Obsolescence programmée (2)

"Et pour l'environnement, l'enjeu est majeur. Par exemple, pour fabriquer un smartphone, 25 minerais différents sont utilisés. Cela oblige les producteurs à extraire les matériaux de plus en plus profond sous terre car la surface a déjà été utilisée. L'extraction de minerais détruit des habitats, des plaines ou encore des forêts. Et il y a aussi le problème des déchets. Nous ne sommes pas très performants dans le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE). Par exemple, quand on jette un ordinateur de deux kilogrammes, on ne jette pas seulement ce poids mais également les 430 kg de déchets produits lors de sa fabrication. C'est le sac-à-dos écologique ! On n'a pas toujours connaissance de tous les déchets et on rencontre des difficultés pour les recycler."


Obsolescence programmée: "Ce n'est plus tenable, il faut agir"

 Par Audrey Avesque - publié le 23/04/2013 à 18:32

Le président du groupe EELV au Sénat, Jean-Vincent Placé, a déposé une proposition de loi qui a été débattue ce mardi. Elle vise à lutter contre l'obsolescence programmée. Le point en trois questions avec Lydie Tollemer, juriste au Centre Européen de la Consommation.

Ce mardi 23 avril, une proposition de loi a été débattue au Sénat pour luter contre l'obsolescence programmée, pointée du doigt par Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV.
Ce mardi 23 avril, une proposition de loi a été débattue au Sénat pour luter contre l'obsolescence programmée, pointée du doigt par Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV.
REUTERS/Bobby Yip

Votre batterie de téléphone portable a lâché un an après l'achat ? Le fil de votre aspirateur s'est cassé et votre machine à laver a rendu l'âme juste après la fin de votre garantie ? Ce n'est pas un hasard mais certainement de l'obsolescence programmée, procédé qui consiste à limiter volontairement la durée de vie du produit.

Ce mardi 23 avril, une proposition de loi a été débattue au Sénat pour luter contre l'obsolescence programmée, pointée du doigt par Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV. L'occasion de faire le point sur ce phénomène avec Lydie Tollemer, juriste au Centre Européen de la Consommation et spécialiste de la question de l'obsolescence.

Qu'est-ce-que l'obsolescence programmée et que prévoit le projet de loi pour lutter contre?

L'obsolescence programmée est la théorie selon laquelle les fabricants de produits mettent en place tes techniques afin de réduire délibérément la durée de vie de l'objet pour inciter le consommateur à en acheter un neuf plus tôt que prévu. L'exemple type, c'est celui de l'ordinateur portable composé d'une batterie non amovible. En effet, la batterie est l'un des composants qui tombe en panne le plus rapidement. Mais si elle ne se détache pas, on ne peut pas l'enlever pour la remplacer donc l'ordinateur n'est plus portable! Il peut être seulement utilisé sur secteur, c'est paradoxal. Le consommateur est alors contraint de renouveler son matériel.

Il est donc important de luter contre les industriels qui ont recours de façon délibérée à l'obsolescence. Cela passe notamment par deux propositions majeures : allonger la durée de garantie légale de deux à cinq ans d'ici 2016, et proposer à la vente les pièces détachées pendant dix ans. Mais le grand questionnement est : comment prouver l'intention de l'entreprise de réduire volontairement la vie du produit ? Ce n'est pas impossible mais c'est très complexe. L'industriel se défendra en expliquant qu'il a utilisé des composants moins chers donc de moins bonne qualité pour favoriser l'accès au plus grand nombre au produit. Pour apporter la preuve, il faudrait trouver des documents internes à l'entreprise comme des procès verbaux, des comptes-rendus ou encore des courriers électroniques dans lesquels la stratégie apparaitrait.

Quelles sont les conséquences de l'obsolescence programmée pour le consommateur et l'environnement ?

Pour le consommateur, la conséquence est financière. En plus d'une perte de confiance globale dans l'économie et dans les acteurs comme les producteurs, le problème est que tous les Français ne sont pas armés de la même façon pour acheter des produits de plus en plus tôt. Certains achètent une machine à laver à crédit et quand elle tombe en panne au terme de cinq ans, elle n'est pas encore amortie.

Et pour l'environnement, l'enjeu est majeur. Par exemple, pour fabriquer un smartphone, 25 minerais différents sont utilisés. Cela oblige les producteurs à extraire les matériaux de plus en plus profond sous terre car la surface a déjà été utilisée. L'extraction de minerais détruit des habitats, des plaines ou encore des forêts. Et il y a aussi le problème des déchets. Nous ne sommes pas très performants dans le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE). Par exemple, quand on jette un ordinateur de deux kilogrammes, on ne jette pas seulement ce poids mais également les 430 kg de déchets produits lors de sa fabrication. C'est le sac-à-dos écologique ! On n'a pas toujours connaissance de tous les déchets et on rencontre des difficultés pour les recycler.

Si on n'agit pas, que va-t-il se passer ?

Il faut agir. Aujourd'hui, nous consommons tellement qu'il nous faudrait en une année civile les ressources terrestres d'une année et demie. Cela signifie qu'on pioche déjà dans les ressources de l'année suivante. Ce n'est plus tenable. En effet, si les sept milliards d'êtres humains vivaient comme les Américains, il nous faudrait deux planètes chaque année pour subvenir à nos besoins. Il y a urgence et cette proposition de loi va dans ce sens.

Le problème est que le gouvernement doit arbitrer entre économie et écologie. L'économie est basée sur la consommation donc l'obsolescence programmée est un facteur favorable puisqu'elle incite les consommateurs à acheter. Mais si en faveur de l'écologie, on lutte contre l'obsolescence programmée, on arrête la consommation et la croissance, donc l'économie s'effondre. Le dilemme du gouvernement est : qu'est-ce-qui est plus profitable à " l'instant t ", privilégier l'emploi et l'économie ou l'environnement pour une planète propre pour les générations à venir ? Il faut savoir si on est altruiste ou pas.

 

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