Libérer les pensées. (spiritualité)

22 novembre 2009

Ouverture du blog.

Il devenait indispensable pour moi que je pose mes réflexions par écrit. 

Les pensées sont trop éphémères et incomplètes. Elles sont trop vivaces en moi et créent une arborescence chaotique qui ne permet pas une introspection durable et complète.

L'écriture instaure par contre un cadre limitant à l'intérieur duquel les pensées se concentrent. C'est comme le tableau d'un peintre. L'image intérieure qu'il en a dirige et canalise son inspiration et il ne va pas se mettre à peindre les murs sous le coup de son imaginaire...

Les pensées sont volages, aussi fluctuantes que le vol d'un papillon alors que l'écriture est un travail de taupe, l'enfoncement volontaire dans les strates les plus profondes....

C'est à ce travail que j'ai décidé de m'atteler dans ce blog.

 

 


 "Les pensées sont comme des mouches qui entrent et sortent d'une chambre. L'important est donc de laisser les fenêtres grandes ouvertes. Ainsi, les mouches, pourront aller et venir, sans guère gêner l'occupant de la chambre. Bientôt déçues par ce lieu inhospitalier, elles n'y entreront même plus."

Jacques Brosse.

J'aimais bien ce petit texte. Nettement moins depuis quelques temps. J'ai eu l'impression qu'en laissant les fenêtres grandes ouvertes, les mouches ne se lassaient pas du tout de leurs allers-retours et leurs bourdonnements imprévisibles m'horripilaient. J'attendais impatiemment qu'elles s'en aillent mais elles étaient irrémédiablement remplacées par d'autres et les différences de bourdonnement captaient mon attention, je finissais par les identifier.

"Tiens, revoilà la grosse noire, ah, celle-là c'est la petite nerveuse..."

Et lorsque le tohu-bohu se calmait, je me retrouvais à craindre leur retour et je ne profitais même pas de l'accalmie.

J'ai donc voulu fermer les fenêtres mais je me suis retrouvé avec les mouches enfermées à l'intérieur et le ronflement de leurs corps butés contre la vitre était redoutablement irritant. D'autant plus que là, il n'y avait aucune chance que ça cesse. J'étais condamné.

J'ai bien imaginé que je n'avais qu'à bourdonner avec elles, me muer en insecte, plonger dans la nuée, mais la tête me tournait bien vite. Un vrai cauchemar. Ce vol anarchique n'était pas pour moi.

Et puis, là, soudain, la solution s'est imposée. Le problème ne venait pas des mouches mais de la présence de l'enceinte. Elles étaient attirées par le lieu, espérant sans doute y trouver quelques pitances ou un partenaire ou je ne sais quoi. L'espace restreint contenait trop de promesses à saisir pour qu'elles puissent résister à la curiosité.

Que les fenêtres soient ouvertes n'effaçaient en rien l'attirance des mouches pour cette ouverture, cet espace à visiter.



C'est là que j'ai réalisé que je devais pulvériser la pièce, abattre les murs, réduire à néant cette enceinte mentale. Le problème ne venait pas des mouches mais du territoire que je leur offrais.

 

Il ne s'agissait pas de penser à travers le filtre de l'identité et par conséquent intoxiquer la pensée elle-même mais d'offrir à la pensée un espace vierge. 

Il ne s'agissait pas que "Je" pense mais que le "Je" sois dans la pensée...

 

Apprendre à penser comme si j'étais assis au sommet d'une montagne. 

Là-Haut, les horizons sont immenses mais la contemplation induit en moi l'apaisement de ma présence. C'est le point infime du presque rien qui prend conscience de lui au regard de l'infini. 

 

Chaque pensée doit être analysée, observée, disséquée, autopsiée. Comme une pièce de puzzle qu'on observe longuement pour qu'elle trouve son emplacement dans l'image intégrale. Je ne peux pas découper la pièce pour l'adapter et la forcer à entrer dans le cadre.

Chaque pièce existe indépendamment de ma volonté. C'est à moi de la comprendre et non de la modifier en fonction de mes insuffisances.


Un jour, les mouches passeront sans marquer le moindre arrêt. Elles ne seront plus que des zébrures noires traversant dans un zeste criard le ciel lumineux. 

Là-haut.

 

 



 

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