Le procès de l'ego.

Quelque chose qui me gêne dans cette démarche spirituelle qui consiste à chercher à identifier nos fonctionnements internes, inconscients ou pas, conditionnements, formatages éducatifs, inconscient collectif...

Pas dans la recherche de vérité interne mais dans le désamour qui est sous-entendu. Je ne veux pas voir en moi un "ennemi" contre lequel je dois lutter mais bien davantage un individu égaré que je dois avant tout aimer. Dans cette quête de lucidité, je ne veux pas renier ce que je suis mais accueillir chaleureusement celui qui s'est perdu. La colère, le déni, le procès, sans observation consciente du phénomène, représentent, à mon sens, de véritables perditions intérieures.

Il me semble impossible de scinder en moi une part que je n'ai pas su maîtriser d'une part qui serait l'antre de la vigilance. Les deux sont imbriquées et s'influencent. Il ne s'agit pas d'une prédominance de l'un sur l'autre mais plutôt d'un passage occasionnel, une démarche qui consisterait à opter pour une voie, comme deux chemins parallèles accolés, n'ayant qu'une infime frontière.

Le travail essentiel à mon avis consiste à oeuvrer envers l'ego pour qu'il reste accompagné par la vigilance de l'esprit et non pas à étouffer l'ego par une domination constante de cet esprit, de cette conscience ou de l'âme. L'esprit, d'ailleurs, n'a pas de volonté de domination. Il est.

Celui qui veut dominer l'ego, c'est l'ego, lui-même...Piège redoutable...

Je suis un être social, inévitablement, un être relationnel même si ces relations sont limitées au strict nécessaire. J'ai une histoire, un panel de traumatismes, une famille, des proches que j'aime, un métier (suspendu...), des passions, des projets, des rêves, des espoirs, des attentes, je suis un être commun, un ego qui se débat. Il serait inconcevable que je nie tout cela, que je cherche à m'en défaire, comme si je devais m'extraire d'une prison. 

Alors que faire ?

Aimer ce que je suis et à travers cet amour et ce regard apaisé, libéré de toutes colères, nourrir mon ego de la vigilance de l'esprit et profiter des fluctuations de mon ego pour affiner la conscience de cet esprit qui l'observe. L'un et l'autre se servent et ne sont nullement adversaires.

Non pas condamner l'ego dans un procès inique mais apporter la douceur dont il a besoin pour déposer les armes. Si je vais vers lui en ennemi, si mon esprit vient au devant de ce mental indocile comme un justicier, il se défendra, il établira de nouvelles murailles, il se perdra, s'égarera, il préfèrera perdre pied en s'illusionnant de maîtrise plutôt que de laisser s'instaurer en lui l'acceptation du jugement. La justice appliquée n'a jamais apaisé. Elle ancre dans les fibres, au plus profond, le goût amer de l'humiliation. Si aucun amour ne vient s'y adjoindre, aucune guérison n'est envisageable. Le condamné restera immanquablement, malgré le temps, un individu en souffrance et la souffrance imposée n'élève pas. Elle fossilise.

 

Alors que faire ?

Nul jugement, nul déni, nul aveuglement, aucune colère, aucune condamnation, je suis un individu en errance, un ego qui se débat, un esprit qui aime. Être dans l'acceptation, dans l'accueil, le détachement aussi, sûrement de l'humour, beaucoup d'humilité, abandonner l'intellect prétentieux et les savoirs inquisiteurs, il n'y a pas de mode d'emploi, pas de règles, pas de chemin établi, juste une errance qu'il s'agit d'aimer pour qu'elle ne devienne pas une perdition, de l'empathie, de la compassion, pour ce pauvre hère qui erre. 

Juste de l'amour.

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