Se dé-penser.

« Vérifie toujours que tes pensées, tes choix, tes décisions et tes actes, sont  à l’image de la personne que tu es et que tu veux être. »

 

Une réflexion en classe sur cette attitude qui consiste à trouver en soi ce « maître intérieur », à ne pas se contenter d’une surveillance extérieure, celle de l’adulte qui installe et impose des barrières qu’on ne saisit pas réellement.

Une réflexion sur cette pensée qui précède tout le reste et cette émotion qui suit la pensée, qui n’existe que dans l’ombre de cette pensée, qui se nourrit d’elle et est dès lors corrompue…

 

De très nombreuses situations identifiées par les enfants dans leur vie quotidienne. Des pensées qui les assaillent et déclenchent des émotions très puissantes, l’abandon de l’individu à ces émotions comme si elles devenaient le maître d’équipage, plus aucune observation de soi, une dérive, une acceptation de ce bouillonnement intérieur qui amène à prendre un choix, à s’en tenir à une décision, à produire un acte. Et ensuite, parfois, à le regretter. Une extension de la discussion sur cette fameuse « conscience morale » qui n’a pas pu rester prioritaire parce que la « pensée émotionnelle » a été plus puissante ou parce que l’individu a décidé, inconsciemment, de s’y soumettre.

 

La « pensée émotionnelle » est un assemblage de deux entités : la pensée et l’émotion qu’elle génère. Et dès lors que cette émotion vient se greffer, la pensée n’est plus maîtrisée, elle n’est plus observée, elle est prise dans un tourbillon de colère, de frustration, d’envie, de jalousie, d’euphorie, d’espoir, d’attente, d’illusion…Ca n’est plus la réalité mais l’interprétation de la réalité par une pensée et l’émotion qu’elle génère. Le risque, évidemment, c’est que cette réalité finisse par revenir en force, dès lors que cette « pensée émotionnelle » a interdit tout discernement, toute objectivité et que l’hallucination s’efface soudainement parce que la réalité reste la même…

 

Si je me mets à penser à la sortie très proche de « Jarwal le lutin » et que j’ajoute à cette pensée une émotion euphorique, liée à l’idée que ça va être un succès national, international, planétaire, universel… Je m’abandonne à cette joie intérieure, j’efface volontairement toute objectivité, je plonge dans une irréalité qui me convient, une projection temporelle qui n’a aucune autre existence que celle que ma pensée lui donne et aucune autre énergie que celle de mes émotions…La pensée est le moteur, l’émotion est le carburant…Je deviens dès lors un véhicule sans conducteur, le « maître intérieur » s’est endormi et tout ça va finir la tête dans le mur…Et ensuite, mes pensées reviendront, elles diront que la réalité est vraiment trop dure, les émotions sombres nourriront ces pensées et je repartirai pour un autre tour. L’individu a beau se prendre le mur à longueur de vie, il remonte toujours à bord et repart pied au plancher…

Stop !!

 

La pensée n’est pas la réalité, elle n’en est qu’une interprétation. L’émotion n’a rien à y faire et si l’individu décide de la laisser s’étendre, il doit garder à l’esprit que tout ça est un jeu dangereux. Une observation constante des phénomènes intérieurs.

 

Un exemple très simple : une partie de tennis. Dès lors qu’un des deux joueurs s’approche du point final, de cette victoire espérée, si la pensée temporelle prend le pas sur l’instant présent, si des images de coupe brandie, de photographes, d’applaudissements, de reconnaissance, prennent le pas et que des émotions euphoriques viennent nourrir simultanément ces pensées, la maîtrise du geste va voler en éclat…Un point,deux points, une montée au filet catastrophique et l’euphorie va changer de camp…L’individu n’est plus là, il n’est plus dans la réalité mais dans une irréalité temporelle, générée par des pensées émotionnelles. Il peut y avoir au contraire de cette illusion de la victoire, la peur de gagner…Une autre pensée émotionnelle mais négative dans sa projection. Au lieu de continuer à produire le jeu qui lui a permis de prendre le match en main, le joueur va imaginer qu’il pourrait ne pas réussir à maintenir cette pression sur son adversaire. Et cette peur va le figer.

