Raison et nature (spiritualité)

"La raison nous trompe plus souvent que la nature."

Vauvenargues.

 

"Rien dans notre intelligence qui ne soit passé par nos sens. "

Aristote.

 

De la façon dont je perçois ces deux citations, il semblerait que la raison soit une entité dont la puissance lui confère la possibilité de s'extraire de la nature, une intelligence qui ne serait pas nourrie en partie par nos sens mais uniquement par notre intellect. Le cogito ergo sum de Descartes serait par conséquent une extension exagérée de notre conscience favorisant, non pas une osmose avec le Vivant mais une distanciation nourrissant une certaine prétention. Comme si cet intellect, associé à la raison, permettait de construire un piédestal et créerait l'illusion que nous ne sommes pas une extension du Vivant, et par conséquent de la Nature, mais une entité supérieure. Le fait de devoir observer nos émotions pour ne pas nous y soumettre ne signifie pas que nous devons nous en priver. Elles sont généréres par cette Nature en nous, ces cinq sens qui nous abreuvent et par leur interpétation inconsciente, spontanée, insoumise parfois. Se limiter à une raison cartésienne est une amputation qui au lieu de nous propulser vers une maîtrise de l'existence nous prive de sa source. A mes yeux, la complétude de l'individu passe par une observation lucide de tout ce que la Nature nous propose puis par une analyse vigilante de cette expérience. Il ne s'agit pas d'être un individu lobotomisé au regard des perceptions mais d'établir une osmose entre la richesse incommensurable de la Nature et cette raison qui l'observe. Dès lors, il est effectivement possible de faire en sorte que cette intelligence devienne une meta-conscience. Lorsque j'ai mal aux cuisses en vélo, j'ai conscience de cette douleur mais j'ai également conscience de cette prise de conscience, je sais que je suis celui qui observe celui qui ressent la douleur. L'animal qui souffre n'est peut-être conscient que de cette douleur mais je n'en ai aucune certitude...Ce qui m'importe en tout cas dans le saisissement de mes perceptions, de mes expériences, de mes émotions, sentiments, passions, émerveillements, colères, ça n'est pas de les réprimer mais de les laisser s'étendre au coeur de cette conscience afin de les épuiser à travers cette reconnaissance au lieu de les refouler et de construire en moi, un résidu émotionnel que je porterai comme un fardeau. Cette raison qui pourrait nous tromper serait à mes yeux ce refus obstiné de cette Nature qui vibre en nous, de ces expériences qui ne seraient que des dispersions, de ce combat prôné par des guides spirituels qui considèrent l'ego comme un bourreau. Je ne suis pas mon ego mais il serait absurde et destructeur de ne le concevoir que comme cet ennemi que je dois vaincre. Il fait partie de ma Nature, il n'est pas une entité venu je ne sais d'où et qui se serait accroché à moi comme une tique, il n'est pas une tumeur dont je dois me guérir, il est une partie de ce que je suis, une partie de ce que la Nature a voulu que je me charge, rien de surnaturel ou de contre nature, rien que je dois exclure. Cette intelligence que je peux développer, cette raison dont je peux user, elles ne seraient que des excroissances morbides si je les privais de cette Nature en moi.

C'est bien d'ailleurs, peut-être, la "raison" première de cette dégradation de cette Humanité moderne, de ces sociétés matérialistes et avides, de cette nécessité "d'avoir" au détriment de "l'être". Il ne reste que la raison quand la Nature est morte.

Commentaires (1)

Lajotte Fançoise
  • 1. Lajotte Fançoise | 21/09/2011

Rien à ajouter, j'approuve et dans les aléas, les hauts, les bas, il y a ces pensées en fond sonore. C'est toujours agréable et vivifiants ces partages que tu nous livres.

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