Le fond sonore de la mémoire

Une étrange expérience aujourd'hui.

Comme je me suis levé de bonne heure, j'ai eu envie d'aller m'allonger pendant l'après-midi. Mais il y a des travaux sur une route, à deux-cent mètres à vol d'oiseau de la maison. Un marteau-piqueur, une pelleteuse, des camions... La mitrailleuse du marteau-piqueur a vite fini par m'exaspérer...Une répétition saccadée dont je ne parvenais pas à me libérer. D'habitude, ici, c'est le silence. Et puis, à un moment, je me suis aperçu que le marteau-piqueur s'était arrêté mais malgré ce retour du silence, je continuais à entendre en moi le tintamarre mécanique, comme si ma mémoire s'était engorgée de cette perturbation et qu'elle ne parvenait plus à s'en défaire, comme si le dérangement ne pouvait plus s'effacer. J'entendais toujours le tactactactactac incessant...C'était en moi parce que l'émotion était toujours présente, parce que l'énervement s'était ancré et que la disparition du responsable n'autorisait pas pour autant le retour au calme.

J'ai compris alors que c'est l'émotion qui empêchait le silence. L'émotion était là, comme une empreinte. Elle s'était installée dans ma mémoire comme un fond sonore.

Jusqu'à être capable de me faire entendre ce qui n'existait plus.

J'étais figé dans le passé à travers une émotion néfaste que je n'avais pas réussi à éliminer.

C'est là d'ailleurs que le téléphone a sonné...Bon, ça va, j'ai compris, je ne dormirai pas. Autant que j'aille écrire.

 

Evidemment que cette expérience se devait d'être analysée. Il y avait quelque chose à comprendre.

L'émotion s'ancrait dans la mémoire jusqu'à créer une illusion aussi présente que la réalité. Effrayant.

Etre figé par le passé est une malédiction que nous fabriquons nous-mêmes, comme un fardeau que nous portons et qui nous écrase. j'en sais quelque chose...Il faut réussir à saisir la seule réalité pour s'en libérer : l'instant présent. Le reste n'est que le choix de notre vie, un choix perverti par ce passé que nous avons décidé d'entretenir comme si cette histoire, elle seule, pouvait nous donner une forme. Nous sommes identifiés à ce passé juqu'à en détruire l'instant présent. Cette capacité intellectuelle, cérébrale, neuronale à garder en nous une trace de ce passé qui n'a aucune autre existence que celle que nous lui accordons est une malédiction dès lors qu'il nous prive de la Vie immédiate. Etre figé par le passé, c'est avoir décidé dé crée une "petite mort" avant même que celle de notre avenir ne survienne, sachant que cette mort à venir n'a elle-même aucune existence puisqu'elle n'est pas de cet instant présent mais d'un temps que nous imaginons. Cette perversion du temps psychologique n'est pas une fatalité mais un abandon personnel, une condamnation.

 

Ce travail à mener pour parvenir à exister au lieu de s'alourdir...

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