objet que vous possédiez. Le désir de retrouver cette puissance vous manquerait et vous feriez tout votre possible pour combler ce manque. Même s'il est toujours totalement artificiel et n'a aucune raison réelle d'exister. Il ne vous fait pas vivre comme du lait maternel mais il vous donne l'impression de vivre mieux. Chez les adultes, c'est pareil. Mais eux, il leur faut une voiture, un écran plat, une nouvelle salle à manger, une belle montre, un téléphone portable ultra sophisitiqué, la denrière technologie à la mode, une nouvelle veste, une veste de marque c'est encore mieux, parce que ça attire encore plus les regards, ça donne encore plus de puissance. Mais ces manques n'ont jamais de fin. Les marchands font en sorte qu'il y ait toujours un nouveau désir qui apparaisse jusqu'à ce qu'il devienne un manque. Alors, on abandonne le dernier objet acheté pour en prendre un plus puissant, un plus brillant, un plus moderne, un plus visible, un objet qui va créer encore plus de fascination et d'attirance. Ca n'est pas la personne qui existe mais les objets qui la font exister. Ce sont les objets qui la possèdent et pas l'inverse. Parce que le désir est passé avant le manque et que la personne se laisse entraîner dans un phénomène sans fin.

Le monde riche fonctionne sur ce principe. Comme les manques vitaux, sont assouvis, que la plupart des gens ont ce qu'il faut pour survivre, pas tous malheureusement, la nourriture, un abri, de quoi se soigner, avoir une famille, ce sont les désirs qui vont fabriquer de nouveaux manques. Des désirs que la société de consommation va s'efforcer de mulitplier sans cesse. Comme cette chaufferette qui vient remplacer des gants dont tout le monde trouvait jusqu'ici que c'était une chouette invention.

 -Comment il faut faire alors quand on désire quelque chose ?

-Comme vous avez envie, tant que vous savez pourquoi vous avez envie. Il n'y a pas de bonne méthode, de bonne façon de vivre si ça n'est pas celle que vous avez choisie en toute conscience. Avoir conscience de ce qu'on pense, de ce qu'on fait et décider si c'est la voie qui nous convient. C'est tout. En fait, il s'agit d'amour. Pour l'instant, vous devez vous demander pourquoi vous aimez cette chaufferette, un jour vous vous demanderez pourquoi vous aimez cette région, cette maison, vos amis, ce chien, cette voiture, ce pays, ce métier, cet homme ou cette femme. Tous les évènements importants de votre vie se nourriront d'amour. Il faut comprendre ce qu'on aime quand on aime. Tout ce que cet amour cache, tout ce qu'il contient, tout ce qu'il dévoile, tout ce qu'il peut faire pour qu'on continue à évoluer, à apprendre sur nous-mêmes.

Commentaires (2)

Thierry
  • 1. Thierry | 09/12/2010
Bonjour Max.
Je sais depuis le temps que tous les élèves sont comme ceux-là dès lors qu'on les amène patiemment sur cette voie d'Eveil. Même pour ceux pour lesquels on se dit parfois que c'est trop tard, c'est juste que les carapaces se sont développées un peu plus vite, par instinct de survie bien souvent, parce qu'il faut s'endurcir pour sauver sa peau, alors quand on se met à parler d'amour, de conscience, d'éveil, de spiritualité, ce sont des mots qui font peur parce qu'ils ne font pas partie du monde dur et froid qui les a formés. Parfois, une année ne suffit pas d'ailleurs...J'en ai vu passer qui ne se sont jamais "ouverts" à ça. Ca viendra peut-être plus tard.
Ils ont en face d'eux les jours de classe un bonhomme en polaire à 5 euros et un pantalon en toile de lin âgé de dix ans, rapiécé au pied, une montre à dix euros avec un bracelet qui part en lambeaux :)) Mais n'empêche qu'au cours de cet échange qu'on a prolongé, un garçon disait qu'être habillé sans avoir de marques prestigieuses, c'est vraiment passer pour un péquenot...Affaire à suivre :)
Max
  • 2. Max | 09/12/2010
La démonstration est sans faille. On part de la chaufferette pour tomber sur l'amour, et pourquoi cette femme ou cet homme, ou les méandres de nos voyages intérieurs. De mon côté, un désir vient de passer devant le manque : avoir ta chance de croiser ces élèves là...
Dis-leur bien tout de même que tout le monde ne cherche pas le plus brillant, le plus visible, le plus moderne. Tiens, au hasard, je prends moi par exemple...

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