On est toujours dans le même phénomène. La pensée n’est pas la réalité. La réalité se vit, la pensée la commente. Ou mieux encore, elle se tait.

 

C’est finalement la source de cette plénitude procurée par la marche ou l’effort long. Il y a parfois des « émotions spontanées », des bouffées de bonheur « dé-pensées », rien ne les a déclenchées, aucune pensée, aucune réflexion, aucune interprétation de cette réalité, c’est une bourrasque qui passe, balaie d’un coup tous les résidus de pensées qui cherchent à survivre, c’est un vide immense qui se révèle, un horizon vierge de tout et dans cette épuration mentale, cette bourrasque qui survient, je sais ce qu’elle est. C’est la vie.     

Commentaires (2)

Thierry
  • 1. Thierry | 04/06/2011

Bonjour Sarah.
Le fait que tout le monde, ou une grande partie des individus, souhaite gagner ne signifie pas pour autant que ça soit une attitude juste et bénéfique...Il convient d'identifier ce que cettevolonté contient. Est-ce qu'il s'agit de vouloir gagner une reconnaissance sociale ou est-ce qu'il s'agit de gagner en connaissance de soi ? Dès lors que l'individu s'abandonne à des paramètres extérieurs à lui-même, des phénomènes qui ne sont pas de son ressort mais sont des apports environnementaux, il court le risque de se charger des émotions crées par ces interférences. Il suffit de regarder le match de tennis de Djokovic et Federer hier...Le Serbe a subi une pression énorme, la possibilité d'égaler le record de victoires consécutives, la première place mondiale, une finale à RG, une reconnaissance de tout un pays, des joueurs, des medias etc etc...Toutes ces émotions sont des fardeaux et ont contribué à ébrécher son jeu. Federer le savait et en gagnant le premier set, il renforçait cette pression que Djokovic avait laissé s'installer. A ce niveau de jeu, ça ne pardonne pas. Et pas avec un tel adversaire qui lui, justement, a toujours montré une concentration indestructible. Federer n'essayait pas de gagner un match mais de gagner chaque point, sans penser aux conséquences d'une défaite éventuelle. Il l'a expliqué lui-même hier soir. La différence se situe donc dans la gestion du temps. Rester dans l'instant présent contribue à exploiter pleinement le potentiel disponible alors qu'une projection dans une victoire lourde de conséquences est le meilleur moyen pour s'extraire de soi, ne plus être avec soi mais avec tout ce que les autres vous font porter...On retrouve le même phénomène dans toutes les circonstances de la vie, à tous les âges. Il n'y a rien à gagner finalement mais plutôt beaucoup à perdre : le Soi. Dès lorsq u'on veut gagner, on insère dans le Soi une donnée qu'il ne peut pas maîtriser parce que ce sont des phénomènes extérieurs qui ne lui appartiennent pas. Pour gagner quelque chose, il ne faut pas le vouloir mais faire ce qui doit être fait dans l'instant. Quand j'escalade un col à vélo et que je pédale pendant des heures, il ne servirait à rien que je pense au sommet puisque je n'y suis pas. Par contre, si jeme concentre sur mon effort, sur la poussée des jambes, sur la décontraction de mes épaules, je participe à cette ascension en restant là où je suis et je finirai pas être aus sommet. La capacité à se projeter dans le temps est un véritable obstacle à l'instant présent. Et c'est bien souvent la cause des ratages...

Sarah
  • 2. Sarah | 04/06/2011

Bonjour,

Pourriez-vous expliquer cette peur qui fige quelqu´un quand on est sur le point de gagner?
Tout le monde ne veut-il pas toujours plus et gagner..?

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