Se libérer du connu.

Se libérer du connu

 

Ce titre d'un ouvrage de Krishnamurti m'a amené encore une fois à m'interroger sur les religions et l'emprise qu'elles exercent sur l'individu.

Existe t-il une voie d'Eveil passant par les religions ou sont-elles une entrave à l'élévation spirituelle qu'elles annoncent?

Pour Krishnamurti, les enseignements prodigués par Jésus ou Bouddha ont été interprétés puis dogmatisés par ceux-là mêmes qui voulaient transmettre l'enseignement et qui n'avaient sans doute pas atteint le même degré de spiritualité que ces Maîtres. Les messages éducatifs se sont alors transformés en doctrines et sont devenus aliénants, conditionnant pour l'homme au lieu de l'aider à progresser vers lui-même. Les enseignements spirituels expliquent pourtant que l'être humain doit renoncer à l'attachement et à l'identification, se libérer de l'égo pour atteindre une connaissance supérieure ne se trouvant pas dans les livres, une vérité qui est au-delà des mots et du savoir acquis, de la tradition, de la transmission elle-même. La connaissance de soi est une clé pour l'ouverture de l'être et elle peut se produire par l'attention, une lucidité de chaque instant. Les religions en oeuvrant pour elles-mêmes ne détournaient-elles pas les hommes de la voie réelle de l'Eveil ?

Comment cette démarche personnelle pourrait-elle prendre forme dès lors que l'individu situe sa démarche dans une doctrine qu'il n'a pas éprouvée intrinsèquement mais dont il a eu connaissance par un savoir transmis par les livres et les religieux ? Des Textes anciens peuvent-ils conduire à la connaissance de soi ou bien sont-ils un alourdissement de l'âme qui va s'évertuer à suivre des pratiques et des préceptes comme autant de balises ? Où est l'individu dans cet imbroglio émotionnel, liturgique, dogmatique ? N'y a-t-il pas davantage de risque de se perdre en "croyant" s'ouvrir à un état de plénitude ? Les Maîtres l'ont vécu parce qu'ils avaient oeuvré toute leur vie à cette élévation. Se peut-il que les religions dispensent cette connaissance de soi à travers de simples écritures alors que les Maîtres ont effectué un travail personnel gigantesque avant d'éprouver un changement de conscience ?

L'impression qu'on travaille à l'envers... Les religions, si elles ont quelque chose d'essentiel à dire, ne sont accessibles qu'à l'individu ayant déjà oeuvré pour l'élévation du niveau de sa conscience. Entamer une démarche spirituelle en adhérant précocement à une religion revient à mon sens à s'enfermer définitivement et à se priver de toute ascension. Comme un fardeau dont on se charge en pensant qu'il va nous alléger.

Je pense aujourd'hui que l'embrigadement dont les religions se nourrissent, que ce fonctionnement ritualisé, cette adhésion mirifique à des histoires détournées sont devenus des freins gigantesques. Elles ont perdu le Mystère en l'enfermant dans un coffre adoré.

Se libérer du connu, c'est donc également se libérer des religions.

Il est préférable de s'engager sur le chemin vierge de notre existence, de se réjouir des rencontres, de se sustenter prudemment, par petites bouchées de toutes les nourritures spirituelles proposées, que d'adhérer éperdument à un concept.

On ne prend pas le risque d'une errance. On réunit patiemment les pièces de notre propre puzzle. Comme un être divin qu'on inviterait timidement au lieu de se glorifier des fausses certitudes d'une rencontre organisée.

Mon souhait le plus profond est d'émouvoir Dieu, l'Un. Tout autant qu'il me bouleverse. Puisque la Vie diffusée par cette Unité ruisselant de toutes parts me fait pleurer de bonheur, je veux offrir à cette énergie créatrice l'hommage qui viendra de mon coeur, de mon âme et non des Textes sacrés. Je préfère rester libre et ne rien découvrir que d'aliéner mon âme dans l'attente d'une libération post-mortem.

Il ne m'intéresse pas de croire en Dieu. Il m'intéresse de le connaître. Les religions ne sont pas une voie de connaissance mais de croyances. Ca ne me suffit pas.

"Je crois en Dieu" est une phrase pleine de doutes. "Je crois que demain il pleuvra." On est dans le même registre.

Dieu me connaît. Il me reste à le connaître. Il m'a déjà séduit. Je veux en faire de même. A travers mes propres hommages.

Commentaires (1)

Marie-Ange
  • 1. Marie-Ange | 15/01/2010

Se libérer du connu c'est se libérer des religions et se libérer de tout ce qui nous conditionne et de toute peur associée...
Comme dit Krishnamurti : « Oubliez tout à votre propre sujet, oubliez ce que vous avez pensé de vous-mêmes. Nous allons partir comme si nous ne savions rien. »
Mais c'est sûr, ce n'est pas si simple de sortir de l'égo !...
En tous cas tes mots m'ont touchée... Bonne continuation sur le chemin de la vie puisque c'est une aventure si passionnante !

